Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
2 - La santé, TOUJOURS la santé
Des éclats de voix, un verre qui tinte, le sifflement d'une bouilloire, tout près ; ce furent les premières choses que remarqua Al en reprenant ses esprits. Il renifla l'odeur apaisante du thé aux herbes, goûta sur sa langue un morceau de chocolat au lait qui fondait délicieusement en lui procurant un sentiment de bien-être providentiel.
– Écartez-vous, fit-on à côté. Mlle Weasley, cessez de vous mordre la lèvre, vous allez vous faire mal.
Al ouvrit les yeux, prudemment. La lumière des bougies lui brûla la rétine. Il se mit une main devant le visage mais la reposa bien vite : elle refusait de lui obéir... Il se sentait faible, trop faible. Un millier de pensées et de souvenirs l'assaillirent ; il sentit une nausée affreuse lui tordre la gorge.
– Tenez, buvez ça.
Mlle Pint, la sorcière en charge de l'infirmerie, le soutenait d'un bras tout en avançant vers sa bouche un verre d'un liquide bleu nauséabond. Al fit mine de le repousser, en vain : quand Mlle Pint voulait que ses patients lui obéissent, il ne servait à rien de lui résister.
– C'est bon pour vous, dit-elle sur un ton qui ne permettait aucune réplique.
– Pas bon, réussit-il à croasser après la première gorgée.
– Peu importe si ça a un goût de poisson pourri, si cela peut vous rendre la santé !
– Beûrk, fit James.
Al remarqua enfin son frère qui se tenait à son chevet, les cheveux tout ébouriffés et ses protections de quidditch encore en place sur lui. Il avait dû se précipiter de l'entraînement en apprenant qu'Al s'était réveillé. Rosie se tenait à côté de lui, serrant contre sa poitrine un livre de sortilèges.
– Ça va, Al ? fit-elle, la voix agitée de tremblements.
Al lui fit un sourire qui se voulait rassurant, mais soit il n'était pas très convaincant, soit il devait paraître plus pitoyable qu'il ne l'avait prévu, cela ne fit rien pour apaiser son amie. Elle baissa la tête ; ses yeux étaient visiblement humides. Sans doute voulait-elle proférer des excuses, cela pouvait se deviner à sa pose et à sa manière d'ouvrir la bouche sans qu'aucun son en sortît ; mais elle n'y arrivait pas.
En voyant cela, James renifla avec emphase et se pinça le nez.
– Je suis d'accord avec Al, ce truc pue la mort ! Vous n'auriez rien de plus doux, Mlle Pint ? Il va faire fuir tout le monde avec une odeur pareille, surtout les filles !
Rosie releva un peu le nez, sourit faiblement entre ses presque larmes.
– C'est bon pour la santé, insista Mlle Pint qui faisait mine d'ignorer Rosie.
– La santé, toujours la santé, il n'y a que ça dans votre vocabulaire !
– Bien évidemment. Je suis l'infirmière de cette école, je te rappelle.
– Oui, mais...
– C'est pas grave, les interrompit Al. Je vais le boire.
Il vida le verre d'un trait, tout en faisant la grimace. Mlle Pint lui jeta un regard approbateur.
– Tâchez de vous reposer, dit-elle en attrapant un dossier plein à craquer. Mlle Weasley, vous voudrez bien m'accompagner dans la réserve ? J'ai réussi à convaincre Mme Kingsley de vous céder ces gouttes de sève de chêne millénaire que vous vouliez tant.
À ces mots, Rosie reprit sa bonne humeur habituelle. Cela faisait des mois qu'elle essayait de se procurer cet ingrédient pour son club.
– Oh merci, Mlle Pint !
L'infirmière lui fit un sourire indulgent.
– Soyez sage, dit-elle en se tournant vers les deux garçons restants. Ce qui veut dire, James Potter, pas de bêtises comme la dernière fois !
James éclata de rire. Personne n'avait oublié sa dernière frasque : il avait, lors de son dernier séjour à l'infirmerie, fait entrer par accident toute une tribu de lutins malicieux qui s'étaient dépêchés de transformer ce lieu de repos en un labyrinthe végétal certes magnifique, mais peu pratique en cas de besoin. Le concierge, Cracpoil (un vieux nain un peu ronchon qui en avait vu d'autres), avait passé la semaine à débroussailler à tout-va pour rendre sa fonction première à la pièce.
Les deux frères attendirent que Mlle Pint soit partie pour parler sans contrainte.
– Alors, frérot ? Ça va mieux ?
– Oui, oui. Les papilles un peu explosées mais ça va. Il s'est passé quoi, exactement ?
– À toi de me le dire. J'étais en train de faire mon devoir de botanique quand Neville est venu me chercher pour me dire que tu étais à l'infirmerie et que tu ne te réveillais pas. La faute à Malefoy, apparemment. Mais t'inquiète, t'as été vengé : il s'est écopé une semaine de retenue et ça lui a coûté cinquante points. Enfin, si tu veux mon avis, c'était pas assez, mais Neville a insisté sur le fait que tu étais en tort toi aussi.
– C'est vrai, chuchota Al. J'ai volé sa Pensine portable pour qu'il fasse ses excuses à Rosie.
– C'est plus ou moins ce que j'avais compris. T'en fais pas, je trouverai bien le moyen de lui faire payer ça.
Al ne répondit pas. Dans sa tête, se bousculaient tous les souvenirs de Malefoy qu'il avait récoltés avec la Pensine ; souvenirs qui avaient eu la drôle d'idée de se coller à lui au lieu de revenir à leur juste propriétaire. Il n'osait pas regarder James de peur de trahir son trouble.
– T'es sûr que tu vas bien ? T'es tout rouge.
– Oui, oui. Dis-moi, tu crois que je pourrais appeler oncle Georges ?
– Pour quoi faire ? s'étonna James.
– J'ai juste envie de parler avec lui.
– Je suppose que si on fait la demande à McGonagall... Mais pourquoi tu veux lui parler ?
– C'est à propos de ses Pensines portables. Je veux juste lui dire de faire attention avec les prochains modèles, ils sont trop fragiles.
– Il le sait déjà et même s'il ne le savait pas, il l'aurait su avec ton accident. J'ai reçu un hibou de maman. Il a passé la soirée à s'excuser auprès d'elle. T'en causes du souci, hein !
– Désolé.
Ce n'était qu'un mot ; en réalité, Al ne se sentait pas du tout désolé d'avoir été rendu inconscient par les vapeurs de la Pensine. Cela lui avait permis de voir une facette de Malefoy qu'il n'aurait jamais soupçonné autrement. Et se souvenirs, ses pensées étaient si différents du rôle qu'il tenait en face des autres ! Malgré lui, Al ne put s'empêcher de sourire. Quelque part, Malefoy était affreusement adorable.
Si seulement il était moins timide !
