Bring me to the light

Chapitre XVII : La voie perdue…

Auteur : Shizuka Kurai

Genre : Dark fic, angst

Série : Gravitation

Pairing : Yuki X Shûichi

Persos : Seki Tomokazu, Nakano Hiroshi, Fujisaki Suguru, Sakano-san, K, Rage, le docteur Sakamoto

Disclaimer : Persos de Maki Murakami (sauf un qui est de moi, devinez lequel ?)

Commentaires : Ça ne change pas beaucoup de d'habitude, même rating pour ce chapitre, et désolé, pas de yaoi… Il risque même d'y en avoir très peu d'ici la fin imminente de cette fic, mais il va y avoir de l'action, ça c'est certain. Ce chapitre est encore assez calme. Je développe un peu la psychologie des personnages, mais je vais maintenant me re-concentrer sur l'intrigue principale. Après plus de deux ans d'écriture de cette histoire, ce pauvre Shuichi doit cesser de souffrir (bien que je sais parfaitement que mes prochaines histoires ne seront pas plus clémentes avec lui, hihihi…). J'aimerais assez développé les autres personnages, Fujisaki, Hiroshi, Tatsuha… Et surtout mon Tomokazu, mais en le faisant moins « parfait » que dans cette fic-là. Sur ce, je vais vous laisser à votre lecture, et je vous souhaite bien du plaisir en lisant ce chapitre. Bye bye, et bonne lecture !

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Résumé du chapitre précédent : Pendant que Shuichi se remet doucement de ses émotions du week-end, Tatsuha est parti rejoindre Seguchi. L'illustre Seki Tomokazu intègre le staff de Bad Luck, et Shuichi devient majeur…

(Note : toutes les dates sont prises en fonction de l'année 2007)

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Chapitre XVII : La voie perdue…

Mardi 17 avril, au matin

Commençant à reprendre les saines habitudes d'une vie bien réglée, Shuichi se leva ce matin-là, l'esprit léger et clair. La journée qui allait suivre devait certes être éreintante, mais la veille s'était bien terminée, avec une fête d'anniversaire surprise organisée au studio, suivi d'une petite soirée fort sympathique avec son amant. En effet, celui-ci avait profité de la journée pour préparer un repas maison assez élaboré, et avait instauré dans l'appartement une ambiance romantique que Shuichi put percevoir malgré sa cécité. La suave senteur des bougies parfumées ainsi que la musique douce et les attentions particulières de son compagnon, avaient ravi le cœur du musicien.

C'est donc avec un sourire béat aux lèvres que le musicien s'apprêta, se contentant d'une boîte de pookies en guise de petit-déjeuner car il ne voulait pas réveiller son amant qui sommeillait encore. L'écrivain dormait encore quand Hiroshi vint sonner à la porte pour accompagner Shuichi jusqu'au van garé devant l'immeuble. L'adolescent, enfin, plutôt le jeune adulte stoppa net sur le seuil de la porte, retourna dans la chambre aussi vite qu'il le put, et dût appeler son camarade à l'aide pour chercher sa peluche fétiche Riri égaré quelque part dans la pièce. Le brun retrouva finalement ledit lapin dans les bras du blond, et il fallut substituer à l'animal un coussin sinon l'écrivain n'aurait jamais lâché le doudou qu'il prenait manifestement pour Shuichi (Yuki avait grommelé le nom de son amant tandis que Hiroshi plaçait le coussin dans ses bras).

Le chanteur partit donc ce matin-là avec un visage radieux, tous les événements qui s'étaient déroulés depuis la veille contribuant à son bonheur. La joie de son meilleur ami rassurait Hiroshi, qui s'était inquiété toute la nuit pour lui, car Shuichi devait commencer ses cours de braille aujourd'hui même, et il était venu pour l'accompagner jusque là-bas. Mais le garçon aux cheveux roses était aux anges, et il semblait bien inutile de se faire du souci pour lui. Après quelques minutes de route, on arriva bientôt à l'Institut pour Aveugles. Tomokazu les attendait à l'entrée, accompagné d'une jolie jeune fille que le bassiste supposa être la sœur de leur nouveau parolier. C'est ce que leur confirma le comédien quelques minutes plus tard, après les présentations d'usage de la jeune Seki Miharu. Le brun annonça à Shuichi qu'il serait dans la même classe que sa sœur, ou plutôt dans celle où la demoiselle participait régulièrement pour donner les cours de lecture aux nouveaux arrivants. Cette classe correspondait à un niveau primaire, alors que pourtant, ses élèves étaient tous de l'âge de lycéens ou d'étudiants. Cependant, tous devaient reprendre ici le B.A. BA et découvrir ici un nouveau mode de lecture adapté à leur handicap, et ce n'était souvent pas facile à partir de cet âge-là.

D'autres cours étaient également prévus dans la matinée, notamment ceux pour apprendre à se déplacer sans danger, à manger proprement, à s'habiller, mais pour la plupart de ces cours, Shuichi n'en suivrait qu'une partie, ayant déjà appris un peu grâce à Yuki, et devant surtout se consacrer à l'apprentissage du braille pour pouvoir en maîtriser au moins les bases en l'espace d'à peine quelques semaines. La tâche semblait ardue, mais l'artiste était prêt à l'affronter la tête haute, car il aimait chanter presque par-dessus tout (à part Yuki bien évidemment) et il voulait prouver à son amant sa reconnaissance et lui montrer que son aide dans les moments difficiles lui avait été d'un grand secours. Le premier jour se passa sans souci majeur, Shuichi découvrant avec l'enthousiasme du débutant son nouveau mode de lecture, comme il le raconta avec ferveur à son amant en rentrant après la séance d' exercices de chant au studio.

_ « C'est trop rigolo, comme écriture, le braille, Yuki ! expliquait-il à son compagnon pendant le dîner, entre deux bouchées. Y a des drôles de points bizarres partout, en relief, et ça fait des lettres et des mots ! J'ai pas encore réussi à reconnaître toutes les signes, mais j'en connais déjà quelques uns. Je connais ceux pour écrire Yuki, » finit le musicien, tout fier de lui.

