Salut a tous. Je voulais poster ce chapitre plus tôt, mais j'ai été trop occupé et je m'en excuse. Mais le voilà enfin ce nouveau chapitre que vous attendez depuis si longtemps.

J'espère ne pas vous avoir perdu depuis le temps.

Bonne lecture,

Sweety


Résumé: Teresa, une jeune esclave, est acheté par Jane, un homme riche, contre l'esclave. Se passe au milieu du 19eme siècle. Univers Alternatif.


Chapitre 18


Rigsby ferma la porte de sa chambre avant de soupirer. Depuis leur petite dispute sur le bateau, ni lui ni Grace ne s'étaient vraiment parlé. Elle était énervée en ce moment, et pour une fois, il avait décidé de lui laisser de l'espace. Bien sûr il savait que ce travail était important pour elle, et à quel point elle était bonne. Il l'avait encore réalisé à la fête de Noël. Elle avait accueillit les invités inattendus avec surprise, mais ne s'était pas laissée…

-" Wayne ?"

Il sursauta de surprise lorsqu'il vit son amour se lever de son lit. Elle portait toujours sa tenue civile, et l'attendait apparemment depuis longtemps.

-" Que veux-tu ?" Demanda-t-il un peu plus brusquement qu'il l'aurait voulu. La rousse tressaillit à sa phrase et il regretta immédiatement d'avoir utilisé ce ton avec elle.

-" J'avais besoin de te parler. Ça ne pouvait pas attendre… en quelque sorte."

-" Quel est le problème ?" Demanda-t-il d'une voix plus douce. Elle se leva et s'approcha de lui. Malgré le froid entre eux, il ne pouvait s'empêcher de l'admirer, une fois encore. Elle était une femme mince, belle, forte tête et passionnée aux cheveux roux, à la peau pâle et aux yeux sombres. Il ne se lassait jamais de tracer des cercles sur son épaule, la regarder, de près ou de loin, éveillée ou endormie… Dans n'importe quelle élégante robe, il pariait qu'elle pourrait être confondue avec une riche femme bien éduquée. La rencontrer, dans son esprit, était la meilleure chose qui lui soit arrivée. Et même s'il savait qu'il ne l'avouerait jamais à haute voix, il avait de forts sentiments pour la merveilleuse femme se tenant là.

-" Je… je suis venus ici parce que…" elle se mordit la lèvre inférieure, ne sachant pas comment annoncer la nouvelle qu'elle avait à annoncer: " J'ai parlé à Mr Jane à propos de ça, et il est d'accord. Il… ce qui arrive ne veut pas dire que je quitte mon travail ou quoi que ce soit, je… Je… tu avais besoin de savoir" elle renifla et grogna pour elle-même " Mince, je déteste quand je m'embrouille."

L'entendre parler ainsi le fit sourire un peu. Ce n'était pas tous les jours que sa Van Pelt était d'assez mauvaise humeur pour jurer.

-" Continue" dit-il. Qu'importe ce qu'elle allait lui dire la rendait nerveuse. Aussi longtemps qu'elle ne le repousserait pas, Rigsby se dit qu'il pourrait gérer quoi que ce soit…

-" Wayne, je suis enceinte. Et qu'importe si tu le veux ou pas, je le garde."

…. Sauf peut-être ça.

- Slave -

La lumière commençait à se faire un chemin à travers les rideaux à demi ouverts, mais Teresa l'ignora et changea de tenue. Elle avait une journée à remplir avant d'être en état de penser. Et penser était la dernière chose qu'elle voulait faire en ce moment. Tout ce qu'elle avait à faire était de se concentrer sur ses tâches de la journée, reprendre sa routine. Pour un jour, tout devait être normal.

" Son père ne faisait que répéter 'déshonneur' 'disgrâce' et 'putain'"

Elle ramassa le linge humide et le laissa tremper dans l'eau chaude. Emma dit quelque chose au sujet du 'baiser' de l'autre nuit, et elle la repoussa avec un sourire. Van Pelt l'appela pour le déjeuner.

" Le frère aîné ?" Dit la voix amère de Brooke. " Non, définitivement pas son allié. Je crois qu'il est en colère après elle à cause de sa soudaine disparition, les laissant tous les trois face à leur père. Je parie qu'il s'appuyait trop sur Teresa, et ne savait pas comment réagir quand elle a disparu si subitement. La seule façon qu'il avait d'y faire face était de haïr sa sœur."

