Titre : Entre deux mondes

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J.K. ROWLING

Rating : PG-13

Avertissements : Slash, Albus-Severus/Scorpius (entre autres)

Notes : Série de chapitres courts basés sur les thèmes de la communauté Livejournal 30_slash_hp. Les chapitres respectent l'ordre chronologique même s'ils ne sont pas forcément agencés de manière « logique ». L'histoire marche par ellipses, c'est fait exprès, soit pour respecter les thèmes, soit simplement pour donner un côté décousu à l'ensemble.


28- « Tu veux que je te dise ? »

– Tu veux que je te dise ? Tu danses affreusement mal.

Scorpius ajusta le col de sa robe. Il était habillé du dernier chic : une robe bleu nuit qui mettait en valeur son teint et ses yeux, avec des broderies en argent et une unique broche représentant les armoiries de sa famille. En outre, il avait tenu à choisir les vêtements d'Al. Ce n'était que justice : après tout, il se faisait entretenir.

– Fais attention. Tu vas déchirer le bas de ta robe à t'agiter aussi inutilement.

La robe que Scorpius lui avait donnée était du même vert émeraude que ses yeux. Al la trouvait très élégante, peut-être un peu trop pour lui. Il se sentait un peu mal à l'aise, à vrai dire : ce n'était pas vraiment son monde, après tout. Même les soirées entre Serpentards n'avaient jamais été aussi collet monté.

– Tu devras t'y faire, avait dit Scorpius. Si tu veux briller en société, tu dois en passer par là. Grand-mère te donnera un complément de leçons demain, si tu veux, mais pour ce soir j'ai bien peur que nous ne devions nous contenter de ce que tu as. Sais-tu au moins danser ?

La réponse d'Al n'avait pas été assez convaincante aux yeux de Scorpius, d'où cette séance improvisée avant l'arrivée des premiers invités. Al se révéla très maladroit : allez savoir pourquoi, il avait du mal à se concentrer sur ses pieds quand Scorpius le serrait ainsi contre lui.

– Non, tu ne dois pas partir avant d'arriver à ce passage de la musique. Et ne bouge pas ainsi tes épaules, ça fait vulgaire.

Oubliées les leçons de Jenny et de sa mère ! Al se sentit terriblement balourd sentiment accentué par la robe hors de prix qu'il portait. Cela l'amusa tellement qu'il éclata de rire et faillit tomber à la renverse en entraînant Scorpius dans sa chute.

– À quoi tu joues ? fit son partenaire, irrité.

– Désolé. J'ai juste été frappé par l'absurdité de la chose. Tu es sûr que ton père veut m'établir comme le futur Voldemort ?

– Je n'ai jamais dit cela.

– Non, mais tu dois avouer que l'idée est plutôt amusante... Pourquoi il fait ça, d'ailleurs ? Je croyais qu'il était passé du côté des gentils ?

– Ce n'est pas ce que tu crois.

– Alors quoi ?

Scorpius le fit pivoter sur lui-même au rythme de la musique.

– Il veut juste s'assurer de mon avenir. Et comme il est relié au tien, il veut être sûr de savoir ce que tu vas devenir.

– Le futur tyran de Grande-Bretagne ? Il veut que son fils reste avec ça ?

– Il n'a pas vraiment le choix. C'est ma décision.

– Il doit vraiment beaucoup t'aimer.

– C'est mon père.

Al éclata de rire et renversa Scorpius, de telle sorte qu'il doive s'appuyer sur lui pour ne pas tomber. C'était si drôle ! Ils avaient vraiment une chance incroyable.

– Mon père à moi m'a promis de me ramener.

– Je lui souhaite bonne chance. Tu n'es pas facile à influencer.

– Tu crois ?

Scorpius se dégagea de son étreinte.

– Il y aura pas mal de personnalités influentes ce soir. Des hommes politiques français, mais aussi des ambassadeurs, des acteurs, des hommes d'affaire. Tout ce que le monde magique français a d'influent. Tu es prêt à les rencontrer ?

– Fais-moi passer pour un ami sans éducation.

– C'est plus ou moins ce qui est prévu. Père a déjà donné ses instructions. Tu es un cousin éloigné qu'il a adopté parce que tes parents t'avaient abandonné.

– C'est légal ?

– Non, mais ce n'est pas ce qui va l'arrêter. La France jouit d'autres lois que l'Angleterre et mon père a des relations aussi bien dans le gouvernement magique que moldu.

