Hello again.
J'ai un peu de retard, je suis désolée, c'est la pleine saison au parc archéologique et j'ai peu de temps à consacrer à mon histoire. Cela dit, j'ai trouvé quelques heures aujourd'hui, entre deux visites pour m'y consacrer.
Réponses aux commentaires :
Choupette50 : Ah oui, quelle pression tu me mets ! Ça va, c'est une pression que je supporte assez bien. Pour la couverture de Sherlock, c'est une idée qui m'est venu en me rappelant une fic que j'ai lu. Dans cette fic, Mrs Hudson avait fait de la couverture d'enfant de Sherlock une écharpe. La fameuse écharpe. Et j'ai trouvé cela trop mignon, je voulais absolument y faire un clin d'œil. Il faut bien que la tension monte entre ces deux-là, vu ce que je leur ai réservé, ça ne sera pas de trop crois-moi.
Barjy02 : Je n'avais pas envisagé le sauter dessus j'avoue. Vu les circonstances, je ne pense pas que cela soit envisageable. Cela dit, je suis d'accord avec toi, la mort rapporte plus que l'amour, c'est bien connu, il existe plus de tueurs à gage que de marieurs… Dommage ça ferait un bon filon tu ne crois pas ? Il parait que l'amour c'est ringard ! Je ne suis pas d'accord, l'amour quel que soit le sexe de la personne aimée, doit être protégé ! NA !
Electre1964 : Tu sais que jusqu'à récemment, il y avait une loi française qui interdisait à une femme de porter des pantalons à moins d'être à cheval ou à vélo ! Les mœurs évoluent plus vite que la loi. Aujourd'hui, en Angleterre, il existe un mariage civil pour les personnes de même sexe. John Barrowman et Mark Gatiss (si je ne dis pas de bêtises) sont unis à leur compagnon grâce à cette loi !
Glasgow : Ca ne choque pas suffisamment apparemment pour que les choses changent. Ne t'inquiètes pas, John et Sherlock vont se retrouver trèèèèèèèèès vite. Je n'ai pas le cœur à les séparer trop longtemps.
Liseron : La société évolue toujours plus vite que la loi. Il faut un précédent ou une revendication pour qu'une loi soit discutée. C'est pour cela que je considère les pionniers de ce genre d'évolution comme des héros. Parce qu'ils n'ont pas peur de montrer que la différence est une richesse apportée à une société figée.
Vera Spurnes : Un topo sur la dépénalisation de l'homosexualité en France est disponible à la fin du chapitre !
Clina9 : Merci de ton enthousiasme à la lecture des deux derniers chapitres. Il fallait bien que je les sépare un moment, ils devaient faire le point. Je t'avoue aussi qu'ils font un peu ce qu'ils veulent en ce moment. Tout ce qu'il y a d'écrit depuis Paris, ce n'est pas du tout le plan que j'avais envisagé. Les personnages se servent de moi en ce moment. C'est moi la marionnette !
Résumé des chapitres précédents : John Watson, fils de la bourgeoisie anglaise, s'engage dans l'armée afin de prouver à son père qu'il vaut mieux que ce qu'il pense. Au lendemain de la déclaration de guerre par le roi Georges VI, il est envoyé comme médecin dans un hôpital militaire du sud de l'Angleterre. Alors qu'il pensait finir la guerre dans cet hôpital, il est appelé au front, rejoignant la 11ème division blindé de l'armée américaine. Il vivra, en tant que médecin de l'unité, le débarquement de Normandie, la bataille des Ardennes et l'avancée en territoire allemand et autrichien. Il participe à la libération du camp de Mauthausen, camp de concentration de niveau III. Il y rencontre Sherlock Holmes, qu'il prend sous sa protection. Le voyage de retour vers la France est chaotique mais l'intervention de Mycroft l'adoucira suffisamment pour laisser entrevoir un rapprochement entre les deux hommes. Nous les avons quittés alors qu'ils s'en allaient de Holmes Manor, John pour le QG des armées et Sherlock pour le 221 B Baker Street.
Apolitique et agnostique, je manipule les idées politiques et les croyances sans aucun problème de conscience. Ceci dit, certains passages peuvent vous choquer alors qu'ils me paraîtront parfaitement acceptables. Dans ce cas, faites donc une remarque et je m'efforcerai de me corriger au plus vite.
