Chapitre 24 : Une grossesse spéciale.
Coincée entre le mur et le corps de son frère, Joyuki était désarmée face au comportement de Byakuya.
Elle ne savait plus quoi penser de son aîné. Il l'avait méprisée, reniée, et maintenant le voilà qui la serrait contre lui comme si elle était sa bouée de sauvetage au milieu d'une mer déchaînée.
Qu'était-elle censée faire ? Le repousser, et sûrement le perdre à tout jamais, ou accepter ce baiser si lourd de sens, accepter ce qu'il lui proposait secrètement dans cet acte d'amoureux : une liaison, interdite et secrète ?
Car, même sans avoir prononcé un mot à ce sujet, elle savait très bien que c'était cette proposition que lui faisait Byakuya en ce moment. Bon dieu ! Son frère était donc désespéré au point d'en arriver là ?! Joyuki savait à quel point son aîné respectait les liens du mariage, et même s'il n'approuvait pas celui l'unissait à Renji, il le portait en haute estime, comme n'importe quel mariage.
Pour que Byakuya lui propose de commencer à transgresser ce lien matrimonial pourtant sacré à ses yeux et, en plus, d'avoir une vraie liaison incestueuse et plus seulement quelques gestes trop tendres pour être d'un frère, le Kuchiki devait vraiment être aux abois, devait vraiment avoir une terrible peur de cet enfant qu'elle portait, et qui semblait signer son arrêt de mort.
Jamais elle n'avait senti Byakuya aussi apeuré. Mais, elle ne pouvait décemment pas le laisser continuer sur cette voie, et chaque seconde qui passait sans qu'elle ne proteste était un faux espoir de plus qu'elle allumait en le cœur de son frère.
Doucement, tout doucement, elle posa sa main sur le torse de Byakuya et le poussa, juste de quelques millimètres, craignant qu'en instaurant trop de distance, il ne le prenne comme un abandon définitif.
Byakuya, étrangement, ne le prit pas mal. Sa sœur avait mis de longues minutes à l'interrompre dans son baiser, et il prenait ça pour un signe positif. Même mariée et enceinte, elle ne le repoussait pas, alors qu'il venait d'aller réellement loin dans ses actes et paroles. Son moral se regonfla un peu. Il aura toujours l'avantage sur Renji, il en était sûr à présent. Si, même une fois le cocon Abarai refermé, Joyuki continuait à lui céder ainsi, c'était bien qu'il lui était indispensable, non ?
- Je crois… que je vais rentrer… Dit Jo.
Byakuya la laissa partir sans opposer de résistance, mais Joyuki se stoppa à l'entrée :
- Je n'ai pas…accepter ta demande. Précisa-t-elle.
Byakuya haussa un sourcil. Sa demande ? Quelle demande ?
- De quoi tu parles ?
D'abord tentée de croire que son frère jouait l'ingénu, Joyuki finit par comprendre que, dans sa panique, elle avait trop extrapolé. Ce baiser n'était pas une demande d'inceste, ça ne correspondait pas à Byakuya à cause de l'infini respect qu'il portait au mariage, c'était juste une façon de « marquer son territoire », de se prouver qu'elle ne l'abandonnerait pas. Comment lui en vouloir ?
- Laisse tomber, c'est moi qui délire. Dit Joyuki avant de sortir pour de bon.
Elle rencontra dès lors son deuxième problème : Renji. Décidément.
Abarai la dévisagea, l'air de demander si tout allait bien. Joyuki passa précipitamment son chemin. Renji était du genre tactile, il sentirait le parfum de Byakuya sur elle, et surtout, un goût inconnu sur ses lèvres dont il ne tarderait pas à trouver le propriétaire. Elle devait changer de vêtements, et se laver le visage. Vite.
D'un coup de shunpo, elle se retrouva chez elle. Bien entendu, Renji devinant sa destination et étant lui-même rapide, il ne s'écoula que quelques secondes avant qu'Abarai n'arrive chez lui, juste à temps pour entendre le verrou de la salle de bain cliqueter. Il frappa à la porte.
- Jo ? Ca va ?
