Bring me to the light

Chapitre VII : Path of Darkness

Auteur : Shizuka Kurai

Genre : shônen ai, darkfic

Série : Gravitation

Pairing : Yuki Eiri / Shindô Shûichi

Persos : Seguchi Toma, Shindô Maïko, Nakano Hiroshi, les parents Shindô, Sakamoto Tetsuya

Disclaimer : Persos de Maki Murakami

Commentaires : Pour ce chapitre, et cette fic en général, je me suis inspirée de plusieurs séries télévisées, telles que « Docteur Queen femme médecin », « La Petite Maison dans la prairie », et « Urgences ». Elles m'ont servie à introduire la cécité (définitive ou non, vous verrez bien nyark nyark nyark…) de Shuichi, et d'enrichir mon vocabulaire médical. J'espère en tout cas que ça fera assez véridique comme histoire, et que les termes médicaux ne vous soûleront pas trop. Je…

Yuki : de toutes façons, tu nous soules déjà même sans termes compliqués… D'ailleurs, c'est même pas dit qu'une baka comme toi les ai bien utilisé.

Shizu, se retourne, légèrement crispée : Na…. Nani ? Je crois que j'ai mal entendu, tonton…

Yuki : tu as très bien entendu, baka. Tu es trop bête et pas assez douée pour pouvoir écrire de bonnes histoires, alors tu devrais laisser ça à des professionnels comme moi.

Shizu : Grrrrr…Tontoooon… Moi aussi je sais écrire de belles histoires d'abord ! J'ai plein de fans qui peuvent le dire !

Yuki : ouais mais en même temps, tes fans sont assez peu nombreux, et tu n'ai même pas payé pas ton travail. Même un éditeur qui donne sa chance à de jeunes auteurs ne te publierait pas tellement t'es nulle. Nyark Nyark Nyark !

Shizu : nuuuuuuh…. TU VAS VOIR , MÉCHANT TONTON ! JE VAIS TE FAIRE VOIR QUE JE SUIS AU MOINS AUSSI DOUÉE QUE TOI, SINON PLUS !!! Karla ! Finis de recopier mon chapitre, onegai ! Moi j'ai du travail ! J'ai un roman à écrire ! (file écrire son roman)

Karla : Hai hai… (soupir d'agacement) Pfff, Yuki-san, t'es vraiment pénible… C'est encore moi qui me retrouve à recopier sa fic.

Yuki : je n'ai fait que dire la vérité.

Karla : je m'en serais bien passé. Et puis tiens, cette fois, c'est toi qui va travailler ! Tiens ! (pose le tas de feuilles de brouillon de Shizu sur le bureau) Et t'as intérêt à vite te mettre au boulot avant que je me fâche… (regard meurtrier et armée d'une batte de base-ball )

Yuki : …. (Yuki frémit et déglutit bruyamment, impressionné de l'agressivité de Karla) Ok je te le fais, mais c'est la première et dernière fois.

Karla : je n'en suis pas si sûre ^-^ (sourire sadique)

Yuki : …. Hé ?(légèrement inquiet)

Karla : Allez, gambatte Yuki-san ! Moi je vais aller voir ce que fait Shizu… Mata ne !

Yuki : Pffff…. Bon, aux lecteurs de Shizu, je vous souhaite une… hum… « bonne » lecture (bien que je pense que ce soit impossible avec un texte aussi nul).

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Résumé du chapitre précédent : Shuichi a de nouveau surpris Yuki en compagnie de Toma. Après avoir manqué se faire encore renverser et été sauvé de justesse par l'écrivain, il tombe malade et commence à avoir d'inquiétants maux de tête. Finalement il tombe dans le coma et semble avoir perdu la vue…

(Note : toutes les dates sont prises en fonction de l'année 2007)

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Chapitre VII : Path of Darkness

_ « Alors ? Est-ce que vous allez vous décider à me dire ce qu'il se passe, bon sang ? »

Le jeune homme tentait en vain d'obtenir des informations sur l'état de son amant, mais aucune des infirmières qui entraient et sortaient sans cesse de la salle d'opération ne consentait à lui répondre. Cela faisait maintenant quatre heures que Shuichi se trouvait là-dedans, et l'écrivain restait dans l'inquiétude la plus totale. Dès que le chanteur était entré au bloc, Eiri avait appelé Tôma, puis Hiro, mais il n'avait pas eu le courage de téléphoner aux parents de Shuichi. Comment aurait-il pu leur annoncer l'hospitalisation en urgence de leur fils et leur expliquer l'incident de l'avant-veille avec Tôma ? Il leur avait promis de veiller sur Shuichi, et aujourd'hui, celui-ci se retrouvait sur la table d'opération. L'écrivain avait donc laissé à Nakano le soin d'avertir la famille Shindô. À présent, il attendait, en compagnie de plusieurs autres personnes. Seul Sakano-san était étrangement absent alors qu'il était pourtant le plus sujet à l'inquiétude du groupe.

_ « Eiri-san, calme-toi… tenta de l'apaiser Tôma qui était arrivé quelques minutes à peine après l'appel de son beau-frère. Ce n'est pas en t'énervant de la sorte que tu arrangeras quoi que ce soit… »

_ « Je leur demande simplement une réponse ! C'est pas bien compliqué, non ? »

_ « Eiri-san… » commença le président en posant sa main sur l'épaule de l'écrivain.

_ « Ça va ! C'est bon, je me calme ! » s'emporta Yuki en repoussant la main du président.

Ce fut le sanglot étouffé d'une jeune fille aux longs cheveux châtains qui le calma pour de bon : Shindô Maïko. Assis aux côtés de l'adolescente, le meilleur ami de Shuichi, Nakano Hiroshi, tentait de la réconforter du mieux qu'il pouvait.

