Chers lecteurs, cette histoire est écrite à quatre mains, par morden1984 et supersolanealovesEmma, sur une idée originale de morden1984. Nous avons décidé de vous proposer un récit d'aventures, combinant nos deux styles. Chaque chapitre contient des passages écrits tantôt par l'une, tantôt par l'autre.

Nous espérons que vous serez nombreux au rendez-vous, et attendons vos retours enflammés (ou pas). Bonne lecture !

Chapitre 2 : le camp de survie

Regina se réveilla en sursaut, en sentant la brise marine lui caresser la joue. Elle fut désorientée durant quelques secondes. Mais il lui était souvent arrivé de s'éveiller d'un sommeil agité, dans un environnement totalement étranger. Dans la Forêt Enchantée, sur l'île de Pan… et elle reconnut bien vite cette sensation d'impuissance, de faiblesse presque paralysante.

Elle se redressa sur un coude, regarda autour d'elle, chercha à se repérer. Elle ne se souvenait pas de s'être endormie, mais de toute évidence elle avait fini par succomber à la fatigue. Elle était étendue sur la plage. Tout un côté de son visage était recouvert de sable humide. Se mettant péniblement debout, elle tourna sur elle-même.

Le paysage était magnifique. La mer s'étendait à perte de vue. La côte était battue de vagues qui, sans être déchaînées, paraissaient tout de même menaçantes et auraient découragé n'importe quel marin un tant soit peu expérimenté de prendre le large. Seul le bruit inimitable de l'océan se faisait entendre. Du côté de la terre, c'était, juste après la plage, la forêt, dense et haute, et tout au loin, quelques pics rocheux.

La mairesse se regarda, tâta ses membres. Rien de cassé, mais elle avait quand même mal partout. Sa montre était brisée. Cela dit, elle n'en avait pas besoin pour savoir que le soleil venait de se lever. Il commençait, heureusement, à darder la plage de ses rayons. Pour le moment, elle grelottait. Sa nuit sur le sable mouillé n'avait guère permis à ses vêtements de sécher. Elle ne portait qu'un court short en jean et un t-shirt sans manches. Elle eut un sourire triste en se regardant, en se souvenant de son état d'esprit juste avant la tempête. C'était une belle journée d'été, elle avait choisi une tenue légère, et ses pieds étaient nus. Son short lui dévoilait entièrement les cuisses et son t-shirt, près du corps comme l'était tout ce qu'elle portait, arborait une magnifique couleur pourpre. Ses cheveux, noyés d'embruns, étaient trempés.

Mais ce n'était pas le pire. Il n'y avait bien entendu personne en vue. Elle songea à Henri, qui attendait tranquillement ses deux mamans, à Storybrooke. Quand donc arriverait jusqu'à lui la nouvelle que le bateau manquait à l'appel ? Et Emma ? Où se trouvait-elle à l'heure actuelle ? Au fond de l'océan ? Regina étouffa un sanglot. Il lui faudrait partir explorer son environnement, le plus vite possible. Elle s'aperçut qu'elle était assoiffée. Sa gorge commençait déjà à la brûler. Trouver à boire était sans doute le plus urgent. Elle en profiterait pour explorer son nouvel univers. Si seulement elle pouvait tomber sur des êtres humains. Bien sûr, elle craignait déjà d'avoir échoué sur une île déserte. Elle avait lu suffisamment de romans d'aventure pour envisager cette éventualité.

Elle se mit péniblement en marche. Il valait probablement mieux, pour le moment, longer la plage. Elle ne se sentait ni la force, ni le courage, de s'aventurer dans la forêt. Elle progressa ainsi durant ce qui lui parut une bonne heure. Le soleil se faisait de plus en plus brûlant. Bien vite, elle cessa de trembler de froid. Mais sa gorge la tourmentait de plus en plus. Il n'y avait aucune chance qu'elle trouve de l'eau potable en restant ainsi sur la côte.

Elle allait se décider à bifurquer vers les frondaisons lorsqu'elle aperçut quelque chose. Elle s'arrêta net. De loin, cela ressemblait à un très long poteau, posé sur le sable. En s'approchant, elle comprit que c'était le mât du bateau. Mais lorsqu'elle vit, juste à côté, un halo doré, elle se mit à courir.

