Bien le bonjour, désolé pour le peu qui suivent mon histoire, l'inspiration me pousse vers d'autres activités que l'écriture en ce moment. Cela va désormais devenir une habitude, merci à Carine, a.k.a Poka Rock, pour ses relectures et ses commentaires. Bien sûr, je remercie aussi ceux qui me laissent des reviews, et même ceux qui me lisent sans en laisser, je suis de bonne humeur aujourd'hui :p

Une petite pub pour mon OS en passant, si vous n'êtes pas encore allés le voir, il vaut le coup d'oeil, je vous jure.

Bonne lecture.


Le gardien marchait dans l'allée centrale du laboratoire. Lui était caché dans l'ombre, accroché au plafond. Il ne connaissait pas les lieux, mais son indicateur lui avait dit que cet endroit contenait tellement d'items magiques que même Barjow et Beurk abandonneraient leur boutique pour ces possessions. Il fallait qu'il vérifie de lui-même qu'il se serve en rayon. C'était comme des emplettes pour lui, avec l'avantage de tout obtenir gratuitement, mais il n'avait aucune garantie sur la qualité du produit.

Il retomba sur le sol, et resta accroupi. Il trottina derrière le gardien, prêt à bondir sous une table. Ne voyant aucune sécurité installée dans la pièce, il endormit l'homme en lui collant par-derrière une potion anesthésiante.

Une puissante protection empêchait l'usage de la baguette, sous peine d'être repéré, seuls ceux qui servaient le propriétaire du lieu pouvaient l'utiliser. Lloyd jouait tout sur les potions, les runes, et sa ruse.

Il s'approcha de la porte, et traça avec ses doigts une rune de transparence. Il vit à travers la porte qu'un gardien venait dans sa direction, et allait passer par celle-ci.

Lloyd prit dans l'une de ses poches sans fond une bouteille d'eau et vida le contenu sous l'encadrement. Il prit un couteau et patienta, guettant le moment où l'homme poserait son pied sur la flaque. À l'instant même où l'homme accomplissait son geste, Lloyd se coupa la paume. Des gouttes de sang se mélangèrent à l'eau.

– Élek ! Murmura-t-il.

Le deuxième gardien s'effondra, électrocuté, une odeur de cochon brulé emplissant l'air. Lloyd ouvrit la porte, et se faufila à l'intérieur. Il lui passa sa potion anesthésiante sous le nez, pour qu'il ne se relève pas avant qu'il avant qu'il ne parte, et ne déclenche l'alerte.

Cela ressemblait à une salle d'exposition. De multiples objets brillaient comme de petits soleils dans la nuit artificielle de la pièce. Tout était sous vitrine, offrant un univers limité aux trésors sans âge.

Il examina ce qui était entreposé. Sur sa droite reposait sept sphères de lumières qui tournoyaient les unes autour des autres à toute vitesse. Leur centre de gravité était une petite créature qu'il ne réussit pas à identifier.

Il avança encore. Sur sa gauche, un énorme instrument faisait tomber des pièces d'or. Il s'y intéressa. Il y avait un sacré pactole à se faire. Un liquide coulait d'un tuyau et se transformait en métal avant de toucher le sol. Il inspecta encore la machine avant de remarquer que le fluide était du sang. Il leva les yeux vers le couronnement de l'appareil et tordit son visage d'écœurement. Un cadavre se perchait funestement sur l'engin malsain. Il se détourna.

Après avoir regardé de plus près, cette salle ne comportait que des machines et magies requérant des êtres vivants, ou qui l'ont été.

La porte qu'il allait emprunter s'ouvrit brusquement. Il se jeta sous une table avant d'être repéré. Le gardien avait sa baguette et une arme à feu dans les mains. Il semblait bien plus méfiant que les autres, à voir la cicatrice sur sa joue, c'était un ancien combattant qui avait des raisons d'avoir fini paranoïaque.

