Chapitre 6 : Rencontre avec Naruto.

Sasuke était de nouveau dans l'esprit de Naruto. C'était le matin et il était encore tôt. Il n'avait pas perdu son habitude de s'éveiller à l'aube, même si comme la veille, il avait un peu traîné au lit, savourant la présence rassurante du jinchuuriki dans ses bras. Il s'était réveillé avec son odeur et avait plongé un peu plus le nez dans ses cheveux, soupirant de bien-être. Il se fichait pas mal de pouvoir être vu, il n'avait que faire de ce que les autres pouvaient penser, ils ne savaient pas.

Ils ignoraient depuis combien de mois, Sasuke crevait de retrouver cette odeur, cette chaleur, cette peau. Ils n'avaient pas idée de ce qu'il avait dû traverser pour en arriver là, à l'avoir de nouveau contre lui, à lui….

Non, pas vraiment à lui, malheureusement.

Voilà pourquoi ce matin, une fois le petit déjeuner englouti, il s'était directement rendu dans l'esprit du jinchuuriki. Les soins seraient pour plus tard, quant à l'entraînement… Kakashi ne serait pas là pendant deux jours, une mission était tombée et il n'y avait pas eu d'autre moyen que d'envoyer le célèbre juunin. Sasuke devrait se débrouiller seul pour travailler sur ce laps de temps. Cela ne le dérangeait pas. Il devait essayer de comprendre l'ensemble des possibilités que lui offrait son mangekyou sharingan. Il avait retrouvé dans l'ancien bureau de son père différents rouleaux parlant du sharingan, il les étudierait. Ce que Madara avait réussi à faire avec son dôjutsu, il devait bien être capable d'en faire quelque chose aussi. Cette capacité à contrôler les dimensions en dehors de l'esprit de quelqu'un, il allait falloir qu'il se penche dessus.

Il s'était dirigé dans un couloir différent de celui de la veille, plus précisément celui qui lui était adjacent et y avait déjà vu plusieurs souvenirs, ceux-ci étaient beaucoup plus courts que les précédents. Il portait sur l'enfance de Naruto ou plus exactement ses premières années à l'académie de ninjas. Ils étaient tous reliés à des moments où il traînait avec Kiba, Shikamaru et Choji. Il les avait vus s'enfuir et sécher les cours d'un Iruka-senseï plus qu'agacé par le comportement de ses élèves, il les avait observés sur une des aires de jeux de Konoha où ils avaient visiblement l'habitude de se retrouver puisqu'elle était réapparue plusieurs fois. Dans d'autres, ils se cachaient dans le gymnase où, au lieu de travailler, ils dormaient, feuilletaient des magasines, mangeaient des chips. Il y avait eu celui où leur pauvre senseï avait tenté de leur faire rentrer quelque chose dans la tête en leur expliquant l'histoire de Konoha et la légende de la Feuille. C'était des souvenirs heureux, qui s'arrêtaient toujours au moment où les trois autres le quittaient, le laissant seul. Ils ne semblaient pas forcément se suivre d'un point de vue chronologique. Pas comme la veille où les souvenirs conservés dans chacune des pièces étaient la suite logique de la précédente. Là, il était passé de Naruto à six ans, à Naruto à huit puis retour à six avant de repasser à dix passé. Bien sûr, ces âges, il les déduisait, il n'y avait aucun signe lui donnant une information très précise, si ce n'était une date de péremption quelquefois sur les paquets de chips de Choji. Il ressortit de la pièce dans laquelle il se trouvait, regardant le reste du couloir, il y avait encore trois salles. Encore une fois, il n'avait pas la moindre idée du temps écoulé dans la réalité. Est-ce que cela valait la peine d'y aller ?

Il soupira.

Allez, au point où il en était, autant les voir, après tout.

Ce n'était pas si désagréable de voir le jinchuuriki dans des moments heureux de sa vie, il les avait grandement mérités. C'était l'intérêt même de la chose qui troublait Sasuke. Etait-ce vraiment intelligent de faire ça ? Ne perdait-il pas du temps à regarder défiler devant lui ces souvenirs ? Il soupira à nouveau. Il ne savait pas vraiment quoi faire. Est-ce que Naruto se trouvait vraiment dans une de ces pièces ? Le problème était que ce satané renard n'avait pas été particulièrement précis dans ses propos.

Ok, son ancien compagnon était quelque part, là, dans son esprit, maintenant, ne suffisait-il pas qu'il entre dans la pièce, qu'il l'explore et qu'il en ressorte ? Seulement, ces salles justement, elles n'avaient pas vraiment de limites, pouvait-il réellement en faire le tour ? De plus, une fois que le souvenir était déclenché, il se trouvait pris dedans. Même si Naruto y était, comment pourrait-il le savoir ?

Il ressortit de la dernière pièce avec une mine dépitée sur le visage, les trois dernières scènes s'étaient avérées aussi inintéressantes que les précédentes. A dire vrai hormis en apprendre un peu plus sur la vie de Naruto avant l'équipe sept, ça ne l'avançait pas sur son problème actuel. Les mêmes questions tournaient sans cesse dans sa tête. Qu'est-ce que cette matinée lui avait apporté ? Il savait maintenant que les souvenirs n'étaient pas uniquement conservés par ordre chronologique, ils pouvaient l'être par thème. Restait à savoir comment cela se faisait ? Pourquoi une organisation et pas l'autre ? Est-ce que c'était important ? Peut-être devrait-il aller revoir le démon….

Il fit un pas dans le couloir et tout à coup tous ses sens furent en alerte. Il s'immobilisa, se concentra mais la sensation avait disparu. Il aurait juré que quelqu'un l'avait observé. Doucement, il ressortit du corridor et regarda à droite et à gauche : rien. L'eau était troublée mais il était difficile de dire si cela venait de lui ou d'une autre personne.

Il avait peut-être rêvé.

Qui y'avait-il ici en dehors de Naruto et du démon ?

Si Naruto l'avait vu, il serait venu à lui non ? Quant au renard… Est-ce que Kyûbi avait menti en disant qu'il n'avait pas la possibilité de sortir de son antre ? Après tout, par deux fois, Sasuke l'avait vu se matérialiser sous forme de chakra hors de ses grilles ? Qu'est-ce qui empêchait cette version immatérielle de lui-même de se balader ?

Et si c'était le cas, était-il en danger ? Il décida de sortir de l'esprit de Naruto. Il fallait qu'il réfléchisse à tout cela.

Il revint à lui, s'étira et d'un signe de tête, remercia Akisada d'avoir veillé sur eux.

- Je suis là pour ça, répondit celui-ci.

Encore une fois, Sasuke fut frappé par la voix de l'homme et l'étrange sensation rassurante qu'il en retirait. Ce n'était pourtant pas son genre de se fier à un détail comme celui-là. Mais sa stature imposante, le calme qui semblait se dégager de lui et une sorte d'instinct informaient le jeune Uchiha qu'il avait devant lui une personne en qui il pouvait avoir confiance. Le temps lui démontrerait s'il avait raison ou tort à son sujet. Les trois autres membres de l'équipe de jour ne lui laissaient pas particulièrement d'impression. D'après ce qu'il avait déjà compris, la seule femme de l'équipe avait été au départ chargée de la protection de Naruto lorsqu'il était à l'hôpital. Ils semblaient aussi compétents que ce que l'on pouvait attendre de leur part, néanmoins et sans trop s'avancer, il pensait pouvoir les battre. Idem pour ceux de l'équipe de nuit, aucun d'eux ne lui paraissait réellement être une menace pour lui. Par ailleurs, n'avait-il pas pris de court les deux qui avaient été envoyés pour l'escorter depuis sa sortie de prison ? Restait cet homme au masque de faucon, il était le seul dont Sasuke se demandait vraiment quelles étaient ses capacités. Son physique, la quantité de chakra qu'il percevait en lui, tout cela l'intriguait. Quoiqu'il en soit et selon toute logique, il ne serait pas amené à tester les capacités de ses gardiens même pour entraînement.

