Me revoilà avec la suite !! Par contre, comme j'ai du monde à la maison ce week-end, je ne suis pas sûre de pouvoir poster la suite avant la semaine prochaine. Bonne lecture en tout cas !!
La vie au NCIS avait effectivement repris son cours initial, Gibbs y avait veillé scrupuleusement. Pourtant, chaque soir, il retrouvait avec impatience sa cave et son travail manuel. Il ressentait un besoin vital de se libérer l'esprit. Et ce soir n'échappait pas à la règle, d'autant qu'il avait du faire face à ce qu'il redoutait le plus. A peine arrivé le matin même, ils avaient été appelés pour une affaire à la base navale de Norfolk. Comme à leur habitude, Tony et Ziva avait pris un véhicule de leur côté, laissant Gibbs et McGee en prendre un second. L'ancien marine n'était plus aussi à l'aise qu'avant à l'idée de se retrouver seul avec le jeune informaticien, mais, comme à son habitude, il ne laissa rien paraître. Il sentit cependant une tension planer dans le véhicule et brusquement, s'arrêta sur le bas-côté.
- Je peux savoir ce qui ne va pas, McGee ?
- R...rien, patron.
- Me prenez-vous vraiment pour un imbécile, Timothy ?
- ...
- ...
- Non.
- Puis-je espérer avoir une meilleure réponse que celle-ci ?
- Ecoutez...Il y a ... il y a effectivement une question que j'aimerai vous poser, mais....
- Nous n'avons pas toute la matinée, McGee !! S'emporta t-il soudainement.
- Oui,...Je...Voilà, ce n'est peut être qu'une impression, je suis même presque sûr que ce n'est qu'une impression...
- McGee !!
- Pourquoi fuyez-vous délibérément mon regard, patron ?
- Pardon ? Gibbs était estomaqué. Que voulait-il dire par « fuir son regard » ? Il ancra son regard dans celui du jeune homme, prêt à lui prouver qu'il ne le fuyait en rien, mais il réalisa soudainement qu'il n'avait pas revu le vert de ses yeux depuis près de deux semaines.
- Je suis...hum... désolé si cet incident vous a gêné ou choqué, je...
- Quel incident ?
- Il y a deux semaines, quand...Enfin, avec la télécommande...J'ai eu le temps d'y réfléchir. Je sais qu'il n'y a rien à attendre, je ne suis pas stupide.
- Ecoutez, Tim...Il croisa le regard surpris de son agent. Il était rare qu'il l'appelle par son prénom et encore plus par son diminutif. Je n'ai pas été choqué ou gêné, comme vous dîtes. C'est juste...Je ne pense pas que ce soit le bon moment pour parler de tout ça, Tony et Ziva nous attendent et...
- Vous avez raison. Nous ferions mieux d'y aller.
Voyant que Tim tournait de nouveau son regard vers la route, Jethro remit le moteur en marche et ils reprirent la route, une tension encore plus présente entre eux. Tim ne cessait de repenser aux paroles de son supérieur, mais il n'arrivait pas à en tirer une conclusion définitive. Il avait éludé la réponse, mais il l'avait enfin regardé droit dans les yeux et ce qu'il y avait lu l'avait surprit. Gibbs semblait...perdu. Et ce n'était pas le genre d'émotion que l'on pouvait s'attendre à lire dans le regard de l'ancien marine.
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Tout en travaillant sur son bateau, ce soir-là, Gibbs ne pouvait s'empêcher de revenir sur cette discussion qui n'avait finalement abouti à rien. Jamais il n'avait autant retenu ses pulsions. Depuis la mort de Shannon, il n'avait finalement que très peu été amoureux, et les rares fois où ça avait été le cas, il les avait tour à tour perdues. Il pensait principalement à Jenny, qui avait été la seule qui ait véritablement compté, même si il s'était remarié trois fois avec d'autres femmes. Son comportement vis-à-vis de son collègue le surprenait vraiment. Si McGee avait été une femme, il aurait probablement déjà agi, il lui aurait parlé de cette attirance qui le bouffait littéralement de l'intérieur. Ne pas agir n'était pas dans ses habitudes. Tout ce qu'il ressentait le perturbait et visiblement, perturbait également le jeune homme. Posant finalement ses outils de travail, il remonta à l'étage prendre une douche avant de sortir dans la nuit noire. « Pas de lune ce soir », pensa t-il. Etait-ce un bon ou un mauvais présage ? Seule Abby aurait la réponse, mais ce n'était pas dans cette direction qu'il souhaitait aller.