– Ma famille sera très mécontente. Dire qu'ils avaient réussi à arriver à une entente ! Les pires, ce seront grand-père et oncle Ron, je pense. Ils vont passer leur temps à vomir sur le nom des Malefoy et à dire que tout est de votre faute. En fait, les connaissant, ça ne m'étonnerait pas qu'ils tentent une mission de secours d'ici quelques jours.

– Ton père ne va pas les accompagner ?

– Non, pas selon leurs termes du moins, je ne crois pas.

– Si ça se trouve, ils vont arriver dès ce soir pour nous gâcher la fête.

– Non. Pa... Harry va garder le secret jusqu'à ce qu'il n'ait plus le choix. Nous sommes saufs.

Al se glissa contre Scorpius pour lui demander une autre danse.

– Nous sommes plus ou moins arrivés à un accord tacite.

– En quels termes ?

– Il me laisse continuer sur ma voie, mais pas trop. Je ne tue personne de notre famille. Et il viendra forcément me chercher pour me ramener sur le droit chemin.

– Je ne suis même pas sûr de savoir ce que cela signifie. Ou si c'est même possible avec toi.

– Pourquoi pas ? Il ne faut jamais perdre espoir. C'est ce qu'ils m'ont toujours appris.

– Tu y croies vraiment ?

– Je crois que je suis comme mon père. Je ne me laisse pas influencer par mon environnement ou mon éducation. Harry est devenu un homme extraordinaire et l'un des sorciers les plus puissants du monde en ayant été éduqué par les moldus les plus idiots d'Angleterre. Et moi, regarde ce que je suis devenu en ayant vécu dans la famille la plus célèbre du pays ! Dans le genre qui a mal tourné...

– Nous ne sommes encore sûrs de rien. Tu es jeune.

– C'est pour cela qu'Harry a encore de l'espoir.

– Il ne devrait pas ?

– Peut-être. Il est vrai que je n'ai encore tué personne.

– Cela ne prouve rien.

– Il faut que j'en tue au moins deux, alors ? J'en prends note.

Pour faire bonne mesure, il écrasa les pieds de Scorpius et manqua de faire tomber un vase très précieux dans lequel se trouvait un bouquet énorme de roses rares. Narcissa entra dans la pièce à ce moment-là en voyant les mouvements désordonnés d'Al, elle fit immédiatement cesser le désastre.

– Nous dirons que tu t'es blessé à la cheville et que tu ne peux pas danser à cause de cela. Ce sera une excuse bien suffisante.

– Sous quel nom dois-je me présenter ?

– Celui que vous voulez.

– Sévérus, dit Al. Je n'ai jamais l'occasion d'utiliser mon second prénom chez moi.

Narcissa lui jeta un regard empreint de colère.

– Ce nom ne vous va pas du tout, siffla-t-elle.

– C'est dommage, je l'aime bien. C'était celui d'un Serpentard comme moi.

– Je sais.

– Vraiment ?

– Sévérus Rogue était un ami.

– Oh. Je vois.

Scorpius assista à cet échange sans rien dire. Il devait se trouver dans une drôle de position : défendre Al tout en ménageant la sensibilité de sa grand-mère. Que voyait-il donc en lui, à part celui qui devait contrôler sa vie ? Sûrement, il ne devait pas se fier à ce point à ses rêves...

– Je ne suis pas Voldemort, dit Al en soupesant ses mots. Ni Sévérus Rogue, d'ailleurs. Je suis moi et je compte bien le rester.

– Je n'ai jamais dit le contraire. Aucun de ces deux noms ne vous va, d'ailleurs.

– Blâmez mes parents pour le deuxième. Ils voulaient absolument lui rendre hommage.

– Une preuve de plus de leurs piètres jugements.

– Avec tout le respect que je vous dois, je ne pense pas que vous soyez très bien placée pour en juger.

L'un des sourcils de Narcissa tressaillit sous l'insulte, mais elle ne bougea pas de sa place.

– C'est vraiment très gentil à vous de m'avoir invité, dit Al pour la deuxième fois de la journée.

Il prit la main de Narcissa, la baisa dans un geste parfait. Scorpius lui serra le bras : il allait trop loin. Narcissa ôta sa main avec emphase.

– Je suis impatiente de voir votre performance de ce soir, dit-elle d'une voix glaciale. Si vous permettez, je vais aller me préparer. Une dame se doit d'être aussi bien présentable que possible.

– Je vous en prie, faites. Je ne voudrais pas priver votre miroir de votre délicieux reflet.

Elle s'en alla d'un pas plus empressé qu'à son arrivée. Scorpius lui lança un regard sévère mais ne dit rien. Al s'amusait comme un fou.

Quelle soirée intéressante en perspective !