Yuki écoutait son petit ami avec un léger sourire (ultra-microscopique, mais c'est déjà ça, non ? Fiuuuu ! Bonk ! Aieuh… Fichu dico…), amusé de l'étonnante vitalité de son amant. Cependant, il espérait que tout continuerait aussi bien par la suite, ou tout au moins, il espérait que Shuichi réussirait à surmonter les difficultés futures sans se démoraliser. Car Eiri le savait, l'apprentissage du braille ainsi que les nouvelles conditions de répétition au studio n'allaient pas être de tout repos…

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La semaine s'écoula ainsi, amenant rapidement ce que l'écrivain redoutait : une grosse déprime. Shuichi comata une bonne partie du week-end sur le divan, trop épuisé pour faire ses vocalises, la télé allumée simplement pour avoir du son et ne pas perdre pied dans les ténèbres de sa cécité. Les diverses tentatives du blond pour le remuer ne reçurent comme réponse qu'un vague « Ouais, dans deux p'tites minutes… J'me repose un peu là… ». Et cela, c'était après seulement une semaine de ce nouveau rythme de travail.

« Qu'est-ce que ça va être pour la suite, s'il commence comme ça ? » soupira intérieurement le romancier.

La méthode forte ne s'avéra pas plus efficace que la douce. Quand Yuki attrapa le chanteur par le bras pour le traîner jusqu'à son synthétiseur, Shuichi commença à se débattre en pleurnichant. Agacé de ses vains efforts, le blond laissa l'artiste en plan en plein milieu du salon, et alla s'enfermer dans son bureau pour écrire, comme à chaque fois que son amant l'agaçait au plus haut point.

C'est ainsi que le lundi matin, le chanteur partit à l'Institut pour Aveugles les yeux gonflés et rougies par les larmes qu'il avait versé une bonne partie de la nuit. Le pauvre garçon se fit réprimander plusieurs fois par Miharu, la sœur de Tomokazu, et par le professeur pour son manque de concentration. Les cours de chants de l'après-midi ne se déroulèrent pas mieux, le comédien se montrant un mentor tout aussi exigeant que sa sœur. Quand il rentra chez Yuki le soir, Shuichi refusa que son amant l'approche, et alla se coucher directement, voulant manifestement faire payer à son compagnon sa froideur du week-end.

Toute la semaine durant, Shuichi s'accrocha, redoublant d'efforts pour faire ce qu'on attendait de lui avec plus ou moins de succès. Yuki put remarquer qu'au fil des jours, le musicien devenait de plus en plus sombre, s'enfermant dans un mutisme lugubre qui inquiétait le romancier. Ce fut au cours de la troisième semaine que l'incident arriva. C'était l'après-midi, après les cours de chant de Shuichi. Toute l'équipe était là, dans le studio, les trois membres de Bad Luck dans la salle insonorisée, les autres du côté de la salle d'enregistrement, supervisant la répétition à travers la large baie vitrée séparant la pièce en deux.

Shuichi s'était pas mal amélioré, et arrivait à présent à se synchroniser sur ses deux camarades au moins trois fois sur cinq. Mais il se trompait encore, et ses erreurs n'étaient pas plaire à un certain Fujisaki Suguru, toujours en prise de bec avec sa fiancé imposée. Le pianiste reprenait sans cesse le chanteur, lui reprochant de ne faire aucun effort pour travailler correctement. Tomokazu savait pourtant que Shuichi avait beaucoup progressé sur le chant, même par rapport à l'époque où il voyait, et il trouvait l'attitude du claviériste légèrement excessive. Mais au moment même où le comédien se promettait de toucher deux mots à Suguru à propos de Shuichi, il remarqua que quelque chose n'allait pas avec le chanteur.

Après une remontrance du jeune Fujisaki, le leader de Bad Luck avait forcé le rythme et la voix pour se caler sur ses musiciens. Pourtant, sa voix ne semblait pas tout à fait naturelle, même légèrement éraillée et beaucoup trop forte. À ce rythme-là, Shuichi risquait de s'enrouer avant la fin de la journée, voire même plus grave. Cependant, il était déjà trop tard et le brun n'eut pas le temps d'intervenir. Soudain, le garçon aux cheveux roses cessa de chanter et porta la main à sa gorge, une expression douloureuse sur le visage.

_ « Encore ? s'emporta Suguru en frappant plusieurs touches de son clavier avec les poings. Mais quand est-ce qu'on pourra travailler sérieusement ici ? Pourquoi tu t'es arrêté de chanter, Shindô ? »

_ « Fujisaki ! le reprit sèchement Tomokazu par le haut-parleur. Shuichi ne va pas bien. »

_ « Quoi ? » fit le brun en tournant les yeux vers le chanteur, le voyant soudain s'effondrer à genoux en agrippant le pied de son micro.

_ « Shu-chan ! » s'écria Hiroshi en lâchant sa guitare pour se porter au secours de son ami.

Le parolier se précipita hors de la pièce d'enregistrement pour les rejoindre, suivi du reste du staff. Shuichi essayait de parler mais aucun son ne sortait de sa gorge, et ses tentatives désespérées semblaient le faire souffrir atrocement. Suguru, tétanisé, observait la scène avec stupéfaction, revoyant le sombre écho d'un lointain passé.

_ « Shindô ? fit Tomokazu qui venait d'arriver. N'essaie pas de parler surtout. Tu risques de te faire encore plus de mal. »

Le chanteur tourna la tête vers lui avec un visage déchiré par la souffrance.

_ « Shuichi ? » s'inquiéta le brun, devinant qu'il y avait un autre problème.

La main de l'artiste glissa alors vers sa poitrine où il agrippa nerveusement son T-shirt, avant de s'évanouir dans les bras du comédien.

_ « Il ne respire plus ! » s'exclama Tomo.

Réagissant aussitôt, le doubleur allongea le chanteur, et commença un vigoureux massage cardiaque.