Les draps secs devaient être repassés. Florin avait besoin d'aide dans les stalles des chevaux. Changer l'eau. Les laver. Elle aimait sentir leurs poils durs sous ses doigts.

" Le second, Thomas, ne s'en inquiète pas vraiment… Nous ne l'avons même pas vu, juste entendu son nom. Je pense qu'il ne voulait pas sortir de la bibliothèque."

L'heure du diner. La soupe de Julian était délicieuse, comme toujours. Emma et Florin rigolaient à une blague d'Elise. Elle se joint à eux, riant aussi. Van Pelt et Rigsby agissaient bizarrement l'un envers l'autre, et Cho demanda impassiblement à Rigsby s'il avait fait sa demande.

" Le plus jeune… tu aurais dû voir son visage lorsqu'il a mentionné son nom. Il voulait tellement la voir…"

La nuit est tombée. Elle offrit d'aider à nettoyer la cuisine avec Julian, mais il refusa. Il lui dit qu'elle avait besoin de repos.

" J'ai dû lui promettre qu'elle ne reviendrait pas, sauf si elle était bien protégée. Ou mariée," continua Brooke avec de l'amusement dans la voix. " Que vas-tu faire Patrick ?"

Elle ferma la porte de sa chambre et commença à se dévêtir. Sa tenue de femme de ménage tomba sur le sol et elle se dirigea vers le bassin.

" Je dois lui dire" dit la voix de Jane. Son ton tremblait encore, mais était déterminé. " Si tu as raison, je ne peux la laisser partir."

Elle glissa dans l'eau chaude et ferma les yeux, savourant la sensation.

" Je lui parlerai demain soir. Je ne sais pas comment lui dire mais…"

-" Teresa ?"

Sa voix se fana dans sa mémoire et devint réelle. Elle se redressa dans sa baignoire et se tourna vers lui. Ce ne fut là qu'elle réalisa qu'elle ne l'avait pas vu de la journée… ou plutôt qu'elle l'avait évité toute la journée. Il avait l'air fatigué, mais elle avait besoin d'une chose de lui, afin de poursuivre sa routine.

-" Teresa, tu vas bien ? Tu es pâle…"

La jeune femme sortit de son bain et s'approcha de lui, une main sur sa poitrine et se mettant sur la pointe des pieds pour toucher ses lèvres.

-" Bonsoir, Jane" dit-elle d'une voix taquine.

" Je vais la garder, quoi qu'il arrive…"

Ses mains déboutonnèrent sa chemise avec une aisance due à la pratique, et elle les glissa sous le tissu. Elle pouvait sentir la chaleur de sa peau, les battements de son cœur accélérer, et elle n'eut pas besoin de croiser ses yeux pour savoir qu'ils s'allumaient lentement d'un feu nommé désir. Ses lèvres embrassèrent sa mâchoire, suivant une ligne jusqu'à sa gorge. Elle savait qu'il aimait ça. Puisqu'elle était complètement nue, elle pouvait sentir ses réactions facilement.

-" Teresa…" commença-t-il. Elle savait qu'il voulait parler. Ce n'était pas sa priorité.

-" Sois juste tranquille et prends moi."

Elle était nue dans ses bras, le frottant aux bons endroits. Il ne pouvait pas prévoir qu'elle savait déjà. Un tout autre soir, il l'aurait prise dans ses bras et l'aurait déposé sur le lit, elle aurait fermé les yeux et l'aurait laissé éloigner les doutes pour quelques heures. Mais non, il devait sentir que quelque chose n'allait pas.

Il recula d'un pas, attrapa la serviette la plus proche, enveloppa son corps et s'allongea avec elle, la tenant contre lui. Ses mains glissèrent dans ses cheveux humides et il lui embrassa le front.

-" Parle-moi Teresa. Qu'est-ce qui ne va pas ?"

Elle détestait ça, lorsqu'il voyait à travers elle. Lorsqu'il savait quand ça n'allait pas.

-" J'ai le mal du pays" murmura-t-elle, posant sa tête sur son torse. La respiration de Jane s'accéléra légèrement. Elle reconnut les signes d'agitation, n'eut même pas besoin de le regarder dans les yeux. Elle identifiait plus facilement ses sentiments la nuit, lorsqu'elle écoutait les battements de son cœur.