_ « Tout le monde est inquiet ici, Yuki-san… fit le bassiste d'une voix sèche. Alors vous allez vous calmer ou c'est moi qui vais le faire… »

_ « Tsss… Tu crois peut-être que tu me fais peur, gamin ? le toisa froidement le blond. Je vais aller prendre l'air. J'en ai marre d'attendre et de voir vos tronches. »

Yuki ne remarqua même pas le regard choqué que lui lança Maïko. Intimant son beau-frère de ne pas le suivre, le romancier s'en alla d'un pas furibond en fracassant au passage la machine à café d'un grand coup de poing. Quelques minutes plus tard, il était dehors, devant l'hôpital, fumant cigarette sur cigarette pour essayer de se calmer.

_ « Eiri-san ! »

L'écrivain se retourna vers la voix qui venait de l'interpeller. Il toisa la jeune Shindô Maïko d'un regard glacial avant de lui lancer :

_ « Qu'est-ce tu veux, gamine ? Un autographe ? Désolé mais je suis pas d'humeur là… »

BLAF !

Le blond resta un instant sans réaction après la baffe que venait de lui décocher la lycéenne, puis il la regarda, stupéfait.

_ « Vous croyez vraiment que j'ai envie de votre fichu autographe après ce que vous avez fait à mon frère ? s'écria-t-elle en larmes. Vous aviez promis de veiller sur lui ! Et où est-il maintenant ? Il est là-dedans à se battre entre la vie et la mort ! Je n'ai même pas pu prévenir mes parents qui sont partis voir notre grand-mère qui s'est cassé la jambe ! Je suis toute seule ! Je devais veiller sur mon frère et il…il… »

C'en était trop pour l'adolescente qui se laissa tomber à genoux en sanglotant de plus bel.

_ « Je veux pas qu'il meurt ! se lamenta-t-elle entre deux hoquets de désespoir. Je veux revoir mon frère ! Il ne peut pas mourir ! »

L'accablement de Maïko émut le cœur de glace de l'écrivain. Les larmes de la jeune fille représentaient la douleur que lui-même n'arrivait pas à exprimer, malgré toute l'angoisse qui l'étreignait. Il s'agenouilla près d'elle et posa sa main sur l'épaule de la lycéenne.

_ « JE VOUS DÉTESTE ! s'écria-t-elle en relevant son visage baigné de larmes. C'est à cause de vous qu'il est dans cet état ! Vous… »

Maïko se tût brusquement. Ses paroles semblaient avoir eu sur l'écrivain un impact percutant.

_ « Yuki-san… Vous… vous pleurez ? » fit-elle d'une voix mal assurée.

_ « Hein ? s'étonna le blond. Quoi ? »

Il ne s'était même pas aperçu qu'il pleurait. Ses larmes coulaient sans qu'il en ait conscience, et ce n'est que quand la jeune fille passa sa main sur sa joue qu'il sentit l'humidité salée qui parcourait son visage. L'écrivain voulut parler, mais il en fut incapable, et il baissa la tête en fermant les yeux.

_ « Je le sais… murmura le romancier. Tout est de ma faute… »

Émue par le trouble du jeune homme, Maïko passa ses bras autour de son cou et le serra contre lui, en enfouissant son visage au creux de sa nuque.

_ « Tout ira bien… eut-elle seulement la force de murmurer. Shuichi va s'en sortir… il faut y croire… On va continuer d'y croire jusqu'au bout… jusqu'à ce qu'il sorte de là… »

La voix de Maïko se brisa juste avant qu'elle ne puisse exprimer l'angoisse qui la rongeait.

_ « Il ne mourra pas, Maïko-san… » lui répondit le blond d'une voix de nouveau pleine d'assurance en serrant la jeune fille contre lui.

L'adolescente laissa évacuer tout le stress accumulé depuis le coup de fil de Hiro quelques heures plus tôt. Elle pleurait encore quand le dit guitariste arriva d'un pas précipité.

_ « Ah vous êtes là, tous les deux ! s'exclama-t-il. Venez vite ! Shuichi est sorti de la salle d'opération ! »

À ces mots, l'écrivain et la jeune fille se relevèrent aussitôt et suivirent le bassiste. Quelques instants plus tard, ils retrouvèrent Tôma et K-san en pleine discussion avec le chirurgien. En voyant arriver son beau-frère, le président lui adressa un sourire soulagé.

_ « Shindô-san est sorti d'affaire, » annonça-t-il au blond et à la lycéenne.

Yuki ne l'avait même pas écouté et sautait presque à la gorge du médecin pour lui demander agressivement :

_ « Que lui est-il arrivé, bon sang ? Shuichi allait très bien, et tout à coup il s'effondre ! Expliquez-moi ce qu'il a avant que je m'énerve ! Vous m'avez fait attendre assez longtemps, maintenant je veux une explication ! Je ne patienterai pas une minute de plus ! »

_ « Cal… calmez-vous… Je vais tout vous dire… » essaya de l'apaiser le docteur.

_ « MAINTENANT ! » hurla le romancier en le plaquant soudain contre le mur.

_ « Eiri, non ! » s'écria Tôma en empêchant son beau-frère de finir d'étrangler sa victime.

Eiri relâcha presque à contrecœur le médecin, mais il reconnaissait que Tôma avait raison. Ça ne servirait à rien de passer ses nerfs sur cet homme, et il ne pourrait pas avoir le diagnostic de l'état de Shuichi. Le docteur desserra un peu son col de chemise pour retrouver son souffle, puis il bredouilla d'une voix cassée :

_ « Shin… Shindô-san a fait une hémorragie interne. Un des vaisseaux sanguins de son cerveau a éclaté, provoquant une rupture d'anévrisme et son coma. L'opération s'est déroulée sans problème, et son état est maintenant stable. Cependant, nous ne savons pas combien de temps il restera inconscient, ni s'il n'y aura des séquelles. Nous ne pouvons même pas certifier qu'il se réveillera… »

_ « Un vaisseau sanguin qui a éclaté ? Mais comment est-ce possible ? demanda fébrilement le blond. Il est trop jeune pour avoir ce genre de problèmes, non ? Et on nous avait dit que s'il devait y avoir des conséquences à l'accident, ça serait dans les 4-5 jours suivants. Et là ça fait presque deux semaines.»