_ « Nakano ! Penche-lui la tête en arrière, et fais-lui du bouche à bouche à chaque fois que j'arrête le massage ! » ordonna le brun d'un ton autoritaire.

_ « Ok ! »

Massage. Bouche à bouche. Massage. Bouche à bouche. Les minutes s'écoulaient de façon inquiétante et Shuichi ne semblait pas vouloir reprendre connaissance.

_ « Shuichi, réveille-toi !!! » s'écria Hiro d'une voix affolée.

Cette fois, le chanteur sembla réagir. Il ouvrit brusquement les yeux avec une grande inspiration, avant de pencher la tête sur le côté et de se mettre à tousser. Il gémit péniblement et porta la main à la gorge.

_ « Je crois qu'il s'est claqué les cordes vocales, fit Tomokazu d'un air grave, en surélevant le garçon par les épaules. Espérons que ce ne soit pas trop méchant, car sinon, il ne pourra plus jamais chanter… »

_ « Non… » souffla Hiroshi, atterré.

_ « Hé, on dirait qu'il a du mal à respirer, » fit remarquer Sakano-san.

En effet, juste après les mots du comédien, la respiration du chanteur s'était faite saccadée, haletante.

_ « Vous croyez vraiment que c'était une bonne idée de dire ça juste à côté de lui ? s'emporta Hiroshi. Shuichi, ne t'en fais pas, on va te soigner. Tout ira bien. »

Tout ira bien ? Shuichi en avait assez qu'on lui répète cette phrase vide de sens, car, depuis le début, tout allait mal. Jamais il ne serait prêt à temps pour le concert d'été, c'était impossible. Avec un peu plus de temps, il aurait sans doute pu donner un ou deux concerts de temps à autre, mais avec un handicap pareil, il ne pourrait jamais reprendre une carrière aussi florissante que celle qu'il avait du temps de N.G., avant son accident. Il n'était pas un pur génie comme Sakuma ou Seki-san. Ni comme Yuki d'ailleurs…

Des larmes se mirent à couler le long de ses joues, que la gente masculine autour de lui interpréta comme une manifestation de sa douleur physique et non morale. Shuichi pensa à Yuki, et il tendit une main vers les ténèbres pour le chercher. Il n'arrivait plus à respirer, son esprit le lâchait peu à peu et il se sentait sombrer vers l'inconscience, peut-être même, et cela il l'espérait presque inconsciemment, vers la mort…

Mais c'était sans compter sur la présence de Fujisaki Suguru. Sur le coup, il était resté pétrifié devant la tragédie qui se déroulait sous ses yeux, mais très rapidement, il s'était rappelé une scène similaire dans son enfance, et avait agi aussitôt. Se précipitant dans le vestiaire, il attrapa une petite boîte dans son sac à dos, et revint dans le studio, une ampoule de médicaments dans une main et un mouchoir dans l'autre.

_ « Pousse-toi, Nakano ! s'exclama-t-il en bousculant rudement le guitariste, avant de casser un coin de l'ampoule, et d'appliquer un peu de médicament sur le mouchoir. Tiens, Shindô, calme-toi et respire à fond, » fit-il ensuite à son leader en lui appliquant l'étoffe imbibée sur le nez.

_ « … Hugnnn… » gémit faiblement le chanteur en détournant la tête, surpris du parfum entêtant dégagé par le tissu.

_ « Ferme la bouche et respire un grand coup par le nez, insista Suguru d'une voix rassurante. Ça te fera du bien. »

Shuichi renâcla un instant mais finit par obéir avec réticence. Cependant, à mesure qu'il respirait cette étrange odeur, il lui semblait avoir plus de facilités à respirer, et il commença à prendre de plus grandes inspirations en posant sa main sur celle du pianiste.

_ « C'est bien, continue, respire bien, Shindô-san, » l'encouragea le claviériste.

_ « Fantastique ton truc, Fujisaki ! s'enthousiasma le guitariste. Shu-chan respire mieux. C'est quoi ? »

_ « Des inhalations à l'eucalyptus, je me trompe ? » hasarda Tomokazu.

_ « Non, vous avez raison, Seki-san. Ce sont des ampoules d'inhalation à l'eucalyptus. Je suppose que vous avez reconnu l'odeur ? »

_ « Oui, entre autre. J'avais entendu dire que cela pouvait avoir des effets apaisants sur les difficultés respiratoires autre que le rhume, mais je n'imaginais pas cela aussi efficace. Mais, Fujisaki-kun, comment savais-tu ça ? » demanda le parolier.

_ « En fait, j'ai moi-même eu quelques petits problèmes d'asthme chroniques qui sont apparus quand j'étais à l'école primaire. La première fois que ça m'est arrivé, c'est mon maître d'école qui a calmé ma crise d'asthme avec une ampoule qu'il avait dans son sac de cours. Ce jour-là, j'ai eu de la chance qu'il est été enrhumé. C'est pas non plus un remède miracle, mais parfois, ça soulage un peu. »

Soudain, le corps du chanteur pesa un peu plus sur le bras du comédien, et sa main qui tenait le mouchoir retomba doucement.

_ « Shindô-kun ? » fit le brun, inquiet.

_ « Je crois qu'il s'est endormi, » fit remarquer Suguru à ses compagnons.

_ « Il faut l'emmener à l'hôpital immédiatement ! » s'exclama tout affolé Sakano-san.

_ « Non, il voudrait mieux éviter de le déplacer, conseilla le pianiste. Il y a bien un canapé dans la salle de repos d'à côté, il me semble ? »

_ « O…Oui, répondit Sakano. Je vais aller voir si elle est libre, » ajouta-t-il avant de quitter la pièce.

_ « Et moi je vais chercher une couverture, » fit K-san en suivant son collègue.

_ « Je vais vraiment finir par croire que je fais tout de travers… » lâcha Tomokazu en abandonnant Shuichi aux soins de Hiroshi.

_ « Ce n'est pas votre faute, Seki-san… » souffla une voix en face de lui.

