Chapitre 8 : Le souvenir de cette nuit.


Ah mes braves petits lecteurs, le chapitre que vous attendiez tous, le combat contre Deidara, un moment crucial de l'histoire de Naruto et Sasuke. Alors, je m'inspire évidemment beaucoup du combat du manga, mais comme les conditions sont différentes, j'en change un certain nombre d'éléments et notamment j'avance le moment où a eu lieu ce combat. Alors, on est gentil, hein, on ne crie pas sur l'auteur, c'est normal.

Ah, tant que j'y pense, Sasuke pourra paraître OOC, perso, je ne pense pas tant que ça mais bon hein… bref, même motif, même punition, on est gentil … on ne …

Oh hé, hum… comment dire … il y a un rating M …. Hein ? … pas que pour le gore … si vous voyez ce que je veux dire………


Sasuke pénétra dans la nouvelle pièce, légèrement las. Il s'adossa au mur et attendit que le brouillard habituel se condense. Il ferma les yeux, malaxant un instant ce point bien précis entre l'arcade sourcilière et le nez pour se détendre. Il en avait assez et par moment comme aujourd'hui, il pensait qu'il ne trouverait jamais Naruto, qu'il devrait passer toute sa vie en revue avant de pouvoir mettre la main sur lui.

Il ouvrit les yeux et son souffle se coupa un court instant.

Il connaissait cette chambre qui se dessinait peu à peu.

- La pension Okoshi(1), murmura-t-il.

Les battements de son cœur s'accélèrent.

Il devait bien un jour tomber sur ce souvenir-là, un souvenir qui lui était particulièrement cher et qui l'avait bien souvent fait tenir. C'était là que Naruto et lui avaient trouvé refuge après leur combat contre Deidara. C'était là qu'il avait su clairement qu'il lui serait impossible de ne pas revenir à Konoha, près de lui, impossible de continuer à vivre s'il ne le faisait pas.

Ce combat avait eu lieu peu de temps avant qu'il ne se débarrasse de son maître. Ce dernier l'avait envoyé remplir une mission on ne peut plus banale lorsque les choses avaient dérapé. Il était tombé sur cet espèce de malade mental qui semblait aussi obsédé par son frère que lui l'avait été et presque autant attiré par son sharingan qu'Orochimaru. Si Sasuke ignorait qui il était, lui le savait parfaitement.

- Oh, j'avais raison c'est le petit frère d'Itachi, quelle bonne surprise.

Deidara, c'était son nom, et s'il ne le cherchait visiblement pas, il était plutôt content d'être tombé sur lui. Le hasard fait bien les choses parfois. Bien sûr, Sasuke avait réagi en entendant le nom de son frère ainsi qu'à la tenue qu'arboraient les deux hommes face à lui. Cela faisait un moment déjà qu'il se sentait observé et cela commençait à lui taper sérieusement sur le système. C'est pourquoi il avait fini par se retourner et leur ordonner de sortir du couvert des arbres.

- Alors ce qu'on raconte est vrai, tu lui ressembles vraiment beaucoup, avait ajouté Deidara.

C'était le genre de propos qui avait eu, un jour, le don de le mettre hors de lui, même si aujourd'hui avec le recul sur les événements, il était plutôt heureux de cette ressemblance.

- Mais tu es plus beau, non, je sais, hun, tu es plus féminin.

Sasuke avait haussé un sourcil, se demandant vraiment où l'autre voulait en venir parce que franchement, là ? Il regarda d'un sale œil les deux crétins qui lui faisaient face.

- Kyaa, il est effrayant, avait crié celui qui se faisait appeler Tobi en reculant par petits bonds et allant tout droit se planquer derrière un arbre.

Sasuke sourit, Madara savait définitivement parfaitement bien jouer les idiots. La pensée que déjà à ce moment-là, son aïeul s'était joué de lui l'agaça.

Il se souvint l'avoir observé un moment tandis qu'il jouait à cache- cache derrière son tronc d'arbre. Pendant ce temps, Deidara en avait profité pour créer un oiseau en argile et y monter. Il s'était mis à voler au-dessus d'eux et Sasuke n'avait pas du tout aimé cela.

Il avait eu raison, l'autre piqua du nez sur lui, un second volatile à ses côtés. L'Uchiha ne savait pas ce dont ils étaient capables mais sentait bien qu'il devait les éviter.

Il n'avait pas prévu que leur spécificité était d'exploser et ne s'était pas suffisamment éloigné. Cependant, il fallait bien plus que le souffle d'une détonation pour venir à bout de lui. Il invoqua un immense serpent dont le corps s'enroula autour du sien et le protégea. Lorsque la fumée fut en partie dissipée, il fixait toujours aussi calmement ses adversaires. La seule différence était son sharingan activé.

- Oh, oh, on dirait qu'il se défend bien le gamin, avait lancé Deidara. Et regarde moi ses yeux Tobi, ils me plaisent.

Il avait éclaté de rire content de la situation. Derrière, son coéquipier avait reculé et baragouiné quelque chose, Sasuke n'avait compris qu'excuses et Itachi-san. Peu lui importait, il soupira.

A dire vrai, ce jour-là était une de ces journées où il se demandait pourquoi il avait choisi cette voie. Orochimaru lui tapait de plus en plus sur le système et il savait qu'il n'accepterait pas encore très longtemps la compagnie de ce vieux pervers, ni ses crachats sanguinolents. Il n'avait plus grand-chose à lui apprendre de toute façon.

Il savait qu'il approchait du moment où il faudrait en finir avec lui et donc avec Itachi. Seulement, en avait-il encore envie concernant son frère? Une partie de lui bien sûr, voulait toujours se venger. Mais une autre, malheureusement de plus en plus présente, avait envie de passer à autre chose. Et il se demandait bien trop souvent à son goût, s'il ne s'acharnait pas dans cette voie simplement parce qu'il ne voulait pas reconnaître qu'il s'était trompé, reconnaître que la haine qu'il avait entretenue de six à douze ans dans le cadre confortable de Konoha pesait moins lourd face à la vie solitaire et froide qu'il menait auprès du sannin. Mais c'était son choix, que pouvait-il avoir d'autre ? S'il abandonnait sa vengeance, cette chose qui l'avait fait tenir toutes ces années, ce but qu'il s'était fixé et qui avait guidé ses pas et ses décisions, que ferait-il ?

Par ailleurs, n'était-il pas trop tard pour revenir en arrière ? Pouvait-il encore espérer quelque chose ? Pour lui ?

Il ne pouvait s'empêcher de penser à ses anciens coéquipiers qui continuaient à le pourchasser, à Naruto dont il se demandait si l'entrevue de la fois précédente avait fait basculer la foi, s'il avait réussi à détruire l'espoir qu'il avait de le ramener. Et cette pensée qui aurait dû lui être plaisante, lui laissait une désagréable sensation et renforçait sa mélancolie, comme si tous ces derniers mois, il avait en partie tenu sur cette inconsciente certitude que quelqu'un l'attendait et désirait son retour, que quelque part Naruto continuait à penser à lui et serait là pour l'accueillir, prêt à lui pardonner. Seulement, n'avait-il pas détruit cette opportunité et les espoirs qu'elle transportait en tentant de lui passer son épée au travers du corps?

Le revoir l'avait troublé, il s'en rendait bien compte. Cependant, ce n'était pas à l'origine de son questionnement. Cela faisait un moment déjà que le doute venait frapper à sa porte. Un moment ? Tu parles. Il avait été assailli par lui depuis le moment où il avait abandonné Naruto, inconscient à la Vallée de la Fin.

Quand il avait quitté Konoha, il était sûr de son choix. Lorsqu'il avait dû avaler les pilules qui lui promettaient la mort et s'enfermer dans ce tonneau, il n'avait pas douté une minute. C'était la voie qu'il avait choisie, celle qui le mènerait le plus rapidement possible à la défaite de son frère. Lorsqu'il s'était finalement réveillé et qu'en sortant il avait laissé son ancien coéquipier face à ce type qu'il ne connaissait pas mais qui portait la tenue du Son, il n'avait même pas regardé en arrière.

Seulement, Naruto étant Naruto, il avait fallu qu'il le poursuive, il avait fallu qu'il essaye de le convaincre de revenir, il avait fallu qu'il mette sa vie en jeu poussant Sasuke dans ses derniers retranchements, ceux qui lui avaient fait avouer qu'il le considérait comme son meilleur ami. Il n'avait même pas réalisé avant cela que c'était ce que le jinchuuriki était pour lui, son seul et unique ami, le plus précieux, celui qu'il devait tuer pour obtenir la même pupille que son frère. Pourtant, malgré cette réalisation, il n'avait pas pu. Oh, il avait essayé, s'accrochant à son désir de vengeance, à sa décision, lançant ses chidori. Mais, il n'avait pas pu.

S'il avait été sûr de lui jusque-là, lorsqu'il s'était retrouvé agenouillé au-dessus du corps inanimé de son meilleur ami, il avait hésité. Pourtant, il s'était levé péniblement et avait repris sa route, seul, se tournant une fois pour voir si jamais … peut-être … mais non.