_ « Cela reste pourtant certainement lié à son récent accident, répondit le docteur qui restait à une distance respectable de l'écrivain. Les vaisseaux de son cerveau ont dû être fragilisés par le choc qu'il a subi, et une forte émotion ou un stress intense peuvent avoir provoqués sa rupture. »

À ces mots, les deux blonds s'entre-regardèrent, incrédules. Était-ce leur malentendu avec Shuichi qui avait provoqué cette émotion forte ? Le regard du romancier passa de l'effarement total à une expression de haine farouche qui fit frissonner le président. Jamais Eiri ne l'avait regardé avec tant d'animosité. Mais le président n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit que déjà son beau-frère s'adressait au médecin :

_ « Quand se réveillera-t-il ? »

_ « Je vous l'ai dit, nous ne pouvons pas savoir quand il sortira de son coma… »

_ « Je veux le voir, » fit l'écrivain.

_ « Il sort à peine de la salle d'opération, je ne peux pas vous autoriser à… »

_ « JE VEUX LE VOIR ! » répéta beaucoup plus gentiment le romancier en agrippant le docteur par le col.

_ « Je regrette, je… » balbutia le médecin qui manquait d'air.

D'un coup, Yuki le balança contre le mur le plus proche et s'apprêtait à le frapper quand Tôma arrêta son bras.

_ « Arrête, je t'en prie, Eiri-san ! »

_ « Lâche-moi , Tôma ! Je vais l'éclater ! » rugit Yuki en dégageant son bras.

_ « Ça ne servirait à rien, Eiri ! »

_ « Yuki-san ! Onegai shimasu ! s'écria soudain Maïko. Arrêtez ! »

L'écrivain suspendit son geste. Il se retourna vers l'adolescente qui le regardait avec des yeux suppliants. Avec un « tsss » de dépit, il lâcha son punching-ball, qui s'effondra au sol, tremblant encore de frayeur. Le président prit alors le bras de son beau-frère et commença à l'entraîner vers la sortie.

_ « Tout ce que tu peux faire maintenant, c'est rentrer chez toi et te reposer, Eiri-san, fit Tôma d'un ton presque maternel. Shindô-san n'aura certainement pas besoin de toi quand il se réveillera, et… »

_ « Quoi ? » le coupa l'écrivain.

_ « Je ne pense pas que Shindô-san veuille encore te voir après ce qu'il s'est passé. »

_ « Je te signale que c'est toi le responsable de toute cette merde. Tout allait très bien entre lui et moi jusqu'à ce que tu viennes mettre ton grain de sel. »

_ « Pour ma part, je pense plutôt que si votre couple n'a pas été capable de résister à cette petite histoire de rien du tout, c'est qu'il était voué à l'échec depuis le début. »

_ « Ne parle pas sans savoir, Tôma… Tu ne sais rien de notre couple, rien du tout ! Alors ne te mêle plus de notre vie privée ! »

_ « Au contraire, il faut que je m'en mêle ! se défendit le président. Quand je vois l'état dans lequel ça te met, et les risques que ça te fait courir, je me dis qu'il vaut mieux que tu te sépares de Shindô ! »

_ « Je ne ferai jamais ça, Tôma, tu m'entends ? explosa Yuki, exaspéré de l'obstination de son beau-frère. Je l'aime et je ne pourrais jamais le quitter. Jamais ! J'ai trop besoin de lui pour ça… »

_ « Tu as besoin… de lui ? bredouilla le musicien, confus. N… NON ! Tu n'as besoin que de moi ! Il n'y a que moi qui sache ce qui est bien pour toi ! »

_ « Tu te trompes, Tôma… Ça fait déjà longtemps que je n'ai plus besoin de toi… Mais tu te raccroches à cette illusion parce que, toi, tu n'arrives pas à tirer un trait sur ce que Kitazawa m'a fait subir. Alors que moi, je l'ai fait… grâce à Shuichi… »

_ « Ei… Eiri… Comment… comment peux-tu dire ça alors que j'ai pris soin de toi durant toutes ces années ? »

_ « Je n'oublie pas ce que tu as fait pour moi, Tôma, lui dit l'écrivain. Mais maintenant, il serait temps que tu me laisse vivre ma vie… Et que tu ne délaisses plus ta femme… Mika t'aime, et elle a besoin de toi… »

_ « Demo aï shiteru, Eiri ! » s'écria le président au bord des larmes, visiblement peu soucieux du sort de son épouse.

_ « Et moi, c'est Shuichi que j'aime… » lui répondit aussitôt son beau-frère.

_ « Tsss… il aurait mieux valu qu'il crève dans l'accident, celui-là ! lança Tôma dans un accès de colère. Au moins, tu serais toujours à moi ! »

Le regard meurtrier du romancier cloua le président sur place, et il put éviter le coup de poing que lui décocha son beau-frère. Le pianiste atterrit contre la machine à café avant de retomber durement sur le sol (Note de Shizu : Décidément, pauvre machine à café ! mdr !). À moitié assommé et stupéfait du geste de son protégé, le musicien resta quelques instants allongé au sol.

_ « Si c'est ce que tu penses, disparais de notre vie, à Shuichi et à moi… » lança glacialement Yuki avant de quitter l'hôpital.

Le coup de poignard assené par les dernières paroles de l'écrivain, avait fait se redresser le président. Mais ses appels furent vains, et Tôma se retrouva seul. Il resta assis par terre, adossé à la machine à café, et laissa les larmes qui lui brûlaient les yeux s'écouler sans fin…

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Lundi 5 Février

Cela faisait maintenant une semaine que Shuichi avait subi son opération, et il était toujours plongé dans un profond coma. Tous les jours, Yuki venait prendre de ses nouvelles, et tous les jours, les médecins signifiaient leur impuissance. Les parents du chanteur avertis dès leur arrivée chez la grand-mère, avaient aussitôt fait demi-tour, et tout comme l'écrivain, ils venaient chaque jour avec Maïko dans l'espoir que l'adolescent se réveille enfin. Hiro venait lui aussi, mais savoir son ami dans cet état et savoir qu'il verrait immanquablement un certain romancier à l'hôpital, le dissuadait parfois de venir. L'ambiance était également tendue entre l'écrivain et les parents Shindô. Seule Maïko lui gardait quelque sympathie, et lui téléphonait chaque jour pour lui dire que ses parents avaient quitté l'hôpital et qu'il pouvait venir.

