Titre : Entre deux mondes

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING

Rating : PG-13

Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)

Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.


13- 30000 mots

James eut la satisfaction de ramener six B.U.S.E. avec une note Acceptable et deux avec une note Effort exceptionnel. Comme on pouvait s'y attendre avec des parents pareils, sa meilleure note avait été en Défense contre les forces du mal. Son père le félicita en lui achetant le dernier modèle de balais de compétition Stratos 3000. James en fut si heureux qu'il le testa sur-le-champ, malgré les protestations de Ginny qui aurait au moins voulu qu'il soit présent pour l'arrivée de leur oncle Percy et de sa famille.

Benjamin Lepine devait les rejoindre au bout d'une semaine, le temps qu'il voie ses parents et leur annonce sa relation avec James. Il n'avait pas voulu que son petit ami soit présent pour l'occasion, car disait-il, la chose serait plus facile sans lui. À cause de cela, James avait passé les premiers jours à angoisser ; le cadeau d'Harry arrivait donc à point nommé pour le distraire. Al l'accompagna sur le champ qui se situait derrière la maison pour le voir voler et dire s'il y avait le moindre problème.

– Alors ? fit James une fois qu'il eut effectué une série de vols censés tester la stabilité du balai. T'en penses quoi ?

– Il tient bien le vent. Très maniable aussi d'après ce que j'ai vu. Tu as tenté une feinte de Scribley ?

– Ouais ! C'est sorti comment ?

– Pas mal. Mieux qu'avec ton vieux Nimbus XD, c'est sûr.

– Hé, mon Nimbus m'a accompagné dans toutes mes compétitions !

– Raison de plus pour changer de balai. Il commençait à dater un peu par rapport à ceux de ton rival, non ?

James haussa les épaules. Peu avant la finale de la coupe de quidditch, Crabbe avait fait l'acquisition d'un magnifique Mephistos 9, le dernier modèle de balai professionnel. James affirmait à qui voulait l'entendre que les Serpentards avaient gagné la coupe uniquement à cause de ce balai.

– Heureusement que les Serdaigles ont remporté la Coupe des Quatre Maisons. La honte, si les Serpentards avaient tout raflé ! Je veux dire, ajouta James en se souvenant qu'il parlait à Al, la honte pour nous les Gryffondors ! Euh, ce que je dis a un sens pour toi, non ?

– Je t'ai connu toute ma vie, James, alors t'inquiète.

– Ah, ouais.

Il éclata de rire.

– Manquerait plus que mon petit frère soit pas au parfum à mon sujet !

– Si tu comptes me frotter la tête pour mettre le désordre dans mes cheveux, je t'arrête tout de suite.

Al avait hérité de la chevelure indisciplinée de son père, une véritable horreur à coiffer chaque jour. À la maison, il ne s'en souciait pas plus que ça (son propre père les laissait agir à leur guise car il avait abandonné depuis des années toute idée de les dompter), mais en tant que Serpentard, il se devait de respecter une certaine étiquette ; maintenir une apparence nette était la norme. Du moins, autant que possible ; il fallait avouer que certains garçons ne la respectaient pas aussi bien que le désirait Maltezar Noirac, leur directeur (et accessoirement professeur de Défense contre les forces du mal).

Malgré son avertissement, James défit quand même la coiffure qu'Al avait mis tant de mal à créer au réveil. Embêter son petit frère était un privilège qu'il n'était pas près de laisser à un autre. Quelque part, Al espérait que cela durerait toujours ; il avait beau râler sur les frasques de James, il l'admirait toujours autant qu'à cinq ans, quand son frère avait ramené dans leur chambre un strangulot qu'il avait capturé lui-même. Qu'il semblait loin, le temps où Al l'écoutait sans réfléchir ! Rosie avait raison : son passage à Serpentard l'avait changé. En bien ou en mal, seul l'avenir le dirait.

L'herbe était douce sous leurs mains. Le balai de James était posé à côté de lui ; ils regardaient les nuages.

– On devrait pas tarder. Maman sera furax si on loupe oncle Percy.

– T'as envie de le voir, maintenant ?

James fit la grimace.

– Pas vraiment. Il va encore me faire la morale sur mes notes. En plus, j'ai eu mon B.U.S.E. Il va sans doute comparer avec ses propres notes de l'époque ou celles de Lucy.

– C'est vrai qu'elle était bonne en classe. On a pas mal de filles bonnes élèves dans la famille, tu ne trouves pas ?

– Pffu, rien que de la frime.

– Tu dis ça parce que Lucy t'énerve.

– Parce que c'est pas ton cas, peut-être ? Cette Miss Je-Sais-Tout...

