Chapitre 4 : Un verre de trop.

Certes, Joyuki était la seule femme du clan Kuchiki à être en mesure de donner un héritier « pure race » à sa famille. Cependant, elle ne s'était pas battue durant toute son adolescence pour endosser ce rôle maintenant !

En effet, Joyuki avait tellement insister pour être inscrite à l'école de Shinigami que son précepteur avait fini par céder. Mais elle n'avait jamais eu la chance de voir son frère à l'académie, les emplois du temps étaient trop différents, et Joyuki devait rentrer chez elle le week-end pendant que Byakuya restait à l'internat, le clan Kuchiki faisait revenir Joyuki uniquement pour avoir un œil sur elle et aussi pour une autre raison… Aussi, dès qu'elle revenait chez elle, une foule de prétendants l'y attendait toujours…Cela avait le don de l'énerver au plus haut point, ainsi que Byakuya, qui supportait mal de savoir que des dizaines d'hommes faisaient masse autour sa sœur. Joyuki avait ainsi passer une moitié de son adolescence à l'Académie de Shinigamis, et l'autre à se faire séduire par des hommes qui ne s'intéressaient à elle que pour son rang. Ce n'était pas Joyuki qu'ils voyaient, c'était le nom, la renommée et la richesse des Kuchiki qu'elle incarnait.

Aussi, quand son ancien précepteur, qu'elle espérait mort depuis le temps, vint aborder la jeune femme aux cheveux blancs pour lui parler d'un éventuel mariage avec un homme du clan Kizoku, Joyuki l'envoya promener, et pas dans la plus grande délicatesse…

Les Kizoku étaient, au même titre que les Kuchiki, un des quatre familles nobles du Seireitei. Une union entre deux héritiers de ces deux clans seraient donc une affaire formidable pour les deux familles :

- Du côté des Kizoku, tout est arrangé. Il ont un jeune héritier de ton âge : Akushitsu Kizoku. Il paraît qu'il est très beau et très aimable…

- Vous pouvez déjà leur dire que c'est non pour ma part.

- Comment ça ?

- Non, c'est hors de question. Si je suis revenue, c'est uniquement pour Byakuya. Pas pour me faire marier à l'un de ces…Joyuki s'interrompit dans sa phrase.

- L'un de ces quoi ?

- Oubliez ça.

Elle partit alors pour la deuxième division :

- Mais qu'est-ce qui lui prend au vieux fou ! C'est quoi son problème ?! Pas question que je me marie à l'un de ces enfoirés capricieux, débiles, snobs, pourris d'oseille et…

- Tu parles toute seule ?

Joyuki sursauta violemment :

- Mais ça va pas de s'approcher des gens en douce comme ça !

- Désolé, je voulais pas te faire peur. S'excusa platement Renji.

- Mouais…

- Bon d'accord, peut-être un peu…

- Enfoiré va…

- Tu parles assez…normalement pour une noble…

- T'es bourré de préjugés sur les nobles toi, hein ?

- Bah…y'en a beaucoup des nobles qui parlent normalement ?

- Shihouin Yoruichi, Kukaku Shiba…

- Mais à part vous trois…

- Et bien…ça existe sûrement…

- Je vois…Kuchiki Taicho n'est pas avec toi ?

- Il doit déjà être au bureau, vu l'heure…

-…MERDE JE SUIS ENCORE EN RETARD !

Joyuki se mit à rire devant la tête et l'affolement de Renji.

- Tu n'as qu'à dire que c'est moi qui t'ai retenu ! Cria Joyuki alors que Renji allait au pas de course à son bureau :

- J'y manquerai pas !

- Hey ! C'était une blague ! Me mets pas ça sur le dos !

- Je t'entends plus !

- Menteur va ! Sourit la noble.

La journée parut horriblement longue à Byakuya. Il avait à nouveau quelqu'un qui attendait son retour chez lui, une douce personne pour lui souhaiter la bienvenue après une dure journée de travail…Ca lui mettait du baume au cœur, il avait enfin une raison de rentrer chez lui. Et au moment où il allait partir :

- Ah euh…Taicho…je devais vous dire quelque chose.

Byakuya se retourna :

- Qu'y a-t-il ?