Sakano-san, Mister K, Suguru, tous venaient régulièrement, et tous étaient inquiets. Tous, sauf une personne : Tôma. Depuis une semaine, Eiri l'ignorait et refusait de le voir. Et durant cette semaine, la haine du président envers Shuichi n'avait cessé de grandir. Lui qui avait toujours veillé avec tendresse et attention sur son beau-frère, voilà que celui-ci le rejetait au profit d'un gamin irresponsable qui faisait resurgir ses plus mauvais souvenirs. Le pianiste ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre ça. Pour lui, Shuichi était la sirène maléfique qui avait ensorcelé son Eiri et avait détruit en lui toute capacité de réflexion. Shuichi était devenu l'ennemi n°1 du directeur de N.G. Productions, et ce dernier était bien déterminé à faire cesser toute relation entre le chanteur et son protégé.

Il pleuvait ce matin-là quand le président pénétra dans la chambre de l'adolescent aux cheveux roses. Le jeune homme était toujours dans le coma. N'importe qui l'aurait trouvé attendrissant, allongé sur ce lit d'hôpital, mais pas Seguchi. Les yeux du pianiste s'enflammèrent de haine quand ils se posèrent sur le chanteur. Avec la lenteur d'un fauve guettant sa proie, Seguchi s'approcha du lit et s'arrêta juste au bord.

_ « Je ne te laisserai pas me prendre mon Eiri… siffla-t-il dans un murmure amer en débranchant lentement les appareils d'assistance respiratoire. Jusque là, je pouvais tolérer votre relation, mais maintenant, ça dépasse les bornes… »

Il se pencha alors vers sa future victime et serra ses doigts gantés de cuir autour de la gorge pâle et délicate. À travers son sommeil, l'adolescent émit un léger gémissement que Tôma se hâta d'étouffer en resserrant son étreinte. Emporté par sa haine débordante et la jouissance que lui apportait son acte désespéré, il n'entendit pas la porte s'ouvrir derrière lui. Seule la voix de son aimé lui fit reprendre ses esprits.

_ « Arrête, Seguchi… » aboya Yuki d'un ton cassant.

_ « N…NON ! s'écria le président sans même oser regarder son beau-frère. Même si je devais m'attirer ta haine éternelle, je le tuerai ! Je tuerai cette sale vermine qui t'as enlevé à moi ! »

Tôma serra encore plus fort, le cuir de ses gants meurtrissant la peau fine.

_ « ARRÊTE ! » lui cria l'écrivain en se précipitant sur lui.

Yuki réussit tant bien que mal à faire lâcher prise au pianiste. Quand il eut écarté Tôma de son amant, il le projeta violemment hors de la chambre, avant de se jeter sur lui. Le romancier rua son beau-frère de coups violents, lui laissant à peine la possibilité de se défendre.

_ « Je ne pourrai jamais te pardonner ce que tu as essayé de faire, salaud ! hurlait l'écrivain tout en frappant Seguchi. Je croyais que t'avais compris que j'aimais Shuichi, mais je vois que ta jalousie et ton désir égoïste de tout posséder t'ont fait perdre la tête ! »

Ce furent Hiro, K et quelques agents de sécurité qui arrêtèrent Eiri avant qu'il ne massacre complètement le président. Sakano-san, présent également, aida son patron à se relever. Le pauvre pianiste était bien amoché, le visage tuméfié, la lèvre inférieure coupée et du sang coulant de son nez.

_ « Pourquoi t'as essayé de le tuer, Seguchi ? lui cria le romancier en se débattant. Pourquoi ? »

_ « Pourquoi ? À ton avis, pourquoi, Eiri ? lui demanda aussitôt Tôma en se raccrochant à Sakano pour ne pas tomber. Tu le sais bien, toi, qu'on peut tuer par amour ! Et moi je t'aime !!! »

Le temps se figea quelques instants dans le couloir, tandis que le personnel médical s'affairait dans la chambre du chanteur. L'écrivain s'était aussitôt calmé et avait légèrement baissé la tête.

_ « Oui, je le sais, Tôma… Alors la prochaine fois que t'approches Shuichi, je te bute… » cracha-t-il brusquement avec un regard assassin.

Le président se mit à trembler. Les jambes coupées par cette menace on ne peut plus sérieuse, il pesa de tout son poids sur l'épaule de son employé. Cette fois-ci il se pouvait bien qu'il ait perdu toute l'affection de son beau-frère, et il en était d'autant plus dépité qu'il n'avait même pas réussi à se débarrasser de Shuichi. La vue du pianiste se voila soudainement et il perdit connaissance. Yuki se contenta de le toiser dédaigneusement et laissa K et Sakano le ramener chez lui. Alors qu'il se retournait, Hiro lui tendit un mouchoir pour essuyer le sang sur ses mains. Eiri fixa un instant ses doigts blancs maculés de sang, et le souvenir de son viol orchestré par Kitazawa lui revint comme une morsure douloureuse. Oui, Tôma avait raison : on pouvait tuer par amour…

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Pendant ce temps, dans la chambre…

_ « Plus de pulsations à l'électrocardiogramme ! » annonça une infirmière.

_ « Le défibrillateur, vite ! » ordonna le médecin tout en faisant au chanteur une piqûre destinée à faire repartir le cœur.

