Chapitre 20 : Pour lui.

Bonjour. Je voulais juste m'excuser platement de ma longue absence sur cette histoire mais je n'ai vraiment pas eu le temps ces deux derniers mois et je n'ai réussi à faire avancer normalement qu'une seule de mes histoires qui n'est, malheureusement, pas celle là. Je ne pense pas écrire aussi vite qu'avant car j'ai deux mois de cours à rattraper mais je ferai mon possible. Voilà c'est tout, et encore pardon pour tout le retard.

Renji ne lui avait jamais parlé de son enfance, n'avait jamais évoqué son passé au Rukongai. Au début, elle avait cru que c'était de la timidité, ou qu'il était juste gêné de parler de son enfance miséreuse à une noble. Joyuki comprenait ce qu'il pouvait ressentir et ne l'avait pas forcé. Elle savait que Renji n'avait pas eu une enfance facile, aisée et remplie de bonheur comme elle, mais elle était loin, très loin d'imaginer tout le poids qui avait reposé sur ses petites épaules de l'époque…

Et, un soir, il avait parlé, ou presque…

Renji bougeait, bougeait comme un dingue. Au début, Joyuki avait toléré les agitations de son mari, croyant qu'il cherchait à bien lui taper sur le système en guise de punition pour avoir cuisiné ce soir. Mais, la jeune femme en avait très rapidement eu marre et s'était assise dans le lit, au bord de la crise de nerfs :

- BON ECOUTE RENJI, TU…

Elle avait stoppé là sa gueulante et s'était calmée. Au lieu du sourire goguenard qu'elle s'attendait à trouver plaqué sur le visage de Renji, voilà que le beau roux arborait un visage tranquille, les yeux clos, les sourcils se fronçant par à-coups.

- Ah, je vois, on me fait le vieux coup du cauchemar, hein, môssieur Renji ! C'est ça, continuer de remuer, si tu crois que je vais marcher dans ta combine et commencer à te bichonner en te sortant des phrases du style « oh mon pauvre petit chou tu as fais un vilain, très vilain cauchemar, viens dans mes bras que ta Joyuki te console », tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude !

Mais Renji continuait de bouger, de se tordre dans le lit en commençant à presque à parler. Joyuki douta, soit son mari était vraiment très bon acteur, ce qui l'étonnerait beaucoup, soit il faisait véritablement un cauchemar horrible.

- Euh…Renji ? Tu me joues la comédie ou tu cauchemardes vraiment ? Demanda Joyuki en secouant son mari par l'épaule.

Le rouquin continua de s'agiter et à parler :

- Cours…cours…Murmurait-il.

- Hein ? Mais courir où ? Qu'est-ce que tu as ?

- Cours sinon le vendeur va nous rattraper, il faut qu'on se tire de là, vite…

- Le vendeur ? Le vendeur de quoi ? Pourquoi il essaierait de t'attraper ?

- Pour l'eau.

Joyuki haussa les sourcils. Elle ne pigeait absolument rien à la situation, mais ce qui la surprenait encore plus, c'était que Renji vienne de répondre à sa question. Faisait-il donc partie de ces gens qui devenaient bavards dans leur sommeil, à qui on pouvait demander n'importe quoi et qui ne se souvenaient de rien au réveil ?

- Renji ? De quoi tu parles ? Pourquoi tu dois courir et à qui tu parles ?

- Moi et les autres on a volé de l'eau pour survivre mais le vendeur nous court après pour la récupérer…les autres courent pas vite mais je peux pas les laisser en arrière, je suis le chef de la bande, je dois les protéger…

- Les autres ? Tu veux dire, tes amis ?

- Oui…Mais…après…ils sont morts, tous, morts de faim parce qu'on avait pas grand chose, y'a que Rukia et moi qui avons survécu…

Joyuki questionna encore son mari, comprenant au fil de ses réponses tout ce qu'il avait traversé. Il s'était battu, toujours battu, depuis qu'il était gosse. Il s'était battu pour protéger ses amis, pour protéger Rukia, parfois pour se protéger lui-même, mais être responsable de la vie des autres était un fardeau bien trop lourd pour les épaules d'un gamin. A l'âge ou la seule responsabilité que l'on a est de faire son coloriage pour l'école, lui avait la charge de trouver la nourriture pour les autres, de les guider, les rassurer, leur trouver un abris pour la nuit…

Un écorché vif, voilà ce que Renji était.

