« - Hé ho ! Roxas ! Réveilles-toi ! Tu vas te faire gronder encore ! »

J'ouvris difficilement un œil. Xion était penchée sur moi, tout sourire.

« - Viens voir ! Regardes moi ça ! Un FN P90 ! Ils viennent juste d'arriver ! J'ai toujours rêvé d'en avoir un ! Si seulement le chef m'autorisait à en essayer un... juste une seconde... »

Xion braquait sur moi un pistolet digne de l'armée. Noir et argent, l'arme paraissait immense à côté de la frêle Xion. J'eus un mouvement de recul quand elle braqua l'arme sur moi.

« - 900 coups/minute, une portée de 200m pour une vitesse de 715m/s ! Et tout ça dans seulement trois malheureux kilos de ferraille !

- Xion ! Ils sont chargés ! Baisse ton arme tu veux ? Tu ne dois pas jouer avec les colis du chef, tu le sais très bien. T'es encore qu'une nouvelle je te rappelle. Alors pas de grabuge, remet-le à sa ... »

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que le chef entra dans la petite pièce qui nous servait de dortoir dans notre planque pour le moment. Il toisa Xion qui pointait toujours son arme vers moi, de son regard jaune et froid. Nous n'osions plus parler. Le chef était réputé pour sa cruauté envers ses ennemis mais aussi envers les membres de son groupe. Il leva une main ornée d'un poing américain qui ne le quittait jamais et s'avança vers la jeune femme, pétrifiée. Je me précipitai au devant de Xion et parla à toute vitesse :

« - Chef, elle voulait juste vérifier l'état du matos ! C'est moi qui la surveille. Je te promets qu'elle a rien touché. J'aurais pas du la laisser ouvrir le paquet je suis désolé. C'est uniquement ma faute. »

Il me toisa de toute sa hauteur et je pus voir l'espace d'un instant un sourire carnassier se former sur son visage. J'eus un violent frisson mais resta debout devant lui, faisant barrière à la pauvre jeune femme, terrifiée et tremblante derrière moi.

« - Dans ce cas... »

Son poing s'abattit sur mon visage, me faisant tomber à genoux. Je tournai la tête et cracha du sang. Une explosion de souffrance me fit gémir lorsque les coups plurent sur mon corps. Je ne ressentais plus rien d'autre que ses poings s'acharnant sur moi.

Je levai les yeux quand ce fut fini. Les longs cheveux argentés du chef étaient parsemés de quelques gouttes de sang. Il se pencha sur moi et je pus voir chaque mèche de ses cheveux. Il était beau, de ceux qu'on appelait les beautés froides. Il exhalait une aura de froideur et je ne pus contenir un frisson. Il approcha sa bouche de mon oreille et je pus sentir son souffle chaud dans ma nuque:

« - Quel dommage de gâter un aussi joli minois mais tu n'aurais jamais du te mettre en travers de mon chemin. La prochaine fois, laisse-moi m'occuper d'elle comme il se doit. Ce n'est pas la première fois que tu sauves ta petite protégée. Taches que ce soit la dernière »

Il se releva et partit inspecter les colis. Je m'effondrai sur le dos, à deux doigts de m'évanouir. Xion se précipita sur moi et je pus voir couler des larmes sur son visage. Elle n'arrêtait pas de répéter qu'elle était désolée et qu'elle ne méritait pas que je la protège autant, qu'elle aurait dû plus m'écouter..

« - Xion, écoutes-moi. Je..

- Je suis terriblement désolée et si seulement tu savais à...

- Xion ! S'il te plait est-ce que...

- ,,, quel point je le suis ! J'aurais du t'écouter et... bafouilla-t-elle en continuant de pleurer.

- XION ! »

Elle sursauta violemment mais au moins, elle ne parlait plus.

« - Je t'en veux pas tu sais. Moi aussi j'en ai fait des conneries au début et je peux te dire que c'était pas du joli non plus quand Xemnas venait me corriger. Rhaaa... C'est pas un monde pour toi ici, t'es trop fragile. Qu'est-ce qui a bien pu te faire rentrer là ? Tu mérites pas une telle vie.

- Roxy...

- Si tu te remets à pleurer, je te promets que tu t'en souviendras. Allez souris, t'es plus mignonne comme ça quand même. »

Elle sécha ses larmes avec la manche de son tee-shirt et se jeta sur moi.

« - Oh ! Doucement ! Si tu pouvais éviter de m'étouffer... Va chercher des pansements, je crois que j'ai quelques plaies à soigner. Dis-je d'un ton que j'espérais jovial pour ne pas la voir se remettre à pleurer. »

Elle courut chercher le nécessaire. Quand je la vis franchir la porte, je roulai sur le côté, me mit à quatre patte et vomis un flot de sang. Bon sang, il ne m'avait vraiment pas loupé cette fois. Je pus distinctement entendre le rire froid et impitoyable de Xemnas dans mon dos. J'essuyai mes lèvres rouges et me levai. Enfin... tentai de me lever. Mes jambes vacillaient et je ne pus rester debout très longtemps. Je tombai à genoux. Je toisai férocement Xemnas du regard mais celui-ci ne daigna pas me regarder. C'est à ce moment que Xion revint, les bras chargés de pansements, de bandages et de crèmes en tout genres. J'enlevais mon tee-shirt et remarqua que Xemnas partit de la pièce. J'entendis Xion étouffait un cri d'horreur en me voyant ainsi torse nu. En effet, j'étais assez effrayant, couvert de bleus qui eux-mêmes couvraient d'innombrables cicatrices. Elle étala de la crème sur la quasi-totalité de mon torse et banda mes bras qui saignaient abondamment. M'étant protégé avec, elles avaient reçu le plus gros des dégâts mais je pouvais encore les plier et les déplier sans que cela me fasse trop mal. Je serrai les dents et regardai le mur en face de moi quand j'entendis un reniflement discret. Je tournais aussitôt la tête vers Xion mais ne parvenait pas à voir son visage. Je pris son menton entre mes doigts et la força à relever la tête. Elle pleurait silencieusement. Elle pleurait. Encore. Dans quel monde s'était-elle fourrée ?