Quand le personnel médical était entré dans la chambre, ils avaient trouvé les appareils débranchés et le patient avait cessé de respirer. Il fallait faire vite pour ne pas le perdre. Le docteur avait aussitôt pris les choses en main, et dirigeait à présent son équipe avec autorité et efficacité. Dès la seconde impulsion électrique, le cœur était reparti et le médecin s'activa pour qu'il ne s'arrête pas à nouveau. De longues et angoissantes minutes s'écoulèrent, mais finalement, le rythme cardiaque se stabilisa et l'artiste fut hors de danger. Son cou portait encore les traces de doigts du président, fines rayures rouges sur sa peau claire. L'adolescent respirait calmement et le médecin s'aperçut qu'il n'avait plus besoin des appareils d'aide respiratoire. Il examina encore une fois le musicien pour s'assurer qu'il allait bien quand il entendit un gémissement étouffé.

_ « Shindô-san ? appela-t-il en tâtant le pouls de son patient. Est-ce que vous m'entendez ? »

Shuichi gémit à nouveau et tourna la tête en toussant, dérangé par ces mains qui essayaient d'examiner ses yeux, puis il déglutit pour tenter de soulager la douleur de sa gorge. Respirant par sa bouche légèrement entrouverte, l'artiste rassemblait laborieusement ses idées.

_ « Yuki… lum… la lumière… » réussit-il à articuler en fronçant les sourcils.

Comprenant que la lumière devait gêner le musicien, le médecin demanda qu'on éteigne et laissa seulement la lueur froide et glacée du ciel pluvieux éclairer la pièce.

_ « Jeune homme ? fit-il ensuite en revenant à son patient. Pouvez-vous me dire votre nom, ainsi que votre âge ? »

_ « Naa… Yuki… tu poses de drôles de questions… » grommela l'adolescent encore mal réveillé.

_ « Je ne suis pas Yuki mais Sakamoto-san, votre médecin. Vous êtes à l'hôpital. Vous avez eu une grave hémorragie cérébrale et vous sortez d'une longue opération. Je dois m'assurer que vous n'avez aucune séquelle de tout ceci, alors je vous prie de répondre à mes questions : votre nom et votre âge ? »

_ « Shin… Shindô Shuichi… J'ai 19 ans… » répondit l'artiste un peu perdu.

_ « Très bien, fit le médecin. Je vais vous laisser vous reposer pour le moment, et je vous ferai d'autres examens un peu plus tard. »

Le docteur allait sortir quand Shuichi demanda :

_ « Vous pourriez allumer la lumière ? »

Pris d'un doute, l'homme se retourna vivement et revint vers son patient. Prenant sa mini-lampe, il la fit passer devant les yeux de l'artiste sans que celui-ci ne semble incommodé. Il tendit trois doigts devant les yeux de Shuichi et demanda :

_ « Combien de doigts voyez-vous ? »

_ « Hein ? Vous vous foutez de moi ou quoi ? s'énerva le chanteur. Y fait complètement noir ! Comment voulez-vous que je vois quelque chose ? »

Embarrassé, le médecin ne sut que répondre. Il examina une nouvelle fois les yeux de Shuichi, mais les pupilles ne réagissaient pas à la lumière de sa mini-lampe. Exaspéré des attouchements du docteur, Shuichi chercha sa main dans le noir et la repoussa en se redressant dans le lit.

_ « Arrêtez de me tripoter avec vos sales pattes ! »

_ « Calmez-vous, je vous en prie, fit Sakamoto. Je dois juste examiner vos yeux. »

_ « Mes yeux ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils ont mes yeux ? demanda agressivement le musicien. Et puis, de toute façon, vous verrez rien si vous allumez pas ! »

À ce moment là, une infirmière entra.

_ « Docteur, dois-je prévenir les proches de Shindô-san de son réveil ? demanda-t-elle. Tiens ? Mais pourquoi restez-vous dans la pénombre ? Vous y verrez mieux avec la lumière, » fit-elle ensuite en appuyant sur l'interrupteur.

Shuichi entendit clairement les propos de la jeune femme, et le "clic" de l'interrupteur, mais il resta dans le noir total.

_ « Qu'est-ce que ça veut dire ? questionna-t-il d'une voix tremblante, réalisant soudain que quelque chose clochait. Pourquoi y fait tout noir ? »

Furieux de la maladresse de son infirmière, le médecin fusilla celle-ci d'un regard exaspéré. Comprenant qu'elle avait gaffé, la pauvrette s'empressa de filer pour prévenir l'entourage de l'artiste, tandis que le médecin tentait de calmer son patient.

_ « Ne vous inquiétez pas, Shindô-san. On va s'occuper de vous, essaya-t-il de rassurer l'artiste. Vous venez à peine de sortir du coma, et il vous faudra sans doute quelques jours pour vous remettre complètement. Il n'y a pas de raison de s'alarmer pour l'inst… »

_ « Pas de raison de s'alarmer ? s'écria l'adolescent. Je vois plus rien du tout, et y a pas de raison de s'alarmer ? »

_ « Allons, calmez-vous, Shindô-san… » fit le docteur en posant sa main sur l'épaule de Shuichi en signe d'apaisement.

_ « NE ME TOUCHEZ PAS ! » hurla le chanteur, soudain pris de panique.

_ « Je vous en prie, restez calme… » fit Sakamoto en essayant d'obliger Shuichi à se rallonger.

_ « NON ! LÂCHEZ-MOI ! LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ! criait le musicien, tremblant de frayeur. YUKI ! JE VEUX VOIR YUKI ! YUKIIIIIIIIII ! »

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Dans le couloir, Yuki et Hiro écoutaient les nouvelles données pas l'infirmière, quand soudain ils entendirent des cris venant de la chambre. Ils se précipitèrent aussitôt dans la pièce, sans se soucier de l'interdiction de l'infirmière.

_ « Shuichi ! » s'écria l'écrivain en pénétrant dans la chambre.

_ « AAAAH ! YUKI ! AU SECOURS ! AIDE-MOI ! » hurla le chanteur en entendant la voix de son amant.

_ « Mais qu'est-ce qui passe, bon sang ? Qu'est-ce qui lui arrive ? » demanda Eiri au médecin qui retenait tant bien que mal son patient qui se débattait en vociférant.

_ « Je… je crains que Shindô-san n'ait gardé quelques séquelles de son hémorragie… » répondit Sakamoto.

_ « Séquelles ? Comment ça ? » interrogea le blond.