- En fait…je sais pas si vous en avez déjà entendu parler, mais demain le Commandant fêtera ses 150 ans et…on voulait, les autres divisions et la notre, faire une petite fête et…ce serait bien si…tous les capitaines venaient…

- Je vois…

- Alors vous viendrez ? Ce sera demain à 20h00 dans les bureaux de la première division ! Mais c'est une surprise…

Byakuya ne dit rien mais regarda son lieutenant un moment avant de partir :

- P'tain mais c'est bien gentil de me toiser mais ça veut dire oui ou non ?! Gémit Renji dès que son capitaine fut assez loin pour ne pas l'entendre.

Byakuya marcha un peu plus vite que d'habitude, impatient de rentrer, c'était si agréable de savoir que Joyuki était à nouveau à la maison. Le noble Kuchiki se surprit à lâcher un petit soupir d'aise.

- Ohayo Onii-chaaaaaaaaan ! Hurla Joyuki en sautant au cou de son frère.

- Ohayo, Joyuki.

- Comment s'est passé ta journée Onii-chan ?

- Rien que de très normal, et toi ?

- Rien de particulier aussi ! Hey, Onii-chan, t'as entendu parler de la fête pour le vieux !

- Je suppose que tu te réfères au Commandant…

- Ouais bah avoue qu'il est plus de prime jeunesse…

- Joyuki…Soupira doucement Byakuya.

- Mais quoi ! J'aime pas quand tu soupires comme ça ! On dirait que je suis la dernière des idiotes !

Byakuya roula des yeux et se dirigea vers sa chambre :

- Attend ! Tu me contredis pas ! Frère indigne ! Reviens ici que je te botte les fesses ! Hey ! Arrête de m'ignorer comme quand on était petits et que tu voulais m'énerver ! Arrête ça ! Dis quelque chose ! Revieeeeeeeeeeeeeeeeens !

Byakuya sourit.

Dans l'ombre d'un coin de la maison, Rukia observait la scène, partagée entre la peine et la jalousie. Pourquoi cette fille arrivait-elle a avoir une conversation si…tendre avec son frère alors que les seuls mots qu'il prononçait avec elle étaient semblables à des pics de glaces ? Rukia soupira. Après tout, si elle était dans la famille Kuchiki, c'était uniquement parce que Byakuya avait fait une promesse à sa défunte sœur, ce n'était pas comme si il éprouvait une quelconque tendresse pour elle…Il n'empêche que Rukia aimerait vraiment avoir une petite place dans le cœur de son Nii-sama…rien qu'un petit espace pour elle où elle pourrait se lover…Mais il fallait croire que c'était impossible. Longtemps elle avait cru que seule Hisana avait su se faire aimer de Byakuya, et que depuis sa mort, plus personne ne pourrait pénétrer son cœur. Mais Rukia avait maintenant la preuve que c'était faux, que même sans Hisana, Byakuya pouvait encore aimer, et ça lui faisait mal, cela voulait donc dire qu'il ne l'aimait pas…

- Oy ! Onii-chan ! On fait quoi pour la fête du Commandant ? Tu vas y aller ?

En entendant Joyuki tutoyer son frère adoptif ainsi que le doux surnom de « Onii-chan » Rukia fondit en larmes et alla se réfugier dans sa chambre.

- Je ne sais pas. Répondit Byakuya.

- Alleeez ! On y va ! Ce sera marrant ! Et puis je voudrais connaître du monde moi…Je connais personne ici à part toi, Rukia et Renji, et aussi mon capitaine mais bon, c'est pas vraiment une amie…

Byakuya se mit à réfléchir « connaître du monde » « amie » ? Depuis quand avait-elle besoin…des autres ?

« - Onii-chan, pourquoi ça existe, les autres ?

- Je ne sais pas…Les autres…sont des idiots.

- Oui. Des idiots.

- Ils ne nous comprennent pas…

- …ils essaient toujours de nous séparer…

-…ils veulent bien accepter l'un d'entre nous, mais pas les deux…alors que…

-…toi c'est moi et…

-…moi c'est toi…

Ils auraient pu continuer ainsi longtemps. Chacun complétant un bout de la phrase de l'autre.

- On est pareils…

- …sans être jumeaux.

- C'est si bizarre…

- …que les autres ne l'accepte pas.

- Onii-chan, comment tu as fais les premières années de ta vie où je n'étais pas là ?

- J'étais seul. Mais maintenant, je suis deux.

- Moi je n'ai jamais été seule, je suis née en étant deux, puisque moi c'est toi…

- …et toi c'est moi.

- On aura jamais besoin des autres, hein Onii-chan ?

- Non, puisque qu'on sera toujours tous les deux.