_ « Fujisaki-kun ? » fit le comédien en se relevant, tandis que le guitariste emmenait son meilleur ami dans la salle de repos.

_ « Je… commença le claviériste en serrant les poings de dépit. C'est de ma faute si Shindô n'arrive à rien. Je me laisse dépasser par mes propres problèmes, et je lui mets trop la pression… »

Tomo s'approcha de lui et lui ébouriffa les cheveux.

_ « On est vraiment tous aussi stupides l'un que l'autre, lança le brun avec un soupir à moitié amusé. On devrait arrêter de chercher un coupable, car il n'y en pas en particulier. Nous avons tous nos petits problèmes, et le tout, c'est d'arriver à s'entraider dans l'adversité pour surmonter tout ça. Après tout, nous sommes une équipe, non ? »

_ « O…Oui, Seki-san ! s'exclama Fujisaki, réconforté. Je vais aller voir comment va Shindô, et m'excuser par la même occasion ! »

_ « Très bien, Fujisaki-kun, répondit l'acteur aux yeux d'émeraude. Quand à moi, je vais avertir le médecin à l'infirmerie pour qu'il vienne ausculter Shindô. Préviens Nakano. »

_ « Ok ! » acquiesça l'adolescent en se précipitant vers l'autre salle.

_ « Shindô-kun… murmura Tomokazu quand il se retrouva seul. Je regrette vraiment de n'avoir pu empêcher un événement aussi tragique… J'aurais dû être plus attentif… Guéris vite surtout. Je n'aimerais pas que le monde de la musique perde un talent aussi prometteur que le tien… »

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Un peu plus tard…

_ « Huuum… » gémit très faiblement le jeune chanteur.

Une vive douleur irradiant de sa gorge lui coupa momentanément le souffle. Il grimaça douloureusement et ses mains se crispèrent sur la couverture posée sur lui. Il ouvrit les yeux pour tenter de repérer où il était, mais l'obscurité environnante lui rappela la triste réalité. Une musique trottait dans sa tête. "Blind Game Again"(1). Un de ses plus grand succès. "Blind""Aveugle" en anglais. Cette chanson était-elle donc prémonitoire ? Était-ce son destin de perdre la vue ? Et que cela voulait signifier par rapport à sa carrière ? Devait-il vraiment la continuer ? Si oui, alors pourquoi ce nouveau malheur ? Pourquoi venait-il maintenant de perdre la voix ? Sans doute parce que depuis le début, il aurait dû renoncer à chanter.

Pourtant il adorait ça, mais manifestement, cela dérangeait quelque instance supérieure. L'idée farfelue que Seguchi était un dieu lui traversa l'esprit. Le président de N.G. n'avait pas été tendre avec lui, et quand Shuichi avait commencé à fréquenter Yuki, cela avait été encore pire. L'ex-pianiste avait même tenté de le violer et plus grave encore, de le tuer… Tous les déboires du chanteur avait été le fait de Seguchi Tôma, même son accident, bien que le président n'ait pas poussé Shuichi sous les roues de la voiture comme celui-ci le voyait en rêve.

Shuichi commençait à avoir du mal à respirer. Il avait peur, seul dans cette mer de ténèbres qui l'entourait, il se rendait bien qu'il faisait tout de travers et il craignait d'avoir définitivement perdu sa voix. C'était là une angoisse supplémentaire. Même être sourd-muet aurait été un sort plus enviable qu'aveugle et muet, et incapable de communiquer grâce au braille qu'il peinait vraiment à apprendre. Les larmes qui lui montaient aux yeux se mirent à couler abondamment le long de ses joues, mais aucun sanglot ne pût franchir la barrière de sa gorge endolorie. L'artiste était tellement focalisé sur sa douleur, qu'il n'entendit pas la porte s'ouvrir.

_ « Shindô-kun ? » fit la voix fluette de Fujisaki.

_ « J'ai mal… » voulut dire le chanteur sans pouvoir parvenir à prononcer plus qu'un : « Huugn… »

_ « Chuuut. N'essaie pas de parler pour l'instant, l'apaisa le brun en lui essuyant le visage, après avoir pris place sur une chaise près du canapé. Et inspire bien fort, ça t'aidera à respirer. »

Shuichi eut de nouveau un léger mouvement de recul devant l'odeur forte qui vint agresser ses narines, mais il reconnut le produit miracle qui avait calmé ses difficultés respiratoires tout à l'heure dans le studio. Même si c'était difficile, le musicien se força à bien inspirer par le nez et très rapidement, son souffle reprit un rythme normal, et le poids sur sa poitrine disparut.

_ « Tu es dans une des salles de repos ici, expliqua le pianiste en voyant son camarade tâter le canapé sur lequel il était allongé pour tenter d'identifier où il était. Nakano t'a transporté là après que tu te sois évanoui. Tu te rappelles ce qu'il s'est passé ? »

Le chanteur hocha tristement la tête en retenant ses larmes.

_ « Ne t'inquiète pas. Le médecin qui t'a examiné a dit que ce n'était pas très grave, mais tu vas quand même devoir faire attention. Tu t'es légèrement froissé les cordes vocales, et il va falloir éviter de parler pendant au moins deux ou trois jours. Mais si tu suis bien toutes les recommandations, tu pourras rapidement reprendre le travail. »

Fujisaki s'était voulu rassurant, mais son annonce amena chez le chanteur une nouvelle crise de larmes. Embarrassé, le claviériste s'empressa de lui donner un autre mouchoir pour se moucher.

_ « Tu sais, il faut pas trop t'en faire, Shindô… commença le brun. Il m'est arrivé la même chose quand j'étais plus jeune. C'était beaucoup plus grave que toi, et je m'en suis remis quand même. »

Le garçon aux cheveux roses leva la tête, l'air surpris. Il attendait que son jeune camarade continue son histoire (2), ce que ce dernier fit aussitôt devant son expression interrogatrice.