Je remercie les lecteurs anonymes, ceux qui ne laissent pas de commentaires, ceux qui placent mon histoire en favorite ou qui la suivent. Je remercie également les gens qui me suivent depuis le début ou qui me découvrent en cours de route. Je vous embrasse tous, c'est aussi pour vous que j'écris cela.
Je lui allais voir Star Trek : Into Darkness. Pour tout dire, je suis simplement aller faire la groupie mais ça m'a fait beaucoup de bien ! Je vous le recommande pour l'action évidemment, pour Benedict, bien sûr et pour l'humour du film également.
Bonne lecture
Magdaline
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Chapitre 15
Si John devait faire une échelle des culpabilités, il mettrait la culpabilité des officiers au sommet. C'était en totale contradiction avec ce qu'il pensait il y a encore un an. Il aurait dû s'y attendre pourtant. L'officier donnant les ordres et les assumant, toutes les erreurs commises par ses hommes ou par lui-même lui retombaient irrémédiablement dessus.
Alors que John pensait aider des hommes dont les seuls faits d'armes étaient d'envoyer d'autres hommes se battre à leur place, il se trouvait aujourd'hui face à des consciences tellement lourdes qu'il doutait de pouvoir les soulager un jour.
A l'hôpital militaire de Londres, les officiers rapatriés pour blessures de guerre étaient nombreux mais repartaient dans leur famille assez vite. John pensait, à tort, qu'une fois rentré chez eux, ces officiers faisaient le deuil de la guerre et de leurs soldats en compagnie de leur famille. Ce que John ignorait, c'est que toutes les familles n'étaient assez fortes pour supporter le poids de la culpabilité d'un seul homme. Il n'était pas rare de voir revenir, quelques jours après leur sortie de l'hôpital, des hommes tremblants, accompagnés de leur femme ou de leur fils demandant un internement.
Un internement ! Comme s'il y avait dans l'enfermement, un quelconque pouvoir curatif. Quand John demandait ce qui pouvait justifier cette demande, les familles décrivaient souvent des cauchemars récurrents, des crises d'angoisses ou de panique dont il était très difficile de faire sortir les anciens combattants. Les familles et les domestiques, souvent épuisées après plusieurs nuits d'angoisse, ne souhaitaient plus que se débarrasser de ces fauteurs de troubles, tout mari, père ou frère qu'ils soient.
John ne pouvait pas toujours refuser l'internement, surtout quand les symptômes décrits et constatés après une nuit en observation laissaient présager une lente dégradation de l'état mental du patient. Mais il ne s'agissait pas là de la meilleure solution. John était persuadé que les dépressions qu'il rencontrait toute la journée pouvaient se soigner à la maison, pourvu que l'entourage du traumatisé fasse preuve d'une patience infini et d'une compréhension sans bornes. C'était beaucoup demandé à la plupart des gens, il le savait. Mais au bout de deux semaines au sein de cet hôpital, il était très clair que la médecine pouvait soutenir ces patients, mais en aucun cas les soigner. La réhabilitation de ces hommes traumatisés passait par l'écoute et le travail sur soi.
Dans son service, John n'était pas le seul à penser ainsi. Il avait réussi à convertir plusieurs médecins et infirmières à sa vision des choses et il entendait bien mener à bien la mission qu'on lui avait confiée.
Malheureusement, quelques réfractaires s'empressaient, à l'instant même où il prescrivait un traitement, à détourner ou à changer ses prescriptions, alourdissant la médication, abrutissant les patients et les enfonçant plus encore dans leur mal-être.
A l'hôpital, John avait rencontré une infirmière nommée Mary Morstan. Cette joli brune aux yeux vert avait été l'une des premières à adopter sa façon de penser et le soutenait dans toutes ses décisions. Il arrivait parfois qu'elle objecte mais toujours pour une raison valable qui remettait en cause les certitudes du médecin et lui permettait d'améliorer encore ses prescriptions. C'est elle encore qui, après John puis après l'un des imbéciles qui changeait les prescriptions, donnait au patient le bon traitement, celui de John et annulait ainsi la vendetta dont le médecin était la cible.
Ils étaient devenus bons amis et John retrouvait en Mary le caractère très doux de Suzie. Cette dernière lui manquait énormément. Bien que Mary soit tout à fait compétente et ouverte à la discussion, le manque d'un côté fonceur et désapprobateur faisait de la jeune femme quelqu'un de trop doux.
