Chapitre 22 : Une semaine de décision.

- Allongez-vous sur la table je vous prie. Invita Unohana.

Joyuki s'exécuta, plutôt déçue que Renji ait du rester dehors durant les examens médicaux.

- Enlevez votre haut d'uniforme s'il vous plait.

La Abarai défit le nœud de son hakama et ôta le haut. Unohana lui préleva un peu de sang tandis qu'une infirmière lui étalait du gel sur le ventre.

- C'est pour quoi faire tout ça ? Demanda Joyuki, suspicieuse.

- Pour voir à l'intérieur de votre ventre. Expliqua l'infirmière alors qu'Unohana retirait l'aiguille de son bras et lui posait un petit pansement.

- A part du saké vous y trouverez pas grand chose. Plaisanta la femme à cheveux blancs.

L'infirmière la dévisagea comme si elle était la dernière des tarées et s'empara d'un manche en plastique dont l'extrémité évasée était recouverte d'une pellicule noire. Elle massa en suite le ventre gélifié de Joyuki avec cet engin et fixa un écran noir en même temps.

- Vous êtes pas en train de me faire une échographie là ?

- Si, c'est exact.

Joyuki roula des yeux.

- J'suis pas enceinte pour information, donc si vous voulez m'examiner parce que vous pensez que les combats ont laissé des lésions sur le bébé ou…

- Ce n'est pas des lésions éventuelles que nous cherchons pour le moment. Coupa Unohana en lisant les résultats de la prise de sang.

- Ah bon ? Fit Joyuki. Vous chercher quoi alors ?

- Et bien, nous allons déjà essayer de localiser avec autant de précision possible l'endroit de l'utérus où se trouve votre bébé. Sourit le capitaine en présentant les résultats sanguins à Joyuki.

- Mais je ne suis PAS enceinte ! Protesta la Kuchiki.

Renji faisait les cent pas dans le couloir, passant et repassant devant la porte de la salle où se trouvait sa femme. Qu'est-ce qui se passait là-dedans ? Il entendait des éclats de voix mais n'en comprenait pas le sens.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit sur une Joyuki pâle comme un linge, la bouche pincée, les yeux exorbités et à la démarche robotique.

- Chérie, ça va ? Qu'est-ce que tu as ?

Joyuki mit quelques temps à réagir, puis, tourna lentement la tête vers Renji en déclarant :

- J'espère que tu aimes les gosses…

Il y eut un blanc, puis, Monsieur Abarai sembla reprendre contenance :

- Tu…tu es…

- Ouais…

- C'est…inattendu…

- Très…

Et dans une magnifique synchronisation, les deux mariés tombèrent dans les pommes.

Les infirmières s'activèrent pour transporter Joyuki et Renji sur le banc le plus proche et essayèrent de les faire revenir à eux en les appelant et leur tapotant les mains.

De son côté, Unohana était bien soucieuse. Elle s'était attendue à des exclamations comblées, des larmes de joie, des sourires ultra-bright, au lieu de ça elle avait deux futurs parents pâles, presque effondrés par la nouvelle et, cerise sur le gâteau, inconscients.

Elle soupira. Les Abarai formaient pourtant un beau couple, ils s'entendaient à merveille alors pourquoi cette déception quand ils avaient appris la grossesse de Joyuki ? C'était presque inconcevable qu'un couple aussi solide et bien assorti qu'eux puisse ne pas vouloir d'enfants.

Joyuki et Renji reprirent conscience en même temps et échangèrent un regard.

- Est-ce que je peux rentrer chez moi ? Demanda Joyuki à Unohana.

La capitaine acquiesça. Après tout, peut-être qu'après le choc de la nouvelle passé, les explosions de joie allaient venir ?

Joyuki se leva et partit devant, bientôt suivie de son mari.

Le trajet jusqu'à la sixième division où le couple vivait dans le petit appartement de Renji se fit dans un silence ecclésiastique. Ils entrèrent chez eux, Joyuki alla directement s'asseoir au bord du lit, Renji la rejoins après avoir fermé la porte et s'installa près d'elle, les yeux dans le vague.

Un silence passa avant que Joyuki ne prenne la parole :

- Pourquoi tu ne dis rien ?

- Je te retourne la question.

- Je suis…sonnée. On a jamais prévu d'avoir des enfants, on avait déjà pas prévu de se marier.

Renji se tourna vers elle et la prit dans ses bras.

- On avait pas prévu le mariage mais pourtant, je ne le regrette pas et si j'avais le choix entre redevenir ton petit ami ou rester ton mari, je prendrais la deuxième option.