_ « Mes parents sont tous deux des artistes de renom dans le milieu de la musique classique. Ma mère est violoniste et mon père pianiste. Comme ils trouvaient que j'avais un beau brun de voix, ils m'ont donné une éducation musicale très stricte quand j'étais enfant. Je crois que c'est pour ça que je suis un peu trop perfectionniste… » termina le brun sur un ton gêné.

Percevant la tentative d'excuse de son cadet, Shuichi tendit la main, et la posa sur le genou de Fujisaki quand il l'eut trouvé, le tapotant pour lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas.

_ « Je ne pense pas pouvoir dire que j'ai été un garçon malheureux, mais mon enfance n'a pas été facile tous les jours. Mes parents étaient très exigeants, et je devais cumuler mes devoirs d'école, et mes exercices de piano et de chant. Je n'avais guère l'occasion de m'amuser, et j'avais très peu de camarades de jeu. Je me disais que si j'étais si seul, c'est parce que je travaillais mal, et que c'était pour ça que mes parents ne me laissaient pas aller jouer dehors avec les autres enfants de mon âge. J'ai donc redoublé d'efforts, mais ma mère était toujours insatisfaite, et j'ai essayé alors d'en faire toujours plus. Seulement, un jour, j'ai trop poussé ma voix, et j'ai failli me casser les cordes vocales. J'ai manqué être opéré à cause de ça, mais finalement j'y ai échappé. Et aujourd'hui, je parle à nouveau normalement. Alors il n'y a pas besoin de t'inquiéter, Shindô-kun, tu guériras. »

Il manquait un bout à cette histoire, et Shuichi la réclama après avoir pris la main du pianiste et avoir tracé ce mot avec le doigt : chant.

_ « Tu veux savoir si je chante encore, c'est ça ? » l'interrogea Fujisaki.

Shuichi fit oui de la tête.

_ « En fait, quand j'ai pu retourner à l'école, et parler à peu près normalement, j'ai commencé à faire des crises d'asthme aiguës car mes parents me poussaient à reprendre le chant, et que cela m'angoissait. C'était parfois tellement grave qu'on devait m'emmener d'urgence à l'hôpital. Mais j'avais trop peur de me faire mal à nouveau et de plus jamais pouvoir parler, alors je faisais de véritables blocages et je n'arrivais plus à chanter. Après ça, mes parents ont relâchés un peu la pression, comprenant qu'ils m'avaient poussé trop loin, et ils se sont contenté de m'encourager pour le piano. C'est à cette époque-là, quand je sortais du collège, qu'ils m'ont confié aux bons soins de Seguchi-san pour superviser ma carrière et mes progrès. »

Le chanteur comprenait mieux maintenant pourquoi le claviériste était si intransigeant concernant le travail. Il avait été élevé à la dure dans un univers d'artistes, tandis que Shuichi, lui, avait quasiment tout appris en autodidacte. Le bonbon rose poussa un gros soupir pour montrer qu'il compatissait, et plaignait ce pauvre Fujisaki d'avoir eu une éducation si sévère.

_ « Shindô, je… Je tiens à m'excuser d'avoir été si dur avec toi… bredouilla le brun, confus. Après ce qu'il t'est arrivé tout à l'heure, je me suis rappelé que j'avais vécu la même chose dans mon enfance, et je voulais vraiment m'excuser d'avoir été si… si… Enfin, désolé… »

En tempsnormal, Shuichi se serait mis en colère et aurait commencé à prendre la tête à son pianiste en lui disant qu'une éducation difficile n'était pas une raison d'être aussi rigide, mais là, il ne pouvait pas parlé. De plus, il était vraiment dépité que Fujisaki lui fasse cette confession maintenant, alors qu'il était si diminué physiquement. Ce n'était que de la pitié, et pas une réelle inquiétude pour son état. Le claviériste voyait son intérêt à flatter son leader, surtout dans la situation difficile dans laquelle il se trouvait avec son cousin Seguchi Tôma. Tout partait décidément de travers.

Le chanteur hocha légèrement la tête en guise de remerciement, mais en réalité, il bouillait de rage autant qu'il se sentait découragé. Le comble était aussi qu'il ne pouvait pas dire à Fujisaki de le laisser seul, alors il retenait ses larmes en serrant les dents. Il aurait voulu rentrer, bien qu'il n'eut guère envie que Yuki le voit dans cet état pathétique. En pensant à son amant, Shuichi se sentit soudain submergé par le désespoir et des larmes jaillirent soudain de ses yeux.

_ « Shindô, que… ? Haaa !» commença Suguru avant que la porte ne s'ouvre brusquement et qu'il ne soit bousculé vigoureusement.

_ « SHUICHI ! » fit soudain la voix de Yuki.

Quand le blond le saisit par les épaules, Shuichi voulut parler mais sa gorge douloureuse le rappela à l'ordre. Il leva ses deux grands yeux bleus embués de larmes vers l'écrivain avant de se blottir dans ses bras pour sangloter en silence.

_ « Watashi no tenshi (= mon ange)… » souffla le romancier en étreignant tendrement son compagnon.

De son côté, Suguru s'apprêtait à protester d'avoir été ainsi rudoyé, mais il renonça bien vite et s'éclipsa en voyant le couple d'amants en larmes dans les bras l'un de l'autre. Voir Shuichi si désespéré, et même l'écrivain verser sa petite larme (en fait, c'était une goutte de transpiration dû à sa précipitation) était vraiment un spectacle trop incongru pour l'interrompre. Après avoir passé de longues minutes seul avec le chanteur, Yuki se reprit.

_ « J'ai bien cru que j'allais faire un arrêt cardiaque quand ton producteur m'a téléphoné, » fit le romancier.

Shuichi renifla bruyamment.

_ « Raaah ! Mouche-toi plutôt là-dedans que dans ma chemise, baka ! pesta le blond en tirant un mouchoir de la poche de sa veste. Arrête de pleurer maintenant, je suis là. Je te protégerai… » ajouta-t-il en déposant un baiser sur le front du musicien.