-" Tu veux rentrer chez toi ?"

Et voilà. L'intonation inquiète mais contrôlée. Teresa posa une main sur son torse et commença à faire des dessins imaginaires. Il était supposé lui annoncer la terrible nouvelle. Elle se demanda comment il allait s'en sortir.

-" Mes frères me manquent, Jane. Je ne les ai pas vus depuis un an."

-" Tu ne peux pas rentrer" coupa-t-il rapidement, la regardant droit dans les yeux. " Il y a… comment vais-je le dire…"

-" Pourquoi ne puis-je pas partir ?" Demanda-t-elle brusquement. " Tu as peur que ma famille me rejette après si longtemps ?"

Les yeux de Jane ne quittèrent pas les siens. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il comprenne.

-" Tu m'as entendu parler avec Brooke et Walter."

Son ton n'était pas accusateur, mais plutôt déçu. Il devait penser que de tous ses employés elle serait la dernière à écouter aux portes. Teresa secoua la tête et grogna

-" La seule chose que je savais était que tu étais bouleversé. Donc oui, j'ai écouté. Je voulais savoir pourquoi, pour te remonter le moral plus tard. C'était la première fois que je faisais ça."

-" Tu dois donc comprendre pourquoi je ne peux te laisser partir."

Elle le foudroya du regard. Il supporta sa colère, et cela la frustra encore plus.

-" Tu n'as pas le droit de diriger ma vie" grogna-t-elle, tenant sa serviette plus serrée contre son corps. " Et je sais que ma famille ne m'aurait jamais trahie comme ça ! Mon père m'a vendue dans un élan d'ivresse. Il ne savait pas ce qu'il faisait."

Le blond secoua tristement la tête.

-" Tu refuses de voir la vérité, Teresa. Ton père t'a vendue de sa propre initiative. Personne ne l'y a forcé."

La jeune femme se redressa à ses mots et le dévisagea. Elias avait dit exactement la même chose.

Jane prit un morceau de papier de sa poche et le lui tendit. Elle le prit prudemment et l'ouvrit. Un contrat, de l'entreprise Elias. Une écriture familière témoigna " Moi, Peter Lisbon, accepte de vendre ma fille aînée Teresa Lisbon pour trois cents dollars à l'acheteur présent Brad Elias, et ce faisant j'abandonne tous mes droits parentaux sur elle." Un autre texte en dessous précisait qu'il ne pourrait pas réclamer le retour de sa fille, à aucun de ses maîtres ou à l'entreprise elle-même, et ça même si elle était libérée par la suite. La signature de son père était parfaitement lisible en bas de la page, suivit par le sceau familial. Le contrat avait débuté le quinze Septembre et avait été finalisé le vingt. Cinq jours. Laissant assez de temps à son père pour dégriser, et changer d'avis.

-" C'est l'original" murmura doucement Jane. " Harper l'a volé elle-même dans le bureau de Elias. Je suis désolé Teresa, mais tu avais besoin de le voir de tes propres yeux."

Elle ne pouvait pas y croire. Elle dut s'asseoir sur le lit et le relut trois, quatre fois avant que son cerveau finisse par enregistrer les faits. Une année entière, elle avait crut que son père avait agit sous la suggestion, avait accepté de la vendre parce que Elias l'y avait forcé. Ce papier lui prouvait qu'elle avait tort. Le marchand avait parlé de sa mère morte, mais était-ce tout ce qu'il savait ? Il avait laissé ses gardes abuser d'elle, l'avait même abusé lui-même une fois ou deux, parce qu'il savait ce qu'elle avait subit ?

Elle posa le papier sur son lit et détourna les yeux.

-" C'est pas possible Jane" dit-elle trop calmement. " C'est pas possible. Il ne… Mon père n'aurait jamais…"

Le blond sentit que quelque chose n'allait pas et se rapprocha. Son visage exprimait une réelle préoccupation et de la culpabilité.

-" Je suis désolé. J'aimerais que ce soit différent. Mais tu dois comprendre la réalité de tout ça. Si tu retourne auprès de ta famille, peu importe combien tu…"

-" Ce n'est PAS vrai !" Aboya-t-elle le regardant avec panique. " Ce… ce bout de papier est un faux, c'est pas possible! Tu ne comprends pas, il…"

Durant un an, la seule pensée qui lui avait permis de ne pas devenir folle avait été son éventuel retour dans l'Ohio. Durant un an, l'envie de retourner dans sa famille, voir ses frères, son père, ses voisins, ses amis de nouveau, avait été la seule raison pour laquelle elle se battait encore. Et ce bout de papier et la conversation de la veille avaient réduit tous ses espoirs à néant. Les raisons pour lesquelles elle voulait tellement fuir s'écroulaient.

