Chapitre 28 : Intrusion.
- Hé, Renji, tu veux un peu de lait dans ton café ? Rit Joyuki en saisissant un de ses seins, prête à apporter une modeste contribution mammaire à la boisson de son mari.
Oui, la jeune maman était en pleine forme. Quant au papa, il avait fini par se mettre définitivement au café, histoire de tenir le coup avec trois enfants et une femme à peine plus mature.
- Franchement Jo ! Gronda Renji en posant sa tasse et essayant de comprendre, bon sang, dans quel sens se mettait cette fichue couche. Si au moins le petit arrêtait de bouger.
- Quoi « franchement Jo » ? Je suis une vache laitière, je me conduis comme telle, c'est tout.
Renji roula des yeux, l'air agacé. Si jamais il trouvait le membre de la quatrième division qui avait laissé échapper cette expression près des oreilles de sa chère et tendre…
- T'es pas d'accord, toi, que maman c'est une vache à lait ? Demanda Jo à son cadet devant l'absence totale de réaction de sa moitié.
Le bébé sembla réagir et ouvrit vaguement une émeraude avant de se rendormir, l'air de dire que sa mère pouvait tout aussi bien lui demander son avis sur la situation géopolitique du soixante-dix-huitième district qu'il serait tout aussi passionné.
- Ah non merdeuh ! Beugla Renji.
- Qu'est-ce qui se passe encore ?
- Il m'a encore pissé dessus !
- Bravo mon fils ! Lança Joyuki.
L'aîné rit et s'applaudit. On frappa à la porte.
- Entrez ! Invita Jo.
- Bonjour Joyuki, Renji. Salua Unohana.
- Bonjour. Répondirent en chœur les amoureux.
- Abarai Fukutaicho, vous voulez un coup de main ? Se proposa aimablement le capitaine en voyant l'uniforme tâché du lieutenant et l'aîné qui déchirait toutes les couches près de lui une à une.
- C'est pas de refus. Je vais me changer.
Unohana prit le relais auprès du petit, le changea et l'habilla.
- Bon sang, quelle énergie il a. Constata joyeusement le capitaine en attrapant la jambe de l'aîné qui s'enfuyait en rampant sur la table à langer.
- A croire qu'il a piqué toute celle de l'autre. Fit Joyuki en désignant le cadet qui roupillait dans ses bras.
- Disons qu'à eux deux ils font une moyenne.
Unohana garda l'aîné dans ses bras, essayant de l'intéresser à un hochet dont il ne se saisit que pour le balancer en direction de la porte. Manque de chance, Renji revenait justement à ce moment là et se le prit en pleine poire.
- Ce gosse ne m'aime pas ! Clama-t-il.
- Ne dites pas de bêtise, Abarai Fukutaicho, il est juste trop petit pour se rendre compte de ce qu'il fait.
Le bébé lui fit un sourire colgate et s'applaudit une nouvelle fois. Son père alla bouder près de sa femme toujours alitée.
- C'est étonnant que ce petit ait déjà le reflex du sourire et du rire.
- Unohana Taicho… vous n'êtes pas venue uniquement pour changer les couches, n'est-ce pas ?
Le doux sourire du capitaine s'effaça progressivement. Elle hocha la tête et confia l'aîné des Abarai à son père, soudainement sérieuse.
- Comment va le petit dernier ? Hasarda Joyuki.
- Actuellement, votre bébé est toujours sous aide respiratoire. Il nous a causé quelques frayeurs cette nuit, pour tout vous dire. Vous pourrez le voir d'ici demain j'espère, quand il sera assez costaud pour sortir de la couveuse.
Les deux parents lâchèrent un soupir de soulagement. Unohana sourit en récupérant les biberons que Joyuki avait rempli grâce au tire-lait.
- Et vous leur avez trouvé des noms aux boules de cheveux ?
Renji roula des yeux, sincèrement énervé :
- Ça te gênerait de parler de mes gosses autrement, crétin orange ?
- Nan bah désolé mais c'est des boules de poils tes gosses. On dirait presque des peluches.
- Ichigo, t'arrête tout de suite les surnoms à la con où je te défonce !
- Mais c'est mignon les peluches ! Protesta le roux.
- C'est le côté poilu qui me plaît pas.
- Ouais bah dis ce que tu veux mais ils sont quand même loin d'avoir l'imberbité crânienne d'Ikkaku !
- Imberbité crânienne....
- Bah ça veut dire qu'il est chauve quoi.
- Merci j'avais compris, je me demande juste où tu vas pêcher autant de conneries...
- ET JE NE SUIS PAS CHAUVE ! J'AI LE CRANE RASE !
- Ikkaku ?! Mais qu'est-ce que tu fous à l'étage de la maternité ? S'étonna Renji.
