Bring me to the light

Chapitre XV : Sombre désespérance…

Auteur : Shizuka Kurai

Genre : Dark fic, angst

Série : Gravitation

Pairing : Yuki X Shûichi

Persos :Seguchi Tôma et Mika, Uesugi Tatsuha, Shindô Maïko et Hikari (accessoirement le nom que j'ai donné à la mère de Shu et Maï), Kannô Midoriko (secrétaire de Tôma)

Disclaimer : Persos de Maki Murakami

Commentaires : Un quinzième chapitre qui continue cette longue fic que, je l'espère, vous suivez avec fidélité et délectation, mes chers lecteurs et lectrices. Je tiens à remercier d'ailleurs Tigrou19 pour sa review et l'idée qu'il/elle m'a donné pour la suite de la fic. Nyark nyark nyark… Décidément, il ne devait pas se passer tout ça au départ, cette fic échappe de plus en plus à mon contrôle et l'histoire prend vie d'elle-même dans ma tête, au point que je me demande qui écrit cette fic : moi ou les personnages ? Je prends d'ailleurs beaucoup de plaisir moi-même à écrire ceci, à suivre l'évolution des relations entre les différents protagonistes, et aussi à devenir de plus en plus sadique. MWAHAHAHAHAHAHA !!!

Le dico : Fiuuuuuuuuuuu ! BLAAAM !

Shizu : Aiiiiiiiiiiiiiiiieeeeeuh !!!

Yuki : Calme ta joie, espèce de folle déjantée !

Shizu : Mais euuuuuh, tonton ! t'es trop méchant !

Shuichi : Nan, c'est toi qui l'es d'abord, Shizu ! Pourquoi tu t'en prends tout le temps à moi dans cette fic ?

Shizu : parce que les fans de Gravitation (dont moi, hihihihi !) aiment ça. HOHOHOHOHO !!!

Yuki : je vais la buter… Grrrrr !

Shizu : heuuuu… Tonton, je dois finir votre histoire, tu sais… En plus, ça se termine bien, et puis y aura encore du sexe…

Yuki (réfléchit) : … Bon, ok, tu peux continuer, mais ça a intérêt à être torride.

Shuichi (indigné) : Quoiiiii ? Yuki, espèce de traître !!!

Shizu : YATTA !!! En route pour un nouveau chapitre plein de rebondissements !!!

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Résumé du chapitre précédent : Après la confession de Mika, Yuki va voir voir Seguchi à N.G. et manque se faire violer par le président. Pendant ce temps, Shuichi, laissé à la garde de Mika, se réveille et fait tomber la jeune femme par accident. Quand Yuki revient, une ambulance est en train m'emmener sa sœur et Shuichi s'est caché en larmes dans son bureau. Tatsuha qui arrive sur ses entre faits, découvre son amour pour Shuichi…

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Chapitre XV : Sombre désespérance…

Vendredi 13 avril (1), fin d'après-midi, Hôpital central.

_ « Que… Qu'est-ce que tu dis, Tatsuha ? »

_ « Je… j'aime Shuichi… »

_ « Tatsuha… Tu te rends compte de ce que tu dis ? Et Riyuichi alors ? Il ne t'intéresse plus ? »

_ « Ce n'est aussi simple, Mika… répondit le moine d'un ton désabusé, le menton appuyé sur ses mains jointes. Au début, je ne m'intéressais à Shuichi que comme un substitut à Riyuchi, mais petit à petit, j'ai commencé à m'attacher à lui, et avant que je m'en rende compte, je me suis mis à éprouver pour lui plus qu'une simple amitié… »

_ « Tatsuha, enfin ! Tu dois te faire une raison ! Eiri et Shindô-kun ont assez souffert comme ça ! Ne fais pas comme Tôma… Je… Je ne supporterai pas un autre drame dans notre famille… »

_ « Mika, je t'en prie, ne pleure pas ! implora le brun en voyant sa sœur fondre en larmes. Je n'ai pas l'intention de faire de bêtises, rassure-toi ! C'est juste que… Ne pas pouvoir lui avouer mes sentiments, ça me rend triste… »

_ « … »

_ « Ils ont assez souffert tous les deux, c'est vrai. Et ce que je souhaite le plus au monde c'est leur bonheur. Alors c'est pour ça que je tairai mes sentiments pour Shuichi, et que je ferai tout pour protéger leur couple. »

_ « Toi, tu as une idée derrière la tête, » fit remarquer la jeune femme en essuyant son visage avec le mouchoir que lui tendait Tatsuha.

_ « Décidément, on ne peut rien te cacher, "onee-sama"(2) ! »

_ « Ne sois pas hypocrite en me donnant du "onee-sama" , sale gamin. Alors, que projette-tu de faire ? »

_ « M'allier avec Seguchi, bien évidemment. »

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Pendant ce temps, à N.G. Productions…

_ « Seguchi-sama ! Seguchi-sama ! » hurlait d'une voix hystérique la jeune secrétaire blonde du président répondant au doux nom de Kannô Midoriko (3).

_ « Tout va bien, Kannô-san, je vais mieux maintenant, la rassura son patron tout aussi blond de cheveux que son employée depuis le fauteuil derrière son bureau. C'est moins grave que ça en a l'air, ne vous inquiétez pas. »

_ « Mais mais mais… Seguchi-sama ! Vous aviez le nez tout en sang tout à l'heure ! Et regardez un peu votre joue ! Oh là là ! Elle a doublée de volume et elle est toute rouge ! Ah Kami-sama, j'ai bien cru que vous étiez mort ! »

_ « Bouddha ne veut pas encore de moi dans son palais céleste, heureusement, Kannô-san, fit le jeune président tandis que l'infirmière de l'entreprise le soignait. J'ai encore trop de choses à accomplir ici-bas. »

_ « Ah Seguchi-samaaaa ! »

_ « Voyons, séchez vos larmes, Kannô-san, demanda le PDG d'une voix douce et chaleureuse. Les yeux rouges, ne vont à un si joli visage. Et ne m'appelez plus "Seguchi-sama", je ne suis pas un shogun, mais un simple patron d'entreprise. »

_ « Mais vous êtes le grand Seguchi Tôma du mythique groupe "Nittle Grasper". Vous êtes un véritable Dieu ! »

_ « Allons, allons, Kannô-san, vous me portez trop d'importance, » rit modestement le trentenaire blond, amusé de la ferveur de sa secrétaire groupie.