Bizarrement, ces disputes avec son infirmière de camp lui manquaient. Il avait bien cherché à savoir où elle avait été affecté après leur arrivée à Paris. Mais personne ne savait ce qu'elle était devenue. John n'avait pas perdu espoir, Suzy était là, quelque part dans le monde et sauvait des vies. Il en était persuadé. Un jour, peut-être, aurait-il la chance de se disputer de nouveau avec elle. Ce jour-là serait un jour de joie, à n'en pas douter.
En attendant, Mary faisait son chemin dans son cœur de médecin. Douce, patiente et attentionnée, elle n'élevait jamais la voix. Elle savait être ferme quand la situation l'y obligeait mais il y avait toujours cette douceur prédominante.
C'était inhabituel pour John, lui qui avait été élevé dans la haine et avait passé le reste de sa vie confronté à la guerre. Il ne voyait que très peu de douceur et avait parfois du mal à admettre que les gens qu'il côtoyait au quotidien pouvaient faire preuve de douceur à son égard. Cela l'avait surpris de la part de Maud Holmes, qu'il ne connaissait que très peu et cela le surprenait aussi venant de la part d'une femme, même pas mère et pourtant d'une très grande bonté envers lui.
John sortit de ses réflexions lorsqu'on frappa à la porte de sa chambre. Il était rentré il y a peu, juste après son service, il avait été faire quelques courses et s'était effondré sur son lit en rentrant, épuisé.
« -Entrez ! »
La porte s'ouvrit sur le gérant de l'hôtel, un homme rond au visage avenant qui venait prendre de ses nouvelles régulièrement. Ancien officier de la Grande Guerre, il venait s'enquérir de l'état de son locataire ainsi que de quelques histoires du front. John ne voulait pas revenir sur ce qu'il s'était passé lors de son déploiement. Mais serait-il un bon médecin s'il ne s'appliquait pas sa propre médecine ? Il avait alors pris sur lui de raconter la guerre à cet ancien militaire plus apte, selon lui, à comprendre ce qu'il avait vécu.
« -Bonsoir Docteur.
-Bonsoir Mr Stanford ! Comment allez-vous aujourd'hui ? » Demanda poliment le médecin.
« -Je vais bien Docteur. Par contre vous, vous avez l'air épuisé ! »
John soupira.
« -Je sais, ce travail à l'hôpital me fatigue plus que la bataille des Ardennes et pourtant, Dieu sait si j'y étais fatigué ! »
L'homme haussa les épaules.
« -Vous ne vous dépensez plus Docteur, il n'y a plus que votre cerveau qui travaille. Ce n'est pas bon. Le corps doit se fatiguer de temps en temps, cela permet de bonnes nuits de sommeil. »
Autant pour le médecin, pensa John avec ironie.
« -Ne devriez-vous mettre en quête d'un appartement ou d'une chambre ? J'ai reçu un billet du secrétariat général des armées, ils payent encore cette semaine. Ensuite ce sera à vous de le faire. »
John se désola.
Ah oui, il y avait cela aussi.
Le découragement dû se peindre sur son visage car le sourire du gérant s'élargit.
« -Je n'ai pas grand-chose à faire en ce moment, je me suis permis de vous chercher quelque chose et j'ai deux ou trois adresses intéressantes. »
John, surpris, releva la tête.
Le gérant avait fait quoi ?
Stanford tendit un morceau de papier au médecin. D'une écriture brouillonne, il avait noté trois adresses pouvant convenir au blond.
« -Je … Je vous remercie Mike, mais il n'était pas nécessaire de vous donner cette peine. »
Le gérant haussa les épaules.
« -Vous travaillez trop Docteur, il faut bien que quelqu'un s'occupe de vous. Alors si je peux vous aider, c'est avec plaisir.
-Je n'ai pas l'habitude qu'on s'occupe de moi. » Dit tristement John.
« -Vous vous occupez trop des autres. » Répliqua son interlocuteur d'un ton docte.
Mike eut un mouvement de tête vers le papier.
« -Allez à ces adresses, je connais tous les propriétaires et je vous ai recommandé. Vous y serez accueilli avec joie si vous décidez d'y habiter. Bonne soirée Docteur ! »
Et il ferma la porte, laissant le médecin médusé par ces dernières paroles.