Il regarda l'heure. Il n'était que onze heures. Il décida de s'occuper des soins de Naruto, puisqu'ils étaient déjà dans la chambre. Ce n'était que la deuxième fois, mais il savait déjà que cela deviendrait un de ses moments préférés.

Il commença par le déshabiller pour le laisser en caleçon. Chacun de ses gestes était parfaitement mesuré. En deux jours, il avait déjà complètement pris la mesure du poids, de la corpulence de Naruto et le déplacer lui ou ses membres était désormais d'une grande aisance pour lui. Il prit les premiers baumes et commença à les appliquer, d'abord sur ces jambes. La substance se mettait à chauffer à peine la frottait-il, à la longue s'en était presque désagréable pour ses mains mais nécessaire pour échauffer les muscles. Heureusement, toucher cette peau dont il avait tellement eu envie ces dix derniers mois, sentir ce corps sous ses doigts suffisait à lui faire oublier n'importe lequel des désagréments qu'il pouvait éprouver. Il passa sur chaque muscle, des jambes, il remonta aux fesses qu'il pouvait atteindre malgré le caleçon et c'était sans doute la partie qui le troublait le plus, puis il continua sur le ventre, les pectoraux et les bras avant de le retourner. Une fois, le corps doré parfaitement enduit, il partit se laver les mains. La veille, le produit avait continué à lui échauffer les paumes lorsqu'il était passé aux mouvements et il avait trouvé cela déplaisant au possible. Il enchaîna sur ceux-ci, se contentant pour le moment de ce qu'on lui avait montré mais pensant qu'il y avait certainement d'autres choses à faire. Il se souvenait que Naruto était plus musclé que cela lors de leur dernière entrevue. Il avait dû perdre en masse musculaire au cours de ces derniers mois et Sasuke était bien décidé à lui faire regagner sa corpulence normale.

Pendant que ses mains allaient et venaient sur les jambes de Naruto, les prenant, les poussant, son esprit repartit dans ses interrogations. Il ne parvenait pas à oublier cette désagréable impression d'avoir été observé alors qu'il sortait de la dernière pièce. Il n'avait pas rêvé, il en était certain. Et, plus il s'interrogeait, plus il lui paraissait évident que seul le démon pouvait en être à l'origine. Plus il y pensait, plus cela paraissait logique. Il ne pouvait s'empêcher de visualiser le bijuu hors de ses grilles, ces bulles orange se regroupant. Si elles pouvaient prendre la forme d'un renard, c'est qu'il pouvait bien en faire ce qu'il voulait et pourquoi pas la faire se balader n'importe où. Il lui faudrait être sur ses gardes. L'idée d'avoir un démon vieux de quelques siècles avec une bonne dent contre son clan qui pouvait lui tomber dessus à tout moment n'était pas faite pour le réjouir, loin de là, surtout dans un environnement sur lequel il avait peu voire pas de prise du tout. Il ignorait s'il lui était possible de s'y battre. Néanmoins, il faisait confiance à son sharingan, même contre le Kyûbi, c'était un atout de poids et l'autre le savait désormais.

Il avait fini sa séance, lorsque Sasuke entendit le même signal que la veille avant que Kakashi n'arrive.

- Quelqu'un vient ?

- Oui, il s'agit de Haruno Sakura, lui répondit Akisada.

- Hn.

Il ne daigna pas aller lui ouvrir, après tout, la porte n'était pas fermée à clef.

- Sasuke, lança la jeune femme.

Son ton se voulait enjoué mais il y détectait une certaine appréhension. Il fit un effort et se dirigea jusqu'à l'entrée.

- Sakura.

- Je suis venue voir Naruto.

- Hn.

D'un signe de tête, il lui indiqua de le suivre dans la chambre. Elle avait espéré un accueil un peu plus chaleureux. Elle avait pris le temps de réfléchir à son comportement et en avait vu la limite. Elle ne voulait pas se fâcher avec Sasuke, elle ne voulait pas perdre le « quoique ce soit » qu'elle avait réussi à recréer avec lui pendant sa détention. Mais visiblement, il en faudrait plus pour revenir dans les bonnes grâces du brun. Elle aurait peut-être dû dire qu'elle venait pour les voir tous les deux. Elle marcha jusqu'à la chambre sans rien ajouter. Naruto ne portait qu'un pantalon et la peau de son ventre luisait. Elle en conclut que Sasuke venait juste de terminer ses soins.

- Bonjour Naruto, lança-t-elle en s'approchant du lit.

Elle passa la main sur sa joue comme elle le faisait toujours. Sasuke sortit de la pièce par la porte-fenêtre tout en restant sur le couloir en bois. Sakura ne pouvait pas ignorer sa présence et elle se sentait mal à l'aise. Elle soupira. Elle n'allait pas se laisser déstabiliser par lui. Elle concentra un peu de chakra dans ses paumes et les passa tout le long du corps de Naruto dans le but de faire son examen médical. Elle savait que la veille Tsunade en avait fait autant et avait constaté que Sasuke avait bien fait son travail. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour conclure que tout allait bien pour son camarade. Elle jeta un coup d'œil à la fenêtre et décida de prendre un peu plus de temps. Elle avait vraiment besoin de lui parler. Et ce n'était pas parce qu'il n'était plus à l'hôpital qu'elle allait changer ses habitudes. Elle se lança donc dans les nouvelles des uns et des autres.

Finalement, après un peu plus de vingt minutes, elle en eut fini. Par ailleurs, ses obligations se rappelaient à elle. Elle sortit sur le couloir, Sasuke était dans le jardin. Elle se dirigea vers lui.

- Sasuke.

Il releva la tête et la fixa.

- J'ai fini, je vais y aller.

- Bien.

Elle se retourna pour partir mais se ravisa. Elle lui attrapa le poignet.

- Sasuke, je …

Le regard noir qui passa de sa main à ses yeux la dissuada de continuer. Ce n'était pas le jour.

- Non rien. Je … j'ai laissé du gâteau dans un sac à côté du lit, je reviendrai plus tard.

- Hn.

Et sur ces mots, elle partit. Elle n'avait rien de plus à ajouter et le comportement de l'Uchiha l'agaçait. Et si elle préférait ne pas insister, ce n'était pas parce qu'elle avait peur de Sasuke mais plutôt d'elle-même et des paroles qu'elle pourrait lâcher. Son caractère s'était bien renforcé en quatre ans et si l'avant-veille, elle s'était sentie déstabilisée et renvoyée dans ses anciens travers, la nouvelle Sakura, celle qui avait toujours été présente au fond d'elle et qui avait émergé à force de travail, d'épreuves et sans doute d'un peu trop de temps passé aux côté de Tsunade, elle, lui aurait claqué ses quatre vérités et sans passer par la case délicatesse et doigté. Donc, il valait sans doute mieux se taire que de prendre le risque d'envenimer les choses.