_ « Hé bien, il… »

_ « Yuki ! AU SECOUUURS !!! » cria Shuichi en frappant sans le faire exprès le docteur au visage avec son plâtre.

_ « Aouch ! » gémit celui-ci qui avait pris le coup en plein dans le nez.

_ « Shuichi ! Calme-toi ! » fit le romancier en retenant l'adolescent.

_ « YUKI ! s'écria Shuichi en réussissant à agripper la veste de l'écrivain. Yuki ! Je vois plus rien ! Y fait tout noir ! »

_ « Qu…quoi ? » balbutia le blond, déconcerté, avant de regarder le médecin à terre qui se relevait.

_ « C'est ce que je voulais vous dire, fit ce dernier en prenant le mouchoir qui lui tendait une infirmière pour mettre sur son nez. Il semblerait qu'il ait perdu la vue. Cependant, sans examen approfondi, je ne peux déterminer si ça sera passager ou permanent. »

_ « Mais… comment ? Comment ça a pu arriver ? interrogea l'écrivain qui y croyait à peine. Avec l'opération, il aurait dû… »

_ « S'en tirer, oui. Ne pas avoir de séquelles avec une si grave hémorragie cérébrale, c'était quasi impossible ! Je vous expliquerai tout ça en détails, mais pour l'instant, il faut réussir à le calmer ! » ajouta le médecin en désignant Shuichi.

Le chanteur était à présent en larmes et s'était jeté dans les bras de son compagnon en pleurant. Yuki le serra contre lui en le berçant pour essayer de l'apaiser. Pendant ce temps, le docteur réussit à administrer un sédatif au musicien, et petit à petit, celui-ci commença à s'assoupir. Profitant de cette occasion, le romancier recoucha l'adolescent avec précaution.

_ « Yuki… murmura Shuichi en cherchant la main de son amant. J'ai peur… »

Des larmes continuaient de glisser silencieusement sur ses joues. Eiri prit la main de Shuichi et essuya délicatement son visage avec son autre main.

_ « Tout va bien, Shuichi…fit-il d'un ton rassurant. Je suis là, tu n'as rien à craindre… »

_ « Me lâche pas la main, onegai… » supplia l'adolescent en finissant de s'assoupir.

_ « Non, je ne te lâche pas la main, Shuichi. Ne t'inquiète pas… »

Yuki parlait déjà dans le vide, son amant respirant à présent calmement dans son sommeil. Il demanda à rester quelques instants avec l'artiste, jusqu'à ce qu'il soit certain qu'il dorme paisiblement. Tout le monde sortit, y compris Hiro, tout aussi bouleversé sans doute que l'était l'écrivain. Le blond observa son compagnon, et repensa aux deux dernières semaines. Shuichi avait tellement souffert, autant physiquement que moralement. Eiri aurait aimé pourvoir caresser les mèches fuchsia de son bonbon rose, mais on lui avait rasé une partie du crâne pour son opération, et le reste de sa chevelure était à moitié dissimulée sous d'épais bandages.

En observant son amant, l'écrivain sentait croître son sentiment de culpabilité, mais aussi sa colère et sa haine envers Seguchi. Il ne laisserait plus son beau-frère approcher Shuichi. Comme pour se donner du courage dans ses résolutions, Yuki serra un peu plus fort la main du musicien et y déposa un baiser. En quittant la chambre, il fut accueilli par une baffe retentissante. La main posée sur sa joue endolorie, le romancier regarda la femme qui venait de le gifler. Durant toute cette semaine, Maïko avait réussi à empêcher que ses parents se retrouvent face à face avec Yuki, mais aujourd'hui elle n'avait pas pu éviter la rencontre fatidique. Ayant appris par le médecin l'état de son fils, Mme Shindô semblait dans une rage folle.

_ « Tout ça c'est de votre faute ! s'écria la mère, hors d'elle. Non seulement vous avez perverti mon fils en en faisant un sale… homo comme vous ! Mais vous avez aussi failli le tuer deux fois en l'espace de quelques jours ! J'avais accepté de vous le confier après son accident ! Je vous ai fait confiance ! Et malgré ça, voyez ce qui arrive à cause de vous ! J'ai eu tort de croire qu'un pédé tel que vous pouvait veiller sur mon bébé. Vous avez détruit mon enfant, espèce de salaud ! Si j'avais su plus tôt que Shuichi habitait chez vous, je… »

_ « Vous auriez quoi ? lui envoya froidement Yuki en retenant les poings avec lesquels la femme martelait son torse. Vous auriez empêché Shuichi de me voir ? Vous savez aussi bien que moi combien il peut être têtu et obstiné. En lui interdisant de me voir, vous n'auriez fait que le pousser à me voir en cachette. Ce n'est pas notre relation qui est en cause dans cette histoire, mais ma faiblesse et ma stupidité. Je croyais bêtement que l'amour de Shuichi suffisait à tout résoudre, mais je ne me suis pas rendu compte que je le faisais souffrir beaucoup plus que ce qu'il me laissait apercevoir. C'est seulement ces deux dernières semaines que j'en ai pris conscience. J'ai également compris que j'aimais vraiment Shuichi, et que j'avais besoin de lui, de sa gaieté et de son sourire. Seulement, je l'ai beaucoup trop fait souffrir, alors je pense que je ne devrais plus le voir pendant quelques temps, et peut-être même plus jamais. Ça vaudra mieux pour lui… »

Le blond avait lâché les poignets de Mme Shindô, et s'était écarté d'elle pour s'adosser à la porte de la chambre. Pendant tout le temps de sa longue tirade, il avait gardé le regard baissé, masqué par ses cheveux. Bien que ses yeux fussent embués de larmes qui ne coulaient pas, sa voix était resté ferme et son discours avait laissé la mère pantoise. Devant ce silence, Eiri releva la tête et regarda Mme Shindô puis son mari derrière elle. Celui-ci ne disait rien non plus, mais son regard en disait long sur ce qu'il pensait de l'écrivain. Avec un « tsss » presque moqueur tellement la situation lui semblait grotesque, le romancier salua brièvement les Shindô avant de se diriger vers la sortie. Maïko voulut le retenir, mais le blond se dégagea vivement de sa main, et partit sans se retourner. La lycéenne, les larmes aux yeux, se retourna vers Hiro dans l'espoir qu'il arrête le romancier, mais elle n'obtint pas de lui le soutien qu'elle en attendait. La jeune fille prétexta une envie pressante pour s'éclipser aux toilettes où elle se laissa aller à ses larmes, tandis que sa famille et Hiro, allaient veiller Shuichi dans sa chambre.