Après cela… après cela… plusieurs mois s'étaient écoulés avant que le remord ou les doutes ne viennent à lui. L'entraînement que lui faisait subir le sannin le laissait vide et mort de fatigue, la différence de niveau était tellement énorme qu'il n'avait d'autres choix que de s'y lancer à corps perdu. Ce fut plus tard, lorsqu'il eut considérablement progressé, qu'il eut le temps de réfléchir : mauvaise idée. La vie à Konoha, sa douceur malgré son amertume, le rêve qu'il avait un jour caressé de retrouver un semblant d'équilibre entouré d'affection, d'avoir de nouveau quelque chose s'approchant de sa vie d'avant, ce que Kakashi avait essayé de lui montrer, tout cela lui manquait et il se demandait s'il n'aurait pas simplement dû suivre ce que son ancien maître lui avait dit. Au bout de deux ans, il savait que la vengeance avait un prix à payer, un tribut lourd qui laissait un goût amer dans la bouche, qui donnait la nausée et certains matins, il n'avait pas le courage de se lever et d'affronter une nouvelle journée.

Combien de fois avait-il été tenté de tout abandonner ? Trop de fois à son goût. Mais parfois, comme elle était tentante cette idée de tout oublier pour une heure ou pour plus, de ne penser à rien, ni à son frère, ni à se méfier de son maître, de Kabuto et de tous ceux qui l'entouraient. Plusieurs fois, l'image de ses anciens coéquipiers était venue le hanter, leur présence rassurante, leurs rires, …, son rire, ses défis idiots, sa foi à toute épreuve, son nindo imbécile mais dans lequel même lui avait une confiance absolue.

Mais toujours, il avait fait, il avait continué, parce que Sasuke Uchiha ne pouvait pas abandonner, parce qu'il avait la volonté d'aller au bout de son chemin ou de la forcer, de faire taire les voix dans sa tête, de repousser les images, il avait la force de s'aveugler.

Cette mission était tombée à pic. Il avait besoin de prendre l'air, de s'éloigner d'Orochimaru, de ses toux répugnantes, de son regard de plus en plus désireux. Il espérait qu'elle lui changerait les idées et surtout qu'elle lui permettrait de ne plus, même pendant un très court laps de temps, être tourmenté par toutes ses pensées, ses souvenirs et ses remords. Elle était simple, s'introduire dans un temple et y voler un parchemin que désirait le sannin, chose qu'il avait rapidement accomplie. Il était sur le chemin du retour. Ses quelques jours ne l'avaient guère apaisé et il traînait les pieds pour rentrer. Même l'idée d'en finir bientôt avec le vieux serpent ne suffisait pas à le motiver. Alors il n'était vraiment pas d'humeur à tomber sur des membres de l'Akatsuki à ce moment-là.

Il se souvenait avoir étudié leurs corps avec son sharingan afin de jauger leur niveau. Face à lui, Deidara l'avait fixé encore un instant, ou plus précisément sa pupille avant d'ajouter :

- Alors, c'est avec ça que tu vas te défendre, hun ? Comme ton frère ? Finalement sans lui, vous n'êtes rien.

Sasuke aurait bien tourné les talons, vraiment. Il n'avait pas vraiment envie de se battre, un autre jour peut-être. Là, tout ce qu'il voulait était s'isoler, fermer les yeux et ne plus penser à rien, faire le vide, faire taire les questions, apaiser même pour cinq minutes les remords. Mais à quoi bon ? Il ne pouvait plus vraiment revenir en arrière. Et puisque visiblement l'autre semblait avoir une dent contre les Uchiha, Sasuke pouvait, à juste titre, douter qu'il pourrait partir en les envoyant simplement bouler. Ils reviendraient sûrement à la charge. Donc, autant attaquer et en profiter pour glaner des informations sur son aîné. Il verrait bien ce qu'il en ferait le moment venu.

N'offrant pas une minute de plus à son ennemi et il s'élança, dégainant sa Kusanagi dans le mouvement. Malheureusement Deidara parvint à éviter l'attaque, pas Tobi, qui se fit toucher par le sabre. Il s'effondra pour se relever aussitôt à la surprise de Sasuke. Il avait été naïf de penser qu'il pourrait éliminer un membre de l'Akatsuki d'un seul coup. Sachant qui était réellement Tobi, il avait même été profondément idiot.

- Rhâ Tobi, ce n'est qu'un gamin mais ne baisse pas ta garde comme ça, andouille.

- Désolé, senpaï.

- Ce n'est pas grave, je vais le mettre KO avec mon C1.

Deidara avait plongé ses mains dans les deux poches qu'il portait à la taille et les en avait ressorties pleine de petites boules qu'il lâcha sur Sasuke. Il les balaya à coup de chidori senbon, les fichant dans le sol tout autour de Tobi. Voilà typiquement le genre d'adversaire qui l'ennuyait. Est-ce que ce serait toujours comme cela ?

- Ouh, la, ouh la, senpaï, ne les détonnez pas, ne les détonnez pas.

Deidara fixa son coéquipier d'un air navré, offrant par la même une ouverture à Sasuke qui la saisit et apparut à ses côtés. Cela ne fut pas suffisant pour surprendre le nukenin qui déclencha une de ses maudites bestioles avant qu'il n'ait pu le toucher.

Ils avaient eu l'air particulièrement déçu pour ne pas dire agacé de le voir atterrir un peu plus loin et toujours bien vivant. Croyait-il vraiment qu'il allait mourir dans une attaque pareille ?

Visiblement oui. D'ailleurs, Tobi avait même eu l'air de penser que Deidara y était resté. Encore une fois, avec le recul, Sasuke se demanda ce que Madara avait vraiment pensé à ce moment. Il jouait la comédie, c'était certain, mais jusqu'à quel point ?

- Bien, si tu le prends comme ça Uchiha, voyons voir ce que tu vas dire de mon C2. Ah, ah, aussi rapide que tu sois, je t'aurai.

Aussitôt fini de parler, il fit apparaître un énorme dragon d'argile sur lequel il prit place.

Sasuke soupira. Cela se confirmait, il n'était pas d'humeur, non, décidemment pas. Il observa la bête cracher au sol par la bouche et la queue des centaines de petites boules. L'Uchiha attendit de voir ce qu'il allait se passer, mais il lui fallut se résigner à repasser à l'attaque lorsqu'un dragon miniature s'extirpa de la gueule de l'autre et lui fonça droit dessus. Il explosa au sol et quand la fumée se dispersa, Sasuke remarqua que Tobi avait disparu. Peu importait, il lança son sabre raiton, mais Deidara s'envola suffisamment haut pour pouvoir lui échapper. S'en suivirent quelques échanges sans réelle importance jusqu'à ce qu'il recule mettant ainsi le pied sur une des mines que l'homme masqué avait enfoncées dans le sol. Elle explosa et il dut faire appel au pouvoir du sceau maudit et se transformer pour s'en sortir. Il avait été négligeant, son attention avait été trop focalisée sur le ciel et pas assez sur la terre. Lorsqu'il la regarda, il les vit, les centaines de mines enfoncées régulièrement dans le sol, il distinguait parfaitement l'ensemble des points de chakra bleu.

Son regard en suivit la répartition et se perdit jusqu'à la forêt. Il soupira à nouveau. Il fallait qu'il en finisse vite et pour cela, il avait sa théorie. Tous les signes que Deidara avait utilisés appartenaient au répertoire doton, avec son raiton, il possédait un élément supérieur. Il allait justement tester son hypothèse en lançant son sabre dans une des mines lorsque les choses dérapèrent.

Comment Naruto s'était retrouvé au milieu de la bataille ? Sasuke ne le lui avait pas demandé. Il aperçut simplement un mouvement brusque sur sa gauche et détourna son attention du combat une fraction de seconde.

- Sasuke !

De l'orée des arbres, Naruto accourait vers lui se lançant tête baissée sur le terrain et ses pièges sans réfléchir. Lui-même n'en prit pas le temps, son cœur battant fort, il lança Kusanagi chargée d'électricité directement sur Naruto au moment où il mit le pied sur la mine. Cela ne s'était joué qu'à une fraction de seconde mais elle n'explosa pas. Sasuke eut sa réponse et refusa de reconnaître le soulagement qu'il ressentit à voir son ancien coéquipier bien vivant devant lui. Le jinchuuriki, lui, s'était arrêté, une lueur de déception dans le regard face à l'accueil que son ancien ami lui réservait une fois de plus. C'est ce que ce dernier put lire dans ses yeux alors qu'il s'envolait et l'attrapait. Le tenant fermement contre lui, il s'éloigna jusqu'à la périphérie de la zone dangereuse avant de le relâcher brutalement au sol.

- Sa … Sasuke ?

- C'est miné, idiot !