Lorsqu'elle fut partie, Sasuke retourna dans la chambre. Le parfum subtil et fleuri de la jeune femme y régnait. Il marcha jusqu'à Naruto et approcha son nez de ses cheveux. L'odeur y était présente, sur sa joue aussi. Cela lui déplut fortement. Il passa sa main dans les pics blonds et sur son visage avec la ferme intention d'y appliquer la sienne. Il lui était impossible de voir le petit sourire amusé d'Akisada devant ce comportement digne d'un marquage de territoire, pas qu'il en aurait eu quelque chose à faire. Oui, il n'aimait pas sentir l'odeur d'une autre personne sur Naruto, oui, il était à lui et il entendait bien le clarifier dans l'esprit de chacun.

Il attrapa le gâteau et le déposa dans la cuisine où il emmena Naruto. Dans la matinée, un ravitaillement en nourriture y avait été amené. Il pourrait presque prendre goût à se faire servir comme ça, presque … En début d'après-midi, il repartit pour l'esprit du jinchuuriki, bien décidé à percer à jour le démon. Il déambulait dans les couloirs, les sens à l'affût. Par deux fois, il lui avait semblé sentir quelque chose mais à chaque fois qu'il se retournait, il n'y avait rien. Il n'aimait pas cette désagréable sensation d'être épié. L'autre ne se montrerait pas aussi facilement, il en était certain. Il décida d'aller explorer une salle ou deux dans une nouvelle section. Les souvenirs qui étaient emmagasinés là portaient sur la dernière épreuve de l'examen pour passer chuunin. Bien sûr, Sasuke n'avait vu aucune trace de Naruto mais il avait grandement apprécié de pouvoir assister aux combats qu'il avait ratés à l'époque parce qu'arrivé en bon dernier. Et, il fallait l'admettre, voir Naruto mettre sa pâtée à Hyûga Neji avait été un moment assez plaisant. En fait, il en gardait un petit rictus satisfait sur les lèvres. Oh, il n'avait rien contre Neji en particulier, il l'avait simplement trouvé assez puant lors de l'examen et après ça, il n'avait guère eu l'occasion d'avoir de rapports avec lui avant son départ de Konoha. Il ignorait quels étaient ses liens actuels avec Naruto. Cependant, il avait entendu Sakura parler de lui, c'est donc qu'elle devait considérer qu'il était quelqu'un d'important dans la vie du jinchuuriki. En tout cas, ce souvenir avait également eu le mérite de le détendre quelque peu, ce qui était pas mal.

Il ressortit du couloir et cette fois, il en fut certain : quelqu'un l'observait. Il fit comme si de rien n'était, il sentait l'adrénaline pulser dans ses veines et venir accélérer les battements de son cœur. La présence était derrière lui, il devait faire en sorte de se retourner. Il n'arrivait pas à déterminer si l'autre se déplaçait ou non. Dans cet environnement, ses sens n'étaient pas capables d'appréhender comme dans la réalité la distance entre lui et cette chose quoiqu'elle fût. Il fit volte-face brusquement, mais il n'y avait rien. Cependant, il entendit un bruit de pas ou plus exactement de course.

Sans plus réfléchir, il se lança à la poursuite de son mystérieux observateur. Il courait à toute allure, se demandant quelle créature pouvait aller aussi vite, enchaînant les couloirs les uns derrière les autres. Ses pieds qu'il ne pouvait charger de chakra pour marcher à la surface de l'eau, l'aspergeaient à chaque pas et dans son esprit son pantalon était détrempé. Plusieurs fois, il se retrouva dans des culs de sac, il avait réussi à mémoriser l'ensemble de son parcours, mais il n'était pas certain que cela puisse l'aider d'une quelconque façon. Et puis, les bruits de pas, qui n'avaient fait que diminuer de plus en plus quelle que soit la vitesse à laquelle il avançait, finirent par disparaître. Sasuke s'arrêta, tendant l'oreille. Il avait chaud et il était légèrement essoufflé. Il jura de s'être fait distancer, d'avoir fait cette misérable course-poursuite contre du vent et de n'avoir toujours aucune réponse.

Il soupira de rage plus que de fatigue. Que faire maintenant ? Cela faisait dix bonnes minutes qu'il attendait mais rien de nouveau n'était advenu. Il décida qu'il était temps de sortir de là et de réfléchir calmement à la situation. Par ailleurs, cette épouvantable impression d'humidité sur ses jambes était désagréable au possible. Il avait bien essayé de se concentrer pour la faire disparaître, sachant que ce n'était ni plus ni moins qu'une illusion, mais il était bien trop agacé pour parvenir à trouver la concentration suffisante. Il ferma les yeux et réintégra son corps.

Il prit Naruto dans ses bras et vint se poser dehors, profitant des rayons du soleil qui descendait doucement. Il observa les herbes du jardin qu'il avait taillé un peu plus tôt dans l'après-midi, histoire de lui redonner un air civilisé. L'exercice physique lui avait fait du bien et il sentait encore quelques contractures dans le dos. Il fallait dire que depuis qu'il avait quitté Konoha et les missions de rang D, ce n'était plus vraiment le genre d'activité physique auquel il s'adonnait. Il y avait pris du plaisir, un plaisir presque enfantin, celui d'un effort simple, celui de revoir le jardin de sa mère reprendre vie sous ses yeux et sa main.

Avant de se lancer dans une réflexion intense, il profita du calme du moment. Il avait assis Naruto à côté de lui, le retenant d'un bras autour de ses épaules. C'était bon, la chaleur de ce corps qui irradiait le sien tandis que l'astre solaire les enveloppait d'une douce torpeur. Il ferma les yeux et pendant un bref instant ses sens pour profiter pleinement de tout ça. Toutes ces petites choses qu'il pensait ne plus jamais avoir : la présence d'un être cher à ses côtés, un rayon de soleil qui vous réchauffe et vous égaye, des chants d'oiseaux qui se répondent et qui sont si légers et guillerets qu'à tout autre moment, ils paraîtraient déplacés, une maison pour vous abriter, un endroit où être chez soi. Mais, bien vite, la réalité le rattrapa. Il n'avait pas encore tout ça, pas tant qu'il n'aurait pas ramené Naruto, pas tant qu'il n'aurait pas définitivement regagné sa liberté. Mais est-ce que la vie lorsqu'elle reprendrait son cours normal leur offrirait toutes ces choses ?

Les missions, la réalité de leur univers, cette vie de ninja dont ils pouvaient se demander, à juste titre, jusqu'à quel degré ils l'avaient choisie, toutes les implications qu'elle engendrait, toutes les obligations qui en découlaient, est-ce que tout cela leur laisserait le temps d'avoir des moments comme celui-là ?

Il ouvrit les yeux et regarda Naruto. Ce n'était pas vraiment le moment d'avoir ce genre de pensées, il devait plutôt se concentrer sur ce satané démon.

C'était l'évidence et pourtant, Sasuke savait que quelque chose clochait. Ce bruit de course…. Si la présence qu'il avait sentie était Kyûbi, alors pourquoi entendait-il des pas ? Le démon sous sa forme de chakra n'aurait dû faire aucun bruit, il avait la possibilité de se déplacer aussi silencieusement qu'un serpent. Et vicieux comme il l'était, il aurait tout tenté pour prendre Sasuke par surprise, il aurait attendu tapi dans un coin que l'autre baisse sa garde pour frapper.

Mais alors, si ce n'était pas le bijuu, qui ?

Sasuke ne voulait pas croire qu'il pouvait s'agir de Naruto et que celui-ci ne vienne pas le voir. C'était peut-être naïf de penser que son compagnon sortirait de sa cachette juste parce que c'était lui. Et pourtant.

Seulement, en dehors du démon et son hôte, qui pouvait-il y avoir d'autre dans l'esprit de Naruto ?


- Bien, voilà le plan. Toi, tu vas là-dedans trouver quelque chose qui te convienne mieux et moi je vais t'attendre là-bas.

