Titre : Entre deux mondes

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING

Rating : PG-13

Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)

Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.


24- Et si c'était ça sourire ?

L'Espagne, c'était très joli et très ensoleillé, il n'y avait rien à redire là-dessus. Cela faisait tout drôle, car Al était habitué à Poudlard et ses donjons. Se retrouver aussi souvent dehors, en plein soleil, ça vous perturbait n'importe quel Serpentard rôdé à l'obscurité et l'humidité.

La mère de Jenny possédait une petite maison en bord de mer qu'elle avait hérité de son grand-père. L'endroit était magnifique, selon Jenny il suffisait de voir les photos pour s'en faire une idée. Al ne s'en soucia pas après tout, il n'était pas près de la voir, cette maison. Jenny passa tout le trajet à lui raconter ce qu'elle savait de leur destination, à lui décrire les séjours qu'elle avait passés là.

Une fois arrivés à Madrid, ils se reposèrent en dégustant une bonne paella dans un restaurant situé tout près de la gare. De la terrasse, ils avaient une vue imprenable sur la place. Al chercha du regard le soit-disant carrosse qui devait venir le chercher mais ne le trouva pas. Peut-être Scorpius s'était-il moqué de lui. Peut-être n'avait-il jamais eu l'intention de l'inviter au bal.

Quand arriva le dessert, un superbe gâteau au miel et aux amandes, il n'y avait toujours pas de carrosse. Al perdit espoir. Ils partiraient aussitôt le repas fini et après cela, plus question de s'esquiver en douce. Jenny l'interrogeait du regard, se demandant sans doute pourquoi il tardait tant à s'en aller.

Puis, au moment où la mère de Jenny était en train de payer à la caisse, ils entendirent un hennissement qui venait de la place. Un carrosse tout blanc était brusquement apparu, sans que personne sache d'où il venait. Ce qui était le plus étrange, c'est que seuls Jenny et Al l'avaient remarqué. Les autres clients du restaurant ainsi que les passants dans la rue vaquaient à leurs occupations, sans faire attention à ce curieux carrosse qui jurait pourtant avec le décor. La mère de Jenny revint à leur table les chercher.

– Oh, mais on dirait un carrosse magique !

Elle montra un gros monsieur qui marchait droit vers les chevaux. Tout d'un coup, pris d'une inspiration inattendue, il fit un large détour qui le fit marcher un peu plus pour arriver à sa destination.

– Un écran de protection très puissant empêche les moldus de le voir et de s'en approcher. À chaque fois qu'il y en a un qui va dans cette direction, il a soudain envie de prendre un autre chemin. Seuls les riches utilisent ce genre de carrosse, parce qu'il est souvent fabriqué sur mesure. Je me demande bien qui c'est et ce qu'il fait ici !

Jenny et Al échangèrent un regard de connivence.

– Je dois aller aux toilettes, dit Al.

– Oh, bien sûr. Dépêche-toi, mon chéri. Nous partons dès que tu as fini, d'accord ?

Jenny lui fit un signe d'encouragement. Al hocha la tête.

Sortir en douce fut relativement aisé : Jenny occupait sa mère et personne ne faisait attention à lui. Il n'y avait que quelques pas qui le séparaient de la place.

La porte du carrosse s'ouvrit à son approche. Al entra sans hésiter il était trop tard pour cela, de toute manière. Une tête blonde se leva à son approche Scorpius lui fit signe de s'asseoir.

– Bonjour, dit-il sur un ton parfaitement neutre.

La porte se referma derrière Al. Il n'avait pas emmené ses affaires avec lui pour ne pas que la mère de Jenny s'aperçoive qu'il partait sans elles. Pour quoi faire, d'ailleurs ? S'il s'agissait d'un piège et qu'il se faisait tuer, ce n'est pas une robe ou deux de plus qui amélioreraient son sort.

– Bonjour, Scorpius, dit Al en lui offrant son plus beau sourire.

– Tu n'as pas de bagages.

Ce n'était pas une question. Al lui montra seulement sa baguette.

– Je les ai laissés avec les Hartley. J'ai bien peur qu'il faudra que tu me prêtes une de tes robes pour le bal.

Scorpius hocha la tête, sans protester. Comme c'était étrange. Le carrosse se mit en branle, se souleva dans les airs pour se placer à bonne altitude. Les chevaux déplièrent leurs ailes. Où les avaient-ils cachés ? Al admira le soyeux de leurs plumes, mais pas trop longtemps : le vent soufflait fort. Scorpius lui fit signe de rentrer sa tête et ferma la fenêtre.