L'homme vit son collègue inconscient et se précipita sur lui. Lloyd l'entendit murmurer ''Collaporta'' sur les deux portes de la pièce. Plus d'issues. L'homme posa ses doigts sur la gorge de la victime. Une fois assuré qu'il était encore vivant, il se redressa et jeta un sort de détection.

Lloyd soupira de soulagement. Il avait bu une potion le rendant indétectable par la magie. Il attendit que le gardien lui tourne le dos dans le but de l'immobiliser.

L'homme se leva doucement et repartit vers le seuil qu'il venait de prendre et de fermer. Lloyd ressortit sa potion. L'homme se baissa soudainement en le regardant avec un sourire machiavélique, en pointant sa baguette vers lui.

Lloyd n'eut même pas le temps de réagir qu'il se heurta sur le mur du fond. Un autre sortilège éclata à quelques centimètres de sa tête. Il rampa sous une autre table pour reprendre des forces. La table s'écroula sur lui, en libérant un nain teigneux.

La créature se rua sur lui et le roua de coups. Lloyd sortit son couteau et le planta dans les côtes du nain qui se plia. Le voleur le prit par la tête et le jeta le plus loin possible de lui, en gardant son poignard.

Le gardien lui jeta un autre maléfice. Lloyd était complètement étourdi mais continua de chercher une solution. Il avait l'intime conviction qu'il servirait de cobaye s'il était capturé.

Il jeta un de ses remèdes contre l'Homme, une potion explosive. La détonation fit sauter toutes les vitres de verre. L'homme qui était au beau milieu de la place ne fut pas épargné par les morceaux de verres brisés, mais referma la moitié de ses coupures d'un sort. Les créatures s'échappèrent. Un phénix aux ailes cassées se faisait porter par un centaure aux flanc d'équidé et aux pattes de lion. La petite chimère aux sphères jeta ses globes sur le gardien qui tomba sous les coups.

L'homme utilisa son revolver et tua la créature d'un coup. Les sphères tombèrent en se changeant en pierres rondes et polies.

Lloyd prit le marteau, sûrement celui du nain, et fonça sur lui. L'homme l'aperçut et lui tira dessus. Du sang l'aspergea. Lloyd tomba à genoux.

– Èxplés, souffla-t-il dans un dernier espoir.

L'homme brilla un instant et fut projeté dans un éclatement sec. Le hasard le fit retomber sur le cadavre de l'abominable appareil, qui le mordit à la carotide, le tuant par la même occasion. La pluie d'or n'en fut que plus heureuse.

Lloyd s'affala sur le dos. Il fouilla une de ses poches, en quête d'une potion régénératrice. Le phénix se plaça près de lui et laissa couler une larme sur ses blessures. Il se leva plus vite qu'il ne l'avait voulu.

– Merci l'ami, dit-il au volatile. Tu peux verser d'autres larmes pour moi ?

Il tendit un flacon vide mais le phénix ne s'y posa pas. Le centaure vint à sa rencontre.

– N'abuse pas des bonnes choses l'humain, l'avertit-il. Pourrais-tu nous faire sortir d'ici ?

– Mon but premier n'était pas de jouer à l'arche de Noé avec vous. Vous attendrez que je revienne.

– Il est dommage que notre sauveur soit rongé par le vice. Où vas-tu, humain ?

– Dépouiller ce lieu de tout ce qu'il contient, et tout faire sauter ! concéda-t-il. Il était très énervé, et le mot était court !

– Tu ne trouveras rien là-bas, tout ce qui a de la valeur se trouve ici. Là où tu vas, il n'y a que des bureaux, ainsi que des illuminés se prenant pour des chercheurs.

– Mais partir maintenant alors que je suis tout émoustillé serait de la lâcheté !

– Un seul homme t'a presque ôté la vie par principe, par contre, la dizaine derrière cette porte te fera souhaiter la mort, par folie.

Lloyd chercha dans tout ce bazar des objets de valeur. Il ne trouva absolument rien d'intéressant. Il allait le faire payer à son indic s'il repartait les mains sales et vides. N'ayant aucun intérêt à les faire patienter le temps qu'il se venge de l'efficacité du gardien, il grava une rune sur la sortie. La serrure sauta et il les laissa passer.