Joyuki comprenait à présent pourquoi il ne lui avait jamais parlé de lui. Il n'avait pas de souvenirs banals. Aussi loin que sa mémoire remontait, il s'était toujours battu, avait appris de lui-même à garder ses sentiments pour lui pour ne pas affecter les autres, pour ne pas que les rôles s'inversent et qu'il reste le protecteur, non le protégé. C'est pour ça qu'il n'en avait jamais parlé à Joyuki, comme si, juste en se confiant, il déposait un peu de son fardeau sur les épaules de sa femme, et ça, Renji ne le voulait pas. Joyuki était sa femme, c'était à lui de la protéger. Une fois de plus, c'était à lui d'endosser ce rôle.

Après avoir inconsciemment beaucoup parlé, Renji avait replongé dans son sommeil. Joyuki était restée réveillée encore un peu, émue jusqu'au larmes de tout ce son mari avait traversé.

- C'est fini de souffrir en silence maintenant. Avait-elle soufflé à son oreille avant de s'endormir contre lui.

Dès le lendemain, Joyuki avait commencé un entraînement intensif. Son objectif : le Bankai. Pas question d'être une source d'inquiétude pour Renji qui était, en effet, passer pro dans l'art de se faire du mouron pour tout le monde, surtout ceux qu'il croyait devoir protéger de toutes ses forces.

- Si j'atteins le Bankai, ma force spirituelle sera multipliée par dix et ça devrait être suffisant pour que Renji comprenne que je peux me défendre seule, que je peux même l'aider, ne plus le laisser protéger tout le monde tout seul…Putain Renji, pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de tout ça ? Pourquoi t'as voulu souffrir tout seul ? On est unis pour le meilleur et aussi pour le pire, tu l'as promis quand tu m'as épousé…

C'était avec cet état d'esprit que Joyuki s'était entraînée d'arrache pied, dissimulant son plan à Renji qui n'aurait certainement pas manqué de s'y opposer avec des arguments du genre « Joyuki, tu n'as pas à faire ça, je suis justement là pour te protéger ». Et avec ce genre de réponse, la Kuchiki n'aurait certainement pas tenu très longtemps avant de péter une pile mémorable.

Et son fort caractère et son entêtement à envoyer Renji paître dès qu'il lui demandait pourquoi elle rentrait si tard avaient fini par triompher. Elle avait atteint le Bankai, la soumission de son zanpakutôh. Certes, il lui faudrait du temps pour maîtriser cette nouvelle force, mais elle y arriverait. Le plus dur était derrière elle.

La Kuchiki n'était d'ailleurs pas déçue d'être enfin sortie de sa période d'entraînement intensif. En effet, Renji s'interrogeait beaucoup sur les activités nocturnes de sa femme, ayant même osé poser la question qui lui tourbillonnait dans la tête depuis trop longtemps : « Joyuki, est-ce que tu vois quelqu'un d'autre ? »

Il avait tout envisagé comme réponse, notamment celle qui lui aurait fait le plus mal : « Oui, j'en aime un autre ». Heureusement, ce n'était pas ce que Joyuki lui avait répondu, elle n'avait même rien dit du tout. Devant son manque de réaction, il s'était dit que c'était sûrement le calme avant la tempête et qu'elle n'allait pas tarder à lui coller une droite suivie d'une avalanche de cris du genre « mais comment tu peux croire ça ?!! ».

Mais non, Joyuki l'avait regardé, presque au bord des larmes, et était venue se blottir contre lui, rien de plus. Renji avait comprit que la réponse à sa question était bien entendu négative, mais qu'en plus, il venait de faire beaucoup de mal à sa femme. Qu'il était con ! Ca crevait les yeux qu'elle ne lui ferait jamais ça ! S'il n'avait pas été occupé à serrer Joyuki contre lui, le lieutenant se serait volontiers administré une tarte lui-même.

Mais c'était fini tout ça à présent ! Le Bankai atteint, Joyuki n'avait plus de raison de s'entraîner jusqu'au milieu de la nuit et avait donc repris des horaires de travail normales, mettant tout de même un point d'honneur à se bloquer une ou deux heures dans l'après-midi pour perfectionner son Bankai.