Il soupira, il ne manquait plus que ça. Exactement ce qu'il ne lui fallait pas, précisément maintenant où ses interrogations étaient les plus fortes. Pourtant, il le sentait bien pulser au fond de lui, ce sentiment de joie à le revoir là, un ballet d'émotions se jouant dans ses yeux bleus: la joie, la surprise, l'espoir... Ils se turent, se fixant. Et puis, une ombre plana au-dessus d'eux ne leur laissant pas le temps de s'éterniser sur leurs retrouvailles. Sasuke eut à peine le temps de se demander où étaient les autres membres de Konoha, supposant à juste titre que Naruto n'était pas seul en mission.

- Alors comme ça, tu fuis s'écria le membre de l'Akatsuki qui approchait.

Il semblait particulièrement dépité que Sasuke ne se trouve plus sur son terrain de jeu. Mais, ce qu'il découvrit, ou plutôt qui, eut tôt fait de le consoler.

- Oh le jinchuuriki de Kyûbi, comme on se retrouve. Voilà qui devient de plus en plus intéressant.

Donc, ces deux-là se connaissaient et plus évident encore, Naruto avait une dent contre lui. A peine s'était-il remis de son choc d'être face à face avec Sasuke que son regard vira à l'orange dès lors que l'autre malade à l'argile l'interpella.

- Toi.

Il avait retroussé les babines montrant ses crocs nettement plus proéminents que d'habitude.

- Descends un peu pour voir.

Aussitôt un clone fit son apparition et un rasengan se mit à tourner dans sa main.

- Ah, ah, ah, atteins-moi si tu peux, hun ?

Le nukenin s'amusait visiblement à narguer le blond, planant à plusieurs mètres du sol.

Le combat à distance n'était pas le fort de Naruto. Un adversaire tel que celui-ci n'était normalement pas fait pour lui et ses techniques qui avaient besoin de proximité. Cependant, c'était bien mal le connaître que de penser que ne pas pouvoir voler était un problème car il avait de la ressource, beaucoup de ressources. Il créa une vague de clones qui s'aidèrent les uns les autres formant des pyramides leur donnant suffisamment de hauteur pour pouvoir se jeter sur le membre de l'Akatsuki. Lorsque cela ne suffisait pas voire même en parallèle, certains clones utilisaient les arbres à portée pour gagner encore plusieurs mètres. Et quand Deidara s'envola plus haut encore, ils se mirent à créer des chaînes en s'attrapant par les chevilles. Le dernier clone était toujours muni d'un orbe très largement plus gros que ceux que Sasuke avait pu voir jusque-là et dont certains semblaient enrichis de l'élément vent. Ils attaquaient leur ennemi sans cesse mais ses rasengan ne réussirent qu'à endommager les pattes et la queue du dragon, l'avantage étant qu'il ne pouvait plus déverser ses bombes sur les deux ninjas.

Sasuke attendit son moment et surtout que Naruto et sa multitude de clones monopolisent complètement l'attention du membre de l'Akatsuki qui retenait en partie ses coups, ne semblant pas vouloir exterminer le jinchuuriki, pour prendre son envol, sa main crépitant. Il lança son sabre raiton et parvint à balayer l'aile du dragon qui s'effondra vers le sol. Il lança deux shurikens géants pour bloquer Deidara sur sa bête en argile et plus que tout, par la force de son attaque, à le projeter de nouveau dans la zone minée, ce que celui-ci ne manqua pas de comprendre.

Sasuke recula rapidement, suivi par Naruto, le souffle de l'explosion faisant voler leurs cheveux et projetant dans leur dos quelques débris, terre ou cailloux.

Voilà, pensa-t-il, c'est fait. Il était temps de repartir loin, très loin de Naruto dont la présence faisait déjà dangereusement vaciller ses faibles résolutions, le peu d'éléments auxquels il se raccrochait désespérément. Il sentit une main sur son bras, une douce chaleur se répandant sur sa peau, la même qu'il avait ressentie lorsqu'il l'avait approché lors de leur entrevue précédente au repère d'Orochimaru.

- Hé Sasuke ?

Celui-ci se dégagea. Il ne fallait pas, surtout pas, qu'il se laisse approcher. Mais l'autre ne semblait pas de cet avis. Il allait parler lorsqu'ils entendirent:

- Senpaï !

- Et merde, je pensais que celui-là s'était enfui, murmura Sasuke.

- Senpaï, il a fallu que tu meures dans une de tes explosions, pleurnichait-il.

- Ne dis pas d'idioties Tobi, il m'en faut beaucoup plus. Et puis arrête de chouiner tout le temps et de m'enterrer aussi vite.

L'Uchiha soupira, regardant un nouvel oiseau d'argile évoluer dans le ciel.

- Il ne meurt jamais ce débile, râla Naruto ce qui fit sourire son acolyte.

C'était typiquement ce genre de remarques qui lui manquaient. Avec Orochimaru, il n'y avait jamais de blabla inutile, si on omettait les moments où il se délectait un peu trop ouvertement du corps de Sasuke.

Son regard dévia jusqu'à Deidara qui ne fixait que lui, qui ne semblait plus voir que son sharingan, qui baragouinait quelque chose sur la supériorité de son art.

- Tu vas goûter à ma botte secrète, Uchiha et tu vas y rester ! hurla-t-il.

- Senpaï, Senpaï, le jinchuuriki, le jinchuuriki, vous ne pouvez pas…

- Tobi, tu ferais mieux de dégager si tu ne veux pas y rester.

De nouveau, il plongea la main dans les sacoches à ses côtés. Il en ressortit une large portion d'argile qu'il se mit à avaler.

- T'as pas bientôt fini ! lui cria Naruto qui invoqua de nouveau des clones.

Visiblement ce type commençait à lui taper sur le système.

- Je vais t'attraper pour Gaara et pour grand-mère Chiyo !

Pendant ce temps, Sasuke réfléchissait. Il sentait que Deidara était capable de devenir fou tant il voulait en finir avec lui. Quand bien même au départ avait-il essayé de ne pas trop s'en prendre au jinchuuriki, il était clair que c'était une donnée qu'il n'allait plus prendre en compte, il avait balayé l'objection de son coéquipier en ne l'écoutant même pas. Il ne semblait obnubilé que par une seule et unique chose, l'annihilation complète et totale de l'Uchiha. Tout cela risquait de vraiment mal finir pour eux.

Aussi, se décida-t-il à se laisser, leur laisser, une porte de sortie. C'était une idée qu'il avait eue depuis un moment déjà mais il n'aurait jamais pensé en avoir besoin aussi vite. Il attrapa un des clones de Naruto tout en essayant de se confondre dans la nuée blonde. Il lui transmit un parchemin et une fiole de sang et lui expliqua rapidement le plan, un peu troublé par le fait de devoir se coller à lui pour murmurer à son oreille. Le clone d'ombre disparut et s'éloigna aussi vite qu'il le put, courant à toute allure, plus vite qu'il ne l'avait jamais fait, comprenant bien l'importance de son rôle si les choses venaient à prendre une tournure dramatique. Il attendrait de voir si les deux shinobi auraient besoin de lui et s'il devrait mettre en action le plan que Sasuke lui avait détaillé et invoquer Manda.

Sur son oiseau, Deidara se concentra et recracha une énorme quantité d'argile ne semblant plus vouloir s'arrêter. Elle prenait sa forme mais elle était tout simplement gigantesque, dépassant très largement la cime des arbres les plus hauts. Cela stoppa Naruto et son armée de double.

Sasuke se souvint avoir pensé que si cette chose explosait ça allait être la fin pour eux. Ils échangèrent un regard avec Naruto, la même pensée passant de l'un à l'autre. Ils prirent leur élan sous les remarques de Deidara leur criant qu'ils ne pourraient pas échapper à son Garuda C4. Il composa les signes et sa création se mit à gonfler encore et encore et puis rien.

Sasuke se souvint parfaitement avoir vu la nuée de micro-bombes, leur chakra remplissant le ciel comme une fumée. Il fallait agir vite, il utilisa son sharingan pour prendre leur ennemi dans son illusion, attrapa Naruto, l'original et prit son envol. Ce dernier se laissa faire sans résistance, faisant confiance à Sasuke. Ils se posèrent plus loin et virent ensemble les clones commencer à se désagréger avant de disparaître dans une fumée monstrueuse.

- Sasuke, qu'est-ce que ... ?

- Des bombes microscopiques, lui répondit-il se demandant pourquoi une fois de plus, il le sauvait et lui répondait.

Mais, il ne perdit pas de temps sur cette question, pas plus que pour repasser à l'attaque, il étendit ses ailes et reprit son envol. Un chidori à la main, il transperça le corps du nukenin évitant volontairement les points vitaux. Il avait décidé au départ qu'il obtiendrait des informations sur son frère, ce n'était pas ses doutes ou l'intervention de Naruto qui allaient remettre cela en question. Depuis plusieurs mois, il avait pris l'habitude de s'en tenir à son plan lorsqu'il l'avait décidé, s'acharnant presque jusqu'à l'aveuglement.