_ « Je ne dis que la vérité, Seguchi-sama ! »

_ « … Si j'étais vraiment Dieu, j'aurais fait disparaître ce sale rat qui parasite la vie de mon aimé depuis longtemps et Eiri serait à moi… » murmura le président à part, le regard soudain assombri d'une haine farouche.

_ « Hein ? Qu'avez-vous dit ? » fit la secrétaire idiote.

_ « Rien, rien, je me parlais à moi-même, » se reprit le blond en se composant un visage avenant.

_ « Bien, puisque les soins sont terminés, vous allez vous reposer maintenant. Alors zou, au lit ! »

_ « Haï, haï, "okaasan" ! » répondit aussitôt son patron d'un ton enjoué malgré l'agacement qu'il éprouvait du babil incessant de cette bécasse écervelée.

_ « Oh voyons, Seguchi-sama ! Jamais je n'aurais assez de classe et de prestance pour être votre mère ! » rougit la secrétaire, stupidement flattée d'un compliment où le président la vieillissait intentionnellement.

_ « Mais je vous trouve pourtant très jolie, Kannô-san… » susurra le président d'une voix suave en se levant avant de prendre la main de la jeune femme et de planter ses yeux d'azur dans ceux de son employée.

_ « … Ooooh, Seguchi-sama… » gémit la blonde en pivoinant d'un seul coup avant de tourner de l'œil.

Seguchi donna alors des ordres pour qu'on ne le dérange sous aucun prétexte, et tandis qu'on emmenait sa secrétaire groupie, il murmura un "Bon débarras… " grinçant. Le président n'avait engagé cette jeune poule que pour son joli minois et sa manie quasi obsessionnelle de sauter sur toutes les stars et autres célébrités qui se présentaient devant elles, faisant ainsi un barrage plus efficace qu'une armée de gorilles baraqués. Il ne regrettait donc pas l'acquisition de cette perle de verre sans cerveau, mais il préférait éviter le plus possible de se trouver dans la même pièce qu'elle.

En rejoignant le lit au fond de la pièce, le claviériste repensa aux récents événements. Il avait ressenti une joie indicible en apprenant la visite de son Eiri adoré. Mais le président avait bien vite était déçu du motif de sa venue, et il avait pu constater à quel point l'esprit de son pauvre petit bébé était pollué par ce rebut de Shindô. Avec un soupir qui vous aurait presque fendu l'âme si l'on ne connaissait pas la noirceur de l'âme de cet homme, Seguchi s'assit sur le lit avant de s'y laisser tomber de tout son long. Le regard tourné vers le plafond, les bras en croix, il songeait à Yuki.

_ « Mon pauvre chéri, ce n'est pas ta faute. Je sais pourquoi tu m'as repoussé tout à l'heure : c'est parce que ce sale démon a perverti ton âme pure et innocente. Mais Eiri-chan, je saurai te tirer des griffes de ce monstre, et je lui rendrai au centuple tout le mal qu'il t'a fait. »

La lueur qui brillait à présent dans les yeux du pianiste semblait vouloir brûler le monde entier d'une haine frénétique. Eiri était à lui et Shindô devait disparaître à jamais.

_ « Haha ! Hahahaha ! HAHAHAHAHAHA ! MWAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !!!! »

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Toujours le même jour, au même moment chez Yuki Eiri…

Épuisé après une nuit torride et par une journée exténuante, l'écrivain referma après le départ de son frère, puis s'appuya dos à la porte avant de se laisser glisser au sol. Là, assis les deux bras posés sur les genoux, il soupira longuement, autant de satisfaction d'avoir enfin la paix que par un soudain coup de blues. Pourquoi fallait-il que quelque chose tourne au drame alors que tout allait très bien ? Eiri n'avait jamais passé de nuit aussi passionnée avec aucune de ses précédentes partenaires.

La drogue y avait été pour beaucoup mais avec Shuichi, il y avait une alchimie différente. C'était quasi magique, et pour rien au monde, le romancier n'aurait voulu se séparer de lui. Le blond réfléchit ainsi un long moment, tirant de temps en temps une bouffée de fumée de la cigarette qu'il s'était allumée, la dernière du paquet.

« Je devrai songer à arrêter de fumer moi. Shuichi a déjà assez de problèmes comme ça, il ne faudrait pas maintenant qu'il m'attrape un cancer des poumons par tabagisme passif, » se réprimanda intérieurement Yuki en écrasant le reste de son mégot dans la boite de cigarettes vide.

Le blond eut à peine le temps de se relever qu'on frappa à la porte. Pas de sonnerie, ni de violence, mais trois petits coups très discrets qu'il n'aurait même pas entendu s'il ne s'était pas trouvé aussi près de la porte d'entrée. Supputant un nouvel ennui, l'écrivain regarda par l'œil-de-bœuf qui était son visiteur impromptu. Il découvrit alors une touffe de longs cheveux châtains détachés masquant un visage qu'il ne reconnut pas, mais vit aussi un uniforme d'écolière qu'il identifia aussitôt.

_ « Maïko-san ? fit-il en ouvrant aussitôt la porte. Tu es venue voir Shuichi ? »

_ « AH ! s'exclama la jeune fille, surprise de la rapidité avec laquelle l'écrivain lui ouvrit. Konnicha-wa, Yuki-san. Je… je venais juste prendre quelques nouvelles de mon frère, je ne vais pas rester ! » s'empressa-t-elle de dire en détournant légèrement la tête, avant de faire mine de partir.

_ « Attends ! l'arrêta le blond en la retenant par le bras. Tu n'attends pas que je te parle de Shuichi ? »

_ « Aïe… » gémit soudain l'adolescente.

_ « Hum ? » fit le romancier, étonné de l'entendre gémir de douleur alors qu'il avait à peine effleuré son bras.

Sans demander l'avis de la lycéenne, le blond l'obligea soudain à tourner son visage vers lui, et il écarta les longues mèches de la jeune fille. C'est là qu'il découvrit la large ecchymose qui recouvrait toute la partie gauche de son visage, colorant sa joue d'horribles couleurs violacées et noires virant parfois au vert ou au bleu. Au niveau de la tempe et de l'œil, la chair avait enflée et gênait l'ouverture de la paupière gauche.

_ « C'est ton père qui a fait ça ? » demanda le romancier d'une voix assourdie d'une colère sans précédent.

L'adolescente garda le silence, autant à cause des larmes qui bloquaient sa voix au fond de sa gorge que de la crainte de la rage de l'écrivain. Elle n'avait rien d'autre que son uniforme de lycéenne, pas de sac ni même de veste pour se protéger de la fraîcheur de ce mois d'avril.

