Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
10- Glace
Pré-au-Lard au printemps était un ravissement. Entre le temps magnifique et les plaisirs qu'offrait la sortie, l'ensemble des élèves n'avait que des raisons de se réjouir. Certes, une ombre menaçante planait sur le monde magique, à cause de l'attentat qu'il y avait eu au ministère un mois auparavant ; mais Poudlard était tellement coupé du monde malgré la présence de moyens de communication et d'information variés qu'on avait du mal à bien se rendre compte de l'impact de la chose. Seuls les élèves dont l'un des parents avait été directement mis en cause avaient été touchés ; ceux-là avaient donc toutes les raisons du monde de ne pas se réjouir avec les autres. Al connaissait un Serpentard de sixième année dont la mère avait été tuée dans l'attentat ; Rosie, un deuxième année dont l'oncle était décédé peu après être arrivé à St Mangouste.
Le petit ami de James ne venait plus souvent le voir et cela le déprimait tellement que cela s'en ressentait dans ses résultats scolaires. Ses notes moyennes avaient plongé d'un coup ; c'est pourquoi il passait le plus clair de son temps avec ses camarades de promotion, à réviser comme un forcené pour soit-disant oublier sa peine de cœur. Dans ces conditions, pas de sortie pour lui.
Rosie avait un projet extra-scolaire à finir : la confection d'une potion d'excellence très difficile dont elle devait vérifier chaque étape avec minutie. Pas de sortie pour elle non plus : une seule minute d'inattention à ce niveau de la composition aurait ruiné le breuvage qui commençait à prendre forme.
Avec tout ça, ne restait à Al qu'à sortir avec ses camarades Serpentards. Ce n'était pas si mal, mais ce n'était quand même pas la même chose que d'être avec des personnes dont il appréciait réellement la compagnie. Qu'à cela ne tienne : Malefoy était aussi du voyage, il n'avait qu'à trouver le moyen de s'attacher à lui afin d'oublier son ennui. C'était simple, non ?
En fin de compte, chacun partit de son côté. Stanley et sa clique avait quelque chose à voir chez Weasley, Farces pour sorciers facétieux, la filiale de Pré-au-Lard qui appartenait à son oncle Georges. Les filles, elles, avaient mieux à faire : la boutique de Gaichiffon n'attendait que leur visite. La nouvelle collection Printemps-Été était arrivée depuis la semaine dernière et elles rêvaient de s'habiller à la dernière mode (ou au moins imaginer qu'elles pourraient le faire). Al se décida à accompagner Grayson jusqu'aux Trois Balais. Il avait rendez-vous avec trois de ses cousins ; ensemble, ils devaient aller au bureau de poste pour voir s'ils avaient reçu le paquet d'accessoires pour balais qu'ils avaient commandé ensemble de Londres. Al traîna avec eux une heure, puis, lassé de n'entendre parler que de quidditch, il décida d'aller à la recherche de Malefoy.
Il le trouva à Honeydukes, en train de contempler la vitrine des chocolats. Il était entouré de son groupe habituel d'amis : Kent, l'élève qui était second derrière Rosie en termes de bonnes notes, Harrington qui affichait sans honte son attirance pour lui, Jenkins dont les parents travaillaient à Gringotts... D'autres Serdaigles les accompagnaient, mais Al ne les connaissait pas aussi bien. Il s'approcha furtivement d'eux tout en faisant mine de lorgner une montagne de pralines.
– Ça n'irait pas, dit Malefoy. Ma mère déteste les fruits confits.
– Pourquoi pas ces chocolats au gingembre, alors ? J'en ai déjà goûté, les adultes les adorent.
– Ah bon ? Tu crois ?
– En tout cas, ma sœur ne jure que par ça.
Harrington se tut en apercevant Al.
– Qu'est-ce que tu fais là ? fit-elle, méfiante. T'es pas avec tes amis serpents ?
– J'ai le droit de faire mes emplettes ici, dit Al sans se fâcher. Et bonjour à toi aussi, Harrington.
La jeune fille ne répondit pas. Elle ne l'aimait pas du tout, c'était indéniable ; et l'accident avec la Pensine n'avait pas servi à améliorer leurs rapports. Elle tenait Al pour directement responsable de la punition qu'avait dû essuyer Malefoy.
– Si tu cherches à te venger de Scorpius...
– Pourquoi est-ce que je ferais quelque chose d'aussi peu productif ? Je veux juste me trouver de quoi grignoter, je n'ai pas le droit ?
– Laisse, Megan, dit Malefoy. Il n'en vaut pas la peine.
Al lui fit un sourire en coin.
– Bonjour, Malefoy. Toujours aussi heureux de vivre, à ce que je vois.