Jiraiya fit un vague geste de la main en direction de rues fortement animées où l'on pouvait très nettement apercevoir les enseignes lumineuses de nombreuses tavernes.

- Errro-sennninnn.

- Quoi ?

- Vous me prenez pour un idiot ??? hurla Naruto.

Son maître l'attrapa et lui mit la main sur la bouche, faisant de grands sourires niais aux passants.

- Mais tu vas arrêter de crier comme ça en pleine rue ?

Il tira son élève jusqu'à un coin plus calme et le lâcha.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Cette histoire de vêtements, c'est juste une excuse pour pouvoir aller boire et draguer des femmes, vieux pervers !!

- Mais pas du tout, enfin regarde-toi.

- Quoi ?

- Franchement, en plus d'être recousu de partout…

- Oui, ben la faute à qui ? le coupa le jeune ninja.

- Il faut savoir ce que tu veux. Et puis, ce n'est pas le plus gros problème, regarde, ton pantalon commence vraiment à être trop petit.

Naruto se pencha et observa. Le moins qu'on puisse dire c'est que son maître avait on ne peut plus raison. Ce dernier lui arrivait au milieu des mollets et le revers qu'il avait longtemps eu était déroulé. S'il ne le serrait pas, c'était certainement parce qu'il était terriblement détendu depuis le temps. Quant à son blouson, au lieu de lui arriver au poignet même complètement déplié, le tissu ne couvrait plus son avant-bras en entier.

- Mouais, c'est vrai.

- Bien alors, allons-y.

Jiraiya attrapa Naruto par le bras et l'entraîna dans la rue. Comme d'habitude, Sasuke suivait. Il avait compris que la scène se passait pendant les trois ans que Naruto avait passé à s'entraîner avec l'Hermite en dehors de Konoha. Il devait avoir environ quatorze ans, il ne ressemblait plus au gamin qu'il avait quitté mais pas encore au jeune homme qu'il avait revu plus tard. Son physique était un étrange mélange entre les deux. Par exemple, ses joues avaient gardé leur rondeur, mais ses yeux paraissaient moins grands lui donnant un air plus mûr mais pas tout à fait. Physiquement, il était toujours plus petit que Sasuke aujourd'hui, mais il commençait à le rattraper. Niveau corpulence, sa musculature s'était déjà développée et ses épaules étaient beaucoup plus carrées que lorsqu'ils étaient coéquipiers. Ses cheveux avaient un peu poussé aussi, ils lui retombaient sur le front sans pour autant complètement recouvrir l'emblème de Konoha que Naruto avait toujours porté fièrement. Dans l'ensemble, il était plutôt mignon comme cela.

Ils finirent par s'arrêter devant un magasin de vêtements où Jiraiya abandonna son élève, lui donnant rendez-vous dans la taverne adjacente et lui conseillant de prendre quelque chose d'un peu plus discret. Sasuke suivit donc Naruto à l'intérieur de la boutique et l'observa faire son choix. Puis, il le suivit jusqu'aux cabines d'essayage. Il se posta devant évitant de jouer les voyeurs. Seulement la porte ne fermait pas correctement et Naruto n'avait pas eu l'air de s'en préoccuper outre mesure. L'Uchiha regarda le plafond, le reste de la boutique, les rayonnages, les autres clients, mais toujours son regard était attiré par cet entrebâillement par lequel il apercevait des morceaux de peau bronzée. Presque sans s'en rendre compte, il pencha un peu la tête, ce qui lui permit de détailler un peu plus Naruto. Bien sûr, il l'avait avec lui et chaque jour, il massait son corps, il avait largement le temps de s'en mettre plein les yeux. Mais toucher cet épiderme immobile, cela n'avait définitivement aucune ressemblance avec le voir en mouvement. Les vêtements allaient et venaient, passaient au-dessus des pics blonds qui par moment cachaient un peu les yeux bleus, mais de tout cela Sasuke ne voyait rien. Il était obnubilé par les muscles qui tendaient la peau du dos comme Naruto levait les bras, par une parcelle de ventre et d'abdominaux déjà bien développés se faire effleurer par le tissu d'un tee-shirt. Petit à petit, presque hypnotisé par les flashs de peau tantôt montrée, tantôt cachée, il s'était approché jusqu'à être entièrement dans la cabine avec Naruto qui acheva son essayage et s'arrêta sur sa nouvelle tenue.

Il ressortit de la boutique après avoir payé et leur avoir laissé en cadeau ses anciens vêtements dont il n'aurait plus l'utilité et se précipita rejoindre son maître visiblement content de son achat.

Jiraiya regarda son élève, détaillant la tenue qui ressemblait quand même beaucoup à la précédente. Naruto ayant volontairement pris une taille au-dessus, il avait roulé le bas du pantalon et les manches du blouson, accentuant encore plus la ressemblance avec son ancien accoutrement.

- Heureusement que j'avais dit plus discret.

- Ben quoi ? Y'a beaucoup plus de noir qu'avant.

- Oui, si on veut. Il reste quand même beaucoup de orange.

- Je ne vois pas ce que vous avez contre cette couleur, baragouina Naruto.

L'Hermite se leva, jeta sur la table de quoi payer et se mit en route. Son élève et son observateur le suivirent sans un mot.

- Vois-tu Naruto, l'important pour un ninja est de savoir être discret. La discrétion, dit-il en tendant son index vers le jinchuuriki, la discrétion…

- Et vos cheveux blancs sur votre veste rouge, c'est discret peut-être, lâcha le blond, bras croisés sur le torse et moue boudeuse sur le visage.

Sasuke ne put se retenir de rire légèrement devant la tête du sannin à qui son élève venait de rabattre son caquet. Après tout, le jeune ninja n'avait pas vraiment tort.

Le souvenir se dissipa là-dessus et Sasuke sortit de la pièce. Plusieurs jours s'étaient écoulés et il n'était toujours pas parvenu à élucider le mystère de la « présence » ainsi qu'il l'avait baptisée. Il avait toujours cette impression d'être observé de temps en temps, il avait encore entendu ces étranges bruits de course, avait repéré des agitations dans l'eau des couloirs qui n'étaient pas de son fait, mais toujours personne. Il avait couru comme un dératé plusieurs fois, pensant enfin mettre la main sur la chose mais rien. Il en avait parlé avec Tsunade et Kakashi, après avoir gardé ça pour lui pendant un moment. Eux-mêmes étaient arrivés aux mêmes conclusions que lui, ce ne pouvait être que Naruto ou Kyûbi et l'un comme l'autre ne leur paraissait pas vraiment réaliste. Pour Naruto et même si la façon dont il avait été traumatisé par les événements de Tokushima les avait surpris, ils n'arrivaient pas à se convaincre qu'il se cacherait volontairement de Sasuke. Il avait trop voulu son retour, il avait trop fait pour qu'il revienne, il avait passé tant de temps à s'entraîner, à le chercher… non c'était impossible qu'il le fuit. Quant au démon, là non plus, ce n'était guère logique, ce bruit de course, ça ne collait pas. Bref, tout cela ne les avait guère menés plus loin que ce que Sasuke avait compris seul dans son coin.

Il y avait bien une chose qu'il ne leur avait pas encore dite. Pas qu'il chercha à leur dissimuler des informations, mais plus parce que ce n'était juste qu'une impression. Celle que la « présence » jouait avec lui. Le plus étonnant là-dedans, ce n'était pas qu'il prenait ce terme dans le mauvais sens, comme quelqu'un qui chercherait à lui faire une mauvaise farce ou qui s'amuserait de le voir courir comme un idiot dans des couloirs vides. Non, quelque chose dans cette course qu'il poursuivait était « gaie » faute de trouver un autre terme. Voilà pourquoi il n'en avait rien dit, il ne trouvait pas le mot juste pour définir son ressenti et tant que ce serait le cas il attendrait.

