Salim poussa un soupir de contentement tout en se massant le ventre, et repoussa son assiette vide.
- Môssieur est-il rassasié ? se moqua Ewilan.
- Je n'ai pas tellement mangé ! protesta Salim. Et, ajouta-t-il après une hésitation, de toute manière, ce qu'on mange en Gwendalavir est bien meilleur.
Son visage devint soudain plus grave.
- Au fait, demanda-t-il prudemment, tu… ne peux toujours pas nous ramener ?
Ewilan soupira. Lorsqu'ils étaient arrivés en Angleterre, elle avait plusieurs fois tenté d'effectuer le pas sur le côté, mais sans succès. Elle n'avait plus atteint l'Imagination que pour des dessins mineurs, comme au temps d'Ahmour dès qu'elle se projetait dans les Spires, la peur l'étreignait et elle retournait en arrière. Elle avait quand même réussi à faire apparaître une carte de l'endroit où ils avaient atterri, et qui changeait en fonction de leurs déplacements.
- Do you want something else ? demanda la serveuse en tirant Ewilan de ses pensées.
- No, thank you, répondit-elle en donnant un coup de coude à Salim, qui semblait prêt à accepter. Une fois de plus, elle se félicita d'avoir appris l'anglais, avant d'apprendre qu'elle était en réalité Alavirienne !
Elle alla payer, en faisant la grimace devant le prix réclamé. « À Londres, la vie est chère », songea-t-elle. Elle était tout de même contente de n'en être pas arrivée trop loin, car Salim et elle avaient en tête de prendre le train pour gagner la France, et de là rejoindre les Boulanger, chez qui elle savait qu'ils pourraient se reposer jusqu'à ce qu'elle retrouve tout son Don.
Une fois sortis, elle tira de sa poche la carte magique, qu'elle déplia. Un camion qui passa devant eux lui rappela sa première excursion en Gwendalavir, lorsqu'elle avait manqué de peu de se faire écraser, mais elle s'empêcha de sombrer dans la mélancolie.
- Regarde, il y a une gare pas très loin d'ici, à deux stations de métro…
- Mieux vaut garder notre argent pour le train, nous en aurons sûrement besoin, dit sombrement Salim. Mais à part ça, nous avons encore des jambes, que je sache, alors allons-y !