_ « Entre, ordonna Yuki d'un ton qui ne souffrait aucune réplique. Je vais te donner de la glace pour ton œil. Et, il y a de la pommade pour les coups dans la salle de bain. »

_ « Je n'ai pas été battu, Yuki-san ! s'écria la demoiselle. Je me suis seulement pris un ballon en pleine figure pendant le cours de sport, rien d'autre ! »

_ « Mais bien sûr. Et moi je suis le Père noël ! Je connais le truc, gamine. C'est toujours la même chose. Décidément, je ne comprendrai jamais les gens qui se laissent frapper sans réagir. »

Le blond repensa un instant à son viol. À l'époque, il aurait voulu pouvoir se défendre, mais il était tellement traumatisé de la trahison de son sensei, et il était si faible face aux brutes qui le violentaient qu'il n'avait rien pu faire. Peut-être que les personnes battus étaient-elles toutes un peu dans cet état d'esprit-là et que c'était pour ça qu'elles ne réagissaient pas. Mais qu'elles refusent de parler, ça le dépassait. À moins que ce ne soit pas amour qu'elles se taisaient… Mais comment peut-on éprouver autre chose qu'une haine farouche à l'encontre de la personne qui nous fait du mal ? C'était vraiment étrange, mais Yuki n'avait pas vraiment le temps de réfléchir à ça.

Le romancier fit entrer la lycéenne avant qu'elle ne se sauve, puis il la laissa se passer de la pommade dans le salle d'eau, et lui donna de la glace quand elle le rejoignit enfin dans le salon. Le sachet de glace appuyé contre sa joue, l'adolescente était au bord des larmes et n'osait pas prononcer un mot. Elle semblait vouloir demander quelque chose, mais en même temps elle hésitait à le faire, craignant sans doute un refus ou que l'écrivain tente quelque chose contre son père.

_ « Tu peux rester ici cette nuit si tu ne sais pas où aller, proposa spontanément le blond en se disant qu'il devenait décidément trop gentil. On règlera ça demain quand tout le monde sera reposé et qu'on aura les idées plus claires. Si tu veux, tu pourras dormir avec ton frère. Moi je prendrai le canapé. »

_ « Yuki-san, je ne veux pas abuser ! Je… »

_ « Et moi, je t'interdis de discuter, la coupa Eiri d'un ton autoritaire. Je t'invite chez moi cette nuit, point barre. C'est pigé ? Shuichi sera content que tu sois là. »

_ « Ha… Haï… » balbutia la jeune fille, confuse.

Était-ce de soulagement que la lycéenne fondit soudain en larmes ? La perspective d'avoir trouvé un refuge pour la protéger de son père y était certes pour beaucoup, mais c'était aussi tout le stress et le désespoir accumulé lors des derniers jours qui avaient brusquement besoin de s'exprimer. Eiri n'était pas du genre à s'attendrir sur les malheurs des autres, mais il savait ce que l'on ressentait à être trahi par quelqu'un que l'on aime et en qui l'on a une confiance absolue.

Shindô Gendô était le père de Shuichi et de Maïko, et en tant que père, il devait représenter pour eux une sorte d'icône tout puissante qu'ils admiraient. Cependant, cette figure presque déifié s'était finalement révélée terriblement humaine, et le mythe s'était effondré avec leurs dernières illusions d'enfants. Enfin, c'était ce que supposait l'écrivain. Même s'ils essayaient du mieux qu'ils pouvaient de se comporter en adultes, le frère et la sœur Shindô restaient malgré tout des enfants.

« Kuso…se dit le romancier. Soit je m'identifie trop à mes romans, soit mon amour pour Shuichi a fait de moi une vraie lavette pour penser comme ça. »

Car pour finir de confirmer ses propos, il avait posé une main sur les cheveux châtains de l'adolescente avant de venir la serrer doucement dans ses bras. La lycéenne s'abandonna alors totalement à son chagrin et pleura longuement jusqu'à ce que ses yeux n'aient plus de larmes à déverser. Le sachet de glace avait fini de fondre sur le sol, là où la jeune fille l'avait laissé tombé, quand enfin elle s'écarta de l'écrivain en s'essuyant le visage avec les manches de son uniforme.

_ « Prends plutôt ça, ça sera mieux, » lui fit le blond en lui tendant un mouchoir.

_ « A… Arigato, Yuki-san… »

_ « Si tu veux, tu peux aller voir Shuichi, mais ne le réveille pas, il vient tout juste de s'endormir. »

_ « Ah ? Sa journée au studio était si fatigante que ça ? »

_ « Il n'est pas allé au studio, il avait un jour de congé. »

_ « Ah… D'accord… Je n'ai pas beaucoup de nouvelles ces derniers temps. Mon père me surveille constamment. Il m'a confisqué mon portable pour ne pas que je contacte Shuichi, et je n'ai pas le droit de me servir du téléphone fixe, même pour appeler mes amies… Je dois passer par une amie au lycée, qui prend des nouvelles auprès de Hiroshi. »

_ « … »

_ « Co… comment va Shu-chan ? Il mange bien ? Ce n'est pas trop dur au studio ? »

_ « Il fait comme il peut, répondit le romancier après un silence. Mais ce n'est pas facile. »

Eiri hésitait à raconter à la lycéenne les événements de la journée. Cependant, il valait mieux éviter un nouveau choc à Shuichi, et ne pas lui parler du comportement de son père envers sa sœur. À coup sûr, il s'en voudrait, et il était inutile, dans son état, de lui rajouter un souci supplémentaire. L'écrivain expliqua donc succinctement à l'adolescente ce qu'il s'était passé, et lui conseilla de ménager son frère aîné. Maïko, qui avait retrouvé suffisamment de calme pour ne pas se remettre à pleurer, acquiesça d'un hochement de tête silencieux. Maintenant que sa joue avait désenflée et qu'elle avait moins mal, elle arrivait mieux à rassembler ses pensées. Elle était venue voir si Shuichi allait bien, et pour cela elle avait éhonté désobéi à son père.