De l'autre côté de la cloison, la Kuchiki reçu une illumination divine et mima un bruit de vomissements en criant « foutue grossesse ! » Le plan était parfait. Renji allait croire qu'elle s'était précipitée ici car elle avait senti la nausée monter, et elle changerait de vêtements en prétextant s'en être mis partout, peut-être même qu'une douche allait s'imposer, histoire de définitivement chasser toute odeur corporelle.
Elle sortit vingt minutes plus tard, fraîche comme un gardon.
- Ca va mieux ? S'enquit Renji qui, entendait les bruits dans la salle de bain, n'avait pas insisté tout à l'heure.
- Oui, oui. Toute façon, va falloir s'y faire…
- Et… avec ton frère ?
- Oh euh… je pense que c'est arrangé.
Même si Joyuki ne gardait pas de rancune contre Byakuya, elle n'avait qu'une idée floue sur ce qu'il ressentait à présent. Il allait sûrement être temporairement soulagé de savoir son « emprise » sur elle affirmée, mais ensuite ? Quand elle serait moins disponible à cause de son bébé, qu'allait encore inventer son frère ?
Le temps où juste des paroles suffisaient à réconforter Byakuya était révolu. Et là tout était le problème, Byakuya semblait devenir « gourmand » de preuve d'affections, et Jo craignait le jour où même un baiser ne suffira plus, et où Byakuya demandera plus. Quelle galère… Comme si elle ne se sentait pas déjà assez coupable vis-à-vis de Renji !
Heureusement pour les nerfs de la jeune femme, l'ambiance devint nettement plus légère durant les mois qui suivirent. Enfin, c'était surtout Renji qui se marrait comme un veau, et à ses dépends en plus !
En effet, déjà que la jeune femme n'était pas d'un calme olympique dans ses jours ordinaires, avec les poussées d'hormones en plus, les sautes d'humeur allaient de bon train, et chacun d'elle était un grand moment à tous les coups…
- J'ai faim. Déclara Joyuki à une heure du matin.
Complètement dans les vapes, Renji réussit à bredouiller d'une voix rauque :
- C'que t'veux manger ?
- HEIN ?! MANGER, MOI ?! TU ME TROUVES PAS ASSEZ GROSSE COMME CA ?! Explosa Jo en allumant la lumière et écartant les draps pour montrer un ventre qui commençait à se bomber.
- Mais… c'est toi qui parlais de manger…
- NON MAIS VAS-Y ! METS-MOI TOUT SUR LE DOS ! GENRE T'AS PAS CONTRIBUE A MA GROSSESSE, LACHEUR ! T'ETAIS POURTANT PAS AUX ABONNES ABSENTS CE SOIR-LA !
La Kuchiki marqua une pause, puis ajouta en pleurant:
- Je suis déjà si grooooooosse.
- Mais c'est normal pour une femme enceinte.
- CRETIN ! TU DEVAIS DIRE « MAIS NON CHERIE T'ES PAS GROSSE » !
- Mais t'es pas grosse voyons, c'est uniquement ton ventre qui…
- QUI GONFLE COMME UNE BARRIQUE ?!! NON MAIS VAS-Y, DIS-LE, T'EN MEURS D'ENVIE !
Abarai roula des yeux en retenant un sourire :
- Bah, même obèse, tu sais que je t'aimerai quand même. Tenta-t-il en s'approchant pour un baiser.
- OBESE ?! Ah okay, je ne suis pas GROSSE, je suis CARREMENT OBESE ! MERCI CHERI ! EN FAIT T'AIMES CA LES GROS BIDES C'EST CA HEIN ?! Et… Et tu vas me quitter pour Oomaedaaaaaa !
Une grosse crise de larmes s'en suivit, et Abarai passa un bon quart d'heure à consoler sa femme en lui assurant qu'il ne la quitterait jamais pour le lieutenant de la deuxième division.
Mais, vers trois heures du matin, Joyuki chantonnait dans sa cuisine sur l'air de « nuit de folie » :
- Et tu gonfles, gonfles, gonfles, ce gros ventre qui te plait. Et t'accouches, t'accouches, t'accouches, c'est ta façon d'aimer. Ce rythme qui t'entraîne jusqu'à l'échographie, réveille en toi le tourbillon d'un vent d'chantilly !