Elle trouva Emma allongée sur le côté, sous le pylône. La première chose qu'elle constata était qu'elle semblait coincée. L'énorme poteau reposait principalement sur sa cuisse gauche, mais aussi sur son bassin.

Regina courut à perdre haleine, en criant le prénom de son shérif. Elle se jeta à genoux, juste à côté d'elle, vérifia immédiatement si elle était en vie. Elle lui toucha le cou, trouva une pulsation. En passant la main devant son visage, elle sentit un souffle, faillit en pleurer de joie. Le soulagement qu'elle éprouva ne pouvait être comparé qu'à celui qu'elle avait ressenti lorsque la sauveuse avait ressuscité Henri, d'un véritable baiser d'amour.

Mais elle avait beau la secouer, claquer des doigts devant son visage sali de sable, la mairesse n'obtenait aucune réaction. Elle finit par renoncer à ranimer son amie. Son regard tomba à nouveau sur le mât et elle se fit la réflexion que, tant qu'elle serait écrasée sous cet énorme poids, il valait peut-être mieux que la blonde reste inconsciente.

Il fallait absolument parvenir à la dégager. L'idée d'utiliser ses pouvoirs effleura l'esprit de la belle brune. Mais elle se trouvait en dehors de Storybrooke, et la façon dont sa magie réagissait était toujours imprévisible, dans ces circonstances. Elle se décida donc à essayer d'abord manuellement. Si elle n'y arrivait pas, il serait toujours temps d'aviser.

Après avoir évalué la situation, la position d'Emma, celle du pylône, elle saisit fermement une extrémité de l'immense morceau de bois. Il lui suffirait de le déplacer de quelques centimètres et de le déposer pour que sa fonctionnaire soit débarrassée de cette épouvantable pression.

Elle prit trois grandes inspirations, fit une première tentative, arriva à peine à ébranler l'énorme charge. Mais elle avait vu et senti bouger le mât. Prenant son courage à deux mains, elle recommença en gémissant…et parvint à ses fins. L'objet s'échoua sur le sable, juste à côté de la blonde. Simultanément, l'ancienne reine entendit un étrange bruit d'arrachement auquel elle ne prêta tout d'abord qu'un intérêt vague. Il s'agissait clairement de tissu déchiré. Sans doute un morceau de la chemise blanche d'Emma, celle qu'elle portait ce matin-là et qui, bien que trempée, tenait encore. Regina s'écroula en avant, en prenant appui sur ses coudes. L'effort avait été trop grand. Elle dut reprendre haleine durant quelques minutes.

Finalement, elle se redressa, prête à évaluer l'étendue des dégâts. La première chose qu'elle vit, c'était que la blonde avait la cuisse en très, très mauvais état. Il s'agissait de son fémur gauche, qui avait été écrasé par le pylône. L'angle dans lequel reposait la jambe ne laissait aucune place à l'incertitude. Très inquiète, la mairesse s'approcha et regarda de plus près. Le shérif portait un bermuda en jean, qui s'arrêtait aux genoux. Sous la toile bleue, un renflement terriblement inquiétant était visible. Avec prudence, Regina toucha le membre endommagé. Elle sentit, sans aucun doute possible, l'emplacement où l'os avait été fracturé. Emma avait la cuisse cassée. Cependant, il n'y avait pas trace de sang. Ce n'était donc pas une fracture ouverte. La belle brune en soupira de soulagement. En l'absence de tout secours, son amie se serait vidée de son hémoglobine.

Il n'y avait pas grand-chose à faire pour le moment, à part examiner sa fonctionnaire de manière plus approfondie. Elle commença par observer l'avant du corps échoué latéralement. Mis à part quelques bleus et bosses, il semblait n'y avoir aucune autre blessure sérieuse. Mais lorsqu'elle fit le tour de la sauveuse, elle se figea, comprenant soudain à quoi correspondait le bruit de déchirure qu'elle avait entendu en déplaçant le mât.