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Deux jours plus tard, Hôpital central, chambre de Shindô Shuichi

_ « M'en fous ! J'en veux pas ! J'ai pas faim ! »

_ « Shuichi ! Onegai shimasu, sois un peu raisonnable ! le supplia sa sœur Maïko. Tu n'as rien mangé depuis que tu es sorti du coma. Tu dois reprendre des forces si tu veux sortir d'ici rapidement. »

_ « NAN ! Je m'en fous de ta bouffe ! Je veux mon Yuki ! »

_ « Shu-chan, je t'ai déjà dit que okasan et otosan lui ont interdit de venir ici. Alors tu dois manger et te dépêcher de reprendre des forces si tu veux sortir d'ici et aller le voir. »

_ « Ha… Hahaha… Hahahahahaha ! Le voir ? s'était mis à rire amèrement le chanteur. Le voir ! Hahahaha ! Et comment je ferai pour aller le voir, hein ? À moins que quelqu'un m'emmène, je pourrai jamais aller seul chez lui. Et puis même si nos parents le laissaient venir, je pourrai pas le voir, parce que… parce que… »

Son rire s'était fait sanglot, et de ses yeux d'un bleu pur mais vide, s'écoulaient des larmes désespérées.

_« Je pourrai même pas le voir parce que je vois plus rien ! » s'écria-t-il en repoussant violemment le plateau-repas posé au-dessus de ses jambes, qui alla s'écraser au sol dans un fracas épouvantable.

_ « Shu-chan… »

_ « Laisse-moi tranquille ! Dégage ! » cria l'artiste en se recroquevillant sur lui-même.

_ « Mais, nii-chan… »

_ « Va-t'en ! La seule personne que je veux, c'est mon Yuki ! Mais… il est pas venu… Pourquoi il vient pas Maïko ? Pourquoi ? » demanda soudain le musicien comme s'il occultait complètement l'interdiction faite par ses parents.

_ « Je te répète que okasan et otosan lui ont interdit… » insista la lycéenne en posant sa main sur la tête de son frère.

_ « Pourquoi il vient pas ? Hein, nee-chan ? Pourquoi ? » s'exclama alors Shuichi en larmes.

_ « Naa, calm-toi nii-chan… » murmura Maïko en serrant son frère contre elle. Ça va aller, Shu-chan. Yuki-san pense toujours à toi, tu sais. Il me demande tous les jours de tes nouvelles… Ne t'inquiète pas, tu pourras le revoir dans quelques temps… »

_ « Pourquoi, Maï-chan… ? sanglota l'artiste en s'agrippant à elle. Pourquoi ? »

Accablé et affaibli par son jeûne, Shuichi se laissa complètement aller contre l'épaule de sa sœur. En le rassurant par des paroles tendres et des caresses, Maïko réussit à le recoucher, et lui promit qu'elle allait essayer de contacter Yuki. Le visage de Shuichi s'illumina et avec un large sourire, il remercia sa sœur avant de se rendormir. La lycéenne ramassa le plateau et nettoya tout soigneusement avant de quitter la chambre.

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Le même jour, dans la soirée

Après que Maïko lui eut annoncé qu'elle avait pu avoir Yuki et qu'il avait promis de passer dès que la voie serait libre (c'est-à-dire pas de parents Shindô en vue), Shuichi avait accepté de se restaurer un peu. Il avait avalé un bon bol de soupe de miso accompagné de quelques onigiri apportés par sa sœur. Cependant, il restait malgré tout très fatigué, et il se recoucha peu après son repas. Maïko l'avait alors laissé pour faire place à un autre visiteur. Le chanteur, qui commençait déjà à s'endormir, n'entendit pas la porte se rouvrir après le départ de la lycéenne. Ce n'est que quand il sentit quelque chose se poser à côté de sa tête sur l'oreiller qu'il réagit. Il se redressa vivement en demandant :

_ « Y a quelqu'un ? »

Pas de réponse. Avec prudence, l'artiste tâta le « truc » qui s'était posé sur son oreiller. Cette chose lui semblait étrangement familière. Poilue, pourvue de quatre pattes et surtout de deux grandes oreilles ultra-longues, cet objet ne pouvait être que :

_ « Kuma-chan ! » s'écria Shuichi, tout content de retrouver sa peluche préférée, en la serrant dans ses bras.

Alors qu'il câlinait affectueusement son doudou, Shuichi entendit un léger bruit. Aussitôt il lança :

_ « Tu t'en vas déjà, Yuki ? »

La main de l'écrivain s'immobilisa sur la poignée de la porte. Il n'osait pas se retourner, de peur que ses résolutions ne s'envolent s'il croisait le regard de Shuichi. Car il savait que s'il croisait ces yeux aujourd'hui infirmes, il n'aurait plus la force de quitter son amant.

_ « Tu as su que c'était moi ? Gomen ne, je ne voulais pas te réveiller… » répondit-il simplement, le regard fixé sur la poignée.

_ « C'est pas grave, Yuki. J'avais trop envie que tu viennes, alors c'est pas grave si tu m'as réveillé… »

_ « Tu sais pourtant que je ne devrais pas être ici. »

_ « Qu…quoi ? »

_ « Tes parents me l'ont interdit. »

_ « Mais… C'est pas une raison pour que tu viennes pas me voir. J'ai besoin de toi, Yuki… » lâcha l'artiste, sa voix soudain emplie de larmes.