Et elle finit justement sa chanson improvisée en noyant un kilo de fraise sous une montagne de chantilly. Abarai, voyant que les talents musicaux de sa femme surpassaient à peine ses goûts alimentaires, préféra se rendormir et faire comme s'il n'avait rien entendu.
- Jo, je serais toi, je ne jouerais pas avec ça… Prévint Renji.
Mais Joyuki ne l'écoutait pas, le matos de la quatrième division était trop marrant pour qu'elle se retienne, et le gros ordinateur de l'échographie qu'elle utilisait pour se scanner le bras était absolument tordant, malgré une image pourrie.
- Je vois rieeeeen ou presque ! Méchant machine !
Abarai soupira, après le mode « grosse colère », « larmes incontrôlées » et « goinfre à estomac sans fond », il découvrait celui sur lequel était actuellement bloquée sa femme « grosse gamine de six ans qui fait joujou avec le matériel hospitalier ». Fichues montées d'hormones…
Unohana finit par pénétrer dans la pièce. Joyuki abandonna immédiatement son jouet et alla se rallonger sur la table d'examen. Le capitaine prit la parole :
- Bonjour Joyuki, Abarai Fukutaicho. Je suis ravie de vous voir, Joyuki, vous avez l'air de vous porter à merveille.
- Ouais !
Unohana avisa Renji qui avait encore sa tête du réveil. Avec sa femme qui se réveillait toutes les deux heures, les nuits étaient un peu longues pour lui en ce moment… Finalement, la grossesse était encore plus dur à supporter pour lui que pour la future maman.
- Vous n'êtes pas venue faire l'échographie du troisième mois si je me souviens bien, Joyuki.
- J'étais en mission sur Terre.
- Oh, je vois. Et bien vous allez vous rattraper avec le cinquième mois. Malheureusement, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous…
- Quoi donc ? Le bébé va mal c'est ça ?! J'en étais sûre que c'était pas normal que je sois aussi grosse au bout de juste cinq moi ? Je me suis trop empiffrée et le bébé est obèse c'est ça ? Il est pas terminé mais comme il a plus de place, on va devoir le faire sortir et il va pas survivre et je suis une mauvaise mèèèèèèèèère.
Mode « larmes incontrôlées », re-bonjour !
Unohana les regarda, un peu incrédule :
- Vous n'avez jamais pensé que vous pouviez juste attendre des jumeaux ?
L'énorme blanc qui suivit confirma que, non, ils n'y avaient jamais pensé. Renji éprouva le soudain besoin de s'appuyer sur la table la plus proche et Joyuki eut un mal de chien à faire rentrer ses yeux dans leur orbite.
- Nous allons vérifier ça tout de suite. Sourit Unohana, amusée.
Le capitaine s'approcha alors de la machine avec laquelle Joyuki faisait mumuse juste avant son arrivée.
- Vous allez pas utiliser ça ?! On voit que dalle ! Protesta Jo.
- Et la mauvaise nouvelle ? C'était quoi au fait ? S'enquit Renji au même moment.
- Et bien c'est justement en rapport avec le matériel. Zaraki Taicho s'est perdu dans les couloirs de ma division il y a deux jours. Il cherchait la chambre du jeune Kurosaki pour une histoire de duel et de revanche et il a atterri à la maternité. Il a détruit notre matériel de point d'échographie d'un mauvais coup de réiatsu.
- Oh non ! Grogna Jo.
- C'est pas de chance… Compléta Renji.
Unohana appliqua un gel translucide sur le ventre rebondi de la Kuchiki et commença à y passer un objet qui n'était pas sans rappeler celui qu'utilisait les caissières de grande surface pour lire les codes barre. Une image apparut sur un écran, de qualité moyenne, floue par endroits.
-Vous voyez ? Vous attendez bien des jumeaux.
Renji était littéralement scotché à l'image noire et grise. Joyuki, elle, tordait la tête dans tous les sens histoire d'identifier un bras ou une jambe.
- Voulez-vous savoir leur sexe ?