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Au 221B Baker Street, Sherlock Holmes se morfondait. Aucune affaire, rien. Pas la moindre petite énigme digne d'intérêt. Passer après Moriarty était difficile. Il n'y avait eu que ce faux suicide qui l'avait tenu éveillé durant dix minutes, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il s'agissait en fait d'un règlement de compte entre soldats démobilisés.
Une vieille affaire de vol de nourriture.
Sherlock aurait pu en rire s'il en avait eu le cœur. Non mais vraiment. Il avait été privé de nourriture durant des jours et il n'avait pas cherché à se venger !
Quel drôle de cerveau ont les êtres humains ordinaires vraiment !
Cette affaire l'avait replongé dans ses mois de captivités et dans les semaines qui avaient suivi. Il avait disséqué le plan de Moriarty, et en avait conclu qu'il n'y avait pas survécu, soit emporté par la folie des hommes soit par sa propre mégalomanie. La seconde option lui plaisait plus que la première. Ses pensées s'étaient ensuite arrêtées sur la libération du camp et son retour au pays. Il avait été heureux de voir sa mère et au final, lui parler de ce qu'il avait vécu lui avait dégagé l'esprit de beaucoup de questions.
Il savait sa mère capable de gérer les conséquences de sa confession. Il ne se faisait pas de souci pour cela. Ce qui l'inquiétait, s'il était capable de s'inquiéter, étaient les pensées qu'il avait laissées en souffrance lors de son dernier examen de conscience. Toutes ces pensées concernant John, son attitude et ses réactions qu'il ne savait pas interpréter.
Jusqu'à présent, les personnes qu'il rencontrait avait toujours été transparentes. Il n'y avait jamais eu une part de mystère dans aucun d'entre eux. Sauf peut-être Moriarty.
Mais Moriarty était un cas à part et là n'était pas la question. La seule question à ce moment précis était John.
John et son complexe du sauveur. John et ses cheveux blonds. John et ses yeux trop bleus. John.
Sherlock avait déjà rencontré des gens comme lui. Des gens qui, par leur éducation, se mettait totalement au service des autres jusqu'à s'oublier soi-même. En y réfléchissant bien, Sherlock était comme cela lui-aussi.
Mais de nouveau, là n'était pas la question.
C'est allongé sur un canapé trop petit pour lui, que Sherlock se mit à faire du tri dans ses pensées.
Il les rassembla dans un grand espace central et créa, tout autour de cet espace, plusieurs petits box auquel il apposa une étiquette. Il y avait les compétences, les faits, les réactions, le passé et les sentiments. Petit à petit, il effectua un premier tri, dispersant pêle-mêle les informations dans le box correspondant. Ce qui ne tenait pas dans un box était immédiatement supprimé.
De l'extérieur, il ressemblait à un fou dont les mains volaient, chassant les idées les unes après les autres comme s'agissait d'agaçants insectes. Sur l'écran de ses paupières par contre, l'ordre se faisait à grand coup de volonté.
Une fois les idées placées dans leur box, Sherlock entra dans chacun d'entre eux, classant ce qui était utile et ce qui ne l'était pas, supprimant, arrangeant afin d'en dresser un tableau dont il serait capable de se servir à tout moment.
Dans cette bulle intitulé John, les box des compétences, des faits, des réactions et du passé furent ordonnés en très peu de temps. Quinze minutes après avoir commencé, Sherlock s'occupait des sentiments.
Malheureusement, les sentiments étaient une chose qu'il avait éradiquée depuis la mort de son père. S'il en éprouvait, ce qui lui arrivait de temps à autre, ils ne lui servaient à rien. Mais au contact de John, les sentiments qu'il pensait avoir éradiqué avaient ressurgit au point de l'empêcher de réfléchir.
D'un geste, le médecin avait fait ressortir l'enfant qui sommeillait en lui et qui n'attendait que le retour de son père pour se laisser aller à sa bienveillante affection.
Grâce à son exceptionnelle mémoire, Sherlock se repassa les gestes d'affections qu'avait eus son père avant sa mort. Il les compara aux gestes de John puis il compara les sentiments qui l'animaient à ces moments. Ils étaient identiques. John et son père avaient eu les même gestes et lui avait fait ressentir exactement la même chose.