Il y avait autre chose qu'il avait analysé mais dont il ne parvenait pas à comprendre les implications. Lorsqu'il faisait un pas, il en entendait généralement trois ou quatre, leurs sonorités également étaient différentes, les siens semblaient beaucoup plus lourds. C'était comme si la « présence » était beaucoup plus petite et légère que lui. Hors, Naruto faisait à peu près la même taille que lui, quant à son poids, il devait même être un peu plus lourd. Bien sûr, il avait maigri ces cinq derniers mois mais il doutait que la représentation mentale que Naruto avait de lui-même ait déjà pu intégrer ce détail.

Alors voilà, ils en étaient là, c'est-à-dire pas loin de nulle part. En attendant, il continuait son exploration de la psyché de Naruto, espérant percer le mystère à jour. Et justement, un bruit sur sa droite avait attiré son attention. Cette fois-ci, il était bien décidé à avoir un peu plus d'informations. Il concentra son esprit et s'élança à la poursuite de ces pas qu'il suivait avec la volonté de savoir et de gagner. Sa rage lui donnait des ailes et il enchaînait les couloirs les uns après les autres, frôlant les murs de temps en temps dans les tournants mais ne se souciant pas de se cogner.

Et puis, il y eut ce son … déplacé … tellement choquant que Sasuke s'arrêta, complètement pris au dépourvu. C'était une chose plus que rare et là il ne s'était pas attendu à cela.

Un rire, un rire léger et guilleret, un rire enfantin qui résonnait dans les couloirs, un rire qui lui donna une étrange chair de poule parce que rien n'était plus malvenu que ce son dans cet endroit à la fois sinistre et froid. Malgré lui, cela lui rappela celui vicieux et sifflant d'Orochimaru qu'il avait trop entendu pendant les trois années qu'il avait passé à ses côtés. Pourtant, il était conscient que celui-ci n'avait rien à voir mais il le mettait mal à l'aise. Pour autant, il ne recula pas et avança, se dirigeant vers le son qui devint plus fort. L'impression que la « présence » se laissait approcher parce qu'elle le voulait bien et uniquement pour cela, agaçait Sasuke parce qu'il avait conscience que ce n'était pas lui qui menait le bal, il était le jouet de cette chose. L'attraper ou non ne dépendait pas pour l'instant de sa volonté. Et s'il y avait bien une chose que l'Uchiha avait appris à détester c'était de ne pas être maître du jeu, même un peu. Il avait l'impression d'être une marionnette dont l'autre faisait ce qu'il voulait. D'un pas décidé et ferme il continua sa progression jusqu'à … rien. Il jura, violemment et ressortit de l'esprit de Naruto.

- Tu as l'air bien tendu Sasuke, lui dit Kakashi.

Il avait observé le corps de l'Uchiha d'ordinaire posé et décontracté, il avait vu un tic nerveux agiter un instant sa joue et puis il l'avait vu se tendre petit à petit.

Sasuke souffla un grand coup.

- Ce n'est rien.

- La « présence » je suppose.

- Oui.

Visiblement, il n'était pas décidé à en dire plus et Kakashi n'insista pas. Il le regarda se lever, prendre Naruto dans ses bras et lui faire un signe de tête pour désigner le jardin.

- Entraînement ?

- Je suis ton homme, lança le juunin en suivant le jeune ninja dehors.

Ce dernier fut violent, Sasuke avait besoin d'extérioriser sa colère et Kakashi fut content qu'ils aient décidé d'en revenir au taijutsu une fois de plus. Néanmoins, il n'aurait changé de partenaire pour rien au monde, en quelques jours, il avait déjà pu constater que certains réflexes s'étaient vus grandement améliorés. C'était rare d'avoir un adversaire aussi bon que Sasuke, c'était parfait pour lui. Lorsqu'ils en eurent fini, Sasuke était de nouveau calme et il avait retrouvé son attitude sereine. En un sens, cela rassurait son ancien maître de voir des accès de rage chez lui, cela signifiait qu'une partie du jeune garçon était encore là. Pas qu'il souhaitait que Sasuke soit toujours prisonnier des mêmes démons qu'autrefois, mais on ne peut pas changer du tout au rien et pour lui, cela signifiait simplement que l'Uchiha était toujours lui, mais avec la maturité et la sérénité que l'expérience et l'âge concèdent.

Deux jours de plus, deux jours pendant lesquels il observa sans vraiment y prêter attention des souvenirs, ceux de l'équipe sept, les premières missions débiles, les promenades de chien, les courses pour rattraper ce satané chat, les travaux dans les fermes, le nettoyage des ordures dans une rivière, que des choses hautement passionnantes et qu'il avait pris de son côté un réel plaisir à oublier. La seule chose qui lui remontait le moral était les piques incessantes qu'ils s'envoyaient lui et Naruto. Il n'avait pas eu conscience à l'époque que l'autre le faisait tant réagir et parler. Il s'amusait de l'attitude de Kakashi qui les regardait débattre de la nullité de l'un et l'autre, laissant échapper de temps en temps de petits rires dont aucun des deux garçons n'avait conscience. Il faut dire que caché derrière son éternel livre orange, il ne perdait pas une miette de ce qu'il se passait au sein de son équipe. Il analysait en permanence.

Et puis, au milieu de ça, il y avait Sakura, qui cherchait à tout prix à attirer son attention et Naruto qui en faisait autant avec la jeune fille. Et pourtant, ce qu'il n'avait pas su voir à l'époque lui sautait aux yeux : le jinchuuriki lui portait un intérêt bien plus grand qu'à la seule fille de leur équipe. Dans son souvenir, ils formaient une sorte d'étrange combinaison fixe, Naruto courait après Sakura qui courait après Sasuke qui s'en fichait royalement. Leurs rapports suivaient cet étrange schéma et n'en déviaient pas d'un pouce.

Et pourtant devant lui, Naruto essayait d'attirer son attention autant que celle de Sakura, ils se parlaient entre eux bien plus qu'avec elle. Et pire que ça, il se voyait, lui, Sasuke Uchiha du haut de ses douze ans, jeter plus de regards vers Naruto que ce dont il se souvenait, il s'observait faire sans arrêt attention à l'autre crétin comme il ne cessait de l'appeler, s'assurant qu'il ne lui arrivait rien de bien grave.

Oh, bien sûr, de temps en temps, son regard déviait vers Sakura dont il s'assurait également du bien-être. Elle avait compté pour lui, il était inutile de le nier. Quant à savoir ce qui restait de ce lien aujourd'hui …. Il n'en savait absolument rien et pire que cela, pour l'instant, ça ne l'intéressait pas. Plus tard, oui, plus tard, il se pencherait sur le problème de la jeune femme, sur les autres, tous ces gens qui faisaient partie de l'environnement proche de Naruto et avec lesquels il devrait apprendre à faire.

Comme il était dans ces réflexions, il sentit de nouveau la « présence ». Il était bien décidé à ne pas entrer dans son jeu comme il l'avait fait les autres jours, se précipitant inutilement. Si tout cela lui avait appris une chose, c'est que courir ne servait à rien.

- Bon, allez, on arrête de jouer, montre-toi, qui que tu sois.