- Bah à ton avis Ducon ?
- Euh... T'as senti le réiatsu d'Ichigo et t'es venu le défier en combat ? Proposa le vice-capitaine, plein d'espoir.
- HEY ! S'indigna le rouquin qui craignait que le chauve ne trouve l'idée excellente.
- Nan j'suis pas là pour ça. Par contre, Zaraki Taicho vient par là et lui il est vraiment là pour t'en mettre sur la gueule, Ichigo.
- MAIS MEEEEEEEEEEEERDE ! S'époumona la fraise nationale en s'enfuyant par la fenêtre, suivi de près par un courant d'air au rire psychopathe qui s'avéra être Kenpachi.
- J'étais venu voir tes gosses, crétin tatoué. Il paraît que t'as un vrai monstre dans le lot ! Je veux voir le spécimen ! Bah quoi ? Me regarde pas comme ça ! C'est les sages-femmes dans le couloir qui ont vendu la mèche. Annonça Ikkaku après un petit silence en hommage à Ichigo dont l'espérance de vie devait s'être cruellement raccourcie.
- MON FILS UN MONSTRE ?! REPETE ENFOIRE ! Beugla Joyuki, demeurée miraculeusement calme.
- Il est là, le monstre. Contredit Renji en pointant l'aîné du doigt.
Ikkaku s'approcha du berceau désigné et observa le petit être occupé à mâchouiller le bord de sa couverture.
- Il a pas l'air très dangereux... Commenta Madarame, déçu.
- Il a deux jours en même temps. Lâcha Joyuki.
- Ouais bah même ! Je pensais trouver un bonhomme un peu plus...
Il fut interrompu par ledit bonhomme qui venait de lui régurgiter son biberon en pleine figure.
- Tu disais ? Sourit Renji en tendant une serviette à son ancien entraîneur.
Ikkaku s'essuya rageusement, puis éclate du rire doux, discret et distingué si propre à la onzième division.
- Voilà ! C'est ce genre de gosse que je voulais trouver ! Ton fils a un avenir tout tracé dans notre division, Renji ! Félicitations !
- Euuuh oui merci...
- Mon bébé, mon tout petit bout de chou à la onzième ? Jamais ! Cria Joyuki.
- Au fait Ikkaku, comment t'as su qu'ils étaient nés ? Et comment Ichigo a su lui aussi ?! On a même pas encore pu alerter tout le monde par téléphone !
- Hanatarô a prévenu Ichigo et Rukia, t'as oublié ? Rappela Jo.
- Et l'oursin roux nous a croisé avec le capitaine Zaraki sur le chemin, alors il nous a appris la nouvelle.
Joyuki baissa les yeux sur son cadet, se demandant intérieurement si Rukia avait averti Byakuya quant à la naissance de ses neveux. La Kuchiki sortit de ses rêveries quand la porte s'ouvrit de nouveau. Elle songea un instant que son illustre frère allait faire son apparition, mais ce fut un Ichigo au bord de la déshydratation qui s'écroula sur le sol.
- T'as semé Zaraki ? Lui demanda le vice-capitaine, nullement troublé par l'état comateux de son ami.
- Pas pour longtemps. Mais tu m'as pas répondu pour les gosses, vous avez des prénoms ou pas ? Articula péniblement le Shinigami remplaçant.
- T'es revenu juste pour ça ? Fit Jo, incrédule.
- Je savais pas où m'enfuir, alors tant qu'à faire....
- Le grand aux yeux bleus c'est Kimo, et l'autre Yumi. On a pas encore de prénom pour le troisième, vu qu'il était pas prévu. Annonça fièrement le tatoué de service.
- … 'sont nases vos prénoms.
- Répète ça et c'est pas Zaraki qui te collera au train mais moi ! Menaça Renji.
- ICHIGO ! REVIENS ICI ! Gronda une voix reconnaissable entre mille.
Le sus-nommé hurla à la mort et repassa par la fenêtre, toujours suivi de très près.
- Yumichika n'est pas avec toi, au fait ? S'étonna le vice-capitaine en se tournant vers Ikkaku.
- Il a dit qu'il voulait pas les voir tout de suite parce qu'il paraît que les morpions juste après la naissance, c'est trop moche.
- Ah parce qu'il se croit beau l'emplumé de service ?! S'indigna Joyuki.
- Jo, reste calme.
- Je fais c'que j'veux ! Et si je veux lui fumer sa gueule parce qu'il dit du mal des mes adorables morveux, bah je le fais et puis c'est tout ! Nan mais oh.
Les deux hommes la dévisagèrent profondément.