L'artiste se moucha un grand coup, inondant aussitôt la pauvre étoffe de tissu qui ne s'attendait pas à un tel déversement de sécrétions nasales. Quand il voulut le rendre au blond, celui-ci grimaça sans retenue puisque son amant ne voyait rien, mais il fit aucune remarque et se contenta de se débarrasser de l'objet contaminé dans la poubelle la plus proche.

_ « Allez, Shu, fais-moi un beau sourire maintenant, » fit Yuki en revenant près de son amant après avoir jeté le mouchoir.

Malheureusement, cette demande sembla avoir l'effet contraire. Le menton du chanteur se mit à trembler, sa bouche s'incurvant dans le sens contraire du sourire, et de nouvelles larmes coulèrent de ses yeux. L'écrivain était complètement déboussolé. Comment faire pour que son amant cesse de pleurer ? Comment faire pour lui faire retrouver son sourire ? En premier lieu, il devait l'éloigner de ce lieu ainsi que d'une certaine directrice groupie à l'affection un peu trop prononcée pour son poulain.

_ « Bon, Sors de là, gamine ! lança Yuki à une armoire curieusement munie d'un œil-de-bœuf présente dans la pièce. Et arrête de filmer également, espèce de perverse "yaoiphile" ! »

_ « Qui est-ce que vous traitez de "gamine" et de "perverseyaoiphile" ? vociféra Rage en surgissant brusquement dudit placard. Je ne fais que veiller sur ma star vedette ! N'est-ce pas mon p'tit Sushi ? »

En guise de réponse, le sushi… heu… Shuichi s'agrippa à la chemise de son amant avec une expression terrifiée du genre "Au secours, Yuki ! Protège-moi de cette folle furieuse !" .

_ « Ne t'approche pas ! Je t'interdis de le toucher ! s'écria le romancier quand la harpie fit mine de sauter au cou de son idole. Shuichi est à moi ! »

Le blond s'était levé pour faire face à la responsable de XMR. Attirés par le vacarme, le staff de Bad Luck pénétra en trombe dans la pièce qui devint subitement très petite.

_ « Que se passe-t-il ? » interrogea Tomokazu.

_ « Il se passe que j'emmène Shuichi avec moi, et que je ne le laisserai plus aucun de vous le martyriser de quelque manière que ce soit. C'est mon jouet, il n'y a que moi qui ai le droit de l'embêter, » déclara le blond du ton le plus sincère et catégorique du monde.

La déclaration eut pour effet de faire planer un long silence sur l'assemblée.

_ « C'est moi ou Uesugi-san devient de plus en plus possessif avec Shindô ? » lança Suguru à mi-voix à son voisin Hiroshi.

_ « Non, je confirme, Fujisaki, répondit sur le même ton le guitariste. Même si la formulation laissait à désirer, Yuki-san montre qu'il tient à Shu-chan. Par contre, j'ai peur d'une chose… »

_ « Quoi donc ? » fit Sakano-san qui avait laissé traîner une oreille dans cet échange discret.

_ « À ce rythme-là, Yuki-san pourrait bien finir par ne plus vouloir le laisser sortir dehors. »

_ « Vous croyez vraiment, Nakano-kun ? » l'interrogea Sakano, tandis que la discussion se poursuivait entre l'écrivain, Rage et Tomokazu.

_ « Le connaissant, c'est tout à fait p… »

_ « J'ai dit que ce n'était pas la peine d'insister, explosa soudain le blond en s'adressant à Rage. Shuichi ne viendra plus au studio. C'était beaucoup trop tôt pour qu'il songe à reprendre sa carrière, et quand bien même il arriverait à lire votre fichu système de lecture, Seki-san, Shuichi n'est pas en condition pour évoluer dans ce monde de rapaces qu'est le show-business ! Il restera avec moi, un point c'est tout ! »

_ « Bingo…» lâcha Hiro, vaguement inquiet.

Shuichi était paniqué. Il ne comprenait pas pourquoi Yuki se mettait ainsi en colère. Dans un sens, il était heureux que l'écrivain le fasse car cela montrait son affection pour lui (même s'il l'avait qualifié de "jouet"). Mais en même temps, le romancier l'effrayait avec ce brusque accès de fureur. Soudain, le musicien se sentit soulever par des bras puissants qu'il reconnut bientôt comme ceux de son amant.

Jusqu'à ce qu'ils rejoignent la voiture du romancier, le chanteur entendit les voix de Seki-san, Rage et K tenter de raisonner Eiri, mais ni les propositions de la directrice, ni les tentatives de conciliation du comédien ou les menaces de mort de l'Américain ne réussirent à convaincre l'inflexible écrivain. Les membres du groupe, et notamment Hiroshi, regardèrent les deux amants s'éloigner rapidement, impuissants…

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Pendant le trajet de retour jusqu'à l'appartement, le calme fut de mise dans le véhicule. Normal, Shuichi ne pouvait pas parler et Yuki n'était généralement pas du genre du genre loquace. Résultat : le calme plat. Mais même s'il n'avait pas perdu momentanément l'usage de la parole, le musicien n'aurait pas osé proférer un seul mot. Toute l'agitation qui avait suivi l'arrivée de Yuki au studio l'avait déstabilisé et il avait encore du mal à réaliser toute l'ampleur de ce qu'il s'était déroulé.

L'artiste avait été ravi que l'écrivain vienne le chercher. Il en avait marre de sa patronne, de Fujisaki et du nouveau parolier qui jouait les mentors alors que ce pauvre Shuichi n'avait jamais rien demandé à personne. Il voulait rentrer et se reposer, ne plus penser à rien sinon à Yuki. Pourtant, l'attitude du romancier, bien que partant d'une bonne volonté, avait fini de décourager le chanteur. Eiri avait dit que Shuichi n'était pas prêt à reprendre sa carrière, que son handicap était trop gênant pour ça. Enfin, l'écrivain n'avait pas explicitement dit ça, mais le garçon aux cheveux roses l'avait interprété de la sorte.