A nouveau le rire. Il tiqua, appréciant peu qu'on se moque ouvertement de lui. Il se retourna, se demandant comment il se faisait que l'autre apparaisse toujours dans son dos. Il ne perçut qu'un vague mouvement, une silhouette que la rapidité ne lui permit pas de détailler, en tout cas, ce n'était pas le démon et c'était petit. Sasuke s'avança doucement, si l'autre voulait se laisser approcher, il ralentirait l'allure. Comme il débouchait d'une section vers une autre, il aperçut trois projectiles qui arrivaient rapidement sur lui. Il sauta pour les éviter, se penchant gracieusement en arrière pour laisser passer le dernier.

- Merde, lâcha-t-il.

Qu'est-ce que c'était que ça ? Pourquoi l'autre se mettait-il à l'attaquer tout à coup ? Et comment pouvait-il lui balancer des shuriken dans un esprit ? Ou plus précisément qui était la « présence » pour réussir à avoir des armes dans cet univers ? Il resta collé au mur un moment avant d'aller récupérer une des étoiles. Et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il prit l'objet dans ses mains et qu'il constata que …

- Du plastique ! s'exclama-t-il.

Il tourna et retourna le shuriken plusieurs fois entre ses doigts, de plus en plus perdu. Il passa son pouce sur le tranchant de l'arme qui ne lui fit rien, aucune chance d'être blessé ou d'avoir l'illusion de l'être avec ça. Curieux, il se mit à la recherche des deux autres qui étaient également construits dans le même matériau. Il se releva et avança dans la direction qu'avait prise la silhouette et où il entendait un vague bruit de temps en temps. Il n'eut pas long à faire avant d'apercevoir une lumière éclairer le bout du couloir qu'il empruntait.

Il s'approcha avec précaution, ne sachant pas trop à quoi s'attendre. Lorsqu'il fut à la porte, il fit un pas à l'intérieur. Elle ne ressemblait à rien de ce qu'il avait pu voir jusque-là. Déjà, il n'y avait pas d'eau ce qui était un grand plus, une douce lumière y régnait bien différente de celle très crue que les néons des autres couloirs projetaient. Mais ce n'était certainement pas le plus surprenant. La pile de jouets, de peluches et autres sous laquelle la salle croulait était beaucoup plus étonnante. Sasuke était un peu perdu, il avait beau mettre en route l'ensemble de ses neurones, il n'y avait pas grand-chose qui en émergeait. Enfin si, il y avait bien une hypothèse. Elle avait le mérite d'allier à la fois l'analyse des pas qu'il avait faite, les shuriken en plastique et la tonne de jouets qu'il avait devant lui. La « présence » qui l'avait tenu en haleine depuis plus d'une semaine serait un … enfant ?

Il observa son environnement, cherchant où pouvait se cacher sa proie. Il tendit l'oreille et entendit un petit ricanement qu'on essayait visiblement d'étouffer.

- Ok.

Vraiment, il ne savait pas à quoi l'autre jouait mais il allait le dénicher. Il commença à attraper des peluches qu'il envoya voler à l'autre bout de la pièce. Plusieurs gloussements retentirent tandis que Sasuke percevait un mouvement sous les montagnes de jouets.

- Allez montre-toi.

Nouveau ricanement suivi de bruits qu'il analysa comme ceux que ferait une personne se déplaçant à quatre pattes. Sasuke débarrassait, se demandant quand la pile allait diminuer. Était-ce réellement possible qu'il ne soit pas encore arrivé au bout ? Il suivait le mouvement qu'il voyait et enfin sentit sa chance et se jeta pour attraper l'intrus. Lorsqu'enfin, il mit la main dessus, il glissa sur il ne savait quel jouet et retomba en arrière un poids sur le ventre.

Il ouvrit les yeux pour les plonger dans le bleu qu'il connaissait si bien. Pourtant, son cerveau analysa suffisamment vite les éléments qu'il avait devant lui pour que Sasuke se ne fasse pas avoir. Le poids était léger, la bouille qu'il avait face à lui était celle d'un enfant, avec ses joues rondes et ses deux grandes billes azur et réjouies qui le fixaient.

Sasuke se redressa tandis qu'un rire résonnait gaiement dans la pièce. Il regarda le garçonnet qui riait aux éclats sur ses genoux. C'était Naruto, tout était là, les pics blonds, les moustaches sur les joues, la couleur des yeux, l'espièglerie sur le visage. Seulement, ce Naruto-là ne devait pas avoir plus de cinq ans.

Pour le coup, Sasuke ne sut ni quoi dire, ni quoi faire, il observait l'enfant qui ne cessait de rire visiblement ravi de s'être fait attraper. Etait-ce Naruto ? Enfin son esprit ?

- Naruto, dit-il

L'enfant se calma un peu, même si un gloussement ou deux l'agitaient encore de temps en temps.

- Naruto c'est toi, c'est vraiment toi ?

- Moi, je sais qui tu es, dit le petit sans répondre à sa question.

Sa voix était aigue comme le sont celles des enfants de cet âge. Sasuke le regarda en haussant un sourcil.

- Sasuke-san, c'est ça ton nom, hein ?

Ce dernier fut assez surpris par l'emploi du san. Naruto n'avait jamais pris la peine, et lui non plus, de rajouter des suffixes à leurs prénoms. Mais s'il avait dû le faire, nul doute qu'il aurait utilisé kun et non san. Il répondit quand même.

- Oui.

Le petit se leva et se mit à tourner joyeusement autour de lui en tapant dans ses mains.

- Je savais, je savais, je t'avais reconnu parce que je t'ai vu dans les pièces !!

- Les pièces ? Tu es allé voir les souvenirs ?

- Oui, oui, oui, répondit le petit en continuant à s'agiter. Et je t'ai vu, tu es un vrai ninja, hein ? Tu pourras jouer avec moi, ce sera bien, tu es fort et Naruto-san il t'aime beaucoup et moi aussi parce que tu as l'air fort et que tu vas pouvoir jouer au ninja avec moi, tu vas bien vouloir, hein, Sasuke-san, tu vas bien vouloir ? On pourra encore courir comme on a fait, j'aime bien jouer à cache-cache avec Sasuke-san.

Bien cette fois, Sasuke était officiellement perdu. Le petit, grand dieu, c'était le portrait craché de Naruto, semblait agir comme s'ils ne se connaissaient pas réellement. S'il s'agissait de son ancien coéquipier, il aurait su. D'ailleurs ne venait-il pas de parler de Naruto comme d'une tierce personne. Et qu'est-ce que c'était que cette histoire de jouer au ninja au fait ?

Le gamin continuait à babiller gaiement, visiblement absolument pas gêné par le fait que l'Uchiha ne lui répondait pas, planifiant tous les jeux qu'ils allaient faire.

- Hé Chibi, tu ne veux pas t'arrêter deux minutes.

Le gamin obtempéra et le regarda en penchant la tête sur le côté, comme le ferait un animal qui ne comprend pas. Le silence fit un bien fou à Sasuke. Il avait besoin de comprendre mais avec ce moulin à paroles qui s'agitait dans tous les sens, c'était loin d'être évident. Il regarda l'enfant, troublé de reconnaître chaque trait de Naruto, ses yeux à la couleur si particulière, les traces sur ses joues rebondies, ses pics blonds et rebelles. C'était lui, définitivement lui et là il avait sur le visage une expression d'intense concentration. Finalement, il s'approcha de Sasuke avec un grand sourire.

- Je m'appelle pas Chibi. C'est Naruto, Naruto, Naruto, ah, ah, ah. Tu dois m'appeler comme ça parce que sinon c'est pas moi.

A dire vrai, c'étai le cadet de ses soucis maintenant. Il se fichait bien de la façon dont il devait nommer l'enfant, ce qu'il voulait savoir c'est qui il était, ce qu'il faisait là, depuis combien de temps, qu'est-ce qu'il était et surtout s'il savait où était Naruto.