Et à présent, elle allait le libérer pour la première fois devant quelqu'un d'autre qu'elle-même. La pression spirituelle autour d'elle se répandait dans les airs, et Szayel la regardait avec des yeux grands ouverts, semblables à ceux que Renji et Ishida abordaient à présent. Son Bankai allait lui bouffer pas mal d'énergie spirituelle, et à vrai dire, la jeune femme n'était même pas sûre d'en avoir encore assez. Elle jeta un coup d'œil à son homme qui la regardait, étonné et effrayé à la fois. Ce simple regard suffit à lui rappeler pourquoi elle s'était battue tout ce temps pour atteindre son niveau actuel et à relancer son énergie.

- Onjin Tsukineko* ! Appela Joyuki.

Sa pression spirituelle explosa littéralement, soulevant les pierres à ses pieds, les fissurant, les brisant même. Un vent se leva sous ses pieds et s'engouffra dans ses vêtements, faisant virevolter sa tenue de Shinigami et ses cheveux. Les trois hommes autour d'elle plissèrent les yeux à cause de la bourrasque et aussi de l'intense luminosité qui émanait à présent de Joyuki.

Renji tenta de crier le nom de sa femme mais le fort vent sembla repousser le son dans ses cordes vocales.

Finalement, la bourrasque cessa. Tout redevint calme, le lieutenant rouvrit les yeux, sa femme avait changé d'aspect.

Comme pour son Shikai, une colonne vertébrale en métal s'était superposée à celle de Joyuki, se prolongeant jusqu'à former une queue à double tranchant. Les ongles de la jeune troisième siège s'était allongés jusqu'à ressembler à de fines petites griffes et deux canines de métal ornaient à présent le coin de ses lèvres. Cependant, cette fois, deux boîtiers étaient attachés sur le dessus de ses mains, les semelles de ses chaussures étaient pourvus de deux plaques de métal claquant et, des moustaches étaient apparues sur ses joues et, pour finir, deux oreilles se dressaient fièrement sur sa tête, perçant à travers ses cheveux blancs.

- Plutôt pas mal niveau esthétique. Avoua Szayel en souriant.

- Je te propose de goûter au niveau technique ! Lança Joyuki.

A l'instant, elle disparu du champ de vision de son ennemi. Szayel se retourna à temps, ne comprenant pas ce qu'elle cherchait exactement à faire. En effet, la joue de Joyuki venait de frôler la sienne comme si elle s'était avancée pour lui faire la bise. Szayel frotta instinctivement sa joue :

- Qu'est-ce que t'essayais de faire ?! Demanda-t-il, inquiet car détestant ne pas comprendre quelque chose.

- Ce que j'essayais de faire ? Reprit innocemment Joyuki. Mais rien du tout. Tu vois, Tsukineko est un zanpakutôh plutôt possesseur et a pas mal d'influence sur moi autrement que physiquement. J'ai des reflex de chat à présent et, comme tout félin qui se respecte, j'aime jouer avec ma nourriture.

Joyuki recula et contempla en souriant les trois griffures sur la joue de Szayel qui saignaient légèrement. Dire que ce scientifique à la noix n'avait toujours pas réalisé qu'elle l'avait touché…

- Visiblement, tu as besoin d'une certaine proximité ou même d'un contact avec ta proie pour la blesser. Analysa Szayel d'une voix doucereuse.

- Perdu ! Contredit Joyuki.

A ce moment là, elle lança sa tête vers la droite, les moustaches sur ses joues suivirent le mouvement, mais, subitement, s'allongèrent de plusieurs mètres et atterrirent en plein sur l'Arrancar, affligeant trois longues blessures en travers de son torse.

- Mais…qu'est-ce que…Bégaya-t-il.

- Ce ne sont pas des moustaches de décoration. En réalité, ce sont des lames ultra-fines. Expliqua la Kuchiki.

- J'ai vu, merci !

Joyuki sentit alors une main se refermer sur son épaule. Elle se retourna :

- Renji ! Tu ne devrais pas te lever ! Cria la troisième siège.

- Je vais bien. Dit le lieutenant qui tenait à peine debout sur ses jambes plus tremblantes que de la gelée lors d'un séisme de neuf que l'échelle de Richter.

- Non ! Tu ne vas pas bien, arrêter de mentir juste par souci de ne pas inquiéter les autres !

Renji saisit la deuxième épaule de Joyuki pour la maintenir face à lui :

- Qu'est-ce que tu racontes ?!

- Me fais le coup du « mais de quoi tu parles enfin ?! Je ne comprends pas ! » Tu sais très bien ce que je veux dire !

- Non, justement je ne vois pas ! Qu'est-ce qui t'arrive tout d'un coup ?

