Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
18- Rose/piquer
Une odeur âcre, abominable, réveilla Al. Il avait la tête lourde ; c'est pourquoi il lui fallut un certain moment avant de se souvenir de ce qui était arrivé. Il ouvrit les yeux.
Il se trouvait dans une cellule humide, sans fenêtre. On l'avait attaché au mur par de lourdes chaînes ; sa baguette n'était plus dans sa poche. Il tenta quand même de se libérer, en vain : les chaînes étaient trop solides. Sa robe avait pris l'humidité, ce qui fait qu'il avait très froid malgré la saison. Les barreaux ne laissaient voir qu'un couloir déprimant recouvert de mousse et suintant d'une eau noirâtre, la même que celle dans laquelle il croupissait.
Un bruit de pas se fit entendre, de plus en plus fort. Quelqu'un apparut à la porte ; il portant un plateau sur lequel était posé un plat de sandwiches et une bouteille d'eau fraîche. Al ricana en reconnaissant Malefoy.
– Je croyais que les Malefoy étaient passés du côté des gentils ?
Malefoy ne prit pas la peine de répondre. Il ouvrit la porte avec une clé qu'il sortit de sa robe.
– Mange, dit-il en posant le plateau devant Al.
– Comment ? Je ne peux pas me servir de mes mains.
Malefoy parut seulement s'en apercevoir. Il hésita un instant.
– Ok. Ne mords pas.
Il prit un sandwich et le mit devant la bouche d'Al.
– C'est une blague ?
– Je ne peux pas te détacher les mains, alors c'est le seul moyen. Tu as faim, non ? Ça fait plus d'une demi-journée que tu es là.
– Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui se passe ?
– Ça ne devrait pas durer plus d'une journée, dit Malefoy, l'air impassible. Une fois que ton père aura accepté les conditions qu'on lui donne, tu seras rendu à ta famille. Bien entendu, on te jettera un sort d'oubli.
– Pourquoi vous faites ça ?
– Pas de questions. Tu manges, oui ou non ?
– Tu rêves ! Je veux voir mes parents ! Libère-moi, Malefoy !
– Impossible.
– Pourquoi moi ? fit Al dans un murmure.
– On avait besoin d'un otage pour forcer la main de ton père. Tu étais là.
– Je vois.
Un sentiment de calme envahit Al. En fin de compte, ce n'était pas si différent de ce qui lui était arrivé en première année, à cela près que Malefoy était là.
– Ce sont des Mangemorts ?
– Oui.
– Ton père ?
– Non. Il... il est mort.
Al sursauta.
– Quoi ?
– C'est ma mère. Elle avait tout prévu depuis le départ. Son mariage, la mort de mon père et de mon grand-père...
– Ton père était encore en vie, aux dernières nouvelles.
– Pas pour longtemps. Elle va devenir la maîtresse du domaine. Père est déjà tombé sous sa coupe, même s'il l'ignore.
– Et tu la laisses faire ?
– C'est ma mère.
Le ton qu'utilisait Malefoy était parfaitement égal, comme s'il n'était pas concerné par tout cela. Comme s'il avait perdu tout espoir. Al pouvait comprendre ce sentiment.
– Comment a-t-elle tué ton grand-père ?
– Poison. Il adorait les roses. Elle a enduit son rosier favori d'un poison violent qui n'agissait que sur les êtres humains, pas sur les plantes. Un jour, grand-père s'est piqué.
– Je vois.
– Elle compte utiliser la même chose avec père. Du poison.
– Des chocolats au gingembre ?
– Elle voulait que je lui achète quelque chose qui ait assez de goût pour dissimuler celui du poison. Père est immunisé contre les plus courants, c'est pour ça qu'elle a dû chercher quelque chose de plus exotique. Mais il a un goût affreux. Sauf quand il est mélangé à du chocolat...
– Tu en as enduit ceux que tu m'as offert ?
Malefoy baissa les yeux.
– Oui.
– Papa les a pris pour les faire examiner à son bureau. Il m'a dit qu'il les avait renversés par erreur et qu'il avait dû les jeter à cause de ça.
– Oh.
– Si le poison est aussi rare que tu le dis, cela leur prendra sans doute un peu de temps. Je me demande quelle sera la réaction de papa en l'apprenant. Déjà qu'il doit remuer ciel et terre pour me retrouver... Il serait capable de te jeter un Avada Kedavra s'il apprenait que tu étais mêlé à ça.
– Oh.
Malefoy se mit à pleurer, sans bouger. Les larmes tombèrent sur sa robe avec un son mat.
– Ne pleure pas, dit Al en se penchant vers lui.
Il frotta sa joue contre la sienne, la mouilla des larmes de Malefoy. En bougeant le visage, il put les goûter. Salées. Un goût de paradis. Malefoy le laissa faire.
– Je suis là, dit-il en mimant de son mieux le ton qu'avait employé Rosie une semaine plus tôt.
– Ce n'étaient que des rêves, fit Malefoy dans un murmure.
– Des rêves prémonitoires. Tu l'as dit toi-même, tu peux voir l'avenir à travers tes rêves.
Malefoy poussa une série de cris aigus, sans pouvoir se retenir.
– Nous nous aimons. Mais Père meurt, nous sombrons dans le chaos. Ce n'est pas ce que je veux !
– Qui peut en décider ? Une autre voie s'est ouverte à toi. Pourquoi ne pas voir jusqu'où elle va ?
– C'est impossible ! On ne peut pas échapper à son destin !
Pour la première fois depuis fort longtemps, Al libéra toute l'intensité de son rire. Lugubre ; le temps parut s'arrêter un moment. Malefoy le contemplait avec fascination.
– Tu crois ? Pourquoi penses-tu que nous existons, si ce n'est pour défier notre destin ? Nous mourrons tous un jour. Mais en attendant, cette vie pathétique nous appartient ! Je ne donnerai la mienne à personne, ni à mes parents, ni à mes professeurs, ni même à toi ou à ta mère !
– Tu le tues, dit soudain Malefoy. Dans mes rêves, tu tues ton père. Harry Potter.
– Un bien terrible destin en vérité. Je devrais mourir pour cela, tu ne crois pas ?
Malefoy ouvrit des yeux ronds.
– Tu es...
Al écrasa ses lèvres sur les siennes.