Troublé, Sherlock s'aventura plus loin, il voulait comprendre. Il repassa le voyage qui l'avait conduit de Mauthausen à Paris puis de Paris à Londres avec le médecin à ses côtés. Il se repassa la nuit à l'hôtel, les instants où son corps avait échappé à son contrôle. Il avait mis cela sur le compte de la fatigue. Il comprenait aujourd'hui que son corps lui réclamait cette affection depuis bien plus longtemps. Il se rendait compte qu'il avait manqué de cela et qu'aujourd'hui, à force de le brider, son corps venait lui demander des comptes.
Du désir, voilà ce qu'il avait éprouvé au contact du médecin. Le désir d'être choyé par un autre. Le désir d'avoir une place dans sa vie et d'être important à ses yeux.
Il désirait John dans sa vie et cela lui fit peur.
Il ouvrit brusquement les yeux à cette révélation, faisant voler en éclat les pensées déjà bien rangées et s'obligeant, plus tard, à recommencer.
Il voulait John dans sa vie.
On sonna à la porte, il ne bougea pas. Mrs Hudson irait ouvrir, il le savait. Et puis, il n'attendait personne. Pas même Lestrade qui devait se débrouiller seul avec ses histoires de vol à l'arraché. Ce n'était donc pas pour lui. Il n'avait aucune raison de se lever.
Il replongea dans ses pensées, fixant celles qu'il avait rangées plus tôt et tentant d'ignorer celles qu'il ne pouvait pas affronter pour le moment.
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John sortait du second appartement que lui avait recommandé Mike Stanford. Il ne viendrait pas vivre ici. L'appartement était trop sombre, le loyer un peu trop élevé et la logeuse trop intrusive. En dix minutes de rendez-vous, elle avait posé plus de question sur sa vie privée que sur ses ressources financières et ses horaires de travail. Non, vraiment, il ne voulait pas vivre là. Il voulait garder son indépendance.
Il posa les yeux sur le morceau de papier supportant les adresses. La dernière se situait à deux pâtés de maison. Il irait donc à pied. Un peu d'activité physique ne lui fera pas de mal. Mike Stanford avait raison sur ce point. Il manquait d'exercice. S'il revenait de l'hôpital à pied plutôt qu'en métro, peut-être que cela lui ferait du bien. C'était une idée comme une autre. Il essayera demain.
En attendant, il regarda autour de lui. Le quartier lui plaisait et la bouche de métro était prêt de l'endroit où il allait peut-être vivre. Pour l'instant, toutes les conditions étaient rassemblées pour le faire rester dans ce coin de la ville. Il espérait que l'appartement serait à la hauteur.
Il frappa à la porte d'une maison à deux étages, typiquement londonienne à la façade claire et aux huisseries foncées. Identiques à toutes ses voisines, elle était le parfait refuge d'un homme qui ne voulait pas se faire remarquer.
Les loyers dans le quartier étaient relativement élevés mais Stanford avait négocié avec la propriétaire. Il payerait un peu moins cher en échange de petits services. Cela ne le dérangeait pas. Il voulait bien faire les courses à une vieille dame même si le loyer ne descendait pas. Il était comme ça, il aimait rendre service.
C'est en effet une dame assez âgée qui lui répondit. Son visage ridée et son sourire avenant plurent tout de suite à John qui, mit en confiance par quelques échange de politesse, accepta de prendre le thé avec la logeuse afin de discuter des conditions.
Elle le reçut dans un intérieur charmant quoiqu'un peu désuet. L'odeur de scones et de thé s'ajoutant au côté charmant de l'appartement. La logeuse servit le thé avant de commencer.
« -Il s'agit d'un hébergement un peu particulier Docteur Watson. »
Surprit, le médecin avala sa gorgée de thé avant de demander.
« -En quoi est-il particulier ? »
La logeuse paru gêné un instant avant d'avouer :
« -En réalité, il s'agit d'une colocation. »
John fronça les sourcils.
« -Ce n'était pas mentionné sur le billet de Monsieur Stanford. »
La vieille dame eut le bon goût de paraître coupable.
« -Je lui ai demandé d'omettre ce détail. Mais il y a une bonne raison ! » S'exclama-t-elle en voyant le visage de son interlocuteur se fermer.
« -Le jeune homme à qui je loue cet appartement est… comment dire… particulier.
-En quoi est-il particulier ? » Demanda John.