Al haussa les épaules.

– D'après oncle Ron, tante Hermione était pareil avant. Et Rosie aussi, quand elle veut, elle peut être bien enquiquineuse.

– Oui, mais elle sait quand s'arrêter ! Pas Lucy.

Al préféra garder pour lui la raison. La différence entre Lucy et Rosie, c'est que la première avait plus de confiance en elle ; Rosie avait tellement peur de fâcher définitivement James qu'elle ne disait rien même quand elle pensait que James outrepassait ses droits. Le fait qu'il soit plus âgé n'arrangeait pas les choses ; et même s'il lui arrivait de le disputer sur son manque de sérieux, elle n'insistait pas autant qu'avec Hugo, par exemple.

– Rosie et Lucy sont pas comparables, dit Al pour l'apaiser.

– Mouais.

Ils restèrent assis en silence, peu disposés à rentrer en fin de compte. Al se demanda si le moment était venu de cuisiner un peu James sur sa vie privée. Il n'y aurait personne d'autre pour le faire de manière aussi précise, après tout.

– Dis James...

– Quoi ?

– T'aimes vraiment Ben, hein ?

Al vit James rougir brusquement. C'était assez rare pour être noté : James n'avait jamais été du genre timide, c'est pourquoi on le voyait rarement rougir sauf quand il était furieux.

– Pourquoi tu me demandes ça maintenant ?

– Vu que tu veux le présenter comme il faut aux parents, je me suis dit que ce serait bien si tu venais préparé. Je te pose les bonnes questions et t'y réponds. Simple, non ?

– Tu parles ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

– Tu l'aimes.

James baissa les yeux. Puis, d'une toute petite voix :

– Oui. De tout mon cœur.

– Pourquoi ?

– Pourquoi ?

– Oui, pourquoi lui et pas Merelyn. Ou Crabbe.

– T'as pas fini avec ça ?

– Répond, s'il-te-plaît.

Voilà : Al avait employé le même ton qu'il utilisait en face de Serpentards plus âgés ou des parents de ses camarades de classe, les rares fois où il les rencontrait. Enfin pas exactement : il avait laissé de côté la partie mesquine pour se focaliser sur la maturité et la gravité. Ou quelque chose du genre. Il n'aimait pas trop s'attarder sur ses manières de Serpentard quand il était en présence d'un membre de sa famille.

– T'es bizarre, dit James.

– James...

– Ok, j'ai compris. Pourquoi je l'aime...

Il soupira.

– Je sais pas ! Je l'aime, c'est tout. Je le trouve mignon, drôle, il a une manière bien à lui de prendre la vie... je sais pas quoi te dire, Al !

– Il faudra bien pour convaincre les parents. Enfin, pas eux peut-être, mais les grands-parents et certains de nos oncles risquent de protester, tu le sais.

– M'en fiche ! Tu crois que j'y ai pas réfléchi avant ?

Al lui fit un sourire tout doux.

– C'est déjà pas mal, ça. Tu devrais le dire.

– Ah.

– Quoi d'autre ?

– Quoi d'autre ?

James se concentra quelques minutes.

– Tu te souviens de la fois où Cracpoil m'a surpris en train de repeindre la statue du Baron Sanglant en rose ?

– Oui, il t'avait donné une retenue monumentale.

– Ben parmi les punitions, je devais écrire une dissertation sur pourquoi ce que j'avais fait était mal et comment je pourrais faire pour me rattraper, le tout en dix mille mots minimum. Le cauchemar. J'ai écrit le début en mille mots, genre « c'était mal parce que c'était pas bien » ou une autre connerie du style puis j'ai pensé à Ben. Tu sais qu'il aime pas que je fasse des trucs comme ça. Il aime pas se faire remarquer. Alors j'ai continué de son point de vue, j'ai expliqué comment je pourrais me faire pardonner devant lui et j'ai enchaîné sur tout ce qu'il aimerait me voir faire. Il a de grands projets pour moi, tu sais. Même si je lui dis que c'est pas possible, il continue de rêver, ou alors il dit qu'il le fera, lui. Le temps que je finisse la dissert', elle faisait 30000 mots. Tu te rends compte ? Alors que j'arrive même pas à rendre des devoirs corrects des fois !

James tomba à la renverse. Son regard se perdit dans les nuages.

– Je l'aime tant. Des fois, je me dis que c'est pas normal, qu'un jour je vais me réveiller en hurlant, mais c'est jamais arrivé. En plus, je crois que je suis heureux. Ça ne peut quand même pas être quelque chose de mal, non ?

Al ne trouva rien à répondre.