Shuichi se demandait pourquoi il n'arrivait pas à reprendre du poil de la bête comme il l'avait toujours fait quand il voyait ? Il était perpétuellement fatigué, et aussi très irritable. La moindre remarque pouvait le faire partir en larmes, et le pire dans tout ça, c'étaient les difficultés respiratoires qui l'assaillaient brusquement quand il accumulait trop de stress. Un peu comme maintenant d'ailleurs.

« Non, Shuichi… Calme-toi…s'intima-t-il intérieurement en tournant la tête vers la fenêtre.Yuki va s'inquiéter inutilement pour pas grand-chose. Calme-toi et respire un grand coup… »

Rien à faire. Il n'arrivait pas à se calmer ni à réguler sa respiration qui devenait de plus en plus difficile à mesure qu'il paniquait. Fébrilement, il se mit à chercher dans la poche avant de son sac à dos la petite boite que Suguru lui avait laissé, mais dans sa précipitation, il la fit tomber entre ses jambes et elle glissa sous le siège.

_ « Hééé ! Mais qu'est-ce que tu fous, baka ? pesta le blond en voyant son passager détacher soudainement sa ceinture de sécurité pour se baisser en avant. Remets ta ceinture immédiatement, c'est dangereux ! »

Ce fut en obligeant Shuichi à se redresser que Yuki remarqua son souffle saccadé. Repérant la première place de parking (presque) libre au bord du trottoir, il s'y engouffra juste sous le nez d'un octogénaire qui s'y engageait, pauvre homme qui renonça bien vite à émettre la moindre protestation et fila sans demander son reste quand l'écrivain l'assassina d'un seul regard.

_ « Shuichi, qu'est-ce qu'il y a ? » s'enquit aussitôt le blond une fois garé.

Le musicien ne pouvant répondre, celui-ci lui désigna le dessous du siège passager.

_ « Tu as fait tomber quelque chose dessous ? »

Le gamin hocha positivement la tête. Le romancier s'empressa de retrouver l'objet perdu et de le donner au chanteur.

_ « Bon, maintenant, tu t'attaches et je t'emmène à l'hôpital, fit l'écrivain d'un ton catégorique en essayant de passer la ceinture sur le torse de son amant. Et laisse cette boîte tranquille à la fin ! Je ne peux pas boucler le ceinturon. »

Tant bien que mal, Shuichi réussit à ouvrir ladite boîte. Il en sortit une ampoule dont il cassa une extrémité avant de la plonger dans un mouchoir et de la secouer pour en faire sortir quelques gouttes. Le tissu imbibé d'un peu de substance à l'eucalyptus, il le plaqua sur son nez et se força à respirer en fermant la bouche. Peu à peu, sous les yeux ébahis du romancier, son souffle devint plus calme.

_ « Je sais pas trop ce que c'est, ton truc,là, fit Yuki d'un air soupçonneux. Mais même si ça a l'air de t'avoir fait du bien, je t'emmène à l'hosto. C'est pas normal que tu n'arrives plus à respirer comme ça. »

Shuichi secoua vigoureusement la tête en agrippant le bras de son compagnon.

_ « Je ne veux rien savoir ! On y va, point final ! » gronda le blond, pressentant soudain comme un danger.

Celle-là, il ne l'avait pas vu venir. Quoique, c'était sans doute normal face à un aveugle… Bref, il ne s'attendait vraiment pas à ce que Shuichi, dans son état, lui assène la redoutable attaque des " yeux de Bambi éploré ". Car même aveugle, la puissance d'expression des deux grands iris couleur lavande du musicien était sans commune mesure. Yuki tiqua, resta muet un long moment, sentit des sueurs froides lui courir le long de la nuque, se raidit. Mais hélas, il était irrémédiablement perdu. Malgré tous ses efforts, le romancier était absolument incapable de résister aux yeux de Bambi, de quelque nature qu'ils soient.

_ « Bon, ok, c'est bon ! céda brusquement l'écrivain, abandonnant la lutte. On va direct à la maison. »

Shuichi lui adressa un sourire soulagé.

_ « Mais le docteur Sakamoto viendra t'examiner. Compris ? »

Le chanteur fit la moue, baissa la tête mais acquiesça finalement.

_ « De toutes manières, tu devais te faire examiner pour ta gorge, donc on fera d'une pierre deux coups. Mais s'il dit que tu dois aller te faire examiner à l'hôpital, tu iras sans discuter, pigé ? »

Nouveau hochement de tête, un peu triste cette fois. Shuichi avait passé assez de temps dans les hôpitaux, il n'avait pas trop envie d'y retourner, mais s'il y était obligé pour ne pas perdre sa voix, alors...

_ « Allez, on rentre, » conclut Yuki en redémarrant la voiture…

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Un peu plus tard dans la soirée, le docteur Sakamoto prononça le même diagnostic que le médecin de XMR, et recommanda au chanteur d'éviter de parler pendant au minimum trois jours. Quand à ses problèmes respiratoires, le médecin n'observait rien de particulier, et conseilla au romancier d'amener son compagnon à l'hôpital pour de plus amples examens. Au moment de prendre congé, Sakamoto-san laissa le musicien se reposer tandis qu'il quittait la chambre avec l'écrivain. Il fit alors part à celui-ci de son inquiétude quant à la santé morale de la jeune star.

_ « Shindô-san est au bord de la dépression nerveuse, expliqua le docteur. Je ne pense pas que reprendre le travail était vraiment un mal, mais plutôt que le rythme de travail a été trop soutenu pour lui. Il a vécu beaucoup de choses traumatisantes au cours des derniers mois, et je pense que pour son bien-être, il aurait dû y aller plus progressivement. Maintenant, au point où il en est, il va avoir besoin de repos, surtout s'il veut chanter à nouveau. »

_ « Sa gorge va guérir ? interrogea le blond. Il se remettra sans problème ? »

_ « S'il suit bien mes recommandations, tout se passera bien. Il a évité le pire, et il devrait guérir rapidement. Il devrait pouvoir parler à nouveau d'ici trois ou quatre jours, mais il faudra au moins attendre une semaine avant d'essayer de chanter. Et surtout, il faudra bien qu'il pense à faire des vocalises avant, pendant au moins une bonne heure, et qu'il ne force pas trop les premiers temps. Quant à ses problèmes respiratoires, c'est sans doute un peu d'asthme provoqué par le stress, rien de bien méchant. Les examens à l'hôpital détermineront le traitement approprié. »

_ « Vous en êtes certain ? insista l'écrivain. Parce qu'aujourd'hui n'était pas la première fois, et une fois, il a même carrément arrêté de respi… »

_ « Hum ? Qu'y a-t-il, Yuki-san ? » fit Sakamoto, intrigué, quand le romancier s'arrêta en plein milieu de sa phrase.

