Me revoilà avec la suite de cette "histoire compliquée" !! Désolée pour le titre plus que simplet mais j'ai vraiment sèché pour en trouver un mieux... Nous sommes revenus un peu en arrière par rapport à la chronologie. Bonne lecture en tout cas !!
Il y a toujours une première fois à tout : première dent, première chute à vélo, premier amour,… Le plus souvent accompagné de douleurs, d'espoirs, de remises en questions. Il ne savait pas comment cela avait pu arriver, avait pu lui arriver, mais pour la première fois de sa vie, il avait ressenti des sentiments qu'il n'aurait jamais cru possible. Il avait pourtant aimé tant de femmes : Shannon, Jenny, Hollis aussi d'une certaine manière, et ses ex-épouses finalement. Mais entre aimer des femmes et ressentir de l'attirance pour un homme, un collègue qui plus est, il y avait un gouffre qu'il n'était pas près à franchir aussi facilement. Pourtant, il devait reconnaître que son partenaire lui manquait. Toute son équipe lui manquait en réalité, mais il avait réalisé que le jeune informaticien avait créé un manque de part son absence que Ziva ou Tony n'avaient pas laissé. Il s'en était rendu compte progressivement. Ca n'avait rien à voir avec l'absence de chicaneries entre Ziva et Tony, qui l'amusaient plus qu'elles ne l'irritaient en réalité, rien à voir avec les réflexions cinématographiques que faisaient l'italien ou les erreurs de langage de l'israélienne. Timothy lui manquait de par sa présence, ses bégaiements, son assurance lorsqu'il se voyait enfin témoigner un regard bienveillant.
Et pourtant, à son entrée dans l'équipe, Gibbs n'avait rien ressenti de particulier. C'était un jeune homme un peu timide, peu sûr de lui, désireux de bien faire mais d'une maladresse exemplaire. Et qui s'était attaché à Abby de manière bien peu fraternelle. Mais il l'avait vu évoluer, mûrir, devenir un agent de terrain compétent. Il lui en avait voulu de ne pas lui avoir fait part des problèmes de sa sœur lorsqu'il avait dû les affronter, il avait été impressionné par son éloquence quand il lui avait demandé des explications dans l'ascenseur, il avait été troublé après avoir appris que l'agent Mcgregor tombait amoureux d'Amy Sutton (après tout, ce n'était que de la fiction….mouais…), et enfin, il s'était surpris, après leur départ pour leurs nouvelles affectations, à ressentir cruellement son absence. Il ne pouvait plus le nier : il était attiré par son agent et il n'était pas près à se l'avouer, et encore moins à le lui avouer, même s'il avait réussi à tous les faire revenir à l'agence.
Comme chaque matin depuis des années, il était arrivé bien avant son équipe, sirotant son premier café de la journée, avant d'aller apporter à Abby sa provision matinale de caféine. McGee pénétra à son tour dans l'open-space, un café à l'odeur sucrée dans la main.
- Bonjour patron.
- McGee, le salua t-il sans pour autant lever officiellement son regard vers lui.
Du coin de l'œil cependant, il ne pu s'empêcher de le détailler un instant avant de s'infliger une claque derrière la tête pour les pensées qu'il venait d'avoir, sous le regard interrogateur des deux autres agents qui venaient d'entrer.
- Qu'est-ce que vous regardez tous les deux ? Aboya t-il à l'encontre de Ziva et Tony.
- Rien patron….Vraiment !! Assura l'italien un peu inquiet de se faire reprendre dès son arrivée. La journée risquait d'être bien longue si le boss était déjà de mauvais poil.
- Je croyais que vous deviez aller à Quantico ce matin ? Continua t-il sur le même ton que précédemment.
- On va y aller patron, assura Tony en posant ses pieds sur son bureau, les bras croisés derrière sa tête. Juste le temps de prendre un caf…Euh…de suite patron, poursuivit-il en se relevant précipitamment, tandis que sa collègue l'attendait déjà devant l'ascenseur. Il est vraiment de mauvaise humeur ce matin, souffla t-il en la rejoignant.
- Je ne suis pas de mauvaise humeur, DiNozzo, hurla l'agent senior tandis que les deux autres se recroquevillaient au fond de la cabine. Alors, McGee, vous avez quelque chose de mieux à m'offrir que ces deux-là ?
McGee se leva et prit la petite télécommande lui permettant de gérer les images sur l'écran principal du bureau. Il lui expliqua rapidement, mais avec maints détails inutiles sur la manière dont il avait procédé, les différentes images qu'il faisait défiler et sur lesquelles ils avaient travaillé avec Abby.
- Revenez en arrière !!
- Quoi ??
- En arrière !!.... Non, là !!
Il s'était emparé de la main tenant la télécommande pour revenir lui-même sur la photo qui l'avait interpellé, mais il réalisa rapidement que dans sa précipitation, il avait coincé la main de son agent dans la sienne et ce contact le troubla un instant. Il tenta de reprendre contenance, mais le mal était fait : leurs regards se croisèrent et chacun pu y lire le même trouble, la même faille qu'ils tentaient désespérément de faire taire.