Ce n'était pas un morceau de la chemise, mais le bermuda, qu'elle avait arraché par inadvertance. Probablement une poche, qui était restée accrochée à un clou…

Toute la fesse gauche était visible. Regina déglutit. Elle crut d'abord que son shérif, soit ne portait aucun sous-vêtement, ce qui ne l'aurait pas tant étonnée de sa part, soit avait enfilé la veille un simple string. Mais à bien y regarder, elle aperçut un bord de dentelle blanche, qui pointait sous le tissu bleu. Une culotte, donc…probablement très échancrée.

Elle ressentit une sensation étrange, une sorte de chatouillis dans le ventre. Emma possédait des fesses bien rondes, musclées…le souvenir de la vision fugitive de la poitrine de son amie, alors qu'elles s'ébattaient toutes deux avec insouciance, en un temps qui semblait à présent si éloigné, lui traversa l'esprit. Mais aussitôt cette réaction inattendue fit place à une inquiétude renouvelée. Le mât avait imprimé sur la chair blanche un énorme hématome, qui occupait pratiquement toute la place laissée visible par la déchirure. La contusion était certainement moins préoccupante que la fracture, mais cela compliquait encore la situation.

La mairesse secoua la tête, réfléchit intensément. Il fallait tâcher de ranimer son amie. Celle-ci était sûrement aussi déshydratée qu'elle. Il lui fallait trouver à boire. Elle se tourna, regarda la mer, considéra durant près d'une minute toute cette eau inutile. Donc, partir en direction de la forêt. Avec de la chance, elle découvrirait un ruisseau…

Avant de s'aventurer dans les entrailles de la forêt profonde, elle se retourna vers le shérif. Devait-elle la mettre à l'abri, un peu plus haut sur la plage, ou bien la laisser là, puisqu'elle était inconsciente et ne semblait pas trop souffrir ? Elle soupesa son choix, et décida de la laisser là où elle gisait pour le moment, trouver de l'eau devenant une priorité absolue. Regina partit dans la forêt, tenaillée par une culpabilité certaine envers sa fonctionnaire, qui ne pouvait pas se défendre, si jamais un animal, ou pire, un bipède, la dénichait sur la plage avant son retour. Elle se pressa sous les frondaisons, et s'orienta grâce à la mousse présente sur les troncs des arbres environnants. Elle avait les yeux rivés à terre, cherchant une source, un ruisseau, qui puisse étancher leur soif, et les maintenir en vie. Alors qu'elle tournait en rond depuis presque deux heures, elle sentit l'abattement la gagner. Elle ne vit rien, dans cette foutue masse verte, qui aurait pu être digne d'intérêt. Plus elle s'acharnait, plus la tête lui tournait, et plus elle s'agaçait. Des noms d'oiseaux avaient d'ailleurs commencé à fuser.

Elle capitula, pour cette journée au moins. Le crépuscule approchait, et elle devait retrouver Emma avant tout, afin de la mettre à l'abri. Son ventre émit quelques protestations, mais son caractère inflexible le fit taire. Elle avait des préoccupations bien plus importantes à l'esprit. Elle retrouva le corps d'Emma, et prit peur, devant sa pâleur maladive. Elle s'assura qu'elle respirait encore, et entreprit de trouver un coin à l'abri du vent, plus haut sur la plage. Elle parcourut rapidement la lisière de la forêt, à la recherche de bouts de bois et de feuilles de palmiers, afin d'établir un campement de fortune. Après avoir trouvé son bonheur, elle revint sur la plage, traînant son butin, et tenta tant bien que mal, de ramener le corps du shérif vers l'emplacement choisi pour le camp, en la bousculant le moins possible. Elle grimaça en entendant un gémissement plaintif s'échapper de la bouche fine de la blonde.