« -Et bien, il reviens d'un long voyage et n'a pas vraiment les habitudes du commun des mortels. »
Les sourcils de John se froncèrent encore plus.
« -C'est-à-dire ?
-Il ne mange pas vraiment à heure fixe, voire même pas du tout. Il ne le fait que lorsque je l'y oblige et je ne suis pas tout le temps présente. C'est un scientifique vous savez, il effectue toutes sortes d'expériences dans la cuisine de l'appartement et il peut se taire pendant des jours. »
John sourit.
« -Il s'agit là des petits services dont parlait M. Stanford. »
De nouveau, la vieille dame parue honteuse de son stratagème.
« -Vous êtes médecin. J'espérai qu'à votre contact, il s'ouvre un peu plus et accepte de s'occuper de lui. Mais vous êtes libre de refuser ! » Précisa-t-elle rapidement.
Le sourire de John devint bienveillant.
« -Je m'occupe des autres toute la journée, j'avais espéré un peu de calme à vrai dire mais… l'endroit me plait pour le moment, j'aimerai visite l'appartement et rencontré ce monsieur. Quand puis-je revenir ? »
Si un sourire pouvait illuminer une journée sombre, celui de la logeuse en aurait éclairé dix.
« -Oh mais il est là, voulez-vous le rencontrer maintenant ? »
John haussa les épaules.
« -Pourquoi pas, je saurai à qui j'ai affaire. »
Il n'avait jamais vu une vieille dame se lever si vite. La légère grimace qui suivit ce mouvement indiqua au médecin que la hanche la faisait souffrir.
« -Soignez-vous vos douleur articulaires Mrs … ?
-Mrs Hudson ! Oui, je les soigne mais le traitement que m'a donné le médecin a un effet très relatif. Sherlock m'aide pour cela. »
Elle allait s'en retourner vers l'escalier menant à l'étage quand elle vit le médecin se figer.
« -Docteur Watson ? » Demanda-t-elle, soucieuse de son presque nouveau locataire.
« -J'ai connu un Sherlock pendant la guerre. Désolé, ce sont les souvenirs d'un vieux soldat fatigué.
-Ne soyez pas bête très cher, vous n'êtes pas vieux ! »
Et elle le guida vers les escaliers. La galanterie aurait voulait qu'il reste derrière elle en cas de chute. Et cela lui convenait parfaitement. Il ne voulait pas qu'elle voit son visage.
Alors qu'il montait les escaliers, tout un tas de scénarios se bousculaient dans sa tête. Sherlock n'était pas un nom courant en Angleterre. Lui-même, alors qu'il avait côtoyé beaucoup de monde, n'en connaissait qu'un. Etait-ce vraiment ce qui l'attendait en haut de cet escalier ? Allait-il revoir Sherlock Holmes plus vite que prévu ? Si vraiment c'était lui, pourquoi n'était-il pas resté auprès de sa mère ? Elle devait prendre soin de lui ! Pourquoi la quitter ?
Toutes ces questions ne trouvèrent pas de réponses. Ils étaient en haut de l'escalier et Mrs Hudson poussait déjà la porte, dévoilant l'appartement du 221 B Baker Street.
« -Sherlock, j'aimerai vous présenter quelqu'un mon garçon ! »
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Et voilà !
Un de plus. Comme je suis un poil en retard, j'ai corrigé ce chapitre deux heures après l'avoir écrit. D'habitude, je mets un point d'honneur à laisser au moins une journée entre l'écriture et la relecture mais je ne voulais pas vous faire patienter davantage. Excusez donc les fautes qu'il reste, mon cerveau n'a pas eu le temps de se reposer.
Une petite précision concernant l'internement de nos jours :
Lorsqu'une personne n'est pas en mesure d'exercer son consentement et que son hospitalisation est considérée comme nécessaire par les médecins, elle peut subir une hospitalisation sans consentement. Cette définition ne concerne pas le cas d'une victime inconsciente, son hospitalisation relevant alors de l'urgence. Dans la plupart des démocraties, l'hospitalisation sans consentement est une mesure d'exception, puisque le patient doit normalement être associé à la démarche thérapeutique, excluant toute possibilité d'internement.