– Merci humain. Et bonne chance, tu en auras besoin.

– La chance n'a rien à voir avec ça, je suis un professionnel.

Il serra la main du centaure et leur tourna le dos. Il saisit l'arme du gardien, la baguette était avec le cadavre sur la machine. Il dessina d'abord du bout des doigts une rune de transparence, pour s'apercevoir que personne n'avait entendu le chaos qu'il avait semé. Il devait y avoir un Silencio sur chaque pièce. Personnellement, c'est ce qu'il ferait pour ne pas être dérangé par les cris de tortures de la pièce d'à côté, s'il était un savant fou.

Il grava avec son couteau une rune très explosive, il y mit une bonne partie de sa magie, ne pouvant l'utiliser autrement, et accentua en y mettant de son sang.

À présent, la rune rutilait de puissance contenue. Il se mit au fond de la salle, se cacha derrière une table, et dit le mot magique.

La déflagration fut gigantesque. Le sol trembla, les murs se fissurèrent, et les personnes les plus proches de la porte furent soit brûlées, soit projetées et assommées, peut-être même mortes, sous le choc.

Lloyd sortit de sa cachette et attaqua avant qu'ils ne reprennent contenance.

Il tira sur ceux qui étaient encore debout et anesthésia les autres, trop blessés pour réagir. Une femme lui lança un Doloris. Il l'évita en faisant une roulade sur le côté et lui jeta son couteau qui se planta dans le flanc. Il prononça un mot et le poignard se transforma en Portoloin qui amena la chercheuse au Sahara. Qu'est-ce qu'il adorait utiliser les armes ensorcelées par Wito !

N'ayant plus rien à craindre, il fouilla dans les décombres. Il trouva une dague en argent magnifique et un recueil de sortilèges celtiques, qu'il mit dans son manteau. Heureusement qu'il n'avait pas écouté le presque canasson !

Il déposa un cadeau sur les restes d'un bureau, prêt à exploser.

Il regarda sa montre. Son Portoloin n'allait pas tarder à s'activer. Conseillé par une soudaine intuition, il ouvrit le tiroir du meuble et saisit un objet qui dépassait. Son Portoloin s'activa à ce moment-là. Il atterrit dans un champ, à deux kilomètres du laboratoire. Il entendit une pétarade semblable aux pétards Fuseboum venir de l'ancien atelier illégal.

Il baissa les yeux vers l'item magique qu'il avait dans la main. Un torque d'or, serti de pierres précieuses, ayant sûrement appartenu à un druide.

– Tiens donc, fit-il d'une voix narquoise.

Le centaure devait connaître l'existence de cet objet, il n'avait seulement pas voulu que cela tombe entre de mauvaises mains. Raté, songea-t-il.

Ne sachant ni son pouvoir, ni quoi en faire, il transforma le collier en chaînette en argent et se le mit autour du cou.

Il transplana et prit une chambre dans un hôtel de Manchester sous une fausse identité.

Lloyd repoussa l'attaque d'Astrée et chuta sur une chaise près de lui, essoufflé. Ils étaient dans une salle désaffectée et Trevithitch l'entraînait à l'Occlumancie. Pour le moment, ce n'était pas une franche réussite. Son amie mettait tout son potentiel de légilimens, sous la demande de Lloyd qui souhaitait résister au mieux face aux Aurors. Quelle ironie, il voulait se protéger des Aurors, le monde à l'envers, si ce n'était pas la preuve qu'il ne faisait rien comme tout le monde !

– Ça va ? demanda Astrée en s'approchant.

Il leva la main pour la rassurer et se redressa, un peu plus pâle que d'habitude. Il avait sous-estimé la force psychique de sa camarade.

Elle lui tendit un morceau de chocolat de chez Honeydukes qu'il refusa, elle en croqua un morceau en haussant les épaules.

– Alors c'est comme ça que tu l'as eu, ce fameux torque. Que de sang pour une babiole !