Regina installa Emma sur un lit de feuilles de palmiers, afin de la protéger du froid du sable encore humide. Une fois sa besogne achevée, elle recouvrit la blonde des mêmes feuilles, pour lui créer un cocon de chaleur. Puis, elle empila les bouts de bois en un tas vertical, afin d'y mettre le feu. Elle savait qu'elle ne pourrait utiliser sa magie qu'avec parcimonie, loin de Storybrooke, aussi ne voulait-elle pas en abuser. Il lui fallait choisir sa priorité : allumer le feu ou soigner la blonde. Son choix fut vite fait, et elle s'approcha d'Emma, alors que la pénombre prenait le pas sur le ciel de fin d'après-midi. Elle étendit ses mains sur le corps blessé, et entama une litanie, afin de convoquer ses forces, pour guérir au moins la cuisse de son shérif. Après de multiples efforts, elle dut se rendre à l'évidence : sa magie avait échoué. Elle observa le visage qui se contorsionnait de douleur, mais sans réveiller la victime. Elle soupira, et se tourna vers le feu. Elle fit jaillir ses mains vers ce dernier, dans un accès de frustration et de colère, mais là encore, ce fut un échec cuisant. Un grondement sourd monta de sa poitrine, et elle frappa le sable de son poing, ne parvenant qu'à s'arracher un peu la peau des jointures. Elle contempla alors son campement de fortune, et une immense fatigue s'abattit sur elle. Elle rampa jusqu'au shérif, et s'allongea à ses côtés, afin de garder leurs chaleurs corporelles durant les prochaines heures. La nuit tomba sur les deux femmes, et Regina accueillit les bras de Morphée avec une certaine reconnaissance.

Le lendemain matin, Emma s'éveilla enfin, dans l'angoisse et la souffrance. Une terreur sourde s'empara d'elle, ne se souvenant que par bribes des évènements qui l'avaient menée sur cette plage. Elle voulut bouger, mais sa jambe lui arracha un hurlement de douleur, qui réveilla en sursaut la mairesse, installée à ses côtés. Cette dernière se redressa subitement, et dut s'allonger à nouveau, un vertige s'annonçant avec force. Elle regarda vers la blonde, qui s'était tournée sur le côté, tentant bien maladroitement de faire peser son poids sur sa jambe valide. La mairesse toucha l'épaule de son shérif, qui sursauta et se tendit. La brune se releva péniblement et fit le tour du corps meurtri, afin de se placer devant son regard. Emma ne sembla pas la reconnaître, tant son visage n'était plus qu'un masque de douleur. Le cœur de la reine se serra, cette dernière se sentant particulièrement inutile, en cet instant. Elle ne put s'empêcher de crier, à cause de sa frustration et de son impuissance.

- Emma ! C'est moi, Regina ! Calmez-vous !

Aucune réponse intelligible ne lui parvint. Sa fonctionnaire était prise au piège de son esprit torturé, et de son corps brisé. La brune était elle-même trop agitée pour réfléchir réellement à ses actes. Aussi, dans un geste d'apaisement instinctif, elle posa sa main sur la joue d'Emma, qui se calma progressivement. Le geste était accompagné d'une mélopée douce et rassurante, afin de faire cesser le trouble de la blonde.

Regina attendit patiemment que sa comparse se calme, et se ressaisit enfin. Elles ne pouvaient pas rester ainsi, à la merci des éléments et surtout de choses plus triviales, telles que la faim et la soif. Aussi se remit-elle debout, voyant le shérif commencer à somnoler. Elle regarda l'océan et lui tourna résolument le dos. Elle entama une marche forcée dans la forêt, afin de trouver une source. C'était maintenant devenu une urgence vitale. Elle s'engagea d'un pas résolu sous les frondaisons et s'orienta du mieux qu'elle put dans cet enchevêtrement vert et marron. Elle crapahuta durant plus de trois heures, mais comprit que sa méthode ne la mènerait nulle part, et qu'elle faisait, de plus, courir des risques inutiles à Emma, en la laissant seule, blessée et inconsciente dans la nature. Elle rebroussa chemin, de mauvaise humeur et le cœur lourd. Alors qu'elle donnait un coup de pied dans un caillou, ce dernier ricocha contre un tronc tout proche. Le bruit la tira de son désespoir, et elle leva les yeux, afin de comprendre ce qui avait osé interrompre ses ruminations. Elle écarquilla alors les yeux, devant le spectacle que lui offrait la nature. Un cocotier ! Et donc cela induisait des noix de coco, et par conséquent de l'eau ! Elle faillit faire un bond sur place en glapissant, mais se contint au dernier moment. Elle était la méchante reine, tout de même. Elle faillit en pleurer de soulagement, mais préféra résoudre le problème qui se posait à elle : comment atteindre ces fichues noix ?