Mais, les choses avaient une fois de plus tourné en sa défaveur, ce n'était pas Deidara qu'il avait touché mais son clone d'argile. Naruto frustré de ne pouvoir participer au combat, invoqua Gamabunta. Le crapaud gigantesque lui permit d'être enfin à la hauteur et le sabre du batracien rasa plusieurs fois l'oiseau sur lequel se tenaient les deux combattants.

- Mais c'est qu'il m'ennuie ce sale gamin, lança Deidara. Il va falloir que je m'occupe de lui mais déjà tu vas te prendre mon C4 de plein fouet, c'est la fin pour toi !

Il devait déjà avoir avalé son argile car il se mit aussitôt à cracher pour la deuxième fois son arme qui prit de nouveau sa forme et parce qu'il le faisait tout à côté de Sasuke, celui-ci commença à être absorbé par elle, sous les cris de Naruto.

- Sasuke, Sasuke, entendit-il.

Les choses furent un peu confuses ensuite, l'Uchiha vit Deidara sauter sur un nouvel oiseau d'argile et commencer à s'éloigner de la zone de combat. Aussitôt, Gamabunta cracha une grande gerbe d'huile que Naruto enflamma à l'aide d'un parchemin explosif attaché à un kunai. La flamme qui en résulta fit fondre une partie de l'oiseau d'argile sur lequel était leur ennemi obligeant ce dernier à plonger vers le sol. Sasuke, lui, essayait de récupérer son bras qui était toujours en travers du corps du clone du membre de l'Akatsuki. Son sharingan lui permettait de voir à l'intérieur de son membre les centaines de micro-bombes présentes dans son organisme.

Il jeta un regard vers Naruto au moment où celui-ci se contractait pour bondir le rejoindre, pénétrant lui aussi dans le corps du Garuda.

- Naruto non ! hurla Sasuke

Mais il était trop tard, le jinchuuriki était déjà là, dans la créature, dégommant le clone d'argile de Deidara d'un rasengan bien placé. Sasuke pouvait voir les nano-explosifs à l'intérieur de son corps à lui aussi. Si cet idiot n'avait pas sauté à ses côtés, jamais il ne les aurait inhalés.

Il ne prit pas le temps de réfléchir, son corps agit seul, il attrapa son ancien compagnon dans ses bras, sauta et déclencha un chidori nagashi, le plus violent qu'il n'ait jamais lancé, et qui il l'espérait, suffirait à les sauver tous les deux en inactivant les bombes présentes dans leurs organismes. Il sentit le corps de Naruto se tendre contre lui, tandis qu'un grognement de douleur s'échappait de ses lèvres. Il fut surpris de la confiance presque aveugle que son compagnon lui offrit car il le laissa faire sans sourciller. C'était tout Naruto ça, la dernière fois où ils s'étaient vus, Sasuke avait menacé de finir ce qu'il avait commencé, pourtant il était là, dans ses bras encaissant le jutsu sans chercher à se débattre.

L'Uchiha s'agrippa autant qu'il le put à ce corps contre le sien pour s'assurer que le raiton faisait son effet et qu'il allait le sauver. A cet instant, comme lorsqu'ils s'étaient battus contre Haku ou contre Gaara, c'était tout ce qui comptait, la survie de Naruto avant la sienne, avant sa vengeance, paradoxal lorsqu'on savait qu'il avait tenté de le tuer à la Vallée de la Fin. Comme si ses pulsions primitives étaient toujours de le sauver.

Il dirigea avec un temps de retard qui aurait pu lui coûter la vie une grande partie de son chidori en lui. La souffrance fut vive et il grogna lui aussi lorsque la décharge électrique se répandit dans son organisme. Il y passa une conséquente réserve de chakra qui le laissa avec une impression de fatigue, amplifiée par la douleur de son corps.

Comment avait-il réussi à en plus lancer un genjutsu sur Deidara pour lui faire croire que leurs corps s'étaient détériorés ? Il n'en savait vraiment rien, le corps humain et celui d'un ninja encore plus, avait des réserves hors du commun.

Il ne perdit pas de temps et s'approcha de son ennemi aussi vite qu'il le pouvait avec son corps fatigué et lui lança un coup de poing phénoménal en pleine figure. Malgré son œil gauche hyper entraîné pour y résister, le pouvoir de son sharingan avait été plus fort que Deidara.

Et il se fit plaisir à lui expliquer comment il avait lu ses techniques et déjoué ses jutsu. Naruto en profita pour rejoindre ses côtés, lui aussi, l'air salement amoché par l'attaque que lui avait fait subir Sasuke. Mais, il écoutait ce que disait l'Uchiha comprenant même s'il ne semblait pas en avoir douté que celui-ci lui avait sauvé la vie.

Après cela … après cela, tout s'embrouillait dans l'esprit de Sasuke, Deidara était devenu complètement fou, lui était resté calme et Naruto, malgré ses blessures, malgré son corps qui portait les traces de son chidori, avait sauté à l'attaque comme toujours. Au milieu de la marée de clones blonds, il s'était presque laissé dépasser regardant les centaines de Naruto autour de lui et s'en sentant étrangement réconforté. La protection que ce dernier s'acharnait à lui donner maintenant qu'il s'était agenouillé au sol après une ultime attaque de Deidara l'ayant laissé épuisé, ses cris en direction du nukenin pour lui indiquer de s'en prendre à lui plutôt qu'à l'Uchiha, tout cela le ramenait bien loin en arrière, à l'époque où Naruto cherchait à attirer l'attention sur lui plutôt que sur Sasuke. Il s'agissait de souvenirs heureux, c'était un temps où en comparaison de sa vie du moment, il était bon de vivre entouré du soutien, de l'amitié, peut-être même de l'amour des autres, autant de choses auxquelles il avait renoncé en suivant le sannin.

Son sharingan finit par disparaître et il s'oublia un instant à regarder son ancien coéquipier évoluer, regarder son corps bouger et l'étrange grâce un peu brute de ses mouvements.

Et puis, les choses avaient définitivement dérapé, le peu de sens qu'avait conservé le nukenin disparut, il déchira son vêtement et enfourna de l'argile dans une quatrième bouche qu'il portait sur son torse. Sasuke comprit rapidement et pour une fois Naruto aussi qu'ils étaient en très mauvaise posture. Il pouvait suivre les rayures noires se propager sur le corps de leur ennemi commun et se condenser de plus en plus jusqu'à ne former qu'une boule noire d'où d'aveuglants rayons commencèrent à sortir.

Il tourna la tête et son regard croisa celui de Naruto dans lequel il ne lut qu'une chose : l'inquiétude, pour lui, celui qui l'avait abandonné. Il le vit comme au ralenti courir vers lui dans une vague tentative de le protéger alors que la chaleur irradiante de la bombe commençait à se répandre et qu'il sentait la peau de son visage et son torse le tirer de plus en plus. Il se souvint avoir pensé que ce serait peut-être aussi simple que cela, se laisser aller et tout oublier et puis, il avait senti les bras de Naruto entourer son torse, son corps se coller au sien, un murmure à son oreille.

Puisant dans ses dernières réserves, il réactiva son sharingan et invoqua Manda. Faisant aussi vite que possible, il hypnotisa le serpent, serra Naruto qui geignait de douleur contre lui alors que la chaleur devenait suffocante et qu'il devait forcer ses paupières à rester ouvertes. Il sauta dans la gueule de la bête au moment même ou l'explosion atteignait son paroxysme, son souffle incendiaire les suivant à l'intérieur du serpent.

Lorsque Manda les recracha, Sasuke se trouvait toujours dans les bras de Naruto, sous son corps, les jambes du blond à moitié entre les siennes. Il essaya de bouger mais il n'en pouvait plus. Et pourtant, le serpent avait bien plus souffert qu'eux. Le reptile le regarda, le sharingan dans son œil ayant complètement disparu et lorsqu'il comprit, il maudit Sasuke.

- Tu as osé te jouer de moi … sale petit rat.

Un long râle s'échappa du serpent qui fixa Sasuke.

- C'est avec ces pupilles que tu m'as trompé ! Comment as-tu os…

Il ne put finir sa phrase, il s'éteignit.

Sasuke bougea doucement et Naruto n'eut aucune réaction.

- Naruto ?

Toujours aucune réponse. Il ne pouvait détacher ses yeux du dos du jinchuuriki dont le vêtement était brûlé à de multiples endroits. Il avait été sévèrement touché. Sasuke déglutit avec difficulté. Une angoisse sourde, une peur, une réminiscence de ce qu'il avait pu vivre lors du massacre de sa famille était en train de prendre le pas sur son self-contrôle. La fatigue mentale de ces dernières semaines, celle physique du combat l'empêchait de réfléchir calmement.

Il essaya de se concentrer mais ne parvenait pas à entendre ou sentir sa respiration. Le seul son qui occupait ses oreilles et qui enflait de plus en plus était les battements de son cœur que la peur faisait accélérer. Naruto ne pouvait pas être mort ?