– J'ai ton invitation dans ma poche, dit Al. C'est très gentil à toi de m'avoir invité.

Scorpius le fixa droit dans les yeux un long moment.

– J'ai fait un rêve cette nuit, dit-il.

– Le même qu'avant ?

– Plus ou moins. Tu ne tuais pas tes parents.

– Je te l'avais dit. Personne d'autre que moi ne décide de mon destin.

– Tu les réduisais en esclavage. Eux, et toute la Grande-Bretagne.

– Toute ? Fichtre. Ça fait beaucoup de monde.

– J'ai raconté ce rêve à mon père. C'est lui qui a eu l'idée de t'inviter.

– Vraiment ?

Al éclata de rire.

– Il veut m'empêcher de nuire ?

– Je ne crois pas. Tu le... fascines.

– Heureux de le savoir.

Al fit un clin d'œil à Scorpius avant de se rapprocher lentement de lui. Il se coula contre son flanc, se pourlécha les lèvres tout en le regardant droit dans les yeux.

– Mais ce n'est pas son avis que je veux. C'est le tien.

– Mon avis ?

– Oui. Que penses-tu de moi ?

Scorpius baissa les yeux il se tordait les mains.

– Alors ?

– Je pense... je pense que tu es quelqu'un que l'on ne peut pas ignorer. Si mes rêves disent vrais, et ils se trompent rarement, l'avenir de ce pays dépendra de toi.

– En bien ou en mal ?

– Tu es un Serpentard. C'est à toi d'en décider.

Cela énerva Al il retourna s'asseoir à sa place.

– Tout le monde semble accorder beaucoup d'importance au fait que je sois Serpentard. Ça commence à bien faire. Comme si c'était ça qui faisait de moi ce que je suis !

Il serra les poings.

– C'est parce que je suis moi que j'ai été envoyé à Serpentard, pas le contraire. Pourtant tout le monde semble penser que c'est ça qui m'a modelé !

– C'est le cas ?

– Non ! Du moins, pas vraiment.

Al lui décocha son plus beau sourire.

– Que penses-tu de moi quand tu me vois sourire comme ça ?

– Je ne comprends pas ta question.

– Tu te dis sans doute, enfin tu te le dirais si tu ne me connaissais pas, « ça doit être un chic type », non ?

– Pas du tout.

– Tu n'es pas comme les autres, alors. Quand je souris comme ça, la plupart du temps, les gens se sentent en confiance et je leur suis sympathique. Ils pensent que je suis quelqu'un de gentil. Ils pensent que je suis heureux.

– Et ce n'est pas vrai.

– Des sourires comme ça, je peux t'en sortir en dormant. Ce n'est pas bien difficile. Je sais comment tordre ma bouche comme il faut depuis que je suis bébé. Tout ce qui reste, c'est m'expliquer ce que je dois ressentir.

Le visage d'Al était tout sourires, gai et heureux de vivre. En face de lui, Scorpius ne dévoilait rien de ses sentiments ses traits n'exprimaient ni joie, ni tristesse, rien du tout. Al se dit que quelqu'un avait dû se tromper dans la répartition des rôles.

– Tu as peur, n'est-ce pas ? dit-il avec un rire clair. Je peux le sentir.

– Non.

– Tu es un très bon acteur.

– Pourquoi souris-tu ?

– Pourquoi pas ?

– Tu es capable d'aimer, n'est-ce pas ?

Al y réfléchit.

– Oui, je le suis. J'aime mes parents, alors je me suis enfui. J'aime ma cousine Rosie, alors je lui ai tout dit. J'aime mon frère James et ma sœur Lily, alors je ne leur ai rien dit. Et je t'aime toi, je suppose.

– Tu supposes ?

– Je suis là, non ?

– Tu es là parce que j'ai attisé ta curiosité. Une fois que celle-ci sera passée...

Al s'approcha de nouveau de lui, frotta sa joue contre la sienne. Scorpius ne résista pas. Son corps trembla un instant.

– Je suis complètement sous l'emprise de mes rêves, fit-il dans un murmure.

– Vraiment ?

– C'est la vérité.

Al colla ses lèvres sur sa joue toute froide. Le visage de Scorpius perdit son masque d'impassibilité. Confus, paniqué même, il tenta d'écarter Al, en vain.

– Dis-moi qui je suis, murmura Al.

– Je ne sais pas !

– Alors souris-moi.

– Je ne peux pas !

Al ricana.

– Tu n'es pas drôle.

Et le poussa contre la banquette.