Une main se posa sur son épaule.

-" Ne me touche pas !" Cria-t-elle en le repoussant. La dernière chose dont elle avait besoin pour le moment était qu'il tente de la réconforter. Il était celui qui lui avait donné la terrible nouvelle. A cet instant, elle le haïssait. Elle voulait exploser, lui cracher au visage pour le sentiment de trahison se formant en elle. Son père l'avait vendu volontairement. Ray voulait la tuer ou ne jamais la revoir. Tommy s'en fichait. Chris avait supplié Mashburn de ne pas la ramener, pour la protéger.

Des larmes se formèrent dans ses yeux et elle laissa échapper un cri exaspéré. Ça n'était pas possible. Ça ne pouvait pas arriver. Plus rien n'était en place dans sa tête. Une seule pensée y restait. Ils l'avaient trahie. Il l'avait trahie…

Lorsque Teresa s'appuya contre le mur et se laissant glisser au sol, Jane sut qu'elle était sur le point de craquer. A sa place… il se renfermerait et enfouirait profondément ses sentiments, comme une bombe à retardement. D'une certaine manière, il était rassuré qu'elle ne soit pas comme lui. Son emportement lui avait fait savoir exactement où elle se trouvait, et il était heureux d'avoir été le seul témoin.

Si un autre était venu et l'avait vu dans un tel état, elle se serait détestée plus tard pour s'être montrée si vulnérable. Sachant que ses sanglots finiraient par attirer l'attention de quelqu'un il s'agenouilla près d'elle et tapa légèrement son épaule. Elle ne releva pas la tête, il s'assit donc à côté d'elle et attrapa ce qu'il put de sa joue pour la forcer à le regarder. Ses yeux étaient rouges et gonflés, sa peau humide d'avoir pleuré, et ses cheveux en batailles.

-" Oh Teresa" murmura-t-il tristement.

Elle se mordit la lèvre inférieure et tenta de détourner le regard. Il la maintint fermement.

-" Regarde-moi Teresa" ordonna-t-il d'une voix douce et apaisante. Peut-être que de l'hypnotiser maintenant n'était pas la meilleure des solutions, mais au moins cela l'aiderait à faire face à ses émotions. Lorsqu'elle obéit, il continua " Regarde-moi" répéta-t-il fermement. Ses défenses étaient si basses qu'il ne sentit aucune barrière. " Je veux que tu te détendes, et penses à quelque chose de bien, quelque chose que tu aimes. Ça peut être n'importe quoi, nourriture, personne, couleur, n'importe quoi."

Elle hocha légèrement la tête et se calma un peu.

-" Maintenant ferme les yeux et concentre toi sur ce sentiment que tu as avec ce quelque chose. Tu à besoin de te sentir en sécurité, protégée. Rien ne te fera de mal."

Ses paupières se fermèrent et elle respira profondément. Maintenant, même si elles continuaient de couler le long de ses joues, ses larmes étaient silencieuses.

-" Tu te sens détendue maintenant, et tu contrôles totalement tes pensées, tes émotions. Tu es parfaitement en sécurité Teresa, tout va bien."

-" Tout ne va pas bien" murmura-t-elle d'une tremblante petite voix, sans ouvrir les yeux.

-" Euh… Tu as raison" admit-il à contrecœur. " Mais tu te sens en paix."

Elle hocha de nouveau la tête.

-" Maintenant, je vais toucher ton front, et tu vas te réveiller calme et sereine. Tu te sentiras peut-être triste, mais tu te sentiras mieux. D'accord ?"

Teresa acquiesça en silence et ouvrit les paupières lorsqu'il effleura son visage. Ses yeux rencontrèrent les siens, et il sut qu'il s'en était bien sorti. Malgré la tristesse, elle se contrôlait mieux.

-" J'ai besoin de sortir Jane, prendre l'air" murmura-t-elle en regardant ailleurs.

-" Alors vas-y" répondit-il doucement, ne voulant pas l'effrayer. " Souviens-toi juste que nous sommes tous là. Tu n'es pas seule."