Mais de toute manière, elle s'était enfuie avant même qu'il ne la séquestre dans sa chambre. Quand elle avait voulu lui tenir tête en soutenant que Shuichi n'était pas l'être abjecte qu'il voulait bien croire, Shindô Gendô n'avait pas supporter l'insolence de sa fille et l'avait violemment frappée. La lycéenne n'avait pu s'enfuir que grâce à sa mère qui s'était interposée entre son mari et sa fille. Maïko ne voulait pas laisser sa mère seule, mais celle-ci lui avait ordonné de filer sans demander son reste, et la jeune fille n'avait pas eu le cœur de lui désobéir. La jeune Shindô avait alors fui la maison familiale sans même prendre le temps d'emmener des affaires autres que les vêtements qu'elle portait, et elle avait tracé vers un but bien précis. Le seul endroit où elle pouvait aller, le seul où elle était certaine d'être en sécurité, c'était chez Yuki.

Cependant, en arrivant là, même si l'écrivain l'avait accueilli sans lui poser de questions, elle avait trouvé tout autant de problèmes qu'elle en avait chez elle, et elle se demandait si elle avait bien fait de venir. Shuichi était bien plus à plaindre qu'elle. Ce n'était pas une petite gifle qui allait la tuer après tout. La jeune fille se fit donc une raison, et rassemblant tout son courage pour aider son frère, elle accepta l'invitation du blond. Elle allait demander la permission d'aller voir Shuichi, quand la voix de celui-ci les interrompit depuis le couloir.

_ « Yukiiiii ? »

_ « Shu ? s'étonna le blond en voyant le chanteur apparaître à la sortie du couloir, frottant ses petits yeux encore ensommeillés. Tu devrais te reposer encore un peu, tu as à peine dormi. »

_ « Maiiiis Yukiiiii ! gémit l'adolescent en serrant son kumagoro en peluche dans les bras. J'ai encore fait un cauchemar ! »

_ « C'est pas grave, Shu, vint le rassurer son compagnon en le prenant dans ses bras. Je suis là, tu n'as rien à craindre. Mais puisque tu es réveillé, devine un peu qui vient te rendre visite. »

_ « Huh ? »

_ « Konnichi wa , onii-chan, » fit une voix que le musicien reconnaîtrait entre mille.

_ « Maïko ? C'est toi, Maï-chan ? »

_ « Haï, acquiesça la jeune fille en venant embrasser son frère. Je suis venue prendre de tes nouvelles. »

_ « Maïko, je suis tellement heureux que tu sois là ! s'écria l'artiste en la serrant contre lui. Otôsan ne te prend pas trop la tête ? Il ne t'interdit pas de venir me voir ? »

_ « Heuuu… hésita un instant la lycéenne. Dans l'absolu, je n'ai pas le droit d'être ici, mais rien ni personne ne n'empêchera de voir mon grand frère adoré. »

_ « Maïko… Je ne veux pas que tu aie des ennuis à cause de moi… » fit le chanteur dans un souffle.

_ « Ne t'inquiète pas, mentit la demoiselle. Tout va bien. »

_ « C'est vrai ? »

_ « Mais oui ! Et d'ailleurs, j'ai dit aux parents que j'allais dormir chez une copine, alors qu'en fait je voulais venir te voir. Et Yuki-san m'a même proposé de dormir ici ce soir. »

Le mensonge était de taille, mais Shuichi eut l'air de bien mordre à l'hameçon et il se réjouit de ce petit tour joué à leurs parents. L'heure du repas approchant, Eiri rejoignit la cuisine mais devant le désordre qui y régnait encore, il décida de commander des pizzas, sans sauce piquante (hé oui, il avait légèrement oublié de ranger après leur petit accident de sauce pizza, et les événements de la journée ne lui avaient laissés aucun répit). Ils mangèrent au pied du canapé dans le salon et le reste de la soirée se fit dans une relative bonne humeur, Shuichi, malgré ses remords d'avoir bousculé Mika, semblant aller de mieux en mieux.

Vint ensuite le moment de se coucher, ce qui prit un certain temps car Shuichi était tout excité d'avoir sa sœur à ses côtés. L'écrivain se mit même à éprouver de la jalousie en cédant sa place dans le lit à la jeune fille pour que les deux rejetons Shindô puissent dormir ensemble. Il voulait garder son petit ange pour lui tout seul ! Mais bon, maintenant qu'il s'était proposé d'héberger la jeune fille pour la nuit, il n'allait pas la mettre à la rue, d'autant plus que cela ferait de la peine à Shuichi. Le blond ravala donc sa jalousie avant de laisser le frère et la sœur seuls pour aller dormir sur le canapé.

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Samedi 14 avril (enfin !)

Le lendemain arriva très vite, sauf pour Yuki qui dormit très mal sur un canapé inconfortable, plus adapté à une taille de pin's à la Shuichi qu'à celle d'un écrivain adulte et bien formé de partout (sans aucun sous-entendu douteux… Nyark nyark nyark…). Quand au lever, le blond le fit vitesse grand V. Entendant quelqu'un arrivait depuis le couloir, il se redressa pour voir si c'était Shuichi, mais oubliant qu'il était sur le canapé, il se retourna dans le vide et atterrit fesses premières par terre.

_ « Yuki-san ? Tout va bien ? » le questionna alors la lycéenne, confuse de l'avoir surpris.

_ « … grumph… Ouais, ouais, ça va, grommela l'écrivain. J'avais oublié que j'étais sur le canapé. Où est Shuichi ? » s'enquit-il alors en se relevant.

_ « Il dort encore. Je n'ai pas eu le cœur de le réveiller, répondit la jeune fille avant de demander. Je peux emprunter votre cuisine ? je voudrais préparer son petit-déjeuner à Shu-chan. »

Le romancier ne répondit pas tout de suite. Utiliser la cuisine ? Il lui semblait qu'il devait se rappeler d'un truc à propos de la cuisine. Shuichi et lui y avaient fait l'amour comme des bêtes deux nuits auparavant, mais ce n'était pas ça dont il devait se souvenir. Ce fut l'exclamation que poussa la brune qui lui fit se remémorer son oubli quand il se précipita pour la rejoindre dans ladite pièce. Tout était sans dessus dessous, les assiettes et la nourriture gisant à même le sol.

_ « Kuso… J'avais oublié ce détail… » jura le blond entre ses dents.

_ « Je me doutais qu'une garçonnière pouvait être un peu en désordre, mais là… lâcha la lycéenne, consternée, avant de lancer en se retroussant les manches. Bon, ben, il ne reste plus qu'à nettoyer un peu. »

_ « Tu n'as pas à ranger le bordel qu'on a fou… » commença l'écrivain avant d'être interrompu par la sonnette d'entrée.