– Tu ne vas pas me dire qu'ils ne le méritaient pas ! s'énerva-t-il. Tu as vu l'état des créatures qui se sont enfuies ?

– Tu n'as pas fait sauter le bâtiment pour eux, mais pour toi, objecta la blonde. Tu t'es juste conforté à cette idée pour justifier ton acte.

Il laissa tomber. Elle était têtue, et au fond de lui, il savait qu'elle n'avait pas tort.

– Reprenons, exigea-t-il faiblement.

– D'abord, j'aimerais savoir, comment fais-tu cette magie, je veux dire, ces runes et tout ça ? Et Merlin, pourquoi te sens-tu obligé de t'entailler la main à chaque instant ?

Il eut un rictus. Elle n'aimait vraiment pas la vue du sang.

– C'est une forme de magie que m'a appris Wito. Il y a un mélange entre l'elfique, pour les runes, et le vampirique, pour le sang. C'est très difficile à étudier, j'ai failli abandonner plus d'une fois, mais il a des arguments très persuasifs.

– Comme ?

– Te jeter dans un nid de Basilics si tu ne la maîtrises pas avant ta majorité, énonça-t-il sans émotions. Allons-y.

Il vida son esprit et attendit. Il sentit une pointe s'enfonçait dans son crâne. Il la refoula, mais elle se fit plus insistante et il craqua.

Il était dans sa chambre, enfin, celle dans la maison de ses parents adoptifs. Il était assis en tailleur sur le lit et essayait de méditer. Il tenter de faire voleter une plume sans baguette magique.

La pièce était totalement plongée dans la pénombre. Les volets et les fenêtres étaient fermés, la porte aussi.

Il n'y avait aucun détail pouvant déterminer le caractère de Lloyd dans cette chambre. Tout était rangé comme si elle attendait un visiteur absentéiste. Les murs étaient vierges, tout était propre.

Lloyd suait à grosses gouttes sans parvenir à un résultat. Il s'efforçait à s'appliquer, mais sa mère adoptive chantait sous la douche depuis une heure dans la pièce voisine, un chat miaulait derrière la porte, et la télévision était allumée, le volume plus fort qu'il ne devrait l'être, dans la pièce au-dessous.

Astrée trouva exceptionnellement courageux de poursuivre un exercice si difficile dans une telle ambiance. La deuxième chose qui la marqua fut de constater qu'il ne se rattachait pas du tout à cette famille. Il était clair dans son esprit que tout ici était ''d'adoption''.

La plume s'éleva lentement, sous ses yeux. La porte s'ouvrit à la volée, Lloyd perdit sa contention, et la plume retomba.

Un petit homme chauve, qui devait avoir la soixantaine, entra sans ménagement.

– Tu fais quoi ? ? aboya-t-il.

Il tira les volets sans demander son avis et laissa les fenêtres grandes ouvertes. La plume s'envola sous le regard découragé de Lloyd. L'homme se retourna vers le sorcier.

– Alors ?

– Je travaillais, père.

Il cracha le dernier mot comme une insulte.

– On ne travaille pas sur un lit que je sache, et tu n'as même pas un bouquin sous les yeux. Espèce de feignant ! Menteur et feignant, on aura tout gagné en t'acceptant, toi !

Son visage indiquait clairement ''vous n'aviez qu'à pas m'accepter'', mais il préféra répondre.

– La pratique se fait sans livre, expliqua-t-il. Vous devriez le savoir. Oh, pardon, j'avais oublié, vous ne pouviez pas savoir, rajouta-t-il sur un ton d'excuse alors qu'il avait un fin sourire.

Le Cracmol serra les poings de rage pendant qu'il blanchissait. Il ne répondit cependant pas à la provocation, et poursuivit sa tirade brimant le Serpentard.

– Sale ingrat ! Ne me mens pas ! Je sais qu'il te faut une baguette pour utiliser la magie, et tu n'auras l'autorisation d'en faire qu'à ta majorité ! Fils de …

– Que se passe-t-il ici ?