La jeune femme se leva, enfila la robe qu'elle avait empruntée à Van Pelt et sortit de la pièce. Jane ne bougea pas et ferma les yeux. Il se détestait à cet instant. Il détestait le fait que, bien qu'elle soit en sécurité -il pouvait lire dans ses yeux qu'elle n'allait pas revenir, Teresa avait le cœur brisé. Il détestait le fait de ne pouvoir anticiper ce qu'elle allait faire, et plus que tout, il détestait la petite part de lui qui dansait joyeusement, parce qu'il était très probable qu'elle reste.

- Slave -

Harper se promenait dans les jardins, cherchant une distraction. Mashburn se trouvait dans la bibliothèque avec un bon livre et elle n'était pas assez fatiguée pour aller au lit. Avec un peu de chance, elle pourrait surprendre Emma et Florin se bécoter. Ces deux-la étaient si faciles à taquiner… Puis elle vit une silhouette sur un banc. Teresa était assise là, fixant quelque chose devant elle. La femme savait que Patrick avait promit de lui parler assez tôt, mais elle doutait qu'il ait trouvé les bons mots. Au final, aucun mot ne pourrait adoucir une telle souffrance.

Décidant de faire elle-même une mise au point de la situation, Harper se dirigea vers la jeune femme. Teresa était si absorbée par ses pensées qu'elle ne la remarqua que lorsqu'elle s'assit près d'elle.

-" Oh, Miss Harper" balbutia-t-elle, surprise.

Malgré l'obscurité, la femme remarqua les sillons humides sur ses joues. Donc Patrick lui avait dit.

-" C'est Brooke, Teresa" la réprimanda-t-elle gentiment. " Il fait un peu froid dehors… Pourquoi êtes-vous là ?"

Le visage de la jeune femme se ferma et elle détourna les yeux.

-" Je n'ai pas envie de parler."

-" Je suis dehors parce que je m'ennuie" dit Harper, ignorant ses mots. " Walter lit un de ces auteurs européens que je n'ai jamais vraiment compris. Pas que je n'aime pas lire. Et vous ?"

C'était en vu de la distraire, avant d'achever son plan final. Apparemment, ça fonctionnait.

-" Romans, la plupart du temps" répondit-elle tranquillement. Harper sourit brièvement.

-" Je dois dire, vous avez été chanceuse de naître dans la classe moyenne. Vous avez pu apprendre à lire, écrire, toute sortes de choses comme ça. Ma famille était trop pauvre pour se le permettre… perte de temps" elle fronça les sourcils à ses dernières paroles. " J'ai appris à lire par la Bible. Un vieux prêtre vivant pas trop loin de notre maison m'a apprit, parce qu'il a trouvé que j'étais plus désireuse d'apprendre que ses propres élèves. Lorsque mon père l'a apprit, il m'interdit d'y retourner. Je devais avoir dix ans à cette époque… J'étais si déçue que j'ai pris mes affaires et pris la route pour vivre par moi-même." Elle fit une pause, et ajouta doucement " Je suppose que j'ai eu de la chance de survivre. Manipuler les gens, c'est un art que l'on apprend seul. Et rapidement, je suis devenue douée dans ce domaine, très douée."

Teresa ne répondit rien, fixa simplement la terre nue à ses pieds.

-" Je suis retournée les voir, cinq ans plus tard" Harper vit une lueur d'attention dans ses yeux. " Deux de mes sœurs étaient mariées et avaient des enfants, un frère avait quitté la maison peu après moi, les deux garçons et la fille restant travaillaient à l'usine." Elle renifla alors " Ils n'ont pas voulut me reconnaître. Lindsay m'a tourné le dos, Ben et Dan ne m'ont même pas regardé. Ma mère m'a ignorée et mon père m'a menacé de me chasser. Je revenais avec un sac contenant mille dollars que j'étais parvenue à économiser pour eux. La seule connaissance heureuse de me revoir, c'était le vieux prêtre à qui j'ai donné cent dollars. J'ai jeté le reste de mon argent dans la rue durant la nuit. Je n'y suis jamais retourné, et n'ai jamais revu aucun d'eux depuis."

Teresa ferma les yeux et respira profondément. Harper réalisa un peu tard que sa voix était devenue plus froide vers la fin de son récit. Elle prit l'une des mains de la jeune femme et la serra un peu.