_ « Kusooo ! pesta-t-il. Il est à peine 9h du matin. Qui peut bien vouloir venir me faire ch… le matin de si bonne heure ? Tatsuha, sans doute. À moins que ce ne soit mon éditrice. »

Eiri élaborait des hypothèses tout en rejoignant l'entrée, mais aucune ne le satisfaisait vraiment. La dead-line était encore loin, et Tatsuha faisait souvent la grasse matinée, donc ne venait pas si tôt. Il s'attendait presque à tout le monde sauf à la visiteuse qui se tenait à présent debout devant lui sur le seuil de la porte.

_ « Ohayo, Yuki-san, » fit une femme aux cheveux châtains clairs en s'inclinant poliment.

_ « Vous cherchez quelqu'un peut-être ? » lança simplement le blond, ayant reconnu aussitôt la dame.

_ « Oui, c'est vrai. Et j'ai l'impression que mon intuition s'est révélée exacte et que ma fille est venue trouver refuge chez vous, ajouta-t-elle en apercevant les chaussures de Maïko dans l'entrée. Je vous remercie sincèrement de vous occuper de mes enfants. »

_ « Y a pas de quoi. »

_ « Okaasan ? » fit la voix de Maïko derrière le blond.

_ « Maïko ! Tu vas bien ? Mais… Oh, Kami-sama ! Ma chérie ! » s'exclama la mère Shindô en découvrant le visage tuméfié de sa fille.

_ « Mais… Okaasan ! Ton œil ! »

Cette fois-ci, c'était à la lycéenne de dévisager sa mère avec stupeur. Shindô Hikari avait en effet un splendide œil au beurre noir du côté droit. Malgré ses efforts pour le masquer, les trois couches de maquillage qu'elle avait mis n'avaient pas suffi à le dissimuler complètement.

_ « … C'est otôsan qui t'a fait ça ? »

_ « … »

_ « C'est lui, n'est-ce pas ? s'écria l'adolescente, hors d'elle. C'est lui qui t'a frappé comme il l'a fait avec moi ! Mais comment peut-il être aussi méchant avec sa famille ? Pourquoi il met tout sur le dos de Shuichi et qu'il s'en prend à nous tous, hein ? Je le déteste ! Je… »

_ « Maïko ? »

La susnommé se calma aussitôt en entendant la voix affolée de son frère.

_ « Maïko ? Qu'est-ce qui se passe ? »

_ « Rien, rien, ce n'est rien, Shu-chan, le rassura aussitôt sa frangine. J'ai juste vu une araignée ! C'est ça, c'était juste une méchante bête pleine de pattes velues. N'est-ce pas, okaasan ? »

_ « Hein ? Okaasan ? s'étonna le musicien, debout dans l'encadrement de la porte de la chambre. Okaasan est ici ? »

« Arf ! La boulette ! » se gourmanda intérieurement la lycéenne.

_ « Hé oui, Shu, okaasan est ici. Je lui ai dit à elle que je venais te voir et elle m'a couvert auprès de otôsan, parce que elle aussi, elle voulait te voir, tu sais. Alors on s'est dit toutes les deux que je pourrais faire croire que j'allais dormir chez une copine et qu'elle viendrait me chercher ici tout en profitant de l'occasion pour te voir. Allez, viens maintenant, lança l'adolescente à son frère. Viens dire bonjour. »

_ « … »

Au grand étonnement de Maïko, Shuichi battit en retraite pour aller se cacher dans la chambre.

_ « Shu-chan ? appela la lycéenne en allant le rejoindre. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne veux pas voir okaasan ? »

Shuichi s'était assis par terre, dos au mur juste à côté de la porte, les genoux repliés contre lui.

_ « Shu ? »

_ « J'ai tout entendu… » murmura le chanteur, le visage enfoui dans ses bras.

_ « Hein ? Mais de… de quoi tu parles ? » balbutia Maïko, craignant de comprendre.

_ « Otôsan vous a frappées, n'est-ce pas ? »

_ « Non, il… »

_ « Arrête, Maï ! Ne me mens pas ! s'écria Shuichi en relevant la tête. Je t'ai entendu parler avec okaasan ! Tout ça, c'est de ma faute ! Alors pourquoi elle voudrait me voir, hein ? Pourquoi ? »

_ « Parce que tu es mon fils, » fit soudain la voix de Shindô Hikari à quelques centimètres derrière eux.

Shuichi se redressa brusquement.

_ « Mais c'est ma faute tout ce qui vous arrive ! C'est à cause de moi qu'on a tous ces problèmes et que otôsan vous bat ! Tout ça parce que je suis homosexuel ! Si je n'étais pas là, si seulement je n'étais pas né, tout ça… »

_ « Tout ça quoi ? » l'interrompit la voix de son amant venu les rejoindre lui aussi.

_ « Yu… Yuki ? »

_ « Si tu n'avais pas été là, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui, et peut-être que j'aurais fini dans le lit de Seguchi, comme un jouet entre ses mains. Seulement tu es là, et tu es celui qui m'a prouver que la vie n'était pas toujours aussi moche que je le croyais. Si tu n'avais pas été là, toutes les choses bien que tu as faites n'auraient pas existées, et les gens à qui tu as apporté du bonheur ne l'auraient peut-être jamais connu sans toi. Si tu cherches vraiment un responsable ici, alors c'est bien moi. C'est moi qui t'ai fait des avances et conduit sur le chemin de l'homosexualité. C'est aussi à cause de moi que tu as eu cet accident et qu'aujourd'hui tu es aveugle. Si tu veux blâmer quelqu'un, blâme-moi, mais toi, tu n'as été que le jouet malheureux du mauvais sort. »

_ « Yu…ki… Dis pas ça… Snif… C'est pas ta faute… C'est tout la mienne… Snif snif…»

_ « Ce n'est la faute de personne, Shu-chan, intervint Hikari. Tout cela n'est qu'un vilain tour du Destin. Tu n'as pas à te faire de reproches, car alors moi aussi j'en aurais plein à me faire. J'ai été une mauvaise mère…»

_ « Okaasan… Snif… »

_ « Viens là, mon bonhomme, » fit tendrement sa mère en l'attirant dans ses bras.