- Ok, tout ce que tu veux.

L'enfant lui fit un grand sourire.

- Tu es là depuis longtemps ?

- Je comprends pas ce que Sasuke-san veut dire.

- Qui es-tu ? demanda-t-il à nouveau.

Le petit se gratta l'arrière du crâne en fronçant les sourcils, un geste que Sasuke connaissait par cœur. A priori, cette question semblait aussi obscure que la précédente.

- Naruto, répondit-il hésitant.

- Tu as parlé de Naruto-san tout à l'heure, ce n'est pas toi ?

- Non, ça c'est l'autre, le grand.

La réponse fut donnée avec un grand sourire et un pétillement de joie dans les yeux. Sasuke massa un instant l'arête de son nez. Il avait encore trop de questions et il ne savait pas par laquelle commencer. Bon, autant aller directement à celle qui l'intéressait le plus.

- Est-ce que tu sais où est passé le grand Naruto, tu l'as vu ?

Le petit garçon lui fit un grand sourire et hocha la tête.

- Il est où, dis-moi où il est ? demanda Sasuke en attrapant les épaules de l'enfant, l'espoir faisant battre son cœur violemment.

Le petit se recroquevilla sur lui-même, visiblement effrayé par le comportement de l'adulte. Ce dernier s'en aperçut et relâcha la pression qu'exerçaient ses mains pour simplement lui caresser les bras. Il allait devoir y mettre un peu plus de douceur. Il ne savait pas ce qu'était cet enfant mais il agissait comme s'il avait réellement cinq ans, une donnée à prendre en compte.

- Hé, n'aie pas peur. Excuse-moi, je ne voulais pas te faire mal, ça va ?

- Hum.

Il avait toujours la tête baissée et de l'index Sasuke lui releva le menton.

- Hé, c'est une promesse. C'est juste que je veux vraiment retrouver Naruto.

- Oui, mais, je sais pas où il est maintenant.

Sasuke sentit une once de contrariété en lui mais peu importait.

- Dis-moi ce que tu sais. Tu veux bien ?

- Et tu joueras au ninja avec moi ? demanda le petit dont les yeux brillaient d'envie.

Sasuke résista à celle de lever les siens au ciel. Jouer au ninja, non mais franchement ? Enfin, s'il fallait en passer par là.

- Oui, si tu veux.

- Ouais, hurla l'enfant en se jetant au cou de l'Uchiha et en lui assenant un bisou sonore sur la joue.

S'il y avait une chose à laquelle la vie n'avait pas habitué Sasuke, c'était bien à être entouré d'enfants. Du coup, il ne savait pas trop comment réagir avec celui-ci, pas plus qu'à ses débordantes preuves d'affection et de joie. Néanmoins, il se laissa guider par son instinct et la petite boule d'énergie qui s'asseyait sur ses genoux.

- Alors, tu sais, il est venu ici quand il y a eu les ….

Le petit frissonna et Sasuke se demanda ce que cette partie de l'esprit de Naruto savait de ce qu'il se passait à l'extérieur.

- Quand il y a eu quoi ?

- Je sais pas trop en vrai, mais y'avait beaucoup de bruit et puis…

Il baissa sa voix jusqu'à murmurer.

- … je crois qu'il y avait des monstres dehors.

- Des monstres ?

- Oui, et moi, j'ai eu peur alors je me suis caché parce que je voulais pas voir.

Il cacha sa frimousse dans l'épaule de Sasuke. Il devait donc faire référence aux invocations que Naruto avait affrontées à Tokushima. Et ce qu'il décrivait comme dehors devait donc être le monde réel.

- Je viens de ce que tu appelles dehors ?

- Oui !

- D'accord et ensuite, de quoi te souviens-tu ?

- Quand il n'y a plus eu de bruit, je suis ressorti et j'ai entendu quelqu'un pleurer. Mais c'était dans la pièce.

Un violent frisson parcourut l'enfant et involontairement Sasuke le serra un peu plus contre lui.

- Laquelle ?

- Celle où il y a le gros monstre ?

- Kyûbi ?

Le petit ressortit sa tête et fixa Sasuke de ses grands yeux bleus.

- Je sais pas. Il est gros, tout orange et il grogne tout le temps. Il me fait peur.

- Il t'a déjà vu ?

Il hocha vivement la tête.

- Oui, mais je veux plus y aller, il fait trop peur.

Ainsi, cette saleté de renard était au courant de l'existence du gamin, il s'était bien gardé de lui en parler. La moue de ce dernier, alors qu'il remuait la tête de gauche à droite pour bien appuyer ce qu'il venait de dire, était juste craquante et Sasuke se serait mis une claque pour avoir pensé ça.

- Naruto.

Ca lui faisait tellement bizarre d'appeler quelqu'un par ce prénom.

- Raconte-moi, tu veux bien ?

- Oui. Et ben, j'entendais pleurer, mais tu vois, je voulais pas y aller. J'ai juste passé la tête, mais le gros monstre, et ben, il était là et il parlait avec sa grosse voix toute beurk et …

Il baissa de nouveau la voix.

- Et il était sorti et je … tu sais, je voulais aller le voir mais il était tout le temps là le gros renard-monstre et moi et ben, j'avais peur qu'il m'attrape parce que la première fois que j'y suis allé, je voulais jouer avec lui mais il a dit qu'il allait me dévorer et je me suis enfui parce que je voulais pas qu'il me mange moi.

- D'accord.

Sasuke avait vraiment du mal avec les digressions du petit, mais il supposait que celui-ci ne pouvait pas focaliser son attention entière sur le sujet qui l'intéressait lui. Par ailleurs, il se demandait quand même si le démon avait été sérieux. Avait-il réellement tenté de s'emparer de l'enfant ? Si oui, dans quel but ? Quelles auraient été les conséquences pour Naruto ? Pour répondre à cette dernière question, il lui faudrait déjà savoir ce qu'était cet enfant.

- Est-ce que tu sais combien de temps, il est resté enfermé dans cette salle avec Kyûbi ? Tu as une idée de ce qu'il se passe dans la réalité ?

- La quoi ?

- Dehors.

Le petit se mit à réfléchir intensément, triturant ses menottes sur le vêtement de Sasuke.

- Je sais pas trop mais je sais que ça fait …

Il essaya vainement de compter sur ses doigts.

- … ça a fait tout ça de jours après qu'on soit revenu à la dame blonde, finit-il par montrer à Sasuke qui arriva à quatorze.

- Tsunade ?

- Je crois. C'est celle qui a des gros lolos ?

Sasuke regarda le garçonnet, surpris.

- Heu … oui.

Voilà ce que c'était que d'être trop en contact avec des maîtres pervers, même les petits garçons que vous abritiez dans votre cerveau avaient des idées déplacées, pensa-t-il.

- Oui alors oui et avant, avant, je sais pas parce que j'ai eu trop peur alors je me suis caché longtemps, longtemps parce que je voulais pas voir et…

- Hé, hé, calme-toi, c'est fini tout ça.

L'enfant se blottit encore un peu plus contre lui. S'il continuait bientôt il s'incrusterait dans sa peau. C'était étrange pour Sasuke d'avoir cet être aussi fragile et petit tout contre lui et en même temps, il trouvait cette sensation étonnamment apaisante. Pour une si petite personne, il tenait étonnamment chaud.

- Et après, qu'est-ce qu'il a fait ?

- Ben, j'ai voulu lui parler, j'étais content parce que je voulais jouer au ninja mais tu sais, il a pas fait attention à moi.

- Hum.

