Titre : Entre deux mondes

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING

Rating : PG-13

Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)

Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.


11- Les Schtroumpfs

Il n'y eut aucune autre attaque de cette envergure sur le ministère dans les mois qui suivirent. Toutefois, quand on faisait bien attention aux colonnes peu importantes de La Gazette du Sorcier, on pouvait remarquer la recrudescence de crimes en direction des moldus : sabotages de ponts et de tunnels dont on avait retrouvé une origine magique, attentats à la bombe dans des lieux heureusement peu fréquentés, dont la « bombe » était sûrement un sort ou un objet magique... Tout ceci était bougrement suspicieux, même pour quelqu'un qui n'avait pas connu les dernières guerres.

Al repérait toutes ces instances et les notait soigneusement dans sa tête. Il n'y avait pas accordé d'importance au départ, mais un hibou de son père à l'intention de James lui avait mis la puce à l'oreille. Bien entendu, James ne lui avait pas montré la lettre ; il était dans son devoir de frère aîné de protéger son petit frère et sa petite sœur de ce genre de nouvelle, après tout. C'était sans compter sur leurs gènes de Potter : Al avait réussi à mettre la main sur le message et il savait que Lily se doutait de quelque chose. C'était assez amusant de s'imaginer que de leur côté, le trio que formait Lily, Hugo et Molly devait certainement enquêter aussi. En outre, Al était à peu près certain que sans la réticence de James à impliquer dans cette affaire son frère et sa cousine plus jeunes, ils formeraient tous les trois une équipe digne de leurs parents dans leurs vertes années.

– Laissons cela à la jeune génération, fit-il en ricanant.

– Tu disais ?

Rosie le regarda sans comprendre. Ils s'étaient installés dans la bibliothèque pour réviser tranquillement, du moins pour Rosie. Al décortiquait les nouvelles dans les journaux pour détecter les attentats potentiels.

– Non, rien. Je me marmonnais à moi-même.

– Sois plus attentif ! Cet examen de Potions comptera pour la moitié de la note totale !

– Il n'y a rien à craindre. Même si j'ai une mauvaise note, Durand me ferait passer un examen de rattrapage.

Rosie fronça les sourcils. Al éclata de rire.

– Ne fais pas cette tête, c'est pas ma faute si le prof a le béguin pour moi !

– Il n'a pas le béguin pour toi ! Tu rêves !

Pauvre Rosie ! Les sentiments qu'elle avait envers Durand prenaient des proportions inquiétantes. Al était certain que d'ici quelques années, son père viendrait rendre une petite visite à Durand, histoire de mettre les points sur les i... Pauvre Durand aussi, qui ne se doutait de rien ! Il prit sa cousine en pitié et changea de sujet.

– Tu crois que James s'est réconcilié avec son petit ami ? On ne le voit plus, ces derniers temps.

– C'est un cinquième année, soupira Rosie. Il a peut-être réalisé qu'il était ridicule qu'il traîne encore avec des petits comme nous. C'est déjà bien qu'il nous accorde autant de temps, je trouve...

Pauvre Rosie, en vérité ! Elle avait beau faire la gentille fille qui travaillait dur en classe, elle n'en restait pas moins très seule. Elle avait toujours été un peu différente des autres : trop intelligente, trop sensible pour s'intégrer comme il faut aux enfants de son âge. Elle était donc venue à fréquenter par défaut ses cousins, les seuls qui s'intéressaient à ce qu'elle disait (et qui ne cherchaient pas sa compagnie uniquement pour obtenir de meilleures notes).

Al se désintéressa de la question pour se replonger dans la lecture du journal. La Une de La Gazette du Sorcier mentionnait le mariage époustouflant de Cunégonde Malefoy, une cousine éloignée de Drago Malefoy, avec Luther Shaw, un membre éminent du Magenmagot. Ce dernier n'était plus de toute jeunesse : il avait cent-deux ans et sept enfants, dont l'un était Arthur Shaw, le professeur de Sortilèges. Son épouse, par contre, avait à peine vingt ans et était belle à ravir. Le journaliste qui avait couvert l'événement ne s'y était pas trompé, d'ailleurs : des vingt-huit photographies qui illustraient la cérémonie, vingt-deux faisaient apparaître la jeune femme dans sa superbe robe de mariée.