Un instant surpris, Shuichi redevint soudain le petit garçon qui se faisait dorloter par sa maman dans son enfance, et de grosses larmes amères se mirent à dévaler le long de ses joues. Longtemps, l'artiste pleura dans les bras de sa mère, ne cessant de s'excuser et de demander pardon pour tous les tracas qu'il causait à tout le monde. Hikari berça son fils retrouvé jusqu'à ce que ses larmes se tarissent. Elle ne pleurait pas mais on voyait bien qu'elle aussi, elle était très éprouvée. Un peu jalouse, Maïko s'approcha de sa mère et de son frère pour réclamer son câlin à elle aussi.

L'écrivain ne se mêla pas de cette petite réunion de famille, mais il aurait aimé pouvoir réconforter son amant lui-même. Il prit pourtant son mal en patience, conscient que son compagnon avait besoin de cette marque d'affection de son entourage pour pouvoir aller de l'avant. Au bout d'un moment, une fois les embrassades terminées, l'épouse Shindô laissa ses enfants un instant et vint vers le blond.

_ « Dômo arigato gozaimasu, le remercia-t-elle chaleureusement en serrant sa main dans les siennes. Continuez à prendre soin de mon fils, onegaï shimasu. »

_ « Je le ferai même si vous ne me le demandiez pas, » répondit l'écrivain en haussant les épaules, laissant glisser sur lui la gratitude qu'on lui montrait.

_ « Je le sais, et c'est pourquoi je sais que je peux vous le confier sans crainte, » lui répondit la femme.

_ « Qu'allez-vous faire maintenant ? l'interrogea Yuki. Je ne peux pas vous laisser repartir chez vous si votre mari… »

_ « Je ne rentre pas chez moi, » annonça Hikari d'un ton catégorique.

_ « Quoi ?!? » s'exclama Maïko.

_ « Vous allez dormir où alors ? » fit Shuichi, inquiet.

_ « Ne vous inquiétez pas tous les deux, les apaisa leur mère. Maïko et moi irons loger quelques jours chez Tante Chikako, le temps que la situation se calme un peu. »

_ « Mais Tante Chi habite à Kobe ! » s'écria le chanteur.

_ « Okaasan ! Pourquoi tu veux qu'on parte là-bas ? Et le lycée alors ? Et Shu-chan ? On ne peux partir comme ça ! »

_ « Je sais que ça va être difficile quelques temps, Maïko, mais en ce moment, ça va vraiment mal avec ton père. Il a beaucoup de problèmes au boulot, et quand Shuichi a eu son accident, il a eu tout d'un coup encore plus de soucis, et il n'a pas su comment réagir à tout ça. Il n'est pas si méchant que ça, c'est juste qu'il s'est senti un peu déstabilisé et… »

_ « Mais comment tu peux prendre sa défense après ce qu'il nous a fait ? s'indigna la lycéenne. C'est pas parce qu'il a des problèmes qu'il a le droit de nous frapper comme il l'a fait ! »

_ « Maï-chan, c'est vrai que otôsan nous a fait des choses méchantes, mais tout ça c'est à cause de moi, tu sais, il… »

_ « J'y crois pas ! C'est à toi qu'il a fait le plus de mal, Shu-chan et toi tu lui trouves aussi des excuses ? C'est pas ta faute du tout, quand est-ce que tu vas te mettre ça dans le crâne ? »

_ « Mais Maïko… » balbutia le musicien, apeuré.

Blaf !

Occupée à crier sur son frère, la lycéenne n'avait pas vu la gifle venir. La main d'Hikari avait volé pour claquer subitement sur la joue de sa fille.

_ « Je sais que tu as du ressentiment envers ton père. Mais je te prierais malgré tout d'être respectueuse envers lui car il est le chef de famille et mon époux de surcroît. Et même s'il nous a fait souffrir, tu peux peut-être comprendre qu'il est aussi l'homme que j'aime. De plus, je suis assez grande pour régler mes problèmes de couple alors je te prierais de ne pas t'en mêler, Maï-chan. »

_ « Demo… »

_ « Ça suffit, Maïko ! De toutes manières, votre père m'a demandé le divorce, alors tu n'as plus rien à objecter. »

_ « HEIIIIN ? » s'écrièrent ensemble les deux enfants Shindô.

_ « Je ne pensais pas vous l'annoncer de cette façon, mais c'est fait. Votre père et moi allons nous séparer quelques temps, et sans doute qu'ensuite nous engagerons la procédure de divorce. Dans la situation actuelle, c'est sans doute ce qu'il y a de mieux à faire. »

_ « Okaasan… Go… Gomen nasaï… » balbutia Shuichi, l'air catastrophé, ses yeux s'inondant à nouveau de larmes.

_ « Ne t'excuse pas, Shu-chan, tu n'y es pour rien, je te l'ai déjà dit, fit sa mère en lui essuyant les yeux avec son mouchoir. Et puis, Gendô et moi n'avons pas encore divorcé. Les choses s'arrangeront sûrement avant que cela arrive, né ?»

Malgré sa cécité, Shuichi n'était pas dupe des propos de sa mère. Il ne pouvait pas voir la gravité des blessures qu'avaient dues recevoir Hikari et Maïko, mais il se doutait qu'elles avaient dû en prendre pour leur grade (il se rappelait combien il s'était senti meurtri après que son père l'ait battu). Le musicien culpabilisait de la séparation de ses parents, mais dans un sens, il était rassuré de savoir que sa mère et sa sœur allaient habiter chez leur tante Chikako. Au moins, elles seraient en sécurité et n'auraient plus à craindre la fureur de Gendô. L'artiste baissa la tête un instant avant de la relever et de dire :

_ « Haï, okaasan ! Vous prenez juste un peu de distance pour mieux vous réconcilier. Tout ira bien, tu verras. Moi, je dois rester ici à cause de mes enregistrements mais j'essayerai de venir vous rendre visite aussi souvent que possible. »

Hikari se rendait bien compte que la voix de son fils tremblait, mais qu'il prenait sur lui pour la rassurer. Comme elle était fière de son petit garçon presque devenu un homme maintenant. Presque, car elle avait beau le regarder, il conservait cette allure frêle et sans défense de cet ado de 12 ans que sa sœur cadette un peu garçon manqué protégeait des vauriens de fin de primaire. Shuichi avait toujours était comme ça, un adorable bambin qui savait se faire beaucoup d'amis, mais dont la popularité innée lui attirait aussi beaucoup d'ennemis, jaloux de son rayonnement. Le musicien n'était pas un bagarreur à l'origine, il s'était endurci au cours de sa scolarité, à force d'être persécuté par de petits crétins sans cervelle, mais il restait toujours profondément altruiste et n'aimait pas les conflits. C'était pour ça qu'il se laissait souvent faire et pleurait aussi souvent.