Une femme au cheveux bruns bouclés arborant un sourire vide entra à moitié dénudée, ce qui arracha une grimace à Lloyd.

– Rien ma chérie, répondit Mr Harshad en prenant une voix mielleuse. Je disais juste à notre fils d'aller au magasin faire les courses.

Astrée eut la désagréable impression que la femme, vraisemblablement Mrs Harshad, regardait Lloyd comme un trophée. Celui-ci sembla indifférent à ce qui se passait, il se changeait pour une tenue plus traditionnelle chez les Moldus.

– Bien, bien, chanta-t-elle. Rose m'a dit que l'émission allait bientôt commencer, il faut que je fasse la vaisselle avant. Va-t'en Samuel, dit-elle en poussant le chat du pied.

Et elle repartit en divaguant, sous l'œil désemparé de son mari. Lloyd leva les yeux au ciel. Que faisait-il dans cette maison de fous déjà ?

L'homme revint à ses moutons, et cria presque.

– Au boulot !

Astrée se sentit encore projetée de l'esprit de son camarade. Lloyd reprenait sa respiration sur sa chaise en s'accrochant aux bras.

Elle était très gênée de pénétrer ainsi dans la vie privée de son ami, mais il s'obstinait à lui dire qu'elle lui rendait service.

C'était Lloyd qui l'empêchait d'aller de souvenir en souvenir, comme cela aurait dû être le cas. Il bloquait son esprit, et quand il craquait, Astrée s'introduisait dans une faille qui n'était l'ouverture que d'un seul souvenir, le reste était hermétiquement fermé. C'était un progrès, on ne pouvait plus fouiller dans son cerveau jusqu'aux pensées recherchées, mais ce que l'on voyait était fort en détails, comme dans une Pensine, et était rarement joyeux.

Elle lui tendit une Chocogrenouille qu'il prit sans hésiter.

– On devrait peut-être arrêter pour aujourd'hui, proposa-t-elle.

Il secoua la tête.

– Une dernière fois, et après on arrête.

Astrée engagea la conversation pour lui donner le temps de récupérer.

– Depuis combien de temps fais-tu de la magie sans baguette ?

Il ricana sans une once de joie.

– Si on appelle l'échec que tu viens de voir de la magie sans baguette, j'ai commencé il y a un an. C'était le premier jour des vacances d'été de notre sixième année. Je suis ensuite parti rejoindre Wito, et j'ai voyagé pour m'améliorer.

– Tu es trop dur avec toi-même. Tu es déjà très puissant.

– Ce n'est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes œuvres.

– Oui, mais te connaissant, ça m'étonnerait que ce soit des œuvres caritatives, sourit-elle.

Il eut une moue dubitative et l'incita à reprendre.

Il vida une dernière fois son esprit. Elle le ménagea cette fois, mais il dut le sentir car il lui lança un regard de reproche. Elle perçut automatiquement une brèche et s'y engouffra. Elle retomba dans un souvenir. Elle eut le vertige en voyant la petite sœur de Lloyd, Alysson.

Ils étaient à une fête, la Célébration du Kraken, une coutume sorcière, au bord de la mer, plus précisément près des falaises. C'était l'été, le ciel était dégagé. Il faisait nuit et des feux étincelaient le paysage.

Ce devait être à la fin de leur troisième année, pensa-t-elle en regardant les visages ayant gardé une trace enfantine qui ne subsistait plus, peu de temps avant qu'Alysson ne meure. Elle suivit avec nostalgie le frère et la sœur plaisantant de choses et d'autres, partager des sourires complices, et se chuchoter des paroles à l'oreille avant d'éclater de rire.

Elle vit plus loin Mr Harshad et sa femme flatter un responsable du ministère en ne se préoccupant nullement des enfants dont ils étaient responsables. Elle s'en désintéressa.

Elle contempla les deux Serpentards danser autour d'un feu, en discutant avec d'autres personnes. Ils semblaient inséparables.