-" Je le regrette parfois" parla-t-elle de nouveau. " Mais leur…indifférence à mon égard m'a définitivement blessée. J'ai vingt six ans, et lorsque j'y pense, ça fait encore mal. Si j'avais eu des gens à qui parler à cette époque, peut-être que la douleur aurait été un peu apaisée. Mais j'étais seule, et je suis trop âgée pour leur pardonner ou tenter de les comprendre maintenant."

-" Ils m'ont vendue" répondit brusquement Teresa. " Il ne voulait plus de moi, et il m'a vendue. Votre famille vous a trahi en vous ignorant, mais vous êtes partit en premier. Je n'ai jamais voulu les laisser. Je ne pouvais pas les laisser. Je les aimais, et ils m'aimaient."

-" Alors, pourquoi vous a-t-il vendu ?" Demanda Harper, allant directement au but et ignorant son ton amer.

-" J'ai fait une erreur" murmura-t-elle, la voix tremblante. " J'ai fait une énorme erreur. J'ai fait confiance à une personne malgré les avertissements de mon père et voilà où je suis aujourd'hui."

La femme sentit la prise de Teresa se resserrer sur sa main alors qu'elle commençait à trembler. Elle la tint et resta calme, sachant que Teresa allait confesser quelque chose dont elle avait honte, et lui faisant comprendre que par son passé elle ne la couperait pas, ni ne la jugerait. La principale raison pour Harper d'avoir évoqué son histoire était pour équilibrer les choses. Donne et reçoit. Si elle voulait que Teresa lui parle, elle devait lui dire sa propre histoire. C'était quelque chose que Patrick n'avait, hélas, pas encore comprit.

-" C'était un ami d'enfance" commença-t-elle, " plus âgé que moi. Nous parlions pendant des heures dehors, nous rencontrions dans différents endroits. 'Nos endroits', nous les appelions. Après la mort de maman, il nous aidait mes frères et moi, spécialement après que mon père ait commencé à boire. J'avais à peine quinze ans lorsqu'il a demandé ma main."

Un mouvement dans les buissons proches attira l'attention de Harper. Elle réalisa qui les avaient rejoints, mais garda le silence pour écouter la plus jeune.

-" J'étais fiancée à mon meilleur ami, à quelqu'un que j'aimais" Teresa eut un rire amer. " Un an plus tard, sans explications, mon père a tout annulé" sa voix mourut, et elle ajouta calmement: " Sam était si furieux. Je ne l'avais jamais vu si bouleversé… Plus tard j'ai compris qu'il voulait m'épouser pour avoir accès à la fortune de mon père. Il avait des problèmes avec l'entreprise familiale, et même si nous n'étions pas spécialement riches, nous étions quand même les plus riches dans la région. Malgré les avertissements de mon père, je suis allée voir Sam une dernière fois."

De nouvelles larmes se formèrent aux coins de ses yeux et tombèrent doucement sur les précédentes traces.

-" Il ne voulait pas m'écouter. Il était en colère et ivre quand je l'ai vu. Nous étions seuls dans cette partie du manoir, et … et il a commencé à crier, répétant que j'étais à lui et que je n'appartenais à personne d'autre, et il a commencé à m'embrasser et avant que je ne comprenne ce qui arrivait, nous étions dans sa chambre."

Harper avait souvent traité avec la colère. Envers sa famille, envers les gens qui la sous-estimaient, envers les ennemis de ses deux amis… mais elle n'avait jamais eut cette subite envie de tuer quelqu'un ainsi. Son propre style de vie ne lui avait jamais permis d'être assez proche de quelqu'un, mais la déception dans la voix de la jeune femme lui fit comprendre combien elle avait été blessée à l'époque. Malheureusement, elle reconnaissait les intentions de ce genre d'homme, c'était facile à lire. Il voulait qu'elle tombe enceinte, donc à la fin, pour éviter la honte, son père aurait été forcé d'accepter l'union.

Elle caressa le dos de la main de Teresa avec son pouce, forçant sa colère intérieure à se calmer.

-" Mon père a fini par l'apprendre. Il avait tellement honte de moi qu'il ne pouvait pas me regarder dans les yeux. Les gens disaient toujours que j'étais le portrait vivant de ma mère, et je pense qu'il ne pouvait supporter l'idée que je sois… contaminée. Quelques semaines plus tard, Elias était en ville. Une nuit, deux hommes sont venus chez nous. Père m'a dit d'aller avec eux, et après, je me suis retrouvée dans le bureau de cet homme, évaluée pour un bon prix, et un putain de numéro autour du cou !"

