Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
5- Et l'amour dans tout ça ?
Le mercredi soir était réservé aux plans de conquête du monde magique. C'était une tradition un peu idiote et certainement très désuète, mais aucun élève de Serpentard ne pouvait y échapper. Chaque année avait son jour attitré ; les première année commençaient le lundi, les deuxième le mardi, et ainsi de suite jusqu'au dimanche qui regroupait les dernière année. Al était l'un des meilleurs élèves de sa promotion et certainement le Serpentard le plus populaire de l'école, du fait de son affiliation avec le fameux Harry Potter ; c'est pourquoi plus que les autres, on comptait sur sa présence. Pour sa part, il trouvait cela parfaitement inutile : si un jour un de ces imbéciles prenait le pouvoir, ce ne serait certainement pas à l'issue d'une de leurs séances hebdomadaires.
Ce soir, ils n'étaient que six sur les onze de leur année : Thomas Grayson était malade et les quatre autres avaient refusé de participer, préférant réviser pour un examen qui les attendait le lendemain en Métamorphose.
– La première étape serait de mettre à bas le Ministère, dit Stanley. Et le remplacer par une monarchie.
– Je croyais que le sujet du jour était l'anarchie ? intervint Landon, une fille maigre aux étonnantes taches de rousseur. Ça sert à quoi de mettre le pays sens dessus dessous si c'est pour instaurer une monarchie juste après ?
– Un pays ne peut pas rester toujours dans le chaos, dit Madisson. Je suis d'accord avec Ed, on a besoin d'un roi.
– Pourquoi un roi ? dit Rebecca Finn, la plus jolie fille de leur promotion. Pourquoi ce serait pas une reine ?
– Je te soutiendrais si t'étais la reine, lui dit Goyle.
Il était de notoriété publique qu'il était amoureux de Finn, et ce depuis des années. La jeune fille lui fit son plus beau sourire.
– Merci, Ashton.
Goyle parut tout à fait ravi. L'amour était une drôle de chose, pensa Al. Les réactions étaient aussi diverses qu'il existait de personnes ; du moins, c'était ce qu'il pouvait en déduire de son expérience personnelle, qui était limitée à l'observation de son entourage. Goyle couvait Finn de ses faveurs, mais sans que la jeune fille réponde en bien ou en mal ; elle prenait simplement pour acquis tout ce qu'on lui donnait, sans rien offrir en retour. James était du genre amoureux transi et vaguement idiot avec son copain : ils étaient tout le temps en train de s'envoyer des mots doux, de se faire des papouilles quand ils croyaient que personne ne les regardait mais cela ne les empêchait pas de se disputer sur des petites choses, tout ça pour se réconcilier l'heure suivante. Rosie, elle, était un peu comme Goyle à la différence qu'elle espérait que le professeur Durand la remarque un jour, aussi ridicule cela puisse paraître.
Et Malefoy, comment envisageait-il ses sentiments ? Il ne devait pas se douter du fait qu'Al les connaissait à présent ; ou peut-être que si, si Drey avait bien fait son travail et répandu la rumeur ? Peut-être craignait-il la réaction d'Al ; peut-être s'imaginait-il qu'il allait le trahir. Vivait-il dans la peur, l'espoir, la haine ? Une semaine avait passé depuis l'incident ; certainement, il devait avoir découvert au moins qu'on murmurait dans son dos. Ce genre de secret ne le restait jamais à Poudlard.
– Moi je dis qu'on devrait tuer tous nos ennemis, dit Landon. Tu ne crois pas, Potter ?
Al haussa les épaules.
– De quels ennemis tu parles ?
– Ceux qu'on se fera inévitablement, dit Stanley. En tout cas, si on suit nos plans.
– Je ne suis pas de cet avis, dit Finn. Plutôt que de les tuer, on devrait les mettre de notre côté. Quelqu'un avec suffisamment de charisme pourrait fédérer le pays et mettre fin à cette période de troubles.
– Quelle période de troubles ?
– Aucune idée, c'est ce que n'arrête pas de répéter mon père. Il dit que depuis que Kingsley est ministre, on n'a que des problèmes dans le monde magique. Les Sang-Purs ne sont plus aussi respectés qu'avant.
– Il faut bien qu'on ajoute du sang neuf, dit Al, distraitement. Sans quoi, la magie reste confinée et elle dépérit.
– C'est faux ! Plus on fait de sélections et de croisements avec ceux qui ont un fort potentiel magique, et plus le sang est fort. C'est ce que disent tous ceux de ma famille. C'est pour ça qu'on prépare soigneusement nos alliances, non ?
Un silence gêné suivit ces paroles ; les regards étaient tournés vers Al, pour voir quelle serait sa réaction. Nul n'ignorait qu'il était issu d'une famille qui privilégiait l'ouverture du monde magique aux moldus, ou du moins la cohabitation avec eux. Al prépara sa réponse en fonction de ce qu'ils s'attendaient à l'entendre dire. Ce n'était pas bien difficile : il avait fait ça toute sa vie.
– Et l'amour dans tout ça ? C'est bien beau de préparer les unions, mais j'ai du mal à envisager une famille où les parents ne seraient pas tombés amoureux...
– L'amour n'est qu'une option, souligna Finn en jetant un coup d'œil discret en direction de Goyle. Ce qui compte, c'est le devoir et le pouvoir.
– Tu sais quoi, je savais que tu dirais ça.
Tout comme chacun de ses camarades s'attendait à l'entendre défendre l'amour et la tolérance. C'était à cause de sa famille, disaient-ils entre eux ; parce qu'il n'avait pas reçu la bonne éducation. Du côté de sa famille, on murmurait au contraire que sa présence chez les Serpentards avait un impact malheureux sur ses principes et sa notion d'humanité. En fait, seule Rosie avait une vague idée de la vérité et l'acceptait tel qu'il était, non pas comme le produit de sa famille ou de sa Maison.
Malefoy pensait-il comme Finn ? C'était fort probable, si on prenait en compte sa famille. Mais il pouvait se tromper. Beaucoup de gens se trompaient sur son compte, après tout.
Devant lui, Finn baissa les yeux.
– L'amour n'est pas fait pour des gens comme nous, chuchota-t-elle, si bas qu'Al était sûr d'être le seul à l'avoir entendue.
Il ricana.
– Tu as peut-être raison.