Shuichi était quelqu'un qui débordait d'amour et le recherchait en chacun, et il se retrouvait donc déstabilisé face à la haine qu'il suscitait chez certaines personnes sans même le vouloir. Hikari s'en voulait d'avoir laissé son mari faire autant de mal à son fils, mais maintenant, elle ne fermerait plus les yeux. Elle aimait son époux, mais elle aimait aussi ses enfants, et la priorité dans l'immédiat était de les protéger. Elle emmènerait donc Maïko loin de Shindô Gendô, et faisait confiance à Yuki pour protéger Shuichi.

_ « Bon, Maïko, fit soudain la mère Shindô pour mettre fin à ces atermoiements. Prends quelques affaires dans la valise que j'ai apporté, on va partir. Ton père nous fera parvenir le reste un peu plus tard. »

_ « Haï, okaasan, » obéit aussitôt la lycéenne en prenant la valise que sa mère lui tendait.

_ « Vous êtes venue en taxi ? » demanda l'écrivain pendant que Maïko filait dans la salle de bain pour se changer.

_ « Oui, mais je l'ai renvoyé, car je ne savais pas combien de temps je passerai ici. Je crois que j'ai bien fait. Cela fait déjà une heure que je suis ici, la note aurait été salée. Mais ne vous inquiétez pas, Maïko et moi, nous prendrons le bus jusqu'à la gare. »

_ « Je vous emmène, » trancha le blond.

_ « Hein ? Mais non, voyons, je… »

_ « Je suis certain que ça fera plaisir à Shuichi de vous accompagner jusqu'à la gare. »

_ « Oh oui ! Onegaï, okaasan ! » s'exclama le musicien qui n'avait rien perdu de la proposition de son compagnon.

_ « Hum… Très bien, céda Hikari après un court instant d'hésitation. Dômo arigato gozaïmasu, » ajouta-t-elle en s'inclinant légèrement vers Yuki.

_ « Je vais m'habiller ! s'écria Shuichi en se précipitant là où il croyait que se trouvait le placard mais où il ne trouva qu'un mur, qu'il se prit en plein dans la poire. Itaïïï ! »

_ « On partira dès qu'il sera prêt, » annonça le romancier à l'adresse de la mère Shindô.

_ « Heu… Il aura peut-être besoin d'aide, non ? » demanda la jeune femme, visiblement inquiète.

_ « Tsss… Aucunement, Madame, répondit l'écrivain avec un sourire narquois. Il peut se débrouiller tout seul maintenant. Vous allez voir.»

Effectivement, l'artiste ne semblait pas avoir besoin d'aide. Même s'il avait un peu buté dans un mur au départ, il avait finalement trouvé la commode, et sortait un à un les vêtements dont il allait avoir besoin pour s'habiller. Hikari le vit ensuite rejoindre le lit, où il posa le tout dans un ordre précis, tâtant chaque vêtement pour bien vérifier qu'il s'agissait du bon, puis il commença à enfiler le tout en reposant à la place son pyjama qu'il plia soigneusement avant de le ranger sous l'oreiller. Son habilité à tout organiser étonna grandement la mère, mais en même temps, elle était fière de son fils. Il parvenait malgré tout à s'adapter à son handicap et était sorti de la prostration dans laquelle il était tombé au tout début de sa cécité.

Quand tout ce petit monde fût fin prêt à partir, l'estomac malicieux d'un certain chanteur se manifesta de façon fort indiscrète, rappelant aux occupants de l'appartement et à la lycéenne qu'ils n'avaient pas encore déjeuner. Leur train ne devant partir que dans deux bonnes heures, Maïko et sa mère s'affairèrent dans la cuisine, nettoyant au passage le bazar y régnant, et bientôt une délicieuse odeur de pain grillé, de café et d'œufs au plat se répandit dans toutes les pièces du lieu. Le musicien semblait aux anges, ravi de passer du temps avec son amant et sa famille presque réuni au complet. Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, le temps fila très vite, et l'heure de partir arriva très rapidement.

Les deux hommes et les deux femmes rejoignirent la Mercédès de l'écrivain où ils grimpèrent aussitôt et filèrent vers la gare. En arrivant sur place, le romancier fit appel à un porteur pour transporter les maigres bagages des Shindô, et ainsi accompagnés, ils se rendirent tous sur le quai d'embarquement. Yuki tenait et guidait son amant par l'épaule pour ne pas le perdre dans la foule, mais aussi pour le rassurer dans cette gigantesque marée humaine que Shuichi redoutait tant maintenant qu'il ne voyait plus. Une fois sur le quai, le bagagiste les laissa pour vaquer à d'autres voyageurs requérant son aide, et les Shindô purent enfin s'embrasser longuement pour se dire au revoir.

Tout le monde voyait bien que Shuichi était au bord des larmes, mais il se retenait obstinément de pleurer et faisait comme si de rien n'était. Il souhaita un bon voyage à sa mère et à sa sœur, les serra dans ses bras en leur promettant de leur rendre visite dès qu'il le pourrait (ce qui n'allait pas être facile vu son emploi du temps surchargé), puis il leur adressa un sourire rassurant en leur disant de ne pas s'inquiéter, que tout s'arrangerait. Cette simple phrase rasséréna la mère et la lycéenne : Shuichi avait vécu bien pire encore qu'elles deux réunies, et il se battait pourtant pour vaincre ses angoisses et aller de l'avant. Attendries et reconnaissantes, elles se jetèrent toutes deux sur le musicien pour l'embrasser une dernière fois avant de partir.

Yuki n'échappa pas à son petit bisou sur la joue de la part de Maïko et à une poignée de main amicale de Madame Shindô. La voix-off annonçant le départ du train les rappela à l'ordre et l'adolescente et sa mère montèrent dans le train, qui ne tarda pas à quitter le quai. Shuichi faisait de grands signes de la main, complètement à l'opposé du sens de départ du train, ce qui fit bien rire plusieurs passants à côté d'eux, ainsi que Maïko et Hikari, mais bien moins le blond qui refroidit l'atmosphère d'un regard glacial aux moqueurs. L'écrivain le remit dans le bon sens, puis, une fois le train parti, il reconduisit son compagnon jusqu'à la voiture.

Le chanteur n'avait plus rien dit depuis que son amant et lui avaient quitté le quai. Il était monté dans la voiture sans un mot, et son silence pesant inquiétait quelque peu le romancier qui s'attendait à le voir fondre en larmes à la première occasion. Le blond n'attendit cependant pas bien longtemps pour que l'artiste reprenne la parole.