- Bah quoi ? Oui j'ai plus de neurone et alors ? Je suis devenue folle moi au milieu des « poussez madame, POUSSEZ ! »
***
Joyuki composa le numéro d'un air beaucoup moins assuré qu'elle n'en avait l'air. Elle s'apprêta à lancer l'appel, le pouce tremblant au-dessus de la touche quand la voix grave de Renji l'interpella :
- Tu veux que je le fasse ?
Elle porta ses yeux bleus emplis d'une gratitude sincère sur son mari et lui tendit le portable. Renji valida le numéro sans hésiter, porta le combiné à son oreille.
- Allô ?
La voix polaire avait répondu.
- Euh... Bonjour capitaine ce euh.... c'est moi.
Il marqua une longue pause.
- Que me voulais-tu ? Incita Byakuya.
- Bah.... c'était pour vous dire que.... voilà quoi...
Joyuki roula des yeux sous l'éloquence de son conjoint.
- J'ai peur de ne pas saisir. Lâcha le noble.
Ce fut Yumi qui vola au secours de ses parents d'une manière pour le moins inattendue et personnelle. Il se mit à pleurer, assez fort pour que ses jérémiades parviennent aux nobles oreilles de Byakuya. Il n'en fallut pas plus au Kuchiki pour comprendre la situation.
- Je vois. Dit-il d'une voix blanche.
Il raccrocha, laissant presque le téléphone lui échapper des mains.
- Allô ? Capitaine ? Lança Renji dans le vide.
Il referma le clapet du portable :
- Il a raccroché.
Le deuxième siège sembla hésiter, puis se leva dans un froncement de sourcils.
- Où tu vas ? Demanda Joyuki.
- J'ai un truc à faire.
Byakuya quitta son bureau, fit glisser le panneau de sa chambre pour faire rentrer l'air. Alors ca y était, la famille Abarai était définitivement fondée. Il s'agrippa au bord d'un meuble, se sentant mal à l'aise. Joyuki pouvait lui dire ce qu'elle voulait, il se sentait toujours aussi esseulé, avait toujours cette sensation d'avoir perdu sa sœur, de l'avoir cédée à un autre. Il avait perdu son dernier repère. Le Kuchiki replongeait dans sa mélancolie quand un domestique l'apostropha, le ramenant à la réalité.
- Kuchiki-sama, votre vice-capitaine est là, il souhaite vous voir.
Surpris par l'initiative de Renji, Byakuya ne le renvoya pas. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais le poing du roux fila à vitesse grand V en direction de sa mâchoire. Le choc des phalanges de Renji contre son os lui fit perdre l'équilibre et il percuta le mur à côté de lui. Quand le noble releva la tête, le lieutenant démontait consciencieusement les gardes venus en rescousse à leur maître. La tâche accomplie, le vice-capitaine se tourna à nouveau vers son supérieur. Byakuya posa la main sur Senbonzakura en signe de dissuasion, mais Renji ne ré-attaqua pas, se contentant de montrer son poing en déclarant :
- Ça, c'est pour avoir failli foutre en l'air mon mariage.
Très loin de laisser passer la chose, Byakuya allait répondre quand Renji poursuivit :
- Non ! Bouclez-la et écoutez pour une fois ! Pendant un moment, je vous ai pris pour un vrai tordu d'avoir foutu Joyuki dans la merde comme vous l'avez fait alors que vous prétendiez tenir à elle ! Et finalement j'ai réussi à comprendre ce que vous ressentiez... parce que j'ai vécu la même chose. En cogitant à ce que m'a raconté Jo sur vous, je me suis souvenu que j'avais le même mal-être quand vous avez adopté Rukia dans la famille Kuchiki. Moi aussi je me suis senti abandonné, seul au monde, mais c'est pas pour autant que je vous ai moisi la vie ! Pourquoi vous pensez que vous pouvez pas être heureux avec Jo si je suis là ?! Pourquoi vous pouvez pas envisager que la vie avec Joyuki et vos neveux, ça peut être cool ?! On sera juste plus nombreux que prévu dans votre vision de la vie parfaite avec Jo, mais est-ce vraiment une perspective si insurmontable pour préférer foutre nos vies en l'air ?! Joyuki aurait pu stresser et faire une grossesse nerveuse. On aurait pu divorcer. Mais tout ça vous vous en foutiez ! Tout ce qui comptait c'était que vous l'ayez rien que pour vous ! En admettant que je sois écarté, vous auriez fait quoi des gosses une fois nés, hein ? Vous les auriez noyés comme des chatons des fois qu'ils viennent vous gêner vous et Jo ?! Ni moi ni mes gosses ne vous empêcheront de voir Joyuki, vous pigez ça ?! Vous n'avez pas à avoir peur ! Alors... je suis désolé si vous sentez plus votre mâchoire pendant les deux jours à venir, mais au moins cette fois, c'est clair !
Devant tant d'aplomb, le capitaine ne trouva rien à dire. Les arguments de Renji frappèrent peu à peu son esprit, le marquèrent. Et si c'était possible ?
