... Je sais. Pas la peine de râler. Je suis un peu en retard.

Un peu beaucoup. Mais... j'avoue que j'avais pas calculé que j'aurais la flemme à ce point, et qu'à l'internat les deux autres (surtout une qui ferait mieux de se la fermer, mais vous vous en foutez) seraient des empêcheuses de taper en rond à ce point... Nan, sérieux, j'arrive pas me concentrer avec Maéva dans la pièce, trop de conneries, de musique, d'odeurs, de foutage de gueule pour mon petit crâne. Et puis... Voilà. Je tape quand je veux taper aussi cô même ! Si vous avez rien compris, tant pis. Je précise également pour les gens: un jour, le yaoi viendra. Mais pas là. Et oui, sempai, tu l'aura ton couple.


Lavi sirotait un jus de fruit, un air encore plus stupide que d'habitude collé au visage. Il agitait gaiement les oreilles, et rythme avec la musique sortant du café. Miranda était courbée dans ses cahiers étalés sur la table, à côté de lui, et tentait de résoudre un problème d'astrophysique. Le dernier larron était quand à lui occupé à aller acheter des bonbons –surtout pour Miranda qui ne tiendrait jamais le coup sans sucre- dans une boutique non loin.

- Je ne comprends rien ! Je suis aussi idiote que ça ? geint la brune en s'affalant dans ses cours.

- Tu ferais mieux de décompresser de temps en temps, Miranda, répondit le lapin. Là, tout ce que tu vas réussir à faire c'est une crise de nerfs. Et c'est pas si compliqué, regarde, ajouta-t-il en désignant une ligne de sa leçon. Il suffit de connaître cette formule : le poids « P » en Newton est égal à la masse « m» en kilogrammes multipliée par l'intensité de pesanteur « g » en Newton par kilogramme, soit P = m x g…

Le roux se tourna, un sourire fier collé au visage, vers la brune qui n'avait pas dit un mot ; celle-ci se trouvait en ce moment encore plus vautrée dans ses cours, on pouvait même voir son âme s'échapper lentement de son corps.

- Tss. De moins en moins résistante.

Pendant que Lavi s'amusait à peindre au marqueur le visage de Miranda, leur ami sortait de la confiserie, les bras chargés d'assez de bonbons pour nourrir un village entier à Halloween. Enfin pas tout à fait mais presque. Le commerçant le regardait sortir de la boutique avec un grand sourire, en rangeant sa liasse de billets nouvellement gagnés dans le tiroir-caisse. Le jeune homme, les sacs en papier lui gênant la vue, marchait en crabe au milieu de l'allée, priant pour ne bousculer personne. Les passants se décalaient à son passage, même s'il faillit à plusieurs reprises écraser un esprit.

Arrivé à deux cent mètres du bar, ce qui devait arriver arriva : il se prit de plein fouet quelqu'un de visiblement pressé, et lâcha ses sacs sur le coup. Les douze kilos et neuf cent vingt-sept grammes de sucreries se répandirent par terre, entre deux adolescents visiblement tous deux très énervés.

- Tu peux pas faire trente seconde gaffe où tu marches, stupide Moyashi ? s'écria le passant.

- Moyashi ? Je ne m'appelle pas Moyashi ! Ca veut dire quoi en plus ?

- C'est ni plus ni moins ce que tu es, répondit l'autre. Un nain.

Le nain en question fronça les sourcils et jaugea son interlocuteur. Il était plus grand et sûrement aussi plus vieux que lui, avait de longs cheveux marine et un air supérieur vissé au visage. Ne remarquant aucun attribut sur lui, le plus jeune conclu rapidement que c'était un ange.

- Pour toi, ordure d'ange, ça sera Allen Walker.

- Ne compte pas sur moi pour t'appeler comme ça, sale démon. Tu es simplement comme tous ceux de ton espèce, une sous-merde au bras bizarre se montant la tête.

Allen sentit ses poils se hérisser sous les insultes de l'ange qui regardait avec dégoût son bras. Pour qui il se prenait, celui là ?

- On peut aussi rajouter que vous n'êtes que des bêtes aux instincts primaires, ajouta le brun en avisant les ongles d'Allen s'allonger au fur et à mesure de ses paroles. D'après ce qu'on raconte, à la Congrégation de l'Ombre vous vivez dans de petites chambres dignes de cages, le tout dans la pire des puanteurs et la saleté la plus repoussante… C'est vrai ?

Ne pas le frapper. Ne pas le frapper. Trouver un truc à répliquer. Oui, mais quoi ? Les anges étaient réputés pour être maniaques et s'en vantaient bien. Oh merde, encore ce sourire… Ce sourire, si sadique et sûr de lui, du genre à donner envie de lui tarter la gueule quelque chose de correct. Tiens, d'ailleurs, pourquoi il ne lui en foutait pas une ? Après tout, les bagarres entre anges et démons étaient monnaie courante à Verden… Enfin, le problème c'était surtout la proportion inquiétante de ces grenouilles de bénitier dans le coin. Une voix féminine, assez aigüe, retenti dans toute la rue :

- Kanda ?! Kandaa !!