_ « J'ai entendu du bruit dans la chambre. Attendez-moi un instant. »

_ « Yuki-san ! Attendez ! » s'écria le médecin en suivant le blond.

Quand ils pénétrèrent dans la pièce, Shuichi se tenait à genoux près du lit, une main crispée sur la poitrine. La lampe de chevet gisait sur le sol, là où le musicien l'avait fait tombé en essayant de se lever.

_ « Shuichi ? »

_ « Je crois qu'il a une crise, intervint Sakamoto qui arrivait derrière le blond. Excusez-moi, je vais m'en occuper. »

Le médecin rejoignit aussitôt le chanteur, et sortit quelque chose de sa sacoche. C'était un inhalateur, un peu comme ceux que l'on prescrit pour la gorge en cas de rhume. Mais celui-ci avait une toute autre fonction. Cependant, juste avant de le donner à Shuichi, le docteur s'arrêta.

_ « Huum… Je vois ce que vous vouliez dire, Yuki-san… » fit-il en observant attentivement son patient.

_ « Comment ça ? »

_ « Ce n'est pas un simple problème d'asthme. Il bloque effectivement sa respiration. » expliqua le médecin.

_ « Et vous êtes vraiment obligé de dire ça devant lui ? » rétorqua le blond d'un ton sec, inquiet que cette annonce n'aggrave les problèmes respiratoires de son amant.

_ « Oui, parce son problème n'est pas d'ordre physique mais psychosomatique. Donc on ne le résoudra pas par la médecine, mais par la psychologie, et il devra se soigner de lui-même. Shindô-kun, fit alors Sakamoto-san. Videz votre esprit et n'écoutez que le son de ma voix. »

Shuichi acquiesça en hochant vaguement la tête.

_ « Ne pensez plus à rien d'autre qu'à votre corps et suivez ma respiration, continua le médecin en commençant à inspirer et expirer très fort. Allez-y, faites comme moi… »

Le chanteur essayait, mais sa poitrine refusait de lui obéir et semblait toujours bloquée.

_ « Yuki-san, approchez, je vous prie. »

Intrigué, l'écrivain vint s'accroupir auprès d'eux. Sakamoto prit alors la main de l'artiste et la posa sur le torse de son compagnon.

_ « Maintenant, Yuki-san, respirez bien fort en soulevant la poitrine, le pria le docteur. Et vous, Shindô-kun, essayez d'inspirer quand votre ami inspire et d'expirer quand il expire. Voilà, comme ça. »

Quand le musicien commença à prendre de courtes inspirations, le médecin lui administra une bouffée de médicament avec l'inhalateur. L'amertume du produit fit tousser un instant Shuichi, mais une autre bouffée l'aida à retrouver son souffle. Soulagé, Shuichi finit de s'asseoir sur le sol en s'appuyant au lit à côté de lui.

_ « Reposez-vous à présent, Shindô-kun, fit le docteur tout en aidant le blond à recoucher le jeune aveugle. Et si vous angoissez trop de rester dans le silence et le noir, peut-être que votre ami pourrait vous mettre un peu de musique douce, » suggéra-t-il à l'adresse de Yuki.

Shuichi hocha légèrement la tête en s'allongeant. Quelques minutes plus tard, il réussissait enfin à s'endormir, bercé par la bande-son de l'anime Tsubasa Reservoir Chronicles, réalisée par un de ses compositeurs préférés, Yuki Kajiura (3), la tête pleine d'interrogations. Allait-il pouvoir chanter à nouveau ? Que ferait-il s'il devenait également muet ? Il n'en savait rien et cela le terrorisait…

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À SUIVRE …

AU PROCHAIN EPISODE : Disparition…

(1) « Blind Game again » :Vous aurez tous reconnu ici l'une des chansons interprété par Shuichi dans la série TV de Gravitation (alias Kotani Kiniya pour l'interprète de ses chansons. Hé non, ce n'est pas Tomokazu Seki qui chante toutes les chansons de Shu, bien qu'il pousse aussi la chansonnette à l'occasion)

(2)L'histoire de Fujisaki Suguru : Bien entendu, il s'agit de faits complètement inventés de ma part, par rapport à l'histoire d'origine (tout comme ses prétendues fiançailles avec Rage). Il ne me semble pas que l'on aie des détails quand à la famille de Suguru, à part sa « cousinité » avec Seguchi.

(3) Bande-son de « Tsubasa Reservoir Chronicles » de Yuki Kajiura : Il s'agit en fait ici d'une préférence à moi en réalité. J'adore les musiques de Yuki Kajiura (qui a ainsi composé les bandes-son de .Hack// Sign, Noir, Tsubasa Reservoir Chronicles…). Ces thèmes musicaux très doux sont idéaux pour réussir à s'endormir le soir quand on habite dans un immeuble merdique avec des voisins bruyants…

Commentaires de fin : Raaaaahlala… Faut vraiment que je me fasse installer Internet dans mon appart', mais c'est compliqué… Pourtant, je pourrais poster plus souvent mes histoires. Celle-ci devrait se terminer d'ici environ deux ou trois chapitres je pense. Il serait temps. Je vais me mettre aussitôt à la rédaction du prochain chapitre, en espérant que je ne traîne pas trop à la poster. Allez, à bientôt j'espère.

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