Il ne pouvait pas être allongé sous le cadavre de celui qui avait été son meilleur ami ?

Pendant un instant, il fut incapable de réfléchir à autre chose qu'à cela, cette pensée tournant en boucle dans son esprit, sa vision se brouilla jusqu'à presque disparaître. Il devait reprendre le contrôle de lui-même mais il n'y parvenait pas.

Il s'entendait bredouiller le prénom de son ami d'une voix pitoyable.

Enfin, au milieu du brouillard de son esprit, une lueur de rationalité fit son apparition et il leva le bras tremblant nerveusement jusqu'à toucher la carotide du blond qu'il sentit pulser sous ses doigts. Il ferma les yeux, parvenant enfin à entendre ce que sa crise de panique lui avait caché jusque-là, se laissant bercer pas la respiration de Naruto, par le mouvement régulier de sa cage thoracique. Il sentit ses yeux le piquer et une larme s'en écouler, certainement due à la poussière. Il était bien vivant, certainement évanoui pour le moment.

Maintenant qu'il avait regagné une bonne partie de ses capacités intellectuelles, il regarda à droite et à gauche mais ne vit aucune trace du clone de Naruto qui avait réussi à invoquer Manda, les sauvant par la même occasion. Il aperçut un peu plus loin le parchemin d'invocation déroulé et la fiole qui avait contenu son sang à côté. Il supposa que le jutsu avait consommé le chakra que le clone possédait en moindre quantité que l'original et qu'il avait disparu.

Il reporta son attention sur Naruto, autour de lui, le chakra réparateur du démon commençait déjà à se répandre. Sasuke savait qu'il aurait dû bouger. Tiens, il aurait même dû en profiter pour le tuer et obtenir son mangekyô sharingan.

Il sourit à cette pensée, réalisant ou plutôt admettant enfin qu'il en était incapable.

Quant à bouger ... Oh il savait qu'il le devait, tous ses réflexes de ninja le lui criaient. Même s'ils n'étaient pas extrêmement exposés, leur position restait dangereuse.

Mais ...

Il était las, bien trop et pas seulement physiquement, pas uniquement à cause de ce combat, c'était ce ras-le-bol beaucoup plus profond qui le clouait en partie sur place. Et le corps de Naruto sur le sien, lui rappelait tellement de choses. Le simple fait d'être en contact physique avec une autre personne, un contact aussi intime était quelque chose qu'il avait oublié depuis sa mère et malheureusement son frère. Même la pensée d'Itachi ne fut pas suffisante pour rompre le charme de cette étreinte involontaire dans laquelle il crevait de se laisser aller.

Pourtant, il savait qu'il aurait dû lutter. Trop de choses remontaient à la surface, trop de remords, de souvenirs, tout ce qu'il tentait de fuir depuis plusieurs mois et qu'il parvenait toujours à ranger dans son coin habituel, trouvant des prétextes idiots pour couvrir la véritable raison pour laquelle il pensait encore à son ancienne vie.

Seulement là, c'était beaucoup plus difficile, surtout avec cette présence qui lui rappelait à quel point il est bon d'avoir des compagnons, des gens en qui vous pouvez avoir confiance, des personnes prêtes à risquer leur vie pour vous. Et cet imbécile était exactement cela pour Sasuke.

Il reposa sa tête au sol et soupira. Si seulement il pouvait s'arrêter de réfléchir ne serait-ce qu'un court instant. Il ferma les yeux savourant sur lui la chaleur de Naruto et le chakra du démon qui le maintenait dans un étrange cocon où il se sentait bien. Seulement tandis que son corps se détendait, son esprit lui continuait à tourner encore et encore, l'épuisant un peu plus.

Toutes ces pensées, toutes ces questions, toutes ces réponses à chercher ou à fuir ...

Que se passerait-il lorsque le jinchuuriki se réveillerait ? Il lui proposerait sûrement de rentrer. Cette pensée à elle seule parvenait à ébranler ses convictions. Naruto offrait des perspectives tellement plus intéressantes que les siennes : la fin de la haine, l'harmonie, la paix. Au fond de lui, il avait espéré que son ancien coéquipier parvienne à l'arrêter à la Vallée de la Fin, qu'il réussisse à le capturer et à le ramener lorsqu'ils s'étaient croisés au repère d'Orochimaru. Il ne se l'était avoué que bien plus tard quand il avait analysé comme il le pouvait l'étrange morosité qui s'était emparée de lui.

Oui, il aurait aimé que pour une fois, il n'ait pas à prendre les décisions. Cependant de quoi avait-il vraiment été le maître dans sa vie?

Il essaya de se concentrer sur autre chose, analysant l'état de son corps. Le constat n'était pas terrible mais à part une énorme fatigue et une réserve de chakra sévèrement entamée, pour ne pas dire bientôt à sec, quelques contusions, beaucoup de bleus et de courbatures à venir, ça allait. Si Naruto n'avait pas été là, il y aurait eu bien plus de dégâts. Il se redressa légèrement pour regarder son ami, il semblait déjà guérir des brûlures que portait son dos.

Il essaya de se dégager doucement mais Naruto s'accrocha inconsciemment à lui tout en baragouinant dans son cou ce qui devait être son prénom. Alors, il se laissa faire, reposa la tête au sol et s'en même s'en rendre compte, il dut s'endormir bercé par la douce caresse du souffle dans son cou.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, ils plongèrent directement dans ceux de Naruto. Il n'y eut aucun mot échangé, juste un regard. Sasuke n'aurait jamais pensé qu'on pouvait dire autant de choses sans prononcer une seule parole. Naruto rompit le silence un court instant, celui de murmurer son prénom et rien d'autre.

Que s'était-il passé ensuite ? Comment en étaient-ils venus à s'approcher tout en douceur jusqu'à ce que leurs lèvres se frôlent puis se touchent et s'épousent dans un baiser à la fois maladroit et émouvant ? Il n'en savait rien, il se souvenait que ses yeux allaient de ceux de Naruto à sa bouche, qu'il y avait eu ce besoin étrange mais qui ne lui paraissait pas déplacé. Il savait qu'après le premier contact, ils s'étaient fixés avec la même question au fond des prunelles et surtout la même réponse. Alors ils avaient, d'un mouvement synchrone, scellé de nouveau leurs lèvres avec un peu plus d'empressement, le bruit de leurs baisers remplissant le silence.

Leurs bouches s 'étaient séparées pour mieux se reprendre et pendant qu'ils s'embrassaient, l'esprit de Sasuke s'arrêta enfin : plus de questions, plus de remords, rien que les sensations de son corps, le son de leurs respirations qui s'accéléraient de plus en plus. Ce fut Naruto qui donna un premier coup de langue, celle-ci effleurant lors de son rapide passage ses dents. Loin de le dégoûter, il s'en sentit plus excité, la boule dans son ventre se contractant violemment. Il l'imita et bientôt leurs langues se touchèrent, se caressèrent pour finir par s'enrouler l'une autour de l'autre. Leurs souffles connurent une nouvelle accélération, se faisaient plus sifflant, s'approchant, pour bientôt en devenir, de gémissements discrets.

Leurs mains, sages jusqu'alors, partirent toucher le corps de l'autre, chacun s'animant un peu plus à chaque seconde, se collant autant qu'ils le pouvaient. Naruto quitta sa bouche pour son cou qu'il dévora de baisers brûlants auxquels il s'abandonna, plongeant dans la passion qui déferlait sur lui avec un entrain qu'il avait oublié.

Ce fut la sensation de personnes qui s'approchaient qui les interrompit. Les sens en alerte, Naruto bien ancré entre ses jambes, ils écoutèrent les environs. L'équipe de Konoha, Sasuke était certain que c'était elle. Il devait fuir, il n'était pas en état de se battre si tôt après le combat précédent et si Naruto lui demandait de rentrer maintenant, il n'était pas certain de dire non et il ne devait pas, surtout pas.

- Sasuke ? murmura-t-il contre ses lèvres.

- Hn ?

- Qu'est-ce que tu veux faire ?

L'Uchiha fut surpris de cette question. Il aurait pensé que le jinchuuriki serait du genre à lui clamer de le suivre. En tout cas, c'est ce qu'il avait fait la fois précédente.

- Il faut qu'on bouge, dit-il, qu'on ...

- Trouve un endroit pour ..., le coupa Naruto laissant sa propre phrase en suspens.

Pour quoi ? Soigner leurs blessures ? Reprendre des forces ? Finir ce qu'ils avaient commencé ? Tout ça à la fois ? Peu lui importait en fait, l'un, l'autre ou le tout, il prenait.

- Oui.

Le blond se dégagea de son étreinte et lui tendit une main qu'il accepta. Il ramassa la fiole et le parchemin qui étaient toujours là.

- Il y a une ville un peu plus loin, nous devrions aller là-bas, dit Naruto qui lui tournait le dos.

Sa voix portait à peine tant il parlait bas. Certainement ne voulait-il pas qu'on l'entende. Sasuke l'observa un rapide instant. Avant qu'ils ne partent, il y avait quelque chose qu'il devait obtenir.