« - Xion...

- Pardonnes-moi Roxas. Je ne voulais pas. Tu le sais bien, je voulais pas. »

Et elle éclata en sanglots. Je la pris tendrement dans mes bras et la berça comme on berce un enfant. Après un long moment, ses pleurs s'arrêtèrent. Elle murmura si bas que je dus approcher l'oreille pour l'entendre :

« - Tu sais Roxy, j'ai jamais voulu de tout ça. Mais je pouvais pas faire autrement. Quand j'avais dix ans, mes parents ne pouvaient plus subvenir à nos besoins. L'école j'avais connu deux-trois ansmais la plupart du temps je traînais dehors en attendant mes parents rentrerdu boulot. Je mendiais dans la rue pour pouvoir m'acheter un bout de pain. Et un soir quand je suis revenue à la maison, les poches et le ventre vides, il y avait un type qui parlait avec mes parents. J'ai vu beaucoup d'argent passait de ses mains à celles de mes parents. Ils ont tout claqué en une semaine. Six mois plus tard, ce même type est revenu. On avait déménagé, pensant échapper à ce gars. Mes parents n'avaient plus rien, ils avaient acheté de la drogue, un peu de nourriture et beaucoup d'alcool. Ils nous restaient même pas assez pour nous acheter du pain alors je continuais à mendier pour pouvoir survivre. Sa voix se brisa un peu plus. J'étais dans la rue quand j'ai entenduqu'on défonçait la porte. Mes parents se tenaient l'un l'autre juste devant, complètement défoncés. J'ai couru de toutes mes forces et quand je suis arrivée, un type m'a regardé, droit dans les yeux. Putain, droit dans les yeux je te dis ! Et il a tiré.Six fois. Ensuite il s'est tourné vers moi, le visage couvert du sang de mes parents. Il a voulu me prendre pas le bras, mais je lui ai craché au visage et je suis partie en courant. Je m'attendais à chaque seconde à recevoir une balle dans le dos. Qu'est-ce que je pouvais faire ? J'avais plus de parents et plus de foyer. Tu sais à l'âge que j'avais, le seul truc à faire c'était de faire les trottoirs ou de se battre pour survivre. C'est ce que j'ai fait. Je me suis battue. J'ai traîné dans la rue pendant plusieurs mois avant d'aller à l'orphelinat. J'ai pas eu le droit d'y rester après 15 ans. Et c'est là que je suis rentrée dans les gangs, pour pouvoir survivre et me venger. Je veux retrouver ce salopard qui a buté mes parents. Et je le ferais payer, je te promets qu'un jour je le ferais payer. »

En disant ces mots, Xion avait arrêté de pleurer et parlait d'une voix forte, pleine de détermination. Je ne pouvais rien faire pour la pousser à quitter ce monde plein de violence, je le lisais dans ses yeux ancrés dans les miens. Je poussai un discret soupir et me relevai. Je vacillai légèrement mais tînt bon.

« - Allez viens, gamine. On va faire un tour. »

Je tenais Xion par le bras, pour lui monter mon soutien mais également pour m'appuyer sur elle. On traversa la planque du chef mais au moment de sortir, Lexaeus nous bloqua le passage.

« - Interdiction de sortir les gosses, le chef a des embrouilles avec « le gang des filles ». Il jeta un regard dédaigneux en direction de Xion. Le temps que ça se calme, on laisse plus sortir les...Faibles. »

Xion sortit un Hammerli de la ceinture de son jean et pointa le canon sur le front de Lexaeus.

« - Qui est faible ? » cracha la jeune femme au nez du rouquin.

Son regard reflétait la haine qu'elle éprouvait. Et elle ne tressaillit même pas quand celui-ci répliqua, lui enfonçant un flingue dans les côtes :

« - Les filles comme toi, on aurait dû les foutre à la rue, au moins elles nous rapportent quelque chose ! Pourquoi crois-tu que le chef te garde ? T'es qu'un moyen de pr...

- Lexaeus ! Voyons, elle a déjà été corrigé aujourd'hui. Laisse-les partir s'ils le désirent. Sa mort n'est sans doute qu'une question de temps. Susurra Xemnas derrière nous.

- Alors laisse-moi en finir avec cette chienne tout de suite.

-Quand dis-tu Roxas ? Et si nous le laissions s'occuper de Xion ? »

Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. J'ouvris et refermai la bouche comme un poisson hors de l'eau, incapable de réagir. Je tournai la tête vers Xion puis Xemnas et ainsi de suite. Elle resserra sa prise sur son flingue et je pus voir perler une goutte de sueur dans sa nuque. C'est alors que Xemnas lâcha :

« - Très bien. »

Mes oreilles explosèrent lorsque j'entendis les détonations. Mon nez me piqua lorsque la poudre se faufila dans mes narines. Mes mains devinrent moites de sueur. Ma langue prit le goût métallique du sang. Et mes yeux se brouillèrent par les larmes.

Xion...