Elle prit le temps d'examiner le tronc, puis la hauteur à escalader pour en attraper une ou deux, afin d'avoir un minimum de réserve. Elle soupira. Elle se sentait physiquement affaiblie, mais elle savait aussi que la magie pouvait ne pas fonctionner et la fatiguer donc encore davantage. Elle prit son courage à deux mains et commença l'escalade du tronc. Elle ne fit pas trois mètres, avant de glisser lamentablement et de s'affaler à son pied. Elle jura entre ses dents et puisa dans un brusque accès de colère la puissance nécessaire afin de jeter un sort, pour faire tomber ces maudites noix de coco. Malgré toute sa bonne volonté, le sort n'eut pas l'effet escompté. Par contre, les noix de coco prirent brutalement vie et se regroupèrent en un tas dense, avant de piquer droit sur la brune. Cette dernière n'eut que le temps de s'écraser sur le sol, afin d'éviter cette attaque vicieuse. Elle n'en revenait pas. Sa magie venait de créer des noix de coco tueuses ! Elle n'eut guère le loisir de s'appesantir sur son sort. L'essaim de noix de coco revint à la charge, et piqua à nouveau vers elle. Elle prit alors ses jambes à son cou, n'en pouvant plus de cette farce grotesque.

Elle courait depuis plus de quinze minutes, zigzaguant entre les troncs, afin d'échapper à ces furies fruitées, lorsqu'elle déboucha sur la plage, aveuglée par le soleil. La protection que lui offrait les arbres avait disparu, et elle entendit les noix de coco claquer entre elles, dans leur précipitation pour l'atteindre. Elle vit alors le corps d'Emma, toujours allongé sur le sable, et prit peur. Si les fruits rendus fous par la magie voyaient le shérif, elle risquait de passer un sale quart d'heure. Mais dans son état, ce serait peut-être aussi son dernier. Regina préféra bifurquer de l'autre côté, afin de protéger la blonde. Elle sentit une noix frôler son bras, et dans un réflexe, parvint à l'attraper et à la mettre à terre. Elle vit alors qu'elle saignait. Cela transforma sa peur en colère brutale, et elle avisa un petit rocher à deux mètres d'elle. Elle s'y précipita et frappa la noix de coco dessus plusieurs fois. Cette dernière éclata brutalement, laissant Regina savourer sa victoire provisoire. Elle comprit qu'elle avait perdu l'eau contenue dans sa victime. Elle lâcha les bouts de fruit, qu'elle balança plus loin. Elle se retourna vers l'essaim, qui semblait hésiter. Puis, sans crier gare, les noix explosèrent toutes, une à une, laissant la brune pantoise.

- J'y crois pas… Elles ont préféré se suicider, plutôt que de subir mon courroux… Les garces !

Elle gémit de dépit, devant un tel gaspillage d'eau, qui aurait pu leur sauver la vie. Tout était à refaire.

Elle se dirigea vers Emma, le cœur lourd. La vie de sa fonctionnaire était entre ses mains, et elle était incapable de lui donner simplement à boire. Elle pesta encore un moment contre elle-même, avant d'entendre son estomac grogner. Cela la surprit, car d'ordinaire, elle savait le tenir silencieux. Elle prit conscience qu'elle n'avait rien avalé depuis son petit-déjeuner de la veille, qui avait été assez frugal. Son regard se perdit sur l'immensité de l'océan. Peut-être parviendrait-elle à pêcher un poisson, afin de se sustenter et d'en donner un peu à Emma. Elles devaient à tout prix conserver leurs forces, afin de trouver un moyen de survivre à ce naufrage stupide. Elle ôta son short et son débardeur, et pénétra dans l'eau. Un frisson glacé la parcourut, tant l'océan était frais. Elle tenta d'apercevoir des bancs de poissons, comme dans les films, mais ne vit rien d'autres que les vaguelettes qui s'écrasaient contre elle. Elle avait pensé à prendre une longue tige sur la plage, afin de s'en servir comme d'une lance. Elle n'était pas persuadée que ce soit d'une grande efficacité, mais sa magie était trop instable pour tenter quoi que ce soit dans l'eau.