Il s'approcha doucement et attrapa son poignet. Dans un geste lent, celui-ci tourna le visage vers lui.

- Naruto ?

- Oui ?

- Tu dois me promettre une chose avant qu'on ne parte.

- Quoi ?

- Promets-moi que tu ne me demanderas pas de revenir, pas maintenant.

- Sasuke.

- Pas maintenant Naruto, promets-le-moi, insista-t-il en le tirant à lui pour le placer contre son corps, leurs visages face à face.

- Sasuke.

Sa voix était plaintive, déçue et peut-être un peu blessée, l'Uchiha pouvait voir qu'il ne voulait pas donner sa parole là-dessus. Les émotions, qui le traversaient, transparaissaient dans sa voix, dans ses yeux, dans la tension qui animait soudainement son corps. Il sentit les chakras s'approcher un peu plus, la team serait là dans peu de temps, il fallait que Naruto se décide vite sinon il devrait partir. D'ailleurs, il aurait déjà dû l'être, seulement, il ne parvenait pas à s'arracher à la présence de son ancien coéquipier. Il le devrait, il le savait, mais il voulait cette parenthèse, il en avait un besoin viscéral. Il se colla un peu plus à lui, conscient d'agir en total contradiction avec son attitude habituelle mais il était trop fatigué pour s'en préoccuper. Il posa de nouveau ses lèvres sur celles de Naruto, ne se lassant ni de ce contact, ni de ce son.

- S'il te plait, une autre fois, la prochaine fois, mais pas maintenant, ne me demande rien maintenant.

Il ponctua sa phrase de plusieurs baisers rapides auxquels Naruto répondit à chaque fois. Celui-ci baissa la tête, ses poings étaient serrés mais il finit par murmurer.

- Promis.

Ses pensées furent interrompues lorsque le souvenir se fit plus net. Il reconnut chaque détail de cette chambre qu'ils avaient pris, du futon au milieu de la pièce à leurs affaires posées en tas juste à côté, en passant par la décoration minimaliste sur les murs.

Il se vit sortir de la salle de bain de la chambre suivi par Naruto. Tous les deux étaient nus et se tenaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Il se souvenait qu'aussitôt la chambre prise, ils s'étaient dirigés vers le cabinet de toilette et avaient pris une douche. La course jusqu'à la ville et cette pension n'avaient en rien diminué le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre. Sans gêne, ils s'étaient dévêtus et étaient passés sous l'eau chaude laissant leurs corps s'apprivoiser doucement, les mains couvertes de savon passant sur la peau parfois intacte, parfois blessée. Les manifestations de douleur, lorsque leurs doigts s'égaraient sur certaines zones plus sensibles car plus touchées lors du combat, étaient apaisées par un baiser, une caresse plus tendre encore. Il y avait quelque chose d'incroyablement naturel dans leur intimité comme s'ils avaient toujours su qu'ils en arriveraient là et à aucun moment, ils n'avaient été gênés par les gestes ou les mots qu'ils avaient échangés.

Inconsciemment, Sasuke s'approcha plus près de la scène, sa gorge se faisant sèche. Il s'observa, ses joues étaient un peu plus rouges qu'à l'accoutumée et il entendait sa respiration légèrement hachée comme lors d'un combat. Il se vit saisir la main de Naruto et s'allonger sur le futon en l'entraînant avec lui, écartant les jambes pour le laisser s'y nicher. Ce dernier posa ses coudes autour de la tête de l'Uchiha et se pencha pour l'embrasser. Le brun y répondit aussitôt, tendant ses lèvres tantôt bouche fermée, tantôt bouche ouverte. Le bruit de leurs baisers commença à résonner dans la chambre et Sasuke s'en trouva troublé. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux du corps de Naruto s'en gorgeant.

Il était plus musclé que le Naruto d'aujourd'hui et même s'il l'avait revu nu depuis qu'il l'avait pris en charge, cela n'avait rien à voir avec ce qu'il avait devant lui. Le corps doré bougeait délicatement, les muscles roulant sous la peau halée, ses fesses rebondies se contractant par moment. Il soupira doucement, ne cherchant même pas à endiguer le désir qui se rependait en lui comme une traînée brûlante. Il n'avait pas besoin de voir pour se souvenir, se rappeler du souffle de Naruto qui se mêlait au sien, qui se faisait parfois aspirer, qui s'arrêtait lors de brusques à-coups, pourtant il s'accroupit tout à côté du couple, ses yeux incapables de regarder ailleurs et ce malgré le côté assez étrange de se voir lui-même dans cette situation.

L'échange s'approfondit et de là où il était, il avait une vue parfaite sur son double et Naruto et sur leurs langues qui se donnaient des petits coups, qui se cherchaient, allant d'une bouche à l'autre. Les mains blanches de Sasuke vinrent se perdre un instant dans les pics blonds puis elles descendirent doucement sur le dos de Naruto.

Il se souvenait parfaitement de la douce texture de sa peau, de la façon dont ses doigts avaient glissé sur elle et des frissons que cela avait engendrés sur l'épiderme doré. Son amant se mit également à le caresser abandonnant ses lèvres pour son cou et son corps. Celui-ci était marqué à plusieurs endroits par des bleus qui commençaient à apparaître, des griffures et des éraflures. Naruto passait sur chaque trace et y déposait un baiser.

Sasuke se concentra sur lui-même, sur son visage légèrement rejeté en arrière, ses yeux fermés, sur ses lèvres entrouvertes et ses dents qui les saisissaient de temps à autre. Il savait qu'il s'était facilement laissé aller aux baisers et aux caresses de Naruto, mais il ne pensait pas qu'il avait eu un air aussi abandonné.

Le blond attaquait sa remontée se faisant un peu plus empressé, son corps se mit à onduler doucement et leurs respirations s'accélèrent.

- Sasuke, grogna Naruto en reprenant sa bouche.

Ce dernier laissa échapper un long soupir de bien-être et imita les mouvements de son amant, amenant leurs sexes au contact l'un de l'autre et augmentant le frottement entre eux. Sasuke observa ses mains venir saisir les fesses du blond, s'y accrocher pour renforcer le contact. Il n'avait qu'une envie, laisser les siennes les rejoindre. Jamais le fait de ne pouvoir toucher le souvenir ne lui avait paru plus frustrant qu'en ce moment. Il devait se contenter d'observer, son corps réagissant avec vigueur.

Les gestes du couple étaient de plus en plus assurés, leurs mouvements s'accéléraient, une certaine frénésie les prenant. Sasuke ne s'était pas lassé d'embrasser l'autre, c'était bon, c'était fort et surtout c'était la paix. Comme un peu plus tôt dans l'après-midi, il se souvenait que son esprit était entièrement concentré sur les sensations qui le parcouraient, sur le goût qui emplissait sa bouche, sur l'étrange texture de cette autre langue qui explorait ses dents, son palais, qui s'enroulait langoureusement autour de la sienne.

Titiller, laper, attraper, toucher, sentir et seulement ça, rien que ça.

Les voir comme cela le mettait presque en transe, n'arrivant pratiquement plus à détacher ses yeux de Naruto, le désir le consumant violemment. Il ne voulait qu'une chose, c'était être à la place de son double, sentir sur lui les mains du jinchuuriki, sa langue, être enfoncé doucement dans le futon à chaque mouvement qu'aurait fait l'autre sur lui. Il était suffisamment près d'eux pour sentir leurs odeurs et surtout celle de Naruto sur laquelle il essayait particulièrement de se concentrer. Il n'avait pas réalisé à quel point son esprit l'avait enregistrée. Elle le faisait se sentir bien, plus encore que celle dans laquelle il s'endormait tous les soirs. Il supposa que l'excitation du Naruto du souvenir devait en partie en expliquer la différence. Il s'approcha jusqu'à être quasiment collé au couple, laissant une de ses mains suivre les contours du corps halé, suivant le creux des reins, remontant le long des fesses, suivant une jambe. Son double lui s'offrait complètement, embrassant chaque parcelle de peau qui se présentait devant ses lèvres: joues, oreilles, bouche... ses doigts ne quittaient pas le dos ou les cheveux de son amant, le recollant à lui dès que l'autre s'éloignait.

- Naruto, murmura-t-il lascivement, Naruto.

Il donnait des coups de reins lui aussi afin de coller un peu plus leurs deux verges l'une contre l'autre mais il voulait plus. Sasuke s'en souvenait parfaitement, le plaisir qu'il ressentait était violent et jamais il n'avait connu quelque chose d'approchant mais il avait besoin de plus, besoin de s'oublier, de s'abandonner à Naruto, de le laisser le prendre tout entier, de lui donner le contrôle de la situation et de son être. Jamais encore, il n'avait eu ce genre de désirs, il avait toujours été maître de ses décisions, mais ce jour-là, il avait besoin d'un break, il sentait que c'était vital pour lui. Seulement, il ne savait pas comment le lui dire.