Soudain, un homme vint perturber l'harmonie des festivités. Il courait, bousculant tous ceux qui était sur son chemin, en regardant souvent derrière lui.

Elle sentit que Lloyd tentait de la repousser, mais elle n'eut pas à forcer pour s'imposer. L'homme était poursuivi par deux Aurors. L'un deux était le Survivant, l'autre était Seirra.

L'homme empoigna Alysson par le bras et l'entraîna dans sa course. Aussitôt, Lloyd le poursuivit lui aussi en sortant sa baguette.

L'homme se retourna en pointant sa baguette sur la tempe de la jeune fille. Astrée s'aperçut alors qu'il avait déjà les mains tachées de sang. Il semblait terrorisé de rencontrer le vainqueur du plus grand mage noir de tout les temps.

– Reculez ! Laissez-moi partir ! Je vous ai dit que c'était un accident ! plaida-t-il.

Alysson se débattait mais la poigne de l'homme était trop forte.

– Mr Velasco, soyez raisonnable, l'incita Harry Potter en s'avançant, baguette en avant.

– N'approchez pas ! cria l'homme complètement angoissé de tenir tête au héros national.

– Stupéfix !

L'auror Seirra venait de lancer le sort qui toucha Velasco en pleine tête. Ce qu'il n'avait pas calculé, c'est que la puissance du sort le fit tomber en arrière, dans les falaises, avec Alysson.

Il y eut plusieurs cris. Celui des badauds ameutés, celui de l'Auror et de son collègue, celui des deux enfants, les pires selon Astrée.

Lloyd s'élança vers les falaises, mais Harry le rattrapa et l'empêcha d'aller plus loin.

– Alysson ! Alysson ! Lâchez-moi ! ALYSSON !

Astrée fut propulsée violemment. Elle revit la salle de classe, avant que le noir ne prennent le dessus. Elle sombra dans l'inconscience.

– Astrée ! Astrée !

On la secouait à l'épaule. Elle grogna. Elle avait mal à la tête. On arrêta de la tourmenter mais la main resta sur elle, en pression amicale. Elle ouvrit les yeux et rencontra les deux saphirs inquiets de Lloyd. Il ne cacha pas son soulagement de la voir revenir à elle.

– Tu vas bien ? demanda-t-elle.

Il tiqua.

– Normalement, c'est à moi de poser cette question.

– Tu es blanc comme un linge, et tu es anxieux pour la santé d'une autre personne que toi. T'es malade ?

Il se renfrogna.

– Le jour où tu me verras sauter dans tes bras en criant d'une voix hystérique que j'ai adoré voir Potter danser la macarena sur des Ronflaks Cornus volant, là tu pourras admettre que je suis malade. Maintenant, cesse de m'importuner et lève-toi.

Il la prit par le bras et l'aida à s'assoir sur une chaise. Il lui tendit un morceau de chocolat.

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– J'ai réagi trop brutalement au souvenir et tu as perdu connaissance. Tiens, bois ça, rajouta-t-il en lui tendant une fiole. Fais attention, n'en bois qu'une gorgée ou tu ne vas pas dormir de la nuit.

Elle suivit son conseil et se sentit beaucoup mieux. Il y eut un silence gênant. L'ombre d'Alysson était trop présente.

Astrée avait filé la mésaventure par la Gazette du sorcier, à l'époque. L'officier Seirra avait été démis de ses fonctions pour faute professionnelle grave entrainant la mort d'une innocente. Le Survivant avait lui aussi été très touché par cet échec, mais on ne l'avait pas blâmé, il n'avait pas jeté de sort. Elle savait que Seirra était mort l'année dernière, et elle savait en elle-même que Lloyd n'y était pas étranger, quoi qu'il en dise.

– Ça suffira pour aujourd'hui, assura-t-il. Merci.

Ils rentrèrent aussitôt dans leur dortoir. Pour une fois, Lloyd fut le premier à se coucher.