Elle s'enfonça dans l'élément liquide, de plus en plus transie de froid, les sens aux aguets, afin de lancer son bout de bois vers la moindre ondulation. Elle faillit abandonner plusieurs fois, mais sa fierté l'en empêchait. De plus, elle percevait l'urgence de manger quelque chose. Elles ne feraient pas long feu, dans le cas contraire. Brusquement, elle sentit une présence derrière elle. Elle sourit, resserra sa prise sur son arme improvisée, et se retourna, prête à pourfendre le malheureux poisson, venu trop près de sa royale personne. La terreur lui fit lâcher son bout de bois, et elle se tétanisa. À moins de trois mètres d'elle, nageait sournoisement et silencieusement un requin, suffisamment grand pour la boulotter toute crue. Son sang quitta son visage et elle hoqueta, à son plus grand désarroi, face à la situation potentiellement mortelle. Elle suivit des yeux le prédateur, et recula fébrilement, lorsqu'il changea de direction, ondulant vers elle. N'y tenant plus, elle leva les mains, et rassembla toute sa magie disponible. Elle ne pouvait pas échouer. Elle abattit ses mains dans sa direction et formula une incantation dans sa tête. Mais dans sa panique et sa fatigue, elle s'emmêla les pinceaux et sa langue fourcha au dernier moment, laissant son esprit divaguer une seconde de trop. Aussitôt, le puissant animal fonça droit sur elle. Au moment où ce dernier allait la mordre, il se transforma en une nuée de poissons rouges. Elle écarquilla les yeux, stupéfaite.

- Non mais sérieusement ?! C'est quoi le problème avec cette île ?! Je n'ai jamais voulu ça ! Je voulais le faire disparaître, pas en faire un aquarium géant ! Merde, à la fin !

Ses nerfs étaient en train de lâcher, et sa patience avait purement et simplement foutu le camp. Elle frappa l'eau de toutes ses forces, s'éclaboussant au passage. Décidément, tout allait de mal en pis. Elle contempla le désastre qu'elle avait engendré : les poissons rouges n'étaient même pas bons à manger. Elle hurla son désespoir, se sentant vidée de toute énergie.

Alors qu'elle s'inquiétait de la direction à prendre pour remonter sur la plage, avant de finir noyée pour cause d'utilisation inepte de la magie ayant drainé toutes ses forces, elle perçut une caresse froide contre son mollet. Elle se figea, priant pour que le requin n'ait pas un acolyte dans les environs. Elle ne vit aucun aileron, mais s'aperçut que les poissons rouges s'agitaient énormément, sous la surface liquide. Elle ne voulait pas vraiment en connaître la raison. Mais elle était aussi curieuse. Peut-être était-ce un poisson qui pouvait finir dans son assiette ? Elle plongea la tête sous l'eau et ouvrit les yeux. Elle regretta aussitôt son geste inconsidéré. Un visage monstrueux lui fit face, et elle cria de peur, face à cette horreur sans nom. Une murène ! Dans la foulée, elle perdit l'air qu'elle avait emmagasiné avant de plonger, et but la tasse. L'eau avait un drôle de goût, du fait du nombre considérable de corps hachés menus de poissons rouges qui flottaient autour d'elle. Elle battit des pieds et des mains, perdant l'équilibre, et sentit le corps de la murène s'enrouler autour d'elle. Elle tapa l'eau et son propre corps dans tous les sens, essayant par n'importe quel moyen de se débarrasser de ce monstre aquatique. La murène, face à cette violence surprenante, la lâcha, et préféra boulotter tranquillement les poissons rouges, qui ne représentaient pas une menace directe pour son intégrité.