- Sauf qu'un enfant c'est pas pareil. Une fois qu'on l'aura, on pourra pas le faire disparaître. Un mariage ça s'annule, pas un gosse. Et je commence à croire que c'était une grosse connerie de se marier si tôt, sans avoir rien prévu.

Renji eut un pincement au cœur en entendant ça.

- Tu regrettes de m'avoir épousé ?

- C'est pas ça. C'est juste qu'on a été inconscients. On s'est mariés sans avoir abordé les sujets importants dans la vie d'un couple.

- Tu ne veux pas d'enfants ?

Renji avait essayé de prendre une voix neutre mais Joyuki sentit bien la tristesse dans sa voix.

- Tu en veux, toi ?

- N'élude pas ma question s'il te plait.

Joyuki se blottit davantage contre lui :

- Je sais pas…J'ai aucune idée de ce que c'est qu'être mère.

- Moi non plus je ne sais pas ce que c'est que le rôle de père et pourtant…

Renji stoppa là sa phrase.

- Pourtant quoi ? Pourtant ça ne t'empêche pas de vouloir des enfants, c'est ça ?

Renji acquiesça :

- Je ne voulais pas te donner mon opinion car je ne veux pas t'influencer et que tu gardes le bébé juste pour me faire plaisir.

Joyuki soupira.

- Tu n'es pas obligée de te décider maintenant, ma chérie. Rajouta Renji.

- Oui, mais dans huit mois, ce sera un peu dur de dire « finalement, j'en veux pas, annulez la césarienne ! »

Renji sourit en lui caressant les cheveux, puis releva un détail :

- Tu as bien dit huit mois ? C'est pas neuf normalement ?

- Si, mais Unohana a dit que j'étais enceinte d'environ trois semaines, sauf qu'au Hueco Mondo, les test de grossesse courent pas les rues alors j'ai pas pu le savoir plus tôt. On peut avorter jusqu'à un mois, j'ai donc une semaine pour me décider, en comptant à partir de ce matin.

Renji ne répondit rien et la serra contre lui, espérant qu'elle veuille bien garder leur bébé. Jamais il ne la forcera à porter un enfant qu'elle ne désirerait pas, mais quel déchirement ce serait si la femme de sa vie ne voulait pas d'enfants avec lui.

Joyuki se réveilla la première le lendemain. Sa première pensée fut « six jours, il ne me reste que six jours pour savoir si je garde le bébé ou non »

Elle stressa. Ils en avaient de bonnes à la quatrième division ! Et si elle avait besoin de plus de temps pour se décider ? Merde, elle avait quand même la vie de son premier enfant entre les mains ! Son enfant et celui de Renji.

Elle se tourna vers son mari toujours endormi. Quand elle le voyait, elle avait envie de crier « YES ! On le garde ! » mais d'un autre côté, elle ne se voyait pas, absolument pas maman, c'était trop de responsabilités, trop de choses à savoir, à surveiller, à éviter. Et elle était encore jeune ! La marmaille pouvait bien attendre, non ?

- Il faut se rendre à l'évidence. Renji et moi sommes un couple d'adolescents, on vit d'amour et d'eau fraîche et on est très heureux comme ça. Un gosse ça gâcherait franchement tout. Songea-t-elle à haute voix.

Renji tiqua, il commençait à émerger quand il avait entendu Joyuki parler. Sa gorge se noua malgré lui.

Renji avait toujours eu ce rêve d'une vie posée. Enfin, « posée » était peut-être un peu fort vu qu'il ne pouvait pas passer une journée sans se battre comme un bourrin, mais il avait toujours chéri l'idée d'avoir sa famille, son foyer à lui. Le rêve avait prit contenance avec son mariage avec Joyuki, mais il le sentait s'effondrer à présent. Merde, merde et merde ! Lui qui en aurait mis sa main à couper que Joyuki voulait des enfants aussi !

Le lieutenant retint un sursaut quand la main de Joyuki se posa sur son épaule, suivie d'un baiser. Il entendit le bruit d'un stylo gratter le papier, puis, des pas s'éloignèrent et la porte se ferma dans un cliquetis. Aussitôt, Renji bondit du lit et prit la papier déposé sur la table basse.

- « Je suis chez mon frère, je reviendrai dîner avec toi mais ne m'attend pas ce midi. J'ai besoin de ses conseils, désolée de te laisser seul, appelle-moi si besoin est. Je t'aime. » Lu le lieutenant. Il roula le papier en boule et le jeta. Splendide ! Il ne manquait plus que son capitaine soit au courant de l'affaire. Il le voyait déjà venir, le capitaine Kuchiki, en train de clamer « Tu ne peux pas avoir des enfants avec quelqu'un qui n'est pas du même rang que toi ! Le mariage passe encore, mais des bâtards, certainement pas ! Et puis, tu es trop jeune ! » Et Joyuki de dire « Oui Onii-chan, tu as raison. » avant d'aller avorter.