- Est-ce que quand on sera plus grands, les autres seront toujours là ?

- On ne peut pas s'en débarrasser. Autant les ignorer.

- Oui, Onii-chan. Alors à partir de maintenant, on ignorera tous les autres, sauf nous deux, toute façon, on ne peut pas s'ignorer, puisque moi c'est toi…

- …et toi c'est moi… »

Seulement, Byakuya devait se faire à l'idée que c'était là une promesse d'enfant, donc une promesse impossible à tenir dans le monde des adultes…

Le soir venu, Byakuya, Joyuki et Rukia se rendirent donc à la première division, élégamment vêtus.

- Ohayo Renji ! Salua Rukia en abandonnant son frère et sa sœur adoptifs, car à vrai dire, elle ne se sentait pas très bien en compagnie de la jeune femme.

Renji lui rendit son salut, déjà un peu éméché. Byakuya lui lança un regard désapprobateur mais Renji ne le vit pas. Mais bon, c'était toujours mieux que d'être ivre mort dès le début…

- C'est lui, Zaraki Kenpachi ? Demanda Joyuki à son frère en fixant ledit capitaine des yeux.

- Oui.

- Il est très célèbre pour sa force…Tu l'as déjà combattu ?

- Non.

- J'aimerai bien le combattre moi…

Byakuya écarquilla les yeux :

- Un combat avec Zaraki Kenpachi, ça doit être du tonnerre ! Se justifia-t-elle. Tu ne penses pas ?

- Je ne suis pas avide de combats, par contre toi…

- J'aime bien ça oui…et puis c'est dingue ce qu'on peut apprendre sur une personne rien qu'en étudiant son style de combat…

- Quoi qu'il en soit, je ne te souhaite pas de te mesurer un jour à Zaraki Kenpachi. Comme tu le dis, il est puissant, je ne souhaite pas te récupérer en mille morceaux…

- Il doit être…vraiment très fort…ça se voit…

- Putain carrément qu'il est fort !

Byakuya et Joyuki sursautèrent en se retournant :

- Euh…t'es qui ? Demanda Joyuki.

- Désolé. J'me suis pas présenté, mais je tilte dès que j'entend le nom de mon capitaine. Madarame Ikkaku, troisième siège de la onzième division. Et toi ?

- Kuchiki Joyuki, enchantée.

- Ku…Kuchiki ?!

- Yep. Affirma Joyuki.

Ikkaku écarquilla les yeux…une noble ? Une noble qui parle comme ça ? Une Kuchiki qui…non, c'était une blague ! Ikkaku pensa vraiment que c'était une plaisanterie, mais il fut forcé d'admettre que c'était une Kuchiki quand il vit la frappante ressemblance avec Kuchiki Taicho…

La soirée se déroula dans la meilleure des ambiances. Le Commandant était très touché par cette petite fête et se lâchait complètement. Il buvait même du saké avec Matsumoto ! Le saké justement…Joyuki et Renji en avaient bu un peu trop :

- Ah…j'ai vraiment abusé du saké ! Gémit la jeune femme, allongée par terre.

- Bordel, moi aussi. Répondit le Fukutaicho aux cheveux rouges en regardant les cadavres de bouteilles d'un œil vitreux, lui même étalé par terre.

- En plus, on m'a toujours dis de jamais boire quand y'avait des hommes dans les parages parce que c'était dangereux pour moi et ma virginité. Pitoyable hein ? Dit Joyuki sans vraiment avoir conscience de ce qu'elle disait.

- Boh, ils ont raison ceux qu'ils disent ça. Ce serait con que ta première fois t'arrive comme ça…Attend…T'es encore…

- Et ouais, tu croyais quoi ?

- Bah chais pas moi, t'es plutôt attirante alors ça m'étonne. Dit le lieutenant en se traînant jusqu'à elle. Son esprit était aussi sous l'emprise du saké…

- Ah bon ? Chuis attirante ? C'est gentil ça ! Dit-elle en lui tapotant gentiment la tête. Puis, c'qui m'fais vraiment chhhhhié, c'est que l'autre con de vieux de mon clan veut me marier à un autre connard du clan dont je sais plus le nom, et bah ce mec là tu vois, il peut toujours se gratter pour l'avoir ma virginité…

- Bah, comment tu feras toute ta vie sans jamais…

- Beuh, simple. J'vais me grouiller de me dégotter un mec et comme ça le p'tit con de noble, il l'aura là où je pense !