_ « Tu ne devrais pas tant compter sur moi, Shuichi… Je n'ai réussi qu'à te faire souffrir… »

_ « C'est pas grave ça, Yuki ! s'écria l'adolescent. Je sais que tu es comme ça, mais que malgré ta froideur apparente, tu es quelqu'un de gentil… Et puis je sais que tu m'aimes… Tu me l'as dit l'autre jour… Moi je m'en fous si tu le dis pas souvent ou même jamais. Tant que je peux rester avec toi et que tu as des gestes tendres avec moi, moi je sais que tu m'aimes et ça me suffit… »

_ « Arrête de rêver ! répliqua durement le blond. Si je t'ai dit que je t'aimais, c'est uniquement parce que je me sentais coupable de qui t'était arrivé ! Mais tout ça, ça me gave maintenant ! En réalité, je… je ne t'aime pas… »

_ « C'est pas vrai, tu mens… »

_ « SI C'EST VRAI ! »

_ « Alors pourquoi as-tu hésité avant de le dire ? » demanda le chanteur.

La main de l'écrivain se crispa sur la poignée, et les battements de son cœur se firent plus rapides.

_ « Je te connais maintenant, Yuki, reprit l'adolescent. Je sais comment tu fais… Tu dis ça uniquement parce que tu as peur de tes sentiments et aussi de me faire souffrir, alors tu essaies de me repousser. Mais en fait, c'est toi qui essaies de fuir, parce que tu sais très bien que moi, je ne cesserai jamais de t'aimer. »

_ « Arrête… » souffla Yuki en fermant les yeux.

_ « Yuki… j'ai besoin de toi… »

_ « URUSAI ! cria le romancier. Tu n'as pas besoin d'un sale type qui a failli te tuer ! Il vaut mieux pour toi que je ne vienne plus. Tu seras beaucoup plus heureux, et surtout beaucoup plus en sécurité… »

_ « Non, Yuki… frissonna le chanteur, pris d'angoisse. Je pourrai pas être heureux sans toi… »

_ « Un gamin écervelé comme toi ne sait pas ce qui est bien pour lui ou non, fit rudement le blond. Je te dis que ta vie sera bien meilleure sans moi. Tu vas rentrer bien sagement chez toi, et je te ferai parvenir tes affaires. »

_ « Yu…Yuki… » balbutia l'artiste en serrant son Kumagoro.

_ « Porte-toi bien, Shuichi… » ajouta Yuki en sortant de la chambre, sans s'être retourné un seule fois.

_ « Yuki ? Yuki ! NOOOOON ! hurla Shuichi en entendant la porte se refermer. REVIENS, YUKIIIIIIIII !!! »

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À SUIVRE …

AU PROCHAIN EPISODE : Caprices

Commentaires de fin : Voili voilà un nouveau chapitre !!!! Personnellement, j'ai mis un peu de temps dessus,mais je l'ai bien travaillé. Je trouve qu'il y a de super trop bonnes scènes dans ce chapitre !Mais c'est normal, je suis géniale !

Yuki : et les chevilles enflées…

Shizu : Raaah ! Urusai tonton ! Tu sais pas reconnaître mon talent, c'est tout !

Yuki : je vois surtout ta tête qui devient énorme…

Shizu : O-o Comment ça ???Grrrrr…..

Yuki : tiens un bonbon.

Shizu (fait le ptit chien-chien) : wouaf wouaf ! (chope le bonbon)

Yuki : ….. exactement comme Shuichi… (petit sourire amusé à la pensée de son amant)

Karla : hé hé hé… C'est mignon ça, Yuki-san ! Tu rougis ! Tu penses à Shuichi, c'est ça ?

Yuki : Hein ? Mais mais mais !!! Mais non ! Pas du tout !

Karla : Wouah ! A d'autres ! On sait bien que tu l'aimes ton Shuichi.

Yuki : ouais bon , d'accord ! Mais tu vas pas lui dire, ok ?

Karla : Ok ! (et par derrière, va vite tout raconter)

Shizu : bon, moi je me remets à mes fics, à mon roman, à mon blog, et je vous dis : Mata ashita !

Lexique :

Ai shiteru : Je t'aime

Baka / bakamono / bakayarô : imbécile, idiot, crétin, bête, con, abruti, stupide, maladroit

Chan/kun/san : Diminutif que l'on ajoute au nom (ou prénom) pour marquer l'affection envers une personne (Chan), une certaine marque de respect envers un camarade (Kun), ou marquer une certaine hiérarchie avec des personnes que l'on connaît peu ou plus âgées (San)

Demo : mais

Gomen ne : désolé, pardon, excuse-moi

Okaasan :Maman

Onegaï / onegaï shimasu : s'il te plaît

(O)nii-chan / onii-san : grand frère

(O)nee-chan / onee-san : normalement c'est « grande sœur » mais là Shu l'utilise pour désigner sa sœur (après tout ils n'ont pas beaucoup d'années d'écart tout les deux et Shu se comporte plus comme un petit frère que comme un aîné alors bon)

Otôsan : Papa

Seme : le « dominant » dans un couple homosexuel, du verbe « semeru » = attaquer

Uke : le « dominé » dans le couple homosexuel, du verbe « ukeru » = recevoir, généralement plus petit et plus efféminé que le seme

Urusaï : Ta gueule, ferme-la, tais-toi

Yaoi : genre apparu en 1992, c'est un genre dérivé du shoujo manga (manga pour filles). Il dépeint les relations sentimentales et sexuelles entre 2 hommes.

- serait l'acronyme de « Yama nashi, Ochi nashi, Imi nashi » = « no climax, no point, no meaning » en anglais, ou en bon français = sans dénouement, sans utilité, sans sens » (en gros un PWP = Plot what plot)

- viendrait aussi de l'expression « YAmete Oshiri ga Itai » = littéralement « arrête j'ai mal au cul ». Les Japonais préfèrent d'ailleurs à cette expression un peu crue le terme « boy's love ». Personnellement, j'aime beaucoup la 2e définition, pas vous ?^^ héhéhé…. Nyark nyark nyark…

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