Le cas typique d'hospitalisation sans consentement est un trouble mental empêchant la personne de se prendre en charge, ou induisant un comportement dangereux pour elle-même ou son entourage. Dans certains cas, concernant les mineurs, l'hospitalisation sans consentement peut être ordonnée pour des raisons purement somatiques, par exemple si les parents s'opposent aux soins de leur enfant par conviction religieuse ou philosophique alors que la vie de ce mineur est menacée par cette décision.
Le transport peut nécessiter des mesures de contention ou de sédation.
Et une autre précision sur la dépénalisation de l'homosexualité en France :
Les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres en France ont évolué à travers le temps.
La Révolution française décriminalise les relations homosexuelles dès 1791. Toutefois les homosexuels et les travestis sont soumis à un harcèlement policier en raison des lois sur l'outrage public à la pudeur ou l'attentat à la pudeur. En 1942, le régime de Vichy introduit pour la première fois différentes majorités sexuelles pour les relations hétérosexuelles et homosexuelles. Cette législation discriminante reste en vigueur jusqu'en 1982.
Une protection contre les discriminations en raison de l'orientation sexuelle est introduite dans la loi en 1985 et les insultes homophobes sont pénalisées depuis 2004. Les couples de même sexe sont reconnus par le concubinage et l'adoption du Pacte civil de solidarité en 1999. Le mariage des couples de même sexe est définitivement adopté par le parlement le 23 avril 2013 et promulgué au Journal Officiel de la République française le 18 mai 2013.
Depuis 2009, la transsexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale.
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les recueils de lois rangent les relations homosexuelles parmi les crimes méritant la mort. Claude-Joseph de Ferrière définit ainsi en 1769 la « luxure abominable » « qui mérite peine de mort » :
« On appelle luxure abominable celle qui consiste dans la bestialité, l'inceste, la sodomie, le commerce impudique des femmes luxuriant avec elles-mêmes, qui sont tous crimes exécrables qui proviennent de l'impiété & de l'irréligion, & qui méritent peine de mort. »
— Claude-Joseph de Ferrière, Dictionnaire de droit et pratique
Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre - 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l'absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants ne sont plus poursuivis par la loi, en France. Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s'intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d'homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s'est poursuivi jusqu'en 1981.
Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l'alinéa 1 de l'article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l'âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :
« Sera puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d'autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l'un ou de l'autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »
Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s'agissant d'actes sexuels avec un mineur (21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n'est pas abrogé comme ce fut le cas pour un grand nombre de lois pétainistes. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l'alinéa 3 de l'article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit « …d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »
En 1974, l'âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l'âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal). Avec cette modification, l'alinéa 38 de l'article 331 reste dans le Code pénal jusqu'au 4 août 1982, date où entre en vigueur la loi Raymond Forni, rapportée par Gisèle Halimi et soutenue par Robert Badinter, adoptée le 27 juillet 1982.
Avec l'article 331 du Code pénal, il y a une seconde loi qui faisait mention explicitement de l'homosexualité : l'ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l'alinéa 2 de l'article 330 du Code pénal), prise à la suite de l'amendement Mirguet, qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s'agissait de rapports homosexuels (cette disposition a été supprimée en 1980).
En 1982, la législation discriminatoire concernant l'âge de consentement est abolie et par la loi Quilliot sur les droits et les devoirs des bailleurs et locataires, le mode de vie homosexuel cesse d'être une cause d'annulation du bail d'habitation. En 1983 la loi Le Pors, portant droits et obligations des fonctionnaires, supprime les notions de « bonne moralité » et de « bonnes mœurs » du statut général des fonctionnaires.
En 2004, la loi instaurant la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) mentionne l'homophobie parmi les motifs de discriminations et pénalise les propos publics incitant à la haine, diffamatoire ou injurieux en raison de l'orientation sexuelle. En 2005 un décret pénalise également la diffamation, l'injure et la provocation à la haine non publiques.
Le Code pénal punit les discriminations en raison de l'orientation sexuelle et considère comme circonstance aggravante le fait qu'un crime ou délit soit commis en raison de l'orientation sexuelle ou supposée. Depuis 2012, l'identité sexuelle réelle ou supposée fait également partie des critères de discriminations et des circonstances aggravantes.
Voilà pour Vera Spurnes.
Je vous retrouve au chapitre suivant en espérant que vous y serez.
Je sais, c'est un horrible cliffhanger mais je ne me voyais pas terminer ce chapitre autrement.
Je vous embrasse.
Magdaline