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Tim avait passé la soirée à retourner dans tous les sens la discussion qu'il avait eue avec son supérieur. Il disséquait ses gestes, ses regards, ses intonations, dans l'espoir d'en tirer quelque chose qui lui ferait comprendre ce qui l'avait le plus troublé. En désespoir de cause, et ne parvenant pas à assembler correctement tous ces éléments, il avait essayé d'écrire un nouveau chapitre du roman qu'il avait en préparation mais rien ne venait non plus de ce côté-là. Il se résolut finalement à abandonner toute tentative et partit se coucher. Cela faisait désormais dix bonnes minutes qu'il tournait et se retournait dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil, quand il entendit plusieurs coups frappés à la porte de son appartement. Il ralluma les lumières du salon et ouvrit la porte sur son supérieur.
- Patron ?... Que se passe t-il ? demanda t-il, légèrement inquiet.
- Je crois qu'il faut qu'on parle, Tim.
- Euh…Bien. Allez-y, entrez.
Gibbs, qui n'était encore jamais venu chez son agent, prit le temps de découvrir l'univers dans lequel il évoluait. Rien n'était vraiment surprenant dans cet appartement : beaucoup de livres, de matériels informatiques et sur un bureau, trônant presque, une vieille machine à écrire.
- Je vous ai peut-être dérangé, McGee ?
- Non, j'essayais de trouver le sommeil, mais…
- Je comprends, déclara t-il machinalement.
- …
- …
- Patron…Qu'est-ce que vous êtes venu faire chez moi, à cette heure-ci ?
Pendant un instant, Gibbs fut troublé par la question. Qu'est-ce qu'il était venu faire ici ? C'était vraiment une bonne question. Sur le moment, seul dans sa cave, perturbé par tout ce qui lui traversait l'esprit, il lui avait semblé que mettre les choses au clair avec Timothy serait la meilleure chose à faire. Mais, maintenant que son plus jeune agent se tenait devant lui, il n'en était plus aussi convaincu.
Tim, comprenant que ce qui clochait devait avoir un rapport avec leur discussion inaboutie du matin, décida de prendre les choses en main. Il ne se souvenait que trop bien de cette discussion qu'il avait tenté d'avoir avec un pote d'université la première fois qu'il s'était découvert des sentiments pour un homme. Si Jeff n'avait pas fait le premier pas, jamais il n'aurait eu cette merveilleuse expérience qu'ils avaient partagée pendant trois ans. Il savait également qu'il ne fallait pas brusquer Gibbs, d'une part parce que l'ancien marine n'était pas un homme à pousser dans ses retranchements, d'autre part parce que Tim n'était absolument pas certain quand à la raison de cette visite. Gibbs essayait peut être juste de trouver les mots adéquats pour lui faire comprendre qu'il ne partageait pas ses sentiments et pour ne pas le blesser.
- Ecoutez Patron…
- Arrête avec ce « patron » Tim !! Nous ne sommes pas dans des conditions de travail, que je sache, hurla involontairement Gibbs. Désolé, je n'aurai pas du crier.
Tim resta un moment abasourdi. Gibbs venait de s'excuser. Gibbs se mettait volontairement en position de faiblesse.
- C'est cette discussion qui me perturbe. Ca n'a jamais été aussi difficile pourtant, poursuivit Gibbs, sans quitter du regard la machine à écrire posée devant lui.
- Gibbs, ne vous en faites pas pour ce que j'ai pu croire, ou ce que vous avez pu voir de moi…Je sais parfaitement à quoi… à quoi m'en tenir et je n'ai jamais…espéré…enfin, peut être…enfin, non…Euh rien, conclut-il sous le regard mi-agacé mi-moqueur de son supérieur.
- Tu n'arriveras donc jamais à soutenir mon regard, déclara le plus âgé en souriant enfin.
- Apparemment non, répondit Tim en lui retournant un sourire plus réservé.
- Si je te disais que j'ai une attirance pour toi que je ne m'explique pas, est-ce que ça changerait quelque chose dans ton attitude ?
McGee prit le temps de réfléchir profondément à la question avant de répondre. Son patron était bien trop sérieux en la lui posant pour lui donner une réponse hésitante.
- Non. Il laissa à Gibbs le temps de digérer la nouvelle. Pas au travail en tout cas, poursuivit-il, tout en priant intérieurement tous les dieux du monde pour ne pas être trop direct.
- Ce qui veut dire qu'en dehors… ?
Tim décida de tenter le tout pour le tout. Au max, il demanderait le lendemain sa mutation pour un autre service.
- Tout dépend de toi, Jethro.
- Bien.
Ce fut le seul mot que Gibbs prononça avant de partir, laissant McGee seul au milieu de son appartement, ne sachant pas s'il pouvait sans inquiétude retourner au boulot le lendemain. Certain désormais de ne pas pouvoir dormir avant un bon moment, il alluma son ordinateur pour tuer le temps, sans savoir qu'à l'autre bout de la ville, Gibbs, quand il serait rentré, poserait enfin la tête sur son oreiller, et s'endormirait apaisé.