Renji secoua la tête. A la réflexion, il ne voulait même pas penser aux conséquences qui résulteraient d'un entretien entre Joyuki et son frère. Il attrapa Zabimaru et partit en direction de la onzième division. Se mettre sur la gueule restait encore le moyen le plus sûr de décompresser pour lui.

Joyuki toqua à la porte de son frère, premier signe qu'elle n'était pas dans son assiette. D'habitude, elle aurait défoncé la porte en dansant et chantonnant, ou en gueulant, ou en sautillant en lançant des fleurs. Enfin bref, d'ordinaire, elle n'aurait pas eu une réaction aussi…civilisée ! Et cela, Byakuya ne manqua pas de le remarquer, bien entendu.

- Entrez. Invita le noble.

Joyuki franchit le seuil et referma la porte.

- Bonjour, Joyuki. Que fais-tu ici ? Tu n'es pas partie à la deuxième division ?

- Salut…Non…Je suis en congé.

Elle s'installa sur le lit fraternel alors que Byakuya travaillait à son bureau.

- Tu n'es pas à ta division toi non plus, pourquoi ? Observa Joyuki.

- Les trois quarts des Shinigamis de ma division ont été blessés dans une gigantesque attaque de Hollows et de Menos sur Terre hier, alors je travaille au manoir.

- Ah, je vois.

Elle se mit à fixer le mur. Réellement inquiet pour sa sœur cadette anormalement calme, Byakuya se rapprocha d'elle et la secoua par l'épaule comme pour la ramener à la réalité.

- Joyuki, que se passe-t-il ? Tu t'es disputée avec Renji ?

- Non, enfin, je ne crois pas.

Haussement de sourcil nobiliaire.

- Tu ne crois pas ? C'est à dire ?

- Onii-chan, si tu…si tu avais quelque chose entre les mains, quelque chose dont tu sais que ça rendrait heureux la personne que t'aimes mais dont tu n'es pas sûr de vouloir et de savoir prendre soin, qu'est-ce que tu ferais ? Tu le jetterais ou tu le garderais ?

Byakuya cligna des yeux plusieurs fois, ne voyant pas où sa sœur voulait en venir.

- Et bien…je confierais cette chose à la personne que j'aime et qui la désire tellement.

- Oui mais si c'est pas possible, si c'est quelque chose qui reste à vie et dont on doit s'occuper à deux ?

- Joyuki, va droit au but, que se passe-t-il ?

La sus-nommée fit la moue.

- Répond s'il te plait, Onii-chan.

Byakuya étouffa un soupir :

- Et bien… Je m'interrogerais, je me déciderais pour savoir si je veux de cette chose ou non et si je n'en veux vraiment pas, je m'en débarrasserais, et la personne que j'aime comprendra mon choix.

- Mais si tu n'arrives pas à te décider ?

- Je m'interrogerais jusqu'à ce que j'y arrive pour de bon.

- Et si tu as du temps limité pour te décider ?

- Jo, qu'est-ce que tu me caches ?

- Rien, je t'en parlerai quand je serai décidée. Je dois y aller, Soi Fong m'attend.

- Tu as dit être en congé.

- Et bien finalement j'ai envie de travailler ! Cria Jo en quittant la demeure familiale en pleurant.

Byakuya en resta coi, et très anxieux.

Les cinq jours suivants passèrent à une vitesse folle. Et Joyuki était aux abois. Elle n'arrivait à se concentrer sur rien d'autre que sur sa grossesse, et sa relation avec Renji en prenait un coup. Ils ne se parlaient plus, chacun se murant dans son silence de réflexion. A vrai dire, Jo se murait dans son silence, et Renji, lui ne savait pas quoi faire pour aider sa femme. Il aimerait tellement la convaincre de garder le bébé, mais il ne pouvait décemment pas imposer un enfant à Joyuki si elle n'était pas sûre d'en vouloir.

Et ce matin, c'était le grand jour.

- Jo ? Appela Renji.

La femme à cheveux blancs ouvrit un œil ensommeillé.

- B'jour.

- C'est aujourd'hui. Dit Renji du tac au tac, le cœur battant la chamade.

Jo s'assit dans le lit et observa quelques instants le silence :

- Renji…Je suis désolée mais je…je ne veux pas d'enfants…Toutes les mamans que j'ai pu connaître avaient cette étincelle dans les yeux à l'idée d'avoir un enfant, et moi je ne l'ai pas, je n'en veux pas…peut-être que je changerais d'avis avec le temps…Ajouta-t-elle en voyant le lieutenant pâlir.