_ « Eiri… » fit soudain la voix effacée d'un Shuichi qui détournait la tête vers la portière.

_ « Oui ? Quoi ? » répondit l'écrivain tout en passant les vitesses.

_ « Je… je peux maintenant ? »

_ « Hum ? »

Sur le coup, Eiri ne comprenait pas bien ce que Shuichi voulait dire, mais la voix chevrotante de sanglots de son amant lui mit la puce à l'oreille.

_ « Haï, Shu-chan… le conforta le blond. Elles sont loin maintenant, elles ne te verront pas.

_ « Arigato… » le remercia dans un souffle l'artiste dont les larmes ruisselaient déjà sur ses joues, si abondantes qu'on aurait cru qu'elles ne prendraient jamais fin…

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

À SUIVRE …

AU PROCHAIN EPISODE : vous attendrez le prochain épisode, j'ai pas encore le tiiiitre !!! Ça sera peut-être : « Un nouveau venu » ou un truc du genre

(1) Vendredi 13 avril :Oui, bon sang, qu'est-ce qu'il est long ce vendredi 13, mes aïeux !!! Mais bon, on change quand même de jour en cours de chapitre. Ouf !

(2) onee-sama : Ben ça veut dire « grande-sœur », mais ici Tatsuha fait le flatteur en utilisant un terme très respectueux surtout utilisé envers des personnes importantes dans la société (bon il aurait aussi pu utiliser le terme « ane-ure », à ne pas confondre avec « ani-ure »= grand frère)

(3) Kannô Midoriko : Cherchez pas, vous ne trouverez pas ce personnage dans les mangas de Murakami Maki-donô. Je l'ai inventé pour les besoins de ma fic (enfin, c'est juste un perso secondaire, mais bon), et je l'ai nommé ainsi la fameuse secrétaire débile qui n'avait pas reconnu Yuki dans le précédent chapitre. Si si, c'est elle !

Commentaires de fin : Dans ce commentaire de fin, je tiens juste à remercier les personnes qui me reviewent (ça existe ce verbe ?!), et surtout les régulier(ère)s, ainsi que tous ceux qui m'envoient des encouragements et des remerciements. Merci à Momo974 pour sa review sur le chapitre 12, ainsi qu'à Orangepencils, Dimi-chan et Michiyo44 qui n'oublient jamais de poster leur petit commentaire, Tigrou19, Yuki Tanaka et Shaolan que je vois depuis peu aussi poster régulièrement dès que je mets un chapitre. Merci à tous et toutes d'être là pour lire mon histoire, d'y être fidèle et de la faire exister. Car une histoire ne peut exister que si elle a des lecteurs, et tout lecteur potentiel est un trésor chéri par un auteur.

Yuki : je les chéris pas, moi, les lecteurs, je les emmer…

Shuichi : Yukiki, voyons, faut pas dire de gros mots en public !

Yuki : m'en fous, je le fais quand même ! (tire une grosse bouffée de sa cigarette)

Shizu : bon vous me laissez finir mon commentaire, les deux zoziaux ?

Yuki : pas de problème, je vais m'amuser avec Shu. (entraîne Shu vers la chambre)

Shizu : … Heuuuuu… Ze peux v'nir ? (yeux tout brillants d'étoiles)

Yuki : NAN ! Casse-toi ! Dégage ! (claque la porte)

Shizu : mais euuuuuuuuuuuuuh !!! Snif… A pas pu voir… Mais c'est pas grave… Nyark nyark nyark… je vais leur concocter une bonne petite scène bien hot dans un des prochains chapitres… Mwahahahahaha !!!! Allez à bientôt !!!

Lexique :

Arigatô / arigatô gozaimasu : merci

Chan/kun/san/sama : Diminutif que l'on ajoute au nom (ou prénom) pour marquer l'affection envers une personne (Chan), une certaine marque de respect envers un camarade (Kun), ou marquer une certaine hiérarchie avec des personnes que l'on connaît peu ou plus âgées (San)

Demo : mais

Dômo arigatô gozaimasu : merci beaucoup

-Dono : suffixe de politesse extrêmement formel et archaïque. C'est une marque de respect envers une personne aujourd'hui un peu désuète, plus guère utilisée aujourd'hui que dans les films de samouraïs ou une poignée d'occasions très formelles.

Gomen / Gomen Nasaï : pardon, désolé, excusez-moi

Haï : oui (je le mets pour les baka qui le sauraient pas)

Kami-sama : Dieu , ou alors, suivant le contexte, vous traduisez par « oh mon dieu ! » avec une expression catastrophée

Konnichi wa : Bonjour (à partir de 11H du matin jusqu'à 18H)

Matte : attends

Nani : quoi

Ohayô /ohayô gozaimasu: Bonjour (jusqu'à 11H du matin)

Okaasan :Maman

Onegaï / onegaï shimasu : s'il te plaît / s'il vous plaît

Onee-sama : grande sœur (Tatsuha fait ici son flatteur en mettant un terme très poli, voir vieillot surtout utilisé pour s'adresser à un seigneur

Otôsan : Papa

Seme : le « dominant » dans un couple homosexuel, du verbe « semeru » = attaquer

Uke : le « dominé » dans le couple homosexuel, du verbe « ukeru » = recevoir, généralement plus petit et plus efféminé que le seme

Yaoi : genre apparu dans les années 70 au Japon, c'est un genre dérivé du shoujo manga (manga pour filles). Il dépeint les relations sentimentales et sexuelles entre 2 hommes.

- serait l'acronyme de « Yama nashi, Ochi nashi, Imi nashi » = « no climax, no point, no meaning » en anglais, ou en bon français = sans dénouement, sans utilité, sans sens » (en gros un PWP = Plot what plot)

- viendrait aussi de l'expression « YAmete Oshiri ga Itai » = littéralement « arrête j'ai mal au cul ». Les Japonais préfèrent d'ailleurs à cette expression un peu crue le terme « boy's love ». Personnellement, j'aime beaucoup la 2e définition, pas vous ? héhéhé…. Nyark nyark nyark…

- Le yaoi décrit une relation comportant des scènes sexuelles parfois trèèès explicites. Le « shonen-aï » en est une forme dérivé, mais ne comporte pas de scènes de sexe, juste un petit bisou par-ci par-là, mais surtout beaucoup d'amour.

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