Le démon fut coupé dans ses pensées en voyant son interlocuteur se lever et partir en soupirant. Il se surprit à faire un tic nerveux avec son œil. Il partait, comme ça, après s'être bien foutu de sa gueule, et le laissait dans ses douze -allez, treize, on n'est pas comme ça- kilos de bonbons ?

La jeune fille qui criait toute à l'heure s'arrêta devant lui en lui demanda s'il n'avait pas vu un « abruti de brun avec un air con et une épée » passer dans le coin. Encore halluciné, il montra rapidement la rue par lequel il était parti. L'adolescente et celui qui l'accompagnait hochèrent la tête en signe de remerciement, avant de s'éloigner.

- Merde… C'était pas des anges ?

Il l'avait vraiment mal aujourd'hui… Vraiment très, très mal. Il reparti en direction du bar, non sans avoir trébuché contre un vieil esprit qui traînait dans le coin.


- Tu mens.

- Mais j'te juuure ! C'est un de ces enfoirés d'anges qui m'est rentré dedans et il a tout fait tomber cet abruti !

- Je sais que t'as tout bouffé.

- Mais Lavi tu fais chier ! C'est pas moi j'te dis !

- J'avoue être septique quant à ce propos, fit le roux, en écrasant encore plus la tête d'Allen sur le sol.

- D'ailleurs, je me suis encore fait avoir par cette Loi de conservation de la chance, ajouta le garçon aux cheveux blancs.

- Loi ? Quelle loi ? Je la connais pas celle là ! Aideeez moi s'il vous plaîîît! cria Miranda en se tenant le crâne.

Lavi soupira et la regarda de travers.

- Je te jure, boule-de-stress, tu la connais celle-là.

- Je l'ai oubliée ! Je suis trop nulle ! Désolée !

Allen s'apprêta à lui remonter le moral, mais Lavi fut plus rapide et se tourna vers la brune, qui avait un petit calepin et un stylo à la main.

- Je vais te la réexpliquer. Tu notes ?

Miranda hocha la tête en signe d'approbation, se cramponnant à son stylo comme si sa vie en dépendait.

- Dans ce monde…

- Re… reprends au début je n'ai pas tout noté, désolée.

- Commence pas. Donc je disais, dans ce monde, il existe des esprits, des anges et des démons. Les anges et les démons se haïssent et se mettaient souvent sur la gueule dans le passé, et les esprits restent neutres, sauf ceux qui décident de s'aligner sur un des deux camps en devenant ange ou démon. Il y a un paquet de bout de temps, –Une dizaine de siècles je crois, mais j'ai un vieux trou là- il y a eu la « Grande Guerre », un conflit qui a duré une dizaine d'années et qui a fait vachement beaucoup de morts. Le roi des démons et la reine des anges de l'époque signèrent un traité de paix y mettant fin, et la pièce centrale de ce traité fut cette loi de conservation de la chance, consistant à freiner les interactions entre les deux camps, qui se soldent souvent par des anges et des démons s'entre-tuant ou créant des liens d'amitié néfastes à leur camp. Ca, c'est le contexte.

- … J'ai pas compris, déso...
- J't'ai dis de pas commencer ! 'Fin bref. Pour la loi en elle-même, elle peut être résumée par une formule très simple : si un démon « d » aide un ange « a », « d » récupère la malchance « m » qui a était annulée à « a » en l'aidant.

- … J'ai…

- T'as pas compris, je sais. Mais médite tout ça, et tu verras que tout s'illuminera, conclu Lavi en prenant une pose sérieuse et fière. En tout cas, maintenant, tu as compris le rapport avec ce qu'a dit Allen tout à l'heure ?

- Non, dé...

- J'ai aidé une ange sans faire exprès, du coup sa malchance c'est moi qui l'ai eue et je me suis mangé un vieil esprit. Ca te va ? demanda Allen.

- N…, commença Miranda.

Lavi aspira d'un coup le fond de son Monaco, excédé.

- Si, ça te va. Très bien même. N'est-ce pas ? fit-il, accompagné d'un visage faussement bienveillant.

- Je… E… Et si on rentrait ? proposa Miranda, affreusement mal à l'aise.

- J'aime tes idées, parfois, Miranda, dit Allen.


Quelques heures plus tard, Lavi et Allen étaient tous les deux sur le toit de l'internat. Ce devait être un des plus hauts et plus beaux endroits de Pandémonium : écarté du centre-ville, il permettait de voir la tour penchante de la Congrégation de l'Ombre, le quartier général des démons. Les lumières de la ville étaient chaudes, jaunes, rouges, oranges. Et de l'autre côté, on voyait la falaise et le lac salé. Le tout sous les étoiles, si il faisait beau. Mais le mieux restait de loin la Lune ; l'astre, d'une blancheur et d'une brillance sans pareilles, était majestueux comme nulle part ailleurs, il en était persuadé.