Renji s'assit à son tour et la serra contre lui :

- T'inquiète pas, c'est pas grave. Se força-t-il à dire.

Joyuki se serait volontiers gifler à cet instant. Bien sûr que c'était grave ! C'était criant que Renji voulait être papa ! Et elle lui enlevait ses espoirs de paternité par égoïsme, parce que madame Jo n'en voulait pas ! Quel genre de femme était-elle donc ?

- Tu veux que je t'accompagne pour…pour…l'avortement ? Se proposa Renji, prononçant le dernier mot avec difficultés à cause des sanglots qui montaient dans sa gorge.

- Non, ça ira, je ne vais pas t'imposer ça en plus.

Joyuki quitta le lit conjugal et s'habilla à la hâte avant de partir, laissant derrière elle un Renji effondré.

- Bonjour Joyuki. Salua Unohana, sombre car sachant le motif de la venue de la femme de Renji en ces lieux.

- Bonjour, Unohana Taicho.

- Alors, votre décision est prise ? Vous n'en voulez pas ? Vraiment pas ?

- Renji, si. Mais moi…

- Je vois. Suivez-moi, la salle d'avortement est au bout de ce couloir.

La Kuchiki suivit la capitaine sans un mot. Elle était plongée dans ses pensées quand Unohana reprit la parole :

- Sans vouloir vous commander, je pense que vous faites une erreur. Depuis l'annonce de votre grossesse, vous êtes triste et avez décidé d'avorter. Ne voulez-vous donc pas envisager l'hypothèse de le garder, d'élever des enfants, d'être une mère ?

- Mais…je ne…

Elle s'interrompit, surprise par des cris, des cris d'enfants. Elle tourna la tête sur sa droite.

- C'est la nurserie. Expliqua Unohana. Nous sommes dans les bâtiments de la maternité, mais la salle d'avortement est plus loin.

Joyuki ne sembla pas entendre et colla son nez à la vitre donnant sur les berceaux. Elle ne savait pas exactement quel feu l'animait actuellement, mais son cœur était chamboulé rien qu'à la vue de ses petits êtres fragiles…et l'un d'entre eux était dans son ventre !

- Mais quelle conne ! Non mais quelle conne ! Souffla Joyuki.

- Que vous arrive-t-il ?

- Dans ma grossesse, j'ai jamais vu que mes doutes d'être une bonne mère, mes doutes d'avoir envie d'enfant. Mes doutes, mes doutes, mes doutes et encore mes doutes ! Alors que merde ! Toutes les femmes doutent d'être une bonne mère non ? C'est pas comme si on avait un don pour savoir élever ses enfants avant même de les avoir eu ! J'ai écouté que mes peurs, mes doutes sans jamais juste me dire « how ! J'ai mon fils ou ma fille en moi ! C'est génial ! » Parce que OUI c'est génial ! Je vais être maman et je n'aurai du penser qu'à ça dès le départ, mais non il a fallu que je stresse ! Il a fallu que je sois au bord de faire une connerie pour réalisera chance, quelle conne !

Unohana rit.

- Ne vous inquiétez pas, j'ai déjà vu des femmes dans votre cas. Alors, j'annule l'avortement, n'est-ce pas ?

- Et comment ! A la place de perdre mon bébé, je vais rentrer et faire l'amour avec mon homme que j'ai délaissé alors qu'il avait pigé la chance qu'on avait, LUI ! Au revoir capitaine, on se verra à la prochaine échographie !

Et Joyuki sortit en courant.

Abarai était au plus mal.

- Voilà…c'est fait, elle n'a plus le bébé…Songea-t-il en voyant l'heure.

Le lieutenant fut pour le moins surpris de voir sa femme rentrer en courant et souriant. Il quitta la fenêtre.

- Elle est si heureuse que ça de ne pas être maman…Jamais, jamais elle ne voudra d'enfants…Se lamenta-t-il.

- RENJI ! Hurla Joyuki en lui sautant au cou et l'embrassant. Renji, je n'ai pas avorté ! Je garde le bébé !

Le lieutenant mit quelques temps à assimiler la nouvelle.

- C'est vrai ? Sourit-il, réellement heureux.

- Oui ! J'ai réalisé qu'en fait j'en voulais et que c'était une chance d'avoir un bébé ! Je veux garder celui-là, et on en fera d'autres derrière !

- Tu pouvais pas me rendre plus heureux !

- D'ailleurs, au sujet de faire des petits frères et des petites sœurs, faudra pas songer à perdre la main…Suggéra Joyuki en poussant son mari vers le lit.