Le lendemain fut rude. Il avait DCFM à la première heure. Cohen avait décidé de transférer sa frustration de ne pouvoir le dénoncer en le transformant en elfe de maison . Elle abusait de son autorité d'enseignante pour lui faire exécuter des tâches absurdes que la magie aurait pu accomplir. Il fut cependant heureux de ne pas avoir cours l'après-midi. N'ayant pas envie de remplir un parchemin de phrases creuses sur les Détraqueurs pour broder et satisfaire une professeur indigne du temps précieux qu'il lui dédiait, il se balada seul dans les couloirs.

Il méditait précautionneusement sur ses projets d'avenir après avoir enterré Harry Potter. Il était en train d'hésiter entre vendeur de glace sur le Chemin de Traverse ou expert en criminologie pour le Ministère quand un tableau au regard perçant attira son attention. Il revint sur ses pas et poussa une exclamation de surprise.

– Vous ! s'étonna-t-il.

– Eh bien, oui. Que voulez-vous que je réponde d'autre ? Raté, c'est moi, l'Intoxiqué aux Confiseries, l'ancien président du Magenmagot, Docteur en Sorcellerie, Enchanteur-en-chef, Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et Sorciers. Un petit peu trop pompeux pour un vieillard gâteux, non ?

Il se renfrogna. Il n'avait parlé qu'une seule fois avec le vieil homme, c'était en première année quand il avait classiquement eu un manque flagrant de considération envers le règlement de l'école. Le portrait l'avait suivi pendant qu'il fuyait la concierge de l'époque en lui soufflant ''qu'il aurait dû prendre à gauche, le couloir était moins éclairé, ou à droite, pour prendre le raccourci''. Finalement, il s'était perdu dans ce labyrinthe de corridor et la concierge l'avait cueilli comme une pomme. ''Tout le monde peut se tromper'' avait prétexté le portrait avec des yeux pétillants.

– Et que voulez-vous ?

– La vraie question est, vous, que voulez-vous ?

– C'est ce que je viens de vous dire.

– Non, je vous pose la question.

Il se massa les tempes. Pourquoi avait-il le privilège de parler au fou adulé et irrémédiablement allumé ?

– Cela ne vous concerne pas que je sache.

– Allons, allons. Je sais tout ce qui se passe dans le château. Que ce soit le nom des meilleurs élèves ou les résultats du tournoi de Bavboules, je suis le premier averti. Je sais que vous vous imposez un entraînement draconien, que vous sortez quotidiennement de Poudlard dès qu'on a le dos tourné et que vous devriez à présent connaître par cœur la moitié des livres de la bibliothèque, y compris ceux de la Réserve. Ne me dites pas qu'aucun projet ne trotte dans votre tête.

Lloyd leva les yeux au ciel.

– Ce n'est pas la première fois qu'on me récite mon planning, cela ne m'impressionne pas du tout, émit-il avec une pointe de contrariété. Maintenant Barbe-Blanche, vous allez me faire le plaisir de dégager.

Le sage fit une mine déçue, mais l'irritation de Lloyd s'envola à tire-d'aile quand il se rendit compte à qui il était en train de parler.

– Stop ! Attendez !

Cette fois, c'est lui qui se déplaça pour rejoindre l'Homme-Qui-Sait-Tout-Sur-Tout-De-Poudlard.

– Vous ne sauriez pas, par hasard, comment on ouvre le passage secret près du lac ?

L'ancien directeur lui fit un regard lui donnant l'impression d'être passé aux rayons X.

– Comment connaissez-vous l'existence de cette porte ?

– J'ai mes sources, et c'est moi qui pose les questions grand-père. Alors ?

– Je n'en sais rien. C'est une magie très ancienne du temps des fondateurs, je ne peux rien pour vous, désolé.

Il était sûr qu'il mentait, aussi sûr que les Canons de Chudley arriveront derniers du championnat cette année.

– Alors, il ne sert à rien que je gâche votre précieuse éternité, dit-il dans l'intention de s'éloigner.

– Faites, faites.

Un détail le frappa, il ne l'avait pas remarqué avant, trop occupé à dévisager son interlocuteur.

– Mais vous mangez une glace !

