Titre : Entre deux mondes

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING

Rating : PG-13

Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)

Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.


16- Enfance/nourrice

Al reçut la réponse de Malefoy deux semaines avant la rentrée. Il n'avait envoyé la lettre que pour rompre son ennui, vraiment ; savoir Malefoy frustré était bien suffisant. Il lui avait raconté sa vie, comment s'était déroulé le début de ses vacances, ce qu'il attendait de la nouvelle année scolaire. Le ton de sa lettre laissait deviner qu'ils étaient amis de longue date, ce qui n'était absolument pas le cas ; on ne pouvait même pas dire qu'ils étaient amis, à vrai dire. Comment le Serdaigle recevrait-il la chose ? Irait-il le dénoncer à son père ? Peut-être, mais dans ce cas, Al irait révéler son petit secret au monde ; ce qui était bien assez pour le faire taire.

Le hibou, un magnifique grand duc au plumage immaculé, se posa un jour sur la table de petit déjeuner. Chacun des membres de la famille présents le fixa comme s'il allait les mordre à tout moment. Ce genre de messager, on n'en avait pas souvent pendant les vacances. Al n'était pas encore descendu de sa chambre ; c'est pourquoi, quand il arriva et vit la scène, il se dépêcha de prendre le paquet que le grand duc lui tendit.

– Merci, fit-il comme si de rien n'était.

Le grand duc s'envola d'un battement d'ailes. Il fit tomber une montagne de toasts en passant et faillit ébouillanter Lucy avec la théière. Personne n'osa l'arrêter.

Al ouvrit tranquillement son paquet. À l'intérieur se trouvait une énorme boîte de chocolats au gingembre ainsi qu'un bout de papier avec pour seul message : « Oublie-moi. S. » Al offrit les chocolats à sa mère.

– De qui viennent-ils ?

– De Malefoy, dit-il aussi innocemment que possible. C'est pour me remercier de l'avoir aidé pour un truc.

La table poussa un cri de surprise.

– Malefoy ? fit Harry d'une voix rauque.

– Oui, Scorpius.

– Vous êtes amis ?

– Plus ou moins.

Ron avait la bouche grande ouverte. Puis :

– Rosie, je croyais t'avoir dit de ne pas fréquenter ce garçon !

– Rosie n'y est pour rien, dit Al. Je ne pense même pas qu'ils se soient parlés plus de dix minutes cette année.

– Hein ?

– C'est mon ami, affirma Al d'une voix ferme.

– Tu es cinglé ?

– Ron ! s'écrièrent en même temps Ginny et Hermione.

– Mais, je veux dire... c'est un Malefoy !

– Et alors ?

– Alors il n'est pas fréquentable !

– Tu dis ça de tous les Serpentards, fit remarquer Al.

Ron n'eut rien à répondre. Hermione secoua la tête.

– Franchement, tu pourrais faire preuve d'un peu plus de tact !

– Ce n'est pas qu'on n'aime pas Malefoy, dit Ginny avec douceur, mais Al, depuis quand êtes-vous amis ? Je croyais que vous ne vous entendiez pas.

– Il gagne à être connu.

– En quoi ? demanda Harry avec plus de hargne qu'il ne le voulait.

Ginny lui lança un regard appuyé. Il lui fit une grimace d'excuse.

– Je veux dire, c'est un peu soudain...

– Pourquoi ?

– Eh bien, tu sais que nos deux familles n'ont pas toujours été très... proches.

– Il n'est pas si méchant. La preuve, il vient de m'envoyer une boîte de chocolats !

– C'est pas moi qui vais les manger, grommela Ron. Aïe !

Hermione venait de lui donner un coup de pied sous la table. Al retint un fou rire.

– De toute manière, on se reverra pas avant la rentrée, alors c'est pas la peine d'en faire tout un plat, dit-il en ayant l'air contrarié.

Il s'en alla sans regarder personne. Là, c'était sûr : on devait croire qu'il était fâché. Restait à savoir comment les adultes allaient réagir. Pour ses cousins, c'était facile : soit ils s'en fichaient, soit ils feraient semblant de l'accepter alors qu'en fait, cela les mettait mal à l'aise. Le plus difficile à convaincre serait sans doute James.

– À quoi tu joues ?

Rosie se planta devant lui, les mains croisées sur sa poitrine.

– De quoi tu parles ?

– Tu le sais très bien ! Tu te comportes bizarrement depuis quelques temps. Qu'est-ce qui se passe, Al ? On t'a fait quelque chose dans ta Maison ?

Al ricana.

– On en revient toujours là, pas vrai ? Tout va bien. Je ne me suis jamais aussi bien entendu avec eux.

– Mais...

– Lâche l'affaire, Rosie. Je ne trahirai jamais la famille.

– Trahir non, dit lentement Rosie, mais ça ne t'empêche pas de jouer avec nous. Comme tu l'as fait avec Molly l'autre jour.

Al fit comme s'il n'avait rien entendu.

– C'est comme ça depuis notre enfance, continua Rosie. Tu te souviens de Mlle Lewitz, notre nourrice ?

– Celle que maman avait engagé pour nous garder ? Et alors ?

– Elle est partie du jour au lendemain, en pleurs. Personne n'a jamais su pourquoi. On avait pas cinq ans à l'époque. C'était une chic fille, je me souviens. Maman en disait beaucoup de bien.

– Ah ?

– J'ai toujours eu une très bonne mémoire, tu le sais. Je me souviens même des chansons stupides que papa me chantait quand j'avais juste un an. Mlle Lewitz, elle passait ses journées à chanter. C'était une fille très gaie.

– C'est possible. Pourquoi tu me parles de ça maintenant ?

– Quand elle est partie, c'était juste après être allée avec toi au Chemin de Traverse. Elle voulait t'acheter une glace pour avoir été aussi gentil avec Lily et Hugo. Il faisait très chaud, comme aujourd'hui. Elle portait une robe toute blanche.

Al ne dit rien. Que Rosie continue si cela l'amuse ; cela n'aurait rien changé.

– Elle est revenue, ses vêtements étaient tout déchirés. Vous étiez ensemble mais elle ne voulait pas te toucher. Et quand elle est partie, elle n'a pas dit un mot, elle a juste pris ses affaires et elle a transplané. Tante Ginny était très inquiète pour toi, mais tu n'avais rien et tu ne te souvenais de rien.

– Rosie...

Rosie fit une chose étonnante : elle prit Al dans ses bras et le serra fort. Al ne savait plus où se mettre.

– Arrête, c'est gênant...

– Je suis là, chuchota Rosie à son oreille. Si t'as besoin de parler ou si tu te sens pas bien, je suis là.

Malgré la chaleur, Al eut soudain très, très froid. Il écarta gentiment Rosie.

– C'est trop tard. Il y a trois ans, je ne dis pas... merci quand même.

Il fit mine de partir.

– Al !

– Je suis là, pourquoi tu cries ? Tu as peur de quoi ?

Rosie baissa les yeux.

– Je... je ne sais pas.

De toi, avait-elle sans doute envie de dire sans oser le faire. Al partit sans regarder en arrière.