Titre : Entre deux mondes
Auteur : Mokoshna
Fandom : Harry Potter
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING
Rating : PG-13
Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)
Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.
19- Nostalgie
Le goût du sang sur sa langue était apaisant, familier. Al se pourlécha les lèvres ; elles se teintèrent de rouge. Quelle belle journée pour mourir ! Derrière lui, Scorpius se tassa un peu plus, les yeux rivés sur leur adversaire. Il avait perdu sa baguette dans la course. Al tenait la sienne fermement en main, mais il savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne la lâche.
Gast les regardait d'un œil torve. Il avait délaissé sa cape au profit d'un manteau noir au col rouge, très élégant, cadeau de la mère de Scorpius pour le récompenser d'avoir capturé Al. Cela n'avait duré qu'une journée, en fin de compte, le temps qu'Al convainque Scorpius de se ranger de son côté et de le laisser partir. Ils avaient même poussé la chose jusqu'à vouloir s'enfuir ensemble. Heureusement pour eux, Asteria Malefoy n'était pas au manoir, sans quoi leur tentative d'évasion aurait vite échoué.
– Rendez-vous, les gosses, grogna Gast. M'obligez pas à vous faire du mal.
Gast était resté, lui. Le chien d'Asteria, selon Scorpius ; son homme à tout faire ainsi que son amant attitré. S'il ne ressemblait pas autant à Drago Malefoy, Scorpius aurait été tenté de dire qu'il était son père biologique, tant Gast passait du temps dans la couche de sa mère.
Al secoua la tête. La blessure que lui avait infligée Gast saignait abondamment ; il était à peu près certain qu'un organe vital était touché, puisqu'il crachait du sang. Scorpius serra son bras avec inquiétude. Scorpius ! Al était heureux de s'être suffisamment rapproché de lui pour l'appeler par son prénom, mais cela ne durerait pas. Scorpius s'était trompé : ils ne vivraient pas assez longtemps pour devenir amants. Al ne serait certainement pas le prochain Voldemort.
– Al...
Le goût du sang dans la bouche ; la nostalgie de la mort. Al secoua la tête, mais cela ne suffisait plus pour lui faire oublier cette terrible impression de déjà-vu. Il ne voulait pas de cela.
– Je suis Albus Severus Potter, dit-il à voix haute. Mon père est Harry Potter et ma mère, Ginny Weasley-Potter.
– Al, ce n'est pas le moment de citer tes origines !
– Au contraire.
– Ce n'est pas ça qui va m'intimider, gamin, ricana Gast.
S'il ne s'agissait que de cela ! Al partit d'un rire bref. La soif de tuer l'avait repris. Il fit bouger entre ses doigts la baguette que lui avait trouvée Scorpius. Elle était belle, pourtant, bois de bouleau et crin de licorne. Ce n'était pas du tout son style. Celui à qui appartenait cette baguette devait être un pacifique et un doux rêveur.
Gast brandit sa baguette à bout de bras, dévoilant son poignet. La marque des ténèbres leur apparut dans toute sa splendeur. Cet homme avait un don pour la montrer sans le faire exprès.
– Il est à l'envers, fit remarquer Al.
– Quoi ?
– Le serpent est tourné du mauvais côté. Qui vous a fait ce tatouage ? Il est affreux.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– Al, dit Scorpius, à quoi tu joues ?
Al se mit à rire doucement. Ils se trouvaient coincés : Gast les avait poursuivis à travers les donjons situés sous le manoir, mais aussi grands fussent-ils, il n'y avait qu'une seule issue et celle-ci était bloquée. Il ne leur restait plus qu'à se rendre. Tout ça pour ça ! Scorpius serait très certainement puni pour sa trahison ; quant à Al, ce serait un miracle qu'il survive. Outre que sa blessure commençait à lui faire un mal de chien, il ne pensait pas qu'Asteria tiendrait sa promesse. Cette femme avait assassiné de sang froid son beau-père et elle s'apprêtait à en faire de même avec son époux, peut-être son fils ; quelle chance avait-il qu'elle le laisse en vie, lui qui était le fils de son ennemi ? Une fois qu'Harry lui aurait donné ce qu'elle voulait, elle n'aurait plus de raison de coopérer.
– Pauvre Rosie, dit-il à Scorpius. Elle s'en voudra toute sa vie de ne pas en avoir parlé aux parents. Tu lui diras que je n'ai pas eu le choix, hein ? Je n'ai pas voulu ça.
Al fit à son compagnon un sourire tout doux, tout doux. Gast ne les laisserait jamais partir et Al était fatigué de fuir. Vraiment, vraiment fatigué. Il pourrait certes lui lancer un sort ou une malédiction, mais ce ne serait que retarder l'inévitable. Il leva sa baguette.
– Avada...
Le mur qui se trouvait à droite de Gast explosa ; le sorcier fut jeté au sol avec tant de violence que les dalles éclatèrent sous le choc. Les deux garçons se tinrent prêts à riposter.
– Al !
Harry Potter apparut à travers le trou ainsi formé. En le voyant, Al lâcha sa baguette et se jeta dans ses bras. Harry le serra très fort contre lui.
– Par Merlin, tu vas bien... mon fils...
Les genoux de Scorpius le lâchèrent ; il chuta au sol. Bientôt, des cris d'autres personnes se joignirent à ceux d'Harry ; des Aurors qu'Al ne connaissait que de vue. Ils se saisirent de Gast et de Scorpius.
– Non, fit Al en se tournant vers Scorpius. Pas lui ! Il m'a aidé à m'enfuir. Il m'a sauvé !
Harry lui caressa les cheveux.
– Chut, c'est bon, on ne lui fera pas de mal.
Al se demanda pourquoi Harry le traitait de la sorte ; comme s'il était un objet fragile. Les mains de son père lui caressèrent la joue, la teintant de rouge, et il se souvint de sa blessure.
Ce fut la dernière chose qu'il vit avant de s'évanouir.