Malefoy détourna le regard, sans répondre, mais pas avant qu'Al ne remarque la légère rougeur sur ses joues. Comme c'était mignon. Il devait se souvenir de leur dernière rencontre, de la révélation qu'il avait été forcé de faire... S'il pensait qu'Al garderait cela pour lui sans en tirer un quelconque avantage, il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'à l'os. Il était Serpentard, pas Gryffondor ; ce genre de considération ne le concernait pas. Et puis, même James n'aurait pas pu le savoir sans en profiter un peu, alors pourquoi ne pas voir jusqu'où il pouvait aller avant que Malefoy ne craque et ne l'envoie sur les roses ? Ce n'était le genre à faire réellement du mal à quelqu'un, mais il n'était pas si docile qu'il se laisserait aussi aisément marcher sur les pieds.
Oui, les semaines qui allaient suivre risquaient d'être très intéressantes.
– Laissons ce loser, dit Harrington. Scorpi chéri, tu m'offres une glace ?
« Scorpi chéri » ? Cette fille n'avait pas froid aux yeux. Malefoy lui lança un regard irrité, mais toute ravie qu'elle était par la perspective de se faire inviter par lui, Harrington ne remarqua rien. Les garçons qui les accompagnaient pouffèrent discrètement.
– Megan...
– Quel est ton parfum préféré, Harrington ?
Huit paires d'yeux fixèrent Al comme s'il lui avait poussé une autre tête. Al leur fit son plus beau sourire.
– Pourquoi tu me demandes ça ? fit Harrington, suspicieuse.
– J'essaye d'être amical. Je n'ai pas le droit ?
– Depuis quand ? On n'a jamais été amis.
– Justement, c'est dommage. L'une des fiertés de notre école n'est-elle pas de réunir des jeunes sorciers de tous horizons ? Nous devrions plus y penser et nous mêler les uns aux autres. Cela n'en serait que plus profitable, surtout au vu des incidents regrettables qui se sont déroulés ces derniers temps.
Autres œillades confuses.
– Tu as... toute ta tête, Potter ? dit Kent.
– Évidemment.
– Si j'ai bien compris, tu veux... être ami avec nous.
– Pourquoi pas ? Je passe bien du temps avec Rosie qui est Serdaigle comme vous et avec James, qui est Gryffondor. Un Gryffondor et un Serpentard ! N'est-ce pas la meilleure preuve que je peux être ouvert à tous ?
– C'est pas pareil, dit Jenkins. Ils font partie de ta famille.
– Quelle différence ?
– Euh...
Les Serdaigles se regardèrent avec gêne. Ce que proposait Al n'était pas mal, bien au contraire ; mais il était quand même assez culotté de le faire aussi ouvertement. Al savait qu'il brisait bon nombre de conventions et cela le ravissait. Malefoy n'arrêtait pas de le regarder, et cela, c'était parfait.
– Bien entendu, si vous ne voulez pas du rameau d'olivier que je vous tends, on peut oublier ça et je retourne avec mes amis...
– C'est un piège, dit Harrington. Il prépare quelque chose.
– Eh ! protesta Al pour la forme. Ce que tu dis est blessant !
– Quoi d'autre ? Ça fait trois ans qu'on se connaît et tu n'as jamais rien fait pour qu'on t'apprécie ! Pourquoi maintenant ?
– Pourquoi pas ? Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas m'entendre avec les camarades de Maison de ma chère cousine ?
– Tu sais qu'on ne l'aime pas tellement, ta chère cousine ? C'est pas pour rien qu'elle se réfugie avec les losers de ton genre !
– Là, ça commence à être vraiment méchant, dit Al en se retenant de jeter un sort à Harrington.
Passe qu'on le traîne dans la boue, mais sa famille, c'était autre chose. Il était sur le point de sortir sa baguette quand Malefoy saisit Harrington par l'épaule et la fit reculer.
– Arrête, Megan, tu en fais trop.
– Mais... toi non plus, tu ne l'aimes pas, cette Rose Weasley !
– En effet. Le clan Weasley-Potter et les Malefoy ne devraient jamais se mêler ensemble. C'est contre-nature, en quelque sorte. Tu ne penses pas, Potter ?
Malefoy lui jeta un regard appuyé. Le message était clair : « Ne t'approche pas de moi, Potter. » C'était si adorable !
– J'en déduis que vous ne voulez pas de ma glace ? fit Al, amusé.
– Non. Retourne avec tes amis. Je n'ai pas besoin de toi. Ni hier, ni maintenant, ni jamais.
Sur ces mots, Malefoy sortit de Honeydukes d'un pas décidé. Il fut vite suivi par ses amis qui étaient beaucoup moins certains de la marche à suivre. Al les regarda s'éloigner et s'étira pour dissiper la tension qui s'était accumulée dans ses membres.
Il avait assez joué. Stanley et sa bande rentrèrent dans le magasin ; il alla les rejoindre.