- Il a fait comme Sasuke-san, il s'est baladé dans des salles et puis un jour, je l'ai pas revu.

- Tu crois qu'il est toujours là ?

- Je sais pas.

- Dans quelle pièce est-il allé en dernier ?

- Je sais pas.

Sasuke grogna et le petit se recroquevilla sur lui-même.

- Je suis désolé Sasuke-san, je sais pas, je sais vraiment pas.

- Ce n'est pas grave, dit-il en caressant la joue de l'enfant. Ce n'est pas de ta faute. Tu me montreras où tu l'as vu en dernier d'accord.

Le petit hocha la tête.

- Mais d'abord, il va falloir qu'on aille voir Kyûbi.

A ces mots, le petit sauta de ses genoux et partit se réfugier derrière une immense peluche.

- Naruto ?

Sasuke se leva à son tour et s'approcha de l'enfant, s'agenouillant pour se mettre à son niveau.

- Naruto ?

Le petit avait les yeux fermés comme si ne pas le voir aller faire disparaître Sasuke.

- Naruto, appela-t-il encore une fois.

Il passa sa main sur la joue du petit.

- Naruto ouvre les yeux, regarde-moi.

Timidement, les paupières se soulevèrent pour dévoiler deux billes bleues larmoyantes.

- Pourquoi pleures-tu ?

- Je veux pas aller voir le monstre, j'ai peur.

- Je serai là, tu n'auras rien à craindre.

- Vraiment ? demanda-t-il d'une petite voix traînante.

- Oui. Je peux empêcher le démon de t'attaquer.

- C'est vrai ?

- Hum.

- Sasuke-san est fort, hein ?

- Oui, très, répondit l'intéressé un sourire aux lèvres. On y va.

Un hochement de tête lui fut donné et alors qu'il se levait, il sentit dans sa main, une petite menotte venir se glisser.

Ensemble, ils marchèrent jusqu'à l'antre du renard, mais lorsque Sasuke s'en approcha se fut avec la version miniature de Naruto accrochée à ses jambes, les ongles joyeusement plantés dans ses cuisses. Quand il avait dit avoir peur du démon, il ne plaisantait pas.

Ce dernier justement se mit à remuer quand il sentit l'Uchiha approcher de sa cage. Comme la fois précédente, un œil s'ouvrit, suivi d'un deuxième et pour finir l'imposante gueule et ses crocs luisants.

- Oh, Uchiha, déjà revenu pleurer pour des réponses.

Celui-ci ne prit pas la peine de relever.

- J'ai découvert quelque chose d'assez intéressant, répondit Sasuke et indiquant de la tête la frêle créature pendue à lui.

- Oh, ça.

- Tu t'étais bien gardé de m'en parler.

- Et pourquoi l'aurais-je fait ? Je te rappelle que tu n'es pas mon maître Uchiha.

Sasuke laissa un rictus satisfait poindre sur ses lèvres.

- Il me semblait pourtant t'avoir montré que je pouvais faire de toi ce que je voulais.

Un lourd et menaçant grognement s'éleva dans la pièce et le petit garçon émit un couinement pitoyable.

- Ne crois pas que tu me domines parce que tu as réussi pendant cinq minutes à me faire dire ce que tu voulais.

- Tu veux que je te dise Kyûbi, on va éviter et toi et moi de perdre du temps.

Aussitôt dit, il enclencha son mangekyou sharingan et força sa volonté sur le démon.

- Alors ?

- J'ignore qui il est ou ce qu'il est.

- Quand l'as-tu vu pour la première fois ?

- Il y a environ huit mois.

- Etait-il présent avant ça ?

- Impossible de l'infirmer mais je ne crois pas.

- Pourquoi avoir voulu le tuer ?

- Pourquoi pas? cracha-t-il.

Pendant ce temps-là, le petit sortit sa tête de derrière les jambes de Sasuke, plus précisément en glissant son visage entre elles tout en gardant ses petits poings toujours serrés sur le vêtement de l'Uchiha. Il observa le démon parler et puis mû par un courage inattendu, il relâcha sa prise et sortit de la présence rassurante de l'adulte pour s'approcher. Kyûbi grogna férocement en réponse à une question de Sasuke.

- Kyaaa, hurla le petit en revenant fissa se réfugier derrière son nouveau compagnon que la scène fit sourire.

- Est-ce que Naruto était au courant de son existence?

- Je ne crois pas Uchiha.

- Une hypothèse sur qui il est?

- Aucune.

Ca avait le mérite d'être clair.

Il libéra le démon de son emprise. Dès qu'il retrouva le contrôle de lui-même, le démon se lança dans une bordée de jurons et de menaces et Sasuke entraîna l'enfant qui, de terreur, essayait de lui grimper dessus, en dehors de la pièce.

Il s'adossa au mur tout en caressant les pics blonds. Huit mois, huit mois, pourquoi huit mois ? Que s'était-il passé pour que le garçonnet apparaisse. Enfin en admettant qu'il n'ait pas été là avant.

- Dis-moi Naruto, tu m'as dit que tu avais été voir Kyûbi avant?

- Oui.

L'enfant fermait à moitié les yeux semblant apprécier les grattouilles sur sa tête.

- Est-ce que ça faisait longtemps que tu étais là ?

- Je comprends pas ta question Sasuke-san.

- Est-ce que tu as beaucoup de souvenirs avant ça?

Il s'appuya un peu plus contre l'Uchiha.

- Non pas beaucoup, mais j'en ai plein après.

- D'accord, merci.

Bien, visiblement, s'il pouvait s'y fier, cela voulait donc dire qu'il était rapidement allé voir le démon une fois qu'il était apparu dans la tête de Naruto. Cela semblait logique, avec sa tendance à vouloir jouer, il avait dû se jeter dans l'antre du démon. Il restait tellement de questions. Etait-ce lui qui avait créé les jouets, avait-il une capacité à modifier le monde spirituel dans lequel ils étaient, pouvait-il influer sur le corps réel de Naruto? Toutes ces questions tournaient dans sa tête et il essayait d'y mettre de l'ordre afin de procéder à un interrogatoire logique.

- Sasuke-san, l'interrompit Naruto.

- Quoi ?

- La dame blonde ?

- Tsunade ?

- Oui.

- Et bien, qu'est-ce qu'il y a ?

- Elle est là.

Sasuke se retourna vivement et le petit éclata de rire.

- Dehors baka.

Se rendant compte de ce qu'il venait de dire, il mit ses deux mains sur sa bouche et observa avec un regard anxieux que ses grands yeux rendaient presque épouvantés son aîné. Celui-ci n'avait pas apprécié outre mesure de se faire insulter par un gamin haut comme trois pommes mais curieusement, cela lui avait tellement rappelé Naruto que ça n'était pas grave. Il se pencha.

- Pardon Sasuke-san, je … je voulais pas.

- Écoute, je te pardonne pour cette fois, mais …. Ne t'avise pas de recommencer, dit-il avec un sourire.

Si Tsunade était là, il allait devoir la rejoindre et lui faire part de sa toute nouvelle découverte. Là, il avait bien besoin de pouvoir en discuter avec une tierce personne.

- Je vais y aller.

- Déjà ? Mais on a pas joué aux ninjas.

Sasuke eut une mine dépitée que le petit ne remarqua pas.

- La prochaine fois, ok ?

- Promis?

- Promis.

- Ouais !

Et le petit partit en courant vaquer à ses occupations. Sasuke soupira tout en étant amusé de ce que lui faisait faire Naruto, le petit comme le grand.


Et voilà, l'arrivée du mini Naruto, il vous avait manqué depuis le prologue non?