Joyuki donna sa réponse, pas peu fière. Au moins un point sur lequel Renji et elle s'étaient concertés :
- Oui. Comme on commence à préparer la chambre et à acheter les vêtements, on aimerait savoir pour pas acheter des robes si on a deux garçons par exemple.
- Gagné, sourit Unohana. Ce sont deux petits garçons.
Renji sourit bêtement. Joyuki, elle, pointa un doigt menaçant sur l'écran :
- Je vous préviens les gars, le premier qui ressemble trop à son père, il aura de mes nouvelles.
- Hé ! Protesta Renji.
- Vous avez déjà réfléchi aux prénoms ?
- Euh…non. Avoua Abarai.
- Ah ouais merde, les prénoms. On peut pas les appeler « numéro 1 » et « numéro 2 » ?
Unohana parut choquée. Renji, lui, semblait trop habitué aux conneries de sa chère et tendre pour s'indigner à chaque fois.
- Je déconnais. Précisa Joyuki.
- Ca va être un peu galère… personnellement, j'ai peur de leur filer un prénom trop moche et importable…
- Pareil. Affirma Jo.
- Ne vous inquiétez pas pour ça. Sourit le capitaine. Voulez-vous que j'imprime l'échographie ?
- Ca sert à rien, on voit que dalle. Bougonna Jo, visiblement repassée en mode « hormones qui me font bouder pour un rien ».
- J'en veux bien une personnellement. Souffla Renji, déjà catalogué comme futur papa-poule.
- UNE ?! Mais pourquoi UNE SEULE ?! Tu les trouves pas beau tes fils peut-être ?! Je veux une centaine de copies de cette image, et j'en collerais partout dans le Seireitei, et dans mon bureau, et dans ma chambre ! Ils sont si mignooooons !
Bienvenue à toi, mode « totalement accro à ces gosses »
Plus tard, dans l'après-midi, Byakuya s'évertuait à étudier l'espèce de forme grise sur fond noire que sa sœur lui collait sous le nez depuis près de dix minutes.
- Un nuage ? Proposa-t-il.
- Non ! Essaie encore !
- … Une de tes créations pâtissières ?
- Mais t'es miro ou quoi ? C'est mon échographie !
Byakuya écarquilla les yeux, fit pivoter le papier glacé de 90°. Ca se tenait dans quel sens, au juste ?
Joyuki, après plusieurs tentatives infructueuses, remit enfin la « photo » de ses deux bambins dans le bon sens :
- Tu vois, là c'est la jambe de l'un et… non attends c'est peut-être un bras en fait… Ah non je sais ! C'est la cuisse de l'autre ! Mais ils sont serrés dis donc !
- Quelle est cette substance blanche derrière eux ?
- Ah ça… On sait pas justement, ça a pas mal inquiéter Unohana, surtout qu'avec son matos pourri, y'avait pas moyen d'avoir une image plus nette. Mais finalement, on pense que c'est juste une poche de réiatsu qui s'est formé dans le placenta. Visiblement, ce serait assez courant chez les Shinigamis.
Malgré ses cinq petits mois de grossesse, Joyuki avait l'impression d'être à terme C'est qu'ils prenaient de la place et grossissaient comme des ballons de baudruche, les deux petits ! Sans compter la poche de réiatsu qui semblait prendre de plus en plus de place elle aussi.
Mais, il y avait quelque chose de pire que de prendre du ventre pour une femme en attente d'un enfant…
- PUTAIN !
Enragée, Joyuki jeta par la fenêtre son soutien-gorge trop petit, faisant le bonheur d'un Shinigami qui passait en-dessous à ce moment là par la même occasion.
- J'EN AI MARRE DE MES PASTEQUES PUTAIN !
Renji eut le malheur d'entrer dans son champ de vision à ce moment là, alerté par le juron poussé plus tôt :
- C'est ta faute si je me traîne ces seins de malade ! Tu sais ce qui vient de devenir trop petit, hein ? LE SOUTIF DE RANGIKU !!! TROP PETIT ! Non mais tu te rends compte ?!
- Bah…
- Je suis une devenue une vraie vache laitière… Sans déconner, j'attends des jumeaux mais j'ai de quoi nourrir la moitié des bébés du monde réel avec mes obus…