- Y'a quelques semaines, tu m'as parlé dans ton sommeil et t'as tout balancé, TOUT ! Tu piges ou j'explicite ?!

Renji lâcha les épaules de sa femme, comprenant où elle voulait en venir.

- Putain de somnambulisme. Fit le lieutenant avec un sourire nerveux. S'il y avait bien une chose qu'il n'aimait pas, c'était justement que quelqu'un dont il avait la responsabilité et le désir de protéger démasque sa nature un peu bouclier. Protéger, toujours protéger et se taire, panser ses propres blessures dans l'ombre, dans le dos de tous…C'était son choix de vivre ça pour que ses amis puissent vivre sans crainte derrière lui, et pourtant il lui arrivait de vouloir tout lâcher, de passer de l'autre côté du bouclier, d'être un peu protégé et rassuré lui aussi.

Maintenant que son vœu était exaucé, il en venait à regretter de l'avoir fait. Pourquoi était-ce Joyuki qui lui apportait sa protection ? Pourquoi elle ? Bien sûr, il savait que c'était par amour, mais il aimerait tellement que ce soit quelqu'un d'autre qui se batte pour lui…

Il avait peur pour la vie de sa femme, tout simplement.

Joyuki prit le visage de Renji entre ses mains, fit disparaître ses canines et l'embrassa doucement. Le lieutenant se laissa faire, depuis le temps que ça lui manquait…

Szayel, Ishida et tous les autres, tout disparu de l'esprit des deux tourtereaux à ce moment, ne restant plus en leur tête que l'autre.

Mais, comme un moment romantique ne dure jamais dans ce genre de circonstances, il fallu que Pesche s'en mêle en se mouchant bruyamment :

- Ohlala ! C'est une scène trop émouvante ! Ananas Rouge, tu nous avais pas dis que t'avais une petite amie !

- Je suis jaloux, pour sûr ! Fit Dondo Chakka, ému jusqu'aux larmes lui aussi.

- Arrêtez de gâcher le moment romantique ! Gronda Joyuki en se séparant de Renji une fraction de seconde avant de repartir à la charge de ses lèvres.

- Oh ! On a rien gâché du tout ! Protesta le cornichon en couche blanche et à la tête de scarabée.

- Pesche a raison pour sûr ! Renchérit Dondo Chakka.

- Mais bon, si Madame Ananas Rouge veut que nous nous taisions, nous allons nous taire !

- Oui, on va se taire mais c'est bien parce que vous êtes la femme de Renji pour sûr !

- Il n'empêche qu'il a de la chance Ananas Rouge ! C'est vrai quoi non seulement sa femme est très sexy mais en plus elle a du caractère et elle sait se battre.

- Renji est très chanceux, pour sûr !

- Je me demande si elle a une petite sœur ! Je vais lui demander tiens ! Ohé ! Madame Ananas Rouge, vous avez une petite sœur qui aime les scarabées ou pas ?

- Et une qui aime les poils, pour sûr ?

- Ah, je crois que Monsieur et Madame Ananas Rouge sont collés par la bouche ! Paniqua Pesche en s'approchant du couple et les étudiant sous tous les angles.

- Il faut les séparer pour qu'ils puissent respirer, pour sûr !

- Vous pourriez pas la fermer ? Vous voyez pas que je vous les emmerdez ? Fit Ishida, blasé. Bon, Abarai, si tu pouvais la lâcher maintenant, je pense que ça serait pas du luxe.

- Oui, lâche-la, Ananas Rouge ! Nous aussi on veut faire un bisou à celle qui va battre Szayel et tous nous sauver !

- On veut aussi un bisou, pour sûr !

Les deux clowns se ramassèrent deux tartes de la part du lieutenant qui, évidemment, n'était pas près de partager sa femme.

- Bouclez-la, vous deux ! Cria-t-il.

- Laisse, Renji, je m'en occupe. Coupa Joyuki.

- Et comment ?

La Kuchiki fit alors un bisou sur le front de Pesche et sur celui de Dondo Chakka. Les deux principaux intéressés rougirent jusqu'aux oreilles avant de s'évanouir :

- Tu vois, c'est encore plus radical, on a la paix pour la journée comme ça. Par contre, lui, je vais pas le battre comme ça…Beuuuuuurk ! Fit en regardant Szayel

* Note : « Onjin Tsukineko » peut être traduit par quelque chose du genre « Souveraine Féline Céleste »