Regina regagna la rive à une vitesse relevant probablement du record olympique. Elle s'écroula sur la plage, vidée de toute force. Elle soufflait fort, incapable de reprendre son souffle et totalement dégoûtée par l'eau mêlée de poissons morts qu'elle avait avalée. Elle se mit à rire à gorge déployée, la folie la guettant. Elle répondit au destin, qui s'échinait à lui pourrir la vie depuis la veille.

- Une murène ?! On se croirait dans la petite sirène, ma parole ! Quelle bonne blague ! Je déteste les poissons… Je ne mangerai plus que des fruits et des légumes. Et peut-être un steak à l'occasion. Mais plus jamais de poisson !

Alors qu'elle se relevait très péniblement, elle eut un haut-le-cœur, et se plia en deux juste à temps pour vomir. Sa faiblesse et la dernière heure passée dans l'eau avaient eu raison d'elle. Elle vit le monde tanguer dangereusement alentour, et faillit tomber plus d'une fois. Alors qu'elle discernait la blonde, plus loin, elle crut la voir assise, sur le côté. Elle devait avoir des visions maintenant, car dans son souvenir, elle était encore assoupie, lorsqu'elle l'avait vue, la dernière fois. Elle se dirigea vers elle, non sans difficulté, et s'approcha, un sourire s'étirant enfin sur son visage.

- Emma, vous êtes debout !

- C'est un bien grand mot, mais je me suis réveillée, il y a un moment déjà, et seule.

- Je ne voulais pas vous laisser, mais j'ai tenté de trouver de l'eau et de la nourriture. Mais sans outil, ni magie, c'est compliqué sur cette île…

La blonde fronça les sourcils.

- Comment ça, sans magie ?

- Disons qu'elle ne fonctionne plus très bien. Je commence à m'affaiblir.

- Nous sommes loin de Storybrooke également. Peut-être est-ce la raison de votre…malchance ?

- Certes.

Emma fixa la brune un instant. Cette dernière était trempée, sentait bizarrement le poisson mort et semblait vraiment exténuée. Regina se sentit reluquée de façon peu discrète. Elle baissa les yeux sur son corps, et s'aperçut qu'elle était encore en sous-vêtements. Elle rougit quelque peu, embarrassée d'être aussi peu vêtue, surtout dans cet ensemble noir en dentelle, qui ne cachait que l'essentiel. Elle vit ses habits non loin de là, sur la plage et partit les récupérer. Elle les enfila, les trempant au passage, mais se sentant étrangement moins vulnérable. Décidément, cette croisière la mettait sens dessus dessous, sans mauvais jeu de mots. Elle s'exaspéra elle-même, alors qu'elle revenait près de la blonde. Cette dernière contemplait l'océan, mais son visage portait déjà les marques de la fatigue et de la faim.

Les deux femmes étaient assises côte à côte, Emma sur le côté de son corps, afin de ne pas toucher à son bleu aux fesses. Sa position était fort peu confortable. Elles parlèrent peu, grelottant de froid. Emma se racla la gorge.

- Dites, vous ne pourriez pas lancer un sort, afin que l'on ait au moins un feu potable ? J'ai froid.

- Moi aussi, figurez-vous. Mais je préfère ne pas utiliser la magie. Le soir tombe, et je suis fatiguée. Je pourrais même m'endormir dans la minute, si je m'écoutais.

- Ce ne serait pas digne de la grande Regina Mills !

- C'est de l'humour ?

- Pardon, j'ai faim, et ça me rend ronchon. Et j'ai terriblement mal.

- Je peux essayer de vous guérir, mais…

- Mais la magie est problématique. Je comprends. Je serre les dents, et je m'évanouirai, au besoin.

- Emma… Si jamais il vous arrivait quelque chose, Henri ne s'en remettrait jamais.

La blonde contempla le crépuscule, le visage fermé. Elle pencha la tête vers le côté opposé de la brune, et murmura, pour elle-même.

- Seulement Henri ? Sale journée…

- Pardon ? Qu'avez-vous dit ?

- Rien, mais je meurs de soif. Et je ne sais plus comment installer ma jambe.

- Allongez-vous.

Emma obtempéra, et se laissa gagner par la douleur et la fatigue, laissant Regina avec ses propres démons.