***
C'était le grand jour pour les Abarai. Ils allaient pouvoir ramener leurs petits chez eux. Les trois, dont un qu'on allait leur amener prestement.
- C'est moi qui le prend dans mes bras ! Clama Joyuki.
- C'est toujours toi qui les prend en première !
- Normal, j'suis la môman.
- Bah moi je suis le père ! C'est aussi important !
- Hey ! Qui c'est qui les a mis au monde ?!
- Bah.... nous deux sans un sens.
- Que dalle ! Ils sont sortis de mon ventre à moi ! Priorité maternelle absolue !
- C'est pas juste...
- Peut-être, mais ça m'arrange.
Unohana entra, portant un petit bout emmailloté dans ses bras. Elle se dirigea vers Joyuki, souriante.
- Votre bébé a finalement mieux récupérer que prévu. Il est en pleine forme. Félicitations.
- A moi ! A moi ! A moi ! Réclama Joyuki en tendant les bras comme un gosse qui voudrait qu'on lui offre un jouet.
Le capitaine rit de cette réaction et cala doucement le nouveau-né dans les bras de sa mère.
- Oh. S'étonna Joyuki en écartant les pans de la serviette qui cachait son visage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Renji en s'approchant.
- Il ne ressemble pas du tout aux autres.
Le vice-capitaine distingua bientôt une touffe de cheveux noirs surmontant un petit crâne blanc comme neige. Deux grands yeux bleus s'ouvrirent à demi, se plantant directement dans les orbes bruns de son père. Renji en sursauta. Ce petit avait un regard plus que pénétrant. A vrai dire, il semblait comprendre... comprendre qui il était, comprendre qui était Renji, comprendre à qui il ressemblait....
Percevant le malaise, Unohana s'éclipsa, laissant le couple seul avec le nouveau membre de la famille. Joyuki, à qui la ressemblance du petit dernier n'avait pas échappée, leva timidement les yeux sur son mari.
- Il ressembla à ton frère. Lâcha sèchement Renji.
Encore une fois. Encore une fois Byakuya avait trouvé le moyen de se mettre entre eux. Entre lui et Jo. Que lui restait-il de privé avec Joyuki s'il arrivait même à s'immiscer parmi leurs enfants ? C'était trop bête, dire qu'il venait de mettre les choses au point avec son capitaine. Dire que ledit capitaine n'avait pas bronché d'un iota. Était-ce parce qu'il avait deviné qu'il avait encore une carte à jouer en la personne de leur benjamin ? Était-ce parce que la ressemblance avec son neveu était de son forfait ?! Non, ce n'était pas possible, cet enfant ne pouvait être que le sien.
- Tu sais... Byakuya et moi avons le même patrimoine génétique. Tenta Joyuki.
- Il a ses yeux. Continua Renji.
- Il a mes yeux. Byakuya et moi avons les mêmes, ceux de notre mère.
- Il a les mêmes cheveux.
- Des cheveux noirs, c'est plutôt courant. Il me ressemble Renji. Il me ressemble à moi. Ne juge pas ce petit juste parce qu'il tient un peu de l'oncle. Byakuya et moi sommes de la même famille, c'était à prévoir.
Renji observa en silence les yeux toujours fixés dans les siens. Il se comportait même comme son oncle. Ce regard si transcendent, si froid, il ne l'avait jamais retrouvé que chez une seule personne. Mais peut-être délirait-il ? Après tout, comment un enfant pourrait-il avoir un regard hautain ? Le vice-capitaine se massa les tempes, fatigué. Au même moment, le petit dernier se mit à crier de faim. Renji releva la tête et sourit.
- Voilà. Ça c'est déjà un comportement de bébé un peu plus normal. Songea-t-il.
***
Joyuki et Renji se réveillèrent pour la quatrième fois de la nuit.
- Jo, rassure-moi... Ça pleure pas toutes les nuits comme ça, si ?!!!
- Si. Et on en a pour un bout de temps encore.
Le tatoué soupira et se tourna vers sa femme, prêt à lui demander si elle voulait bien avoir l'extrême obligeance et amabilité de se charger du pleureur. Manque de chance, Joyuki était déjà passée en mode « yeux de cocker » et il ne put que céder.
- Okay, j'y vais... Soupira-t-il.
Joyuki se retint de crier victoire. A la place, quelques minutes plus tard, ce fut Renji qui cria.
- Qu'est-ce qui se passe, amour de ma vie ? Minauda-t-elle, persuadée que son cher et tendre avait pris peur face au contenu d'une couche.
- Je viens d'ouvrir la couche du petit dernier ! Répondit le vice-capitaine.
- Bingo. Songea Jo.
- C'est une fille !
- HEIN ?!