Comme s'il l'avait compris, Naruto arrêta un instant ses baisers et ses mouvements, son sexe reposant à côté du sien, chacun gonflé et tendu par l'envie de l'autre. Il plaça son visage au-dessus de celui de son amant, son regard déviant légèrement vers la droite comme il demandait timidement :

- Sasuke, est-ce que tu as déjà …

- Non … et toi ?

- Non.

Les deux garçons échangèrent un sourire.

- Est-ce que tu sais ce que … heu …, demanda Naruto en chuchotant.

- Ce qu'on doit faire ?

Naruto hocha la tête, ses joues avaient pris une teinte rouge très prononcée et celles de Sasuke ne tardèrent pas à les imiter.

Cela fit sourire celui qui les observait. Ils avaient beau être des ninjas surentraînés, avoir déjà blessé, sans doute même tué, ils avaient l'air de ce qu'ils étaient en réalité, deux jeunes hommes de seize ans face à leur première expérience intime, leur premier contact avec un autre corps pour autre chose qu'un combat ou un entraînement, leurs premiers gestes sexuels : maladroits, emplis de désirs et de besoins, de curiosité et d'appréhension.

- Je crois que tu dois… enfin…

D'un rapide coup de tête, il indiqua le bas de son corps.

- O ... Ok.

Un petit rire s'éleva dans la pièce.

- C'est ce que je me disais… heum…

Pour autant, Naruto semblait tout à coup moins assuré et Sasuke écarta un peu plus les jambes pour l'encourager. Le blond se décida, délicatement il attrapa les cuisses du brun, abaissa son corps et positionna son sexe. Il essaya de le pénétrer plusieurs fois mais sa verge ripa à chaque fois sans qu'il n'y parvienne.

- Je crois qu'il faudrait quelque chose pour aider, murmura-t-il.

Il se défit de l'étreinte des bras de Sasuke pour se pencher jusqu'à son sac. L'Uchiha regardait son double, surpris de la façon dont ses yeux essayaient de se raccrocher à quelque chose et cet air un peu désespéré qu'il arborait. Naruto eut tôt fait de revenir avec un pot dont il était déjà en train de mettre le contenu sur sa main. Il le lança sur le côté. Sasuke y jeta un coup d'œil et sourit. Il n'y avait que Naruto pour penser à prendre du baume cicatrisant pour leur servir de lubrifiant. Son sharingan se fixa rapidement sur la main halée qui allait et venait d'un geste rapide sur le sexe du blond le laissant luisant de produit. Une nouvelle vague de désir le traversa.

- Je devrais sûrement t'en mettre, murmura celui-ci.

Le Sasuke du souvenir ne semblait pas vraiment comprendre mais une brusque inspiration se fit entendre dans la pièce au moment où Naruto déposait délicatement une noisette de baume sur son intimité et massait doucement, n'osant pas faire plus que ce contact. Ce fut Sasuke qui donna un peu involontairement un brusque coup de reins qui fit pénétrer une phalange en lui. Naruto se contenta de suivre le mouvement.

Le sharingan suivit les yeux bleus qui passaient du sexe du blond à son doigt qui allait et venait en lui semblant jauger la différence de taille. Il dut en déduire que le remplacement ne se ferait pas sans douleur pour son amant et finalement enfonça son majeur.

Sasuke s'entendit respirer plus fort. Il savait qu'il avait trouvé cela étrange et désagréable mais il était décidé. Il voulait oublier que ce soit dans le plaisir ou la douleur, il voulait juste quelque chose de suffisamment fort pour que son esprit puisse échapper un instant à ses tourments. Aussi se laissait-il faire, écartant un peu plus les jambes pour un meilleur accès. Il n'aurait jamais pensé se retrouver un jour dans cette position, mais cela lui paraissait on ne peut plus naturel. Il savait qu'il n'aurait pu faire ça avec aucun autre que Naruto, parce que malgré les trahisons qu'il lui avait fait subir, il savait qu'il pouvait avoir confiance en lui, il savait que son ancien coéquipier connaissait la valeur de son geste et que lui seul saurait ne jamais le retourner contre lui. Il pouvait donc se laissait aller à tomber les masques pendant quelques heures, à se montrer faible et soumis si c'était ce dont il avait besoin.

Finalement, Naruto le libéra alors que quelques gémissements discrets mais qu'on ne pouvait ignorer dans le silence ambiant, avaient commencé à s'échapper du brun. Il s'allongea sur son amant qui releva ses jambes. Une main bronzée se faufila pour s'emparer du sexe tendu et luisant du blond et l'amener à destination.

- Sasuke, tu es sûr ? demanda plus franchement Naruto.

Celui-ci était perdu, il ouvrit des yeux qui semblaient ne plus savoir où regarder mais qui se posèrent finalement dans l'azur. Il leva une main pâle sur laquelle le rouge de multiples égratignures tranchait vivement et caressa tendrement une des joues au trois moustaches. Il approcha de ses lèvres celles de Naruto et murmura tout contre elle :

- Aime-moi, Naruto, fais-moi tout oublier, aime-moi ... aime-moi.

Sa voix semblait désespérée et il n'aurait su dire si c'était de besoin, de désir, de lassitude ou d'un étrange mélange des trois.

- Oui, répondit Naruto ponctuant chaque affirmation d'un baiser, oui, oui.

Alors, il contracta ses jambes et poussa. Sasuke ne put réprimer le grincement de douleur qui lui échappa. L'observateur reporta son attention sur son double. Son visage était crispé par la souffrance mais ce n'était pas important. Il se souvenait de ce qu'il avait ressenti, l'impression que Naruto l'écartelait, comme s'il essayait de fendre son corps en deux et lui n'avait qu'une envie, c'était de le sentir ressortir de lui mais au contraire, il progressait encore et toujours, l'ouvrant de plus en plus profondément.

Pourtant à ce moment, cette douleur, c'était exactement ce dont il avait besoin et il encouragea Naruto à continuer, s'accrochant plus fermement à lui. Le soupir de profond bien-être que celui-ci poussa lorsqu'il fut entièrement prisonnier de son corps excita encore un peu plus le vrai Sasuke. Le gémissement qui suivit alors qu'il amorçait son premier va-et-vient aurait pu avoir raison de lui tant il rêvait de l'entendre à nouveau tout en sentant le vrai Naruto prendre possession de son corps.

L'autre Sasuke, celui qui subissait volontairement l'intrusion, se mordait la lèvre mais le laissait faire se concentrant sur l'étrange sensation de se sentir rempli, d'avoir cette connexion avec quelqu'un, se laissant porter par la douleur de cette pénétration. Petit à petit pourtant, celle-ci diminua et en plus des soupirs de Naruto, les siens commencèrent à se répandre dans la pièce. Ceux-ci s'amplifièrent au même rythme que le plaisir qui avait pris le pas sur le reste. Et plus que la souffrance, il emporta tout avec lui, ses pensées, ses questions, sa retenue, son nom, sa vengeance…

Sasuke observa le couple faire l'amour, les voyant se fondre de plus en plus l'un dans l'autre, les baisers se faisant plus sauvages. Il croyait se souvenir de ce qu'il s'était passé, mais vivre et observer n'avait définitivement rien à voir. Il ne pensait pas qu'il avait offert un tel visage à Naruto qui le regardait de façon presque émerveillé par moment. Il ne se souvenait pas s'être autant ouvert, de s'être aussi facilement laissé aller, ne retenant pas les sons qui lui échappaient et se mêlaient à ceux de son amant.

Il n'aurait pas cru être aussi demandeur, relevant le plus possible ses hanches pour approfondir la pénétration et saisissant les fesses de son amant pour le plaquer férocement contre lui, l'encourageant par ces gestes à le prendre avec plus de force, à frapper durement ce point qui le faisait gémir violemment et presque crier par moment.

Se voir comme cela le troublait mais pour autant, il ne regrettait pas et crevait de recommencer. Entendre Naruto prendre son plaisir en lui remuait trop de désirs et de besoins au fond de son ventre et de son cœur. Il voulait ça, il voulait le sentir aller et venir en lui, il voulait ses mains qui caressaient son visage, ses lèvres qui le possédaient, sa sueur qui se mêlait à la sienne, son odeur qui imprégnait et marquait son corps comme un fer incandescent. Leurs mouvements s'accélèrent et Sasuke vit son propre visage se contracter lorsque son orgasme explosa en lui, un « Ahh » discret s'élevant dans la pièce alors qu'il éjaculait sur son ventre et celui de Naruto. Ce dernier le suivit de peu et dans une dernière poussée qui releva légèrement le haut du futon contre le mur, il se libéra dans le corps vulnérable de son amant.