Sa voix était froide et en colère. Harper regarda rapidement vers les buissons et hocha la tête. Deux silhouettes arrivèrent silencieusement, et elle reporta son attention sur la jeune femme. Elle prit son visage dans ses mains et effaça les larmes avec ses pouces. Les yeux de Teresa étaient toujours humides, mais elle s'était calmée. Raconter son histoire à quelqu'un lui avait fait du bien. Harper choisit soigneusement ses prochains mots, sentant qu'elle parlait à un enfant bouleversé.

-" Vous êtes entre de bonnes mains maintenant. Ne vous renfermez pas face aux gens qui veulent vous aider. Vous aimez cet endroit, n'est-ce pas ?" Teresa hocha la tête. " Alors, restez ici aussi longtemps que vous le pouvez" Elle se pencha près de son oreille et murmura " Et s'il vous le propose, dite 'oui'. Il ne vous fera pas souffrir, et fera tout pour vous rendre heureuse."

Elle embrassa le front de la plus jeune et se leva pour accueillir les nouveaux arrivant. Teresa se figea lorsqu'elle remarqua finalement Jane et Mashburn qui approchaient, tous les deux, à la fois stupéfaite et en colère. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose -n'importe quoi- mais lorsqu'elle croisa les yeux de Jane, elle sut que les mots étaient inutiles. Il s'assit à la place de Harper après l'avoir remerciée, et lui prit la main. Harper détourna les yeux et partit sans un mot. Elle avait fait ce qu'elle devait faire. Maintenant c'était à Patrick.

Mashburn la regarda avec inquiétude lorsqu'elle le rejoignit et lui prit la manche pour l'éloigner. Ils marchèrent le long du chemin de galets, en silence. Lorsqu'ils furent assez loin et sans auditoire, le brun demanda

-" Pourquoi as-tu fait ça ? Je pensais que tu ne l'aimais pas."

Harper ne répondit pas, ses yeux regardaient devant elle. Mashburn continua

-" Tu sembles déçue. Tu l'aimes bien ? Je veux dire Patrick."

Elle ferma les yeux une seconde et prit une profonde inspiration. Pour un œil non averti, elle semblait imperturbable. Mais il la connaissait mieux, il vit un éclat, ce qui trahit ses sentiments.

-" C'était juste un coup de cœur idiot" admit-elle tranquillement. " Je le mets sur le compte du fait que lui et toi m'avez sortit de ma vie solitaire. J'ai un faible pour les charmants hommes blonds" ajouta-t-elle, riant amèrement. " Je suppose que je dois chercher ailleurs."

Mashburn fronça les sourcils, un peu surprit

-" Toi, Brooke Harper, cherche un mari ?"

Elle lui frappa le bras en grimaçant.

-" Ne sois pas stupide !" Gémit-elle. " Peut-être pas un mari, mais au moins un compagnon. Quand je les vois" indiqua-t-elle en arrière, de là où ils venaient, " Je pense que ça ne doit pas être si mal d'avoir quelqu'un pour partager sa vie. Je les envie" elle fit une pause et renifla, fronçant le nez " Mon Dieu, ça semble si ringard."

Le brun sourit. Lorsque son amie se battait avec ses sentiments -et il était assez rare d'en être témoin !- il ne pouvait s'empêcher de trouver ça amusant. Harper n'était jamais perplexe ou embarrassée par quoi que ce soit.

-" Brooke, ce que tu as dis est le désir fondamental de chaque être. Ça ne te rend pas ringarde, juste humaine" ajouta-t-il doucement.

Harper lui lança un regard étonné, auquel il répondit en lui prenant la main et en caressa le dos de ses lèvres.

-" Bonne nuit Brooke."

Il partit sans autre mot. La femme le regarda, incapable du moindre mot durant quelques minutes. A la fin, elle secoua la tête.

-" Tss…charmeur" murmura-t-elle avec un petit sourire sur les lèvres.


TBC…


Et voilà pour aujourd'hui. Je vais essayer d'avancer dans les traductions afin de vous faire attendre moins longtemps mais je ne promets rien.

Bonne journée,

Sweety 27/06/13