C'était pourquoi cet endroit était le coin favoris des deux adolescents, ainsi que celui de quelques autres élèves qui venaient s'en griller une ou juste respirer l'air frais.

Allen appréciait particulièrement le contact avec les pavés rugueux du toit. Contrairement au sol plutôt lisse de l'école, ces pierres paraissaient brutes, comme sur les chemins de campagne. Ces chemins de campagne qu'il aimait tant… Ce toit, et même en y réfléchissant mieux, cette ville, avait une authenticité qu'il n'aurait échangé pour rien au monde avec ces rues préfabriquées du Vatican des anges.

Enfin préfabriquées, il le pensait. Etant né démon, il n'avait jamais foulé le sol de l'Eglise, chaque camp défendant ardemment l'accès à son territoire ; il se contentait de deviner, grâce au caractère maniaque et perfectionniste des anges qu'il croisait à la région neutre entre les deux pays, Verden. Car s'il y avait bien une chose qu'il haïssait chez les anges, c'était sûrement leurs manières et leur racisme : au sein même de leur camp, seuls les anges les plus vifs avaient une chance de s'en sortir. Au résultat, ils étaient tous montés sur le même modèle, sur les mêmes idées. Il ne pourrait pas y vivre, lui, avec sa cicatrice à l'œil et son bras ; l'ange de toute à l'heure lui avait bien fait comprendre avec son regard.

C'était quelque chose inexistant ici ; on le devinait du premier coup d'œil. Les démons, ayant leurs attributs non pas cachables comme les auréoles des anges, mais visibles, la ségrégation n'existait presque pas ; ainsi, que les cornes soient en os ou des oreilles, ou que la queue soit à écailles ou à poils, on s'en foutait, malgré quelques problèmes parfois. Mais bon, c'est ce qui fait leur charme.

Car il y avait bien une chose au monde qu'Allen haïssait : c'était les anges.

- Allen… J'ai un truc à te dire, fit soudain Lavi, triturant ses oreilles de lapin et rompant le silence apaisant.

Le jeune garçon sourit. Bah tiens, il lui faisait le coup à peu près toutes les semaines. A force, il connaissait son texte.

- Et c'est quoi ? demanda le démon-chat d'un air faussement interrogatif.

- Je… Je suis tombé amoureux.

Ca l'aurait étonné si ce n'était pas la soixante-septième fois.

- Et de qui ? questionna le garçon aux cheveux blancs.

- Une fille.

- D'un côté, c'est mieux, je ne te savais pas gay.

- Genre ! Te fous pas de ma gueule ! cria le roux.

- Je constate, c'est tout.

Le plus âgé soupira et tirait encore plus sur ses oreilles, signe de stress.

- C'est une fille que j'ai croisée à Verden toute à l'heure…

Non, sérieusement, il devrait changer de disque.

- Et qui est cette mystérieuse inconnue ? La démone à moitié à poil, ou l'esprit sirène ? proposa Allen en rentrant dans le jeu de son ami.

- Et bien… Je… Je… c'est une ange.

… Er.

Bon, en fait, le disque d'avant n'était pas mal dans le genre.

Un, deux, on reprend mentalement et plus lentement, trois, quatre :

« C'est une ange »

Non, il avait beau tourner et retourner la phrase dans tous les sens possibles et imaginables, il ne trouvait pas le sens caché. Pourtant Lavi raffole des codes secrets, il devait y en avoir un non ?

Après tout, tous les deux détestaient les anges… Si Lavi a quitté son apparence d'esprit pour devenir un démon, c'est qu'il y a une raison ! Oui ? Non ?

Mais là, pour le coup, il ne pouvait pas laisser son meilleur ami s'enticher de cette fille.

Car il y avait bien une chose au monde qu'Allen haïssait : c'était les anges.

- Je l'ai juste aperçue au bar… elle était avec un autre ange, et cherchait quelque chose… Son air désemparé sur son magnifique visage m'a fait craquer, son corset et ses couettes m'ont charmé…

Là, ça a atteint un point jusqu'alors inexploré. Lavi n'avait jamais fait de petits poèmes à la con.

- Lavi ? Tu t'excites pas un peu trop pour une meuf que t'as juste croisé ? tenta de le raisonner Allen.

- Mais tu ne peux pas comprendre, Allen ! C'est le coup de foudre !

- Si, je comprends très bien ! Mon meilleur ami est tombé amoureux d'une de ces ordures d'anges ! cria le plus jeune.

Il se leva d'un coup et jeta un regard accusateur vers le roux, avant de murmurer un : « Pour une fois qu'il est vraiment entiché, faut que ce soit un de ces déchets », puis descendit par les escaliers de secours avant de retourner dans sa chambre.

Il lui en voulait vraiment.

Car il y avait bien une chose au monde qu'Allen haïssait : c'était les anges.


Voilà ! Je cherche toujours une béta-lectrice, si y'aurait-y pas des gens qui savent pas quoi faire de leur vie...