- Ah bah ouais, super idée. Mais…avec qui tu vas faire ça ? Demanda Renji en se renversant sur le ventre, la tête appuyée nonchalamment sur sa paume de main. Nan parce que si je peux rendre service…Continua-t-il.

- Ah bah en voilà une idée qu'elle est bonne ! En plus t'es tout à fait mon genre !

- Ch'est vrai ?

- Viii.

- Ah bah c'est gentil ça tu vois, ça me ferai presque pleurer.

- Ah bah nan, pleure pas.

Les deux ivrognes, qui passaient cependant inaperçus vu que tout le monde était plus au moins en coma éthylique, se levèrent, se soutenant mutuellement pour essayer de marcher droit, et allèrent dans la pièce d'a côté, qui était déserte.

- Ah bah voilà, là c'est trèèèèès bien. Dit Joyuki qui tomba par terre.

- Pas de bobos ?

Renji voulut se pencher mais tomba à son tour à côté de la jeune fille. Il puisa dans ses dernières réserves d'énergie non alcoolisées et se mit au-dessus de la jeune femme avant de commencer à écarter les pans du yukata blanc qu'elle portait :

- Ah bah tu perds pas l'Nord toi. Dit Joyuki d'une voix rauque, les yeux clos.

Renji ne répondit rien mais commença à l'embrasser langoureusement dans le cou, puis il s'arrêta et se mit à ronfler. Joyuki ne protesta pas, elle-même étant déjà partie au pays des rêves…

Et le lendemain matin :

- Aïe…Ma tête. Gémit Joyuki. P'tain mais qu'est-ce que c'est qui me cloue par te…WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Elle poussa vigoureusement Renji sur le côté et s'empressa de remettre son yukata :

- Oh merde, merde, merde, merde, merde, merde, et merde ! Dit-elle. Renji ! Émerge ! Y'a urgence là ! S'écria la jeune femme en donnant des baffes au fukutaicho.

- Hein ? Que ? Tiens qu'est-ce que tu fais là toi ?

- C'est bien que je me demande aussi.

- Aïe…ma pauvre tête…je crois qu'on a vraiment trop bu hier…

- Tu te souviens de ce qui s'est passé ?

- Euh…pas vraiment…pourquoi ?

- Parce que je me suis réveillée sous toi avec le yukata à moitié défait !

Renji ne dit rien, puis rougit violemment avant de s'écrier :

- AAAAAAAH ! Je suis un homme mort ! Kuchiki Taicho va me tuer !

- Hé ho ! Calme ! Tu pars du fait qu'on aurait éventuellement fait quelque chose hier soir…mais si ça se trouve, on s'est juste mit à pieuter !

- J'espère…franchement je me souviens de rien…

- Moi non plus, mais vu à quel point on était ivres, ça m'étonnerait qu'on ai fait quelque chose, c'est déjà un miracle qu'on se soit traînés jusqu'ici…Bon, on oublie tout ça, et surtout, on en parle à personne !

- D'accord, sans problèmes.

Joyuki sortit de la salle et vit que son frère était endormi dans un fauteuil. Bien sûr, Byakuya n'avait pas bu, il s'était juste assoupi en attendant sa sœur, de toute façon, tous les Shinigamis étaient presque tous là en train de cuver, alors un de plus ou de moins…La jeune femme réveilla doucement son frère et lui dit qu'elle était partie faire un tour dehors avant de s'assoupir sous un arbre, cette version convenait nettement mieux à Byakuya que celle du « j'ai failli coucher avec ton lieutenant parce que j'avais trop picolé « Les Kuchiki rentrèrent donc chez eux, enjambant de temps à autres un Shinigami ivre mort couché par terre au milieu de la rue.

En attendant, Renji était toujours à la première division, perturbé :

- Bordel, il ne s'est rien passé…il ne s'est RIEN passé…au fond c'est dommage, j'aimerai bien…AH NON ! NON ET NON ! Cette fille c'est Kuchiki Taicho version femme, alors zut ! Je ne ressens riiiiiiiiiiieeeeeeeeeeen pour elle ! ABSOLUMENT RIEEEEEEEEEEEEEEEEEEN ! Chantonna-t-il. Rien du touuuut, du tout, du tout, du touuuuut…et bordel, j'crois qu'j'suis amoureux, fait chier. Capitula-t-il.

Notes de vocabulaire : « Kizoku » veut dire « noble » en japonais , et « Akushitsu » veut dire « malveillant ».