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Tim n'arrivait pas à croire ce qu'il avait cru voir dans le regard de son supérieur le matin-même : un trouble certain et peut-être même, mais comment en être certain, un voile de désir. Il se reprit rapidement cependant, son patron avait été trop prompt à reprendre ses esprits, à lui arracher la télécommande des mains et à reprendre le cours de leurs investigations. Ce qu'il avait cru lire n'était probablement que le reflet de son propre désir qu'il tentait d'étouffer depuis tant d'années. Tim avait toujours su qu'il n'était pas tout à fait comme les autres. Il n'était pas gay à proprement parler, il pouvait donc réfuter sans mentir les allégations de Tony à ce sujet. Abby, elle, connaissait la vérité, elle savait que son ami était autant attiré par les femmes que par les hommes, mais il n'avait pas envie de se déclarer ouvertement devant ses autres amis comme bisexuel. D'une part parce qu'il ne manquerait pas de se faire chahuter par Tony, probablement même par Ziva. D'autre part parce que Gibbs n'aurait plus aucune raison d'ignorer ce qu'il pouvait parfois lire dans le regard de son agent et qu'il mettait probablement jusqu'à présent sous le coup du respect, de la gratitude,…
C'est vrai que son supérieur lui avait toujours plu. Il n'avait jamais envisagé quoique ce soit de sérieux avec lui, il restait lucide et savait parfaitement que Gibbs n'était pas du genre à se laisser aller à ce type d'histoire. Qui plus est, il n'était pas roux, et encore moins une femme. Il appréciait donc à sa convenance son physique encore avantageux, ses cheveux grisonnants, ses yeux si pénétrants sans jamais visualiser quoique ce soit de réel. Il s'était inquiété pour lui lorsqu'il était dans le coma puis amnésique, il avait supporté son énervement à maintes reprises, chaque fois que son supérieur avait besoin de se défouler, n'avait pas su quoi dire à la mort de Jenny, alors qu'il le voyait tenter de refouler sa peine et sa colère au plus profond de lui-même. Mais lorsqu'il avait été transféré par Vance, il n'avait pu ignorer le manque qui était né progressivement au fond de son cœur. Il n'avait pu s'empêcher de questionner régulièrement Abby, avec qui il était resté en contact, et la jeune laborantine, trop contente de pouvoir discuter de son « maître à penser », n'avait cessé de lui dire que Gibbs semblait absent, déprimé, taciturne – et donc, plutôt coléreux, de mauvaise humeur et agressif. Lorsqu'enfin, il avait été rappelé au NCIS, il s'était senti revivre, d'autant que Ziva et Tony les avaient rapidement rejoints. Puis il avait réalisé qu'être à ses côtés lui suffisait. Viendrait un jour le temps où il lui faudrait chercher quelque chose de plus concret qu'une « admiration » sans faille pour son supérieur, mais pour le moment, il n'en avait pas envie.
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La journée s'était terminée sans autre incident : Ziva et Tony était revenu bredouille de Quantico, mais la photo qui avait retenue l'attention de Gibbs les avait conduit finalement vers un suspect, qui s'était révélé être le meurtrier qu'ils recherchaient. Vers 20 heures, chacun avait repris le chemin de son domicile, mais Gibbs ne pouvait se résoudre à rentrer chez lui. Trop de questions encombraient son esprit pourtant habitué à raisonner rapidement. Pourquoi s'était-il senti si troublé au simple contact de la main du jeune homme ? Pourquoi avait-il senti son regard changer lorsqu'il avait croisé les yeux verts de son vis-à-vis ? Et pourquoi diable y avait-il lu le même trouble que celui qui l'habitait à ce même moment ?
- Jethro ? La voix du médecin légiste le tira brusquement de ses pensées.
- ....
- Pourquoi es-tu encore ici alors que tu as donné congé à toute ton équipe il y a de ça une bonne heure?
- J'avais besoin de réfléchir...
- Je pensais pourtant que tu avais besoin de tes outils et du calme de ta cave pour ce faire, mon ami !! Et sûrement pas du bureau d'un de tes agents...
Gibbs jeta un œil autours de lui et réalisa que son propre bureau lui faisait face. Sans y prendre garde, il s'était assis à la place de celui qui occupait ses pensées depuis qu'il s'était retrouvé seul dans les locaux.
- Tu n'es pas obligé de toujours tout analyser, Jethro...Tu as perdu beaucoup depuis toutes ces années et...
- Je ne suis pas un de tes sujets d'étude, docteur... Et tu n'es pas près de découvrir ce que je peux bien avoir dans le crâne, ricana t-il tandis que le vieux médecin esquissait un sourire.
- Si c'est ce que tu te plais à croire, Jethro....Mais sache qu'il n'est peut être pas aussi terrifié que toi à l'idée de ce qui te ronge actuellement, conclue t-il en prenant le chemin de l'ascenseur...
- Je ne suis pas....
Il stoppa net son propos en réalisant ce qui venait d'être dit. « Il ». Ducky venait bel et bien de démontrer qu'il n'avait aucunement besoin de l'analyser. Il avait vu clair en lui, alors que lui-même ne comprenait rien de ce qui lui arrivait. Ou plutôt, qu'il savait parfaitement ce qui lui arrivait mais se refusait obstinément à l'admettre. Il n'avait qu'à faire comme d'habitude et tout reprendrait son cours initial. Cette attirance n'avait aucune raison d' être après tout... Il faudrait juste qu'il parvienne à s'en convaincre...