S'ensuivit un long moment où ils reprirent leur souffle, échangeant encore des baisers plus tendres et paresseux. Et puis Naruto, se retira et s'allongea tout contre lui, le serrant contre son corps. Pour Sasuke, le souvenir s'arrêtait très peu de temps après cela. Il s'était rapidement endormi, fatigué par tout ce qu'il s'était passé ce jour-là. Cependant, Naruto, lui, resta éveillé. Pendant un long moment, il ne fit rien d'autre que de regarder le plafond, fermant les yeux, recollant Sasuke à lui dès qu'il glissait. Finalement, il laissa sa main naviguer dans les cheveux noirs et sur le visage opalin, un fin sourire illuminant ses traits tirés. La douceur du regard qu'il posait sur lui émut Sasuke et contribua à faire refluer doucement son désir. Il se concentra sur lui, sur le petit rire qui lui échappait de temps en temps quand Sasuke grognait parce qu'un de ses doigts le chatouillait, sur les baisers qu'il déposait tendrement sur son front amenant son double à se serrer davantage contre lui comme s'il recherchait l'apaisement de ces contacts.

Et c'était sans doute le cas, il savait qu'il n'avait jamais été aussi bien qu'à ce moment-là, jamais il ne s'était endormi en se sentant autant en sécurité, autant en paix. C'était ce qu'il voulait, ça et rien d'autre, tous les soirs, toutes les nuits, se coucher en se collant à ce corps chaud qui l'apaisait et le rassurait. Il n'avait jamais été aussi sûr d'autre chose dans sa vie, c'était limpide et pourtant…

Il n'eut pas l'occasion de pouvoir le dire à Naruto, ni celle de le suivre, lorsqu'il s'était réveillé, il n'était plus là.

Sasuke resta à l'observer, voyant par la fenêtre, le ciel s'éclairer très légèrement. Naruto regardait l'horizon lui aussi, sa main continuant à caresser Sasuke. Finalement, il poussa un long soupir et délicatement se défit de l'étreinte de son amant. Il attrapa ses vêtements et s'habilla rapidement. Ses yeux n'arrêtaient pas d'aller vers le brun endormi, une profonde tristesse dans le regard qui émut Sasuke au point qu'il ne pensait plus à faire l'amour avec ce Naruto mais à aller vers lui et le prendre dans ses bras.

Ce dernier s'éloigna quelque peu et saisit de quoi écrire dans son sac. La gorge de Sasuke se serra. Il ferma les yeux un bref instant puis s'approcha jusqu'à pouvoir lire par-dessus l'épaule de Naruto. Ces mots qu'il était en train de tracer, il aurait pu les réciter par cœur, il en connaissait chaque terme, chaque trait de crayon, jusqu'aux petites ratures. Il l'avait trouvé le matin sur ses vêtements et l'avait lu, relu et rerelu tellement de fois au cours des mois qui avaient suivi, parfois jusqu'à ne plus être capable de voir les lignes qui devenaient floues devant lui. Certains jours, il n'avait tenu que grâce à cela, s'acharnant pour retrouver ce bonheur qu'il avait connu durant ces quelques heures et ces mots étaient une promesse d'avoir de nouveau cela, un point, un but, comme une étoile dans le ciel qui vous guiderait.

Sasuke,

Je préfère partir maintenant, je sais que je n'aurai pas le courage de tenir ma parole envers toi si jamais je recroisais ton regard. Je n'y arriverai tout simplement pas. Te voir là, t'avoir à portée de ma main, n'avoir qu'à faire deux pas pour te toucher, te serrer contre moi est plus douloureux que tout ce que j'ai pu traverser (y compris ton départ, il y a trois ans) et savoir que je vais devoir t'abandonner seul dans ce lit me déchire les entrailles.

Je ne sais même pas où je vais aller chercher le courage pour y parvenir, mais puisqu'il faut m'y résigner, je sais que ça ne peut être que maintenant, maintenant que j'ai encore un peu d'emprise sur moi.

Cette promesse que tu m'as arraché, je la déteste…autant que je te déteste à cet instant. Et pourtant…

Mais, je m'y tiendrais.

« Pas cette fois », Sasuke, c'est ce que tu m'as dit, « pas cette fois ». Je vais partir avec cette assurance de ta part, la prochaine fois, la prochaine fois, je te ramène. La prochaine fois, tu reviendras.

J'attendrai ce moment en continuant à penser à toi pour que tu saches que tu as toujours un endroit où revenir, une maison qui t'accueillera quand le temps sera venu pour toi de rentrer.

Je t'aime,

Naruto.

A peine, eut-il fini qu'il déchira la fin du message et signa de nouveau sans déclaration cette fois-ci. Sasuke regardait ce mot, ce mot qu'il aurait tant voulu entendre, qu'il aurait voulu que Naruto lui laisse mais qu'il chiffonnait et fourrait dans sa poche. Ce mot, il s'était demandé au matin s'il avait existé parce qu'il avait bien vu que le document avait été maladroitement déchiré, laissant apparaître quelques traits dont il avait pensé que peut-être, peut-être, était-ce ce « Je t'aime » qui avait été inscrit.

Et il avait eu raison.

Naruto se dirigea jusqu'au lit et s'agenouilla. Il observa son amant encore quelques instants et finalement se pencha et déposa ses lèvres sur celles de Sasuke. Celui qui observait lut plus qu'il n'entendit le « Je t'aime » que le blond lui adressa.

Son cœur se mit à battre plus fort et puis, sans qu'il ne puisse le prévoir, surpris lui-même de la violence soudaine de sa réaction, Sasuke craqua. Un sanglot violent s'éleva dans la pièce et les larmes commencèrent à rouler sur ses joues.

Toute la frustration de ces derniers mois, le besoin de l'avoir, la peur de ne jamais le retrouver, les oscillations entre espoirs et désespoirs, les jours où il pensait que toute sa vie il resterait avec le corps inerte de son ami à jamais, à le chercher comme une torture éternelle, cet amour qu'il éprouvait lui aussi et qui le rongeait petit à petit, tout cela explosait en lui à cet instant.

Naruto s'était déjà relevé et les yeux embués de larmes à peine contenues, il commençait à s'éloigner. Sasuke se plaça face à lui, il voulait le prendre contre lui, l'enserrait à l'en étouffer, lui criait qu'il l'aimait, lui dire qu'il aurait dû rester. Mais le blond passa au travers de lui et de ses bras inconsciemment tendus, le laissant plus abandonné que jamais.

Sasuke revint dans le temps présent, les larmes qu'il avait laissé échapper dans l'esprit de Naruto coulaient sur ses joues. Cédant à son besoin, il se jeta sur le corps du blond, enserrant sa taille tandis que ses pleurs augmentaient.

- Pourquoi, pourquoi, tu ne l'as pas dit, je serais revenu, je serais resté, sanglotait-il alors que son corps était secoué de spasmes. Pourquoi tu n'as pas attendu ? Pourquoi, tu n'as pas été aussi têtu que d'habitude, Naruto ? Pourq….

Sa voix se brisa.

Il savait qu'il était en train de craquer mais c'était plus fort que lui, la barrière derrière laquelle il avait fait tenir ses émotions venait de se fendre et elles se déversaient avec violence, le laissant vide et désespéré. Il n'essayait même pas de résister à la déferlante qui s'abattait sur lui. Il serrait ce corps qu'il désirait tant, qu'il aimait tant contre le sien, son nez enfoncé dans le ventre détendu de Naruto. Il aurait tant voulu que l'autre réagisse, qu'il lui parle, qu'il lui dise ces mots qu'il avait écrits mais n'avait pas laissés, ces mots à peine chuchotés qui l'auraient convaincu plus que tout autre chose de rentrer, d'abandonner et de se réfugier dans les bras qui l'avaient aimé une partie de la nuit.


Bien plus tard, alors qu'il s'était légèrement calmé et qu'il reniflait de temps à autre, il sentit une main se poser sur sa tête et lui caresser les cheveux.

Il leva les yeux sans pour autant bouger et croisa le regard de Kakashi. Celui-ci ne dit rien, il s'assit à côté de ses élèves et continua à apaiser Sasuke par cette étrange démonstration de tendresse.

Aucun mot ne fut échangé, ils n'étaient pas nécessaires, le juunin avait toujours su que les choses évolueraient de cette façon, il l'avait compris quand Naruto était revenu de son combat contre Deidara, lisant les subtilités que les autres n'avaient pas su voir.

Sasuke ne saurait sans doute jamais assez le remercier pour ce geste, pour cette étrange acceptation qu'il lui donnait. Vidé, il s'endormit enserrant toujours le corps de Naruto sous le sien, son visage sur son torse.

Dans le silence de la maison, Kakashi veilla une partie de la nuit sur les deux amants espérant de tout son cœur qu'ils se retrouveraient.


Et bien voilà, c'était avec un jour de retard mon cadeau de Noël, j'espère qu'il vous a plu! J'espère que ce Sasuke, peut-être plus humain mais aussi fragile que dans le manga vous plait ... moi, je l'aime bien comme ça! Sur ce, je vous dis à dans 15 jours pour le chapitre 9: "Se méfier de l'eau qui dort".

(1) : Note pour les petits qui auraient oublié :

La pension Okoshi est l'endroit où Sasuke et la team Taka font halte après le vrai combat Sasu/Dei dans le Manga.