– Le marié ressemble à un schtroumpf, dit Rosie en jetant un œil à ses lectures.

– Un quoi ?

– Un schtroumpf. M. Durand m'a dit qu'il s'agissait d'une espèce de lutin mythique de France. Ils sont tout petits, bleus avec un chapeau blanc sur la tête et ils vivent dans des champignons.

Al pouffa de rire. Il était indéniable que Luther Shaw correspondait à cette description : il était minuscule comparé à son épouse, portait un chapeau blanc très laid et de plus, l'éclairage lui donnait un teint bleu ciel des plus disgracieux.

– Le prof de Sortilèges est un peu comme ça. C'est son fils, non ?

– Je ne suis pas sûre qu'on devrait dire ce genre de choses sur un professeur, fit Rosie en regardant autour d'elle d'un air penaud. Ça ne se fait pas.

– Ose dire qu'il n'est pas bleu !

– Il nous a dit que c'était à cause d'un accident...

– Je me demande si tous les Shaw sont comme ça. Ils sont peut-être des descendants lointains de cette tribu de schtroumpfs dont tu parles...

– Arrête de dire n'importe quoi et remets-toi au travail, dit Rosie.

– Ah, Scorpius Malefoy est sur cette photo. Regarde, Rosie, on dirait qu'il essaie de se cacher derrière sa mère.

– Je peux le comprendre. Je déteste ces séances photo pendant les réunions de famille. C'est si désagréable de devoir se serrer pour rentrer dans le cadre !

– Les Malefoy n'ont pas ce problème, fit remarquer Al. Contrairement à nous, ils n'ont pas des dizaines d'enfants à chaque génération. Ils sont...

Al se tut brusquement. Un détail étrange venait de lui sauter aux yeux. Un détail qui remontait à un très ancien souvenir du dimanche soir... Les septième année étaient réunis pour leur discussion habituelle de conquête du monde. Al était descendu dans la salle commune car il y avait oublié un livre ; comme il ne gênait personne, on n'avait pas fait attention à lui. Il était resté un peu pour voir à quel niveau se déroulait les réunions des dernière année, bien planqué derrière l'horloge. Les autres avaient dû penser qu'il avait regagné sa chambre ; ils avaient continué la discussion comme si de rien n'était.

On devrait s'infiltrer dans le ministère, avait dit McNair.

On revenait toujours au ministère dans ces réunions.

Bonne idée, avait dit Lepine. On lance une taupe et voilà !

Ce ne serait pas aussi facile, avait fait remarquer Peterson. Ils sont devenus très méfiants, après ce qui s'est passé pendant la guerre. Non, ce qu'il faut, ce serait quelqu'un d'assez proche du ministère pour avoir des informations mais pas assez pour qu'on ne le soupçonne pas.

Pourquoi pas quelqu'un qui serait marié à un gros ponte ? Il pourrait avoir des infos sur l'oreiller sans que cela éveille les soupçons.

Une femme, ce serait mieux, avait dit McNair. Un joli brin de femme qui serait dévouée à la cause. Elle viendrait d'une famille de Sang-Purs, bien entendu, parce que ça ne peut pas être autrement. Et puis ça leur ferait plaisir, avec tous leurs discours à la noix sur la tolérance et l'importance de s'ouvrir aux autres types de familles, blablabla. Elle serait un symbole pour eux et pour nous aussi.

Toi et tes symboles, avait fait Lepine en riant. Mais c'est pas une mauvaise idée. Ce serait mieux si personne ne la connaît. Comme ça, pas de soupçons. Elle pourrait contacter les nôtres quand elle veut.

Et elle aurait les yeux vairons, avait ajouté Peterson. Parce que ça fait plus joli.

Et s'il y avait une chose qui retenait l'attention dans les gros plans sur Cunégonde Malefoy-Shaw, c'était bien ses magnifiques yeux : l'un bleu, l'autre d'un vert profond qui n'était pas sans rappeler la couleur de leur Maison.