– Oui, un esquimau au citron. Excusez-moi de ne pas vous en proposer, mais dans ma situation, vous n'auriez qu'un goût de gouache dans la bouche.

– Mais c'est possible ça ?

Le portrait leva un sourcil stupéfait en croquant à pleines dents la sucrerie.

– Je vois qu'aussi malin que vous vous vantiez d'être, vous avez encore beaucoup de choses à apprendre. Et j'ai le regret de vous annoncer que vous n'avez été ni observateur, ni perspicace.

– Je n'ai jamais prétendu avoir l'ambition de peindre des cinglés, ni de m'y intéresser, marmonna Lloyd, vexé par les paroles du vieil homme. Car autant c'était un cinglé, autant il restait le génie de son époque. Et se faire rabrouer par un génie autre que Wito le mettait mal à l'aise.

– D'après vous, comment la Grosse Dame pourrait-elle se soûler avec les moines si nous n'avions pas droit à nos petits régals ?

Il hocha la tête, il se coucherait moins bête qu'il ne l'était ce matin. Il salua un peu plus civilement le tableau et repartit à ses activités. Cela avait du bon de parler à des phénix pleins de bon sens, ça lui rappelait qu'il était encore loin de les égaler. Il avait souvent tendance à l'oublier.

Il passa le reste de la journée dans la salle que lui avait montré Potter senior. La pièce ressemblait cette fois à un salon décoré par un pur Serpentard, même les flammes étaient vertes et argent. Il s'entraîna à la magie sans baguette, et réussit à soulever une chaise entièrement pour la poser sur une table. Après cet exploit, il ne put plus rien faire ayant recours à de la magie. Même le Lumos eut du mal à sortir de sa baguette. Il fit une longue sieste et ne se réveilla que pour le dîner.

Il eut l'honneur d'être convié avec Astrée à la table des Gryffondors au côté des Maraudeurs. James Potter, qui était un peu plus loin sur sa droite planta son couteau avec tant de hargne dans sa viande que son assiette grinça d'indignation. Albus, en face de lui, n'arrêtait de parler que pour respirer et prendre un bouchée de crumble à l'occasion. Scorpius se mêlait à la conversation en lançant des piques ironiques à Hugo dès que celui-ci finissait une phrase, sous l'œil attentif et appréciateur de Rose. Lily était en bout de table avec ses amies qui commentaient un garçon de Poufsouffle enjôleur.

Astrée se faisait épatante par sa gaieté qu'elle dévoilait à ses camarades, Hugo tenta une approche avec elle mais il reçut plusieurs regards enflammés qui le découragèrent aussitôt. Lloyd considéra Potter l'éternel jaloux, mais aussi Dolios qui avait pendant une seconde eu les yeux qui étincelèrent, la tête de tous les prétendants d'Astrée, Astrée elle-même, bien qu'il la savait intérieurement flatter, lui faisait un sourire glacé, et il était certain que sa tête aussi devait valoir le coup d'œil. Pauvre Hugo, songea-t-il.

Pour se donner contenance, Lloyd prit la carafe de jus de citrouille et se servit. C'est alors qu'il reconnut son voisin de gauche.

– David, comment vas-tu ?

Le chaton était toujours sur son épaule et se frottait aux cheveux frisés de jeune garçon. Le lionceau parut ravi que le septième année se souvienne de lui.

– Très bien ! Je me suis fait plein d'amis. Je te présente Régis Dursley.

Un garçonnet bien en chair lui fit un sourire.

– C'est un de nos cousins, précisa Albus.

Lloyd écouta l'enfant raconter sa vie à Poudlard, sa peur la première fois qu'il rencontra le bon vieux Peeves, son émerveillement quand il réussit pour la première fois à jeter un sort, sa gêne quand son premier chaudron a explosé. Lloyd avait un sourire bienveillant, jusqu'à...

– Arrête de grimacer et file-moi ton poisson si tu le manges pas, tête de nœud !

Il inspecta chaque regard mais ne trouva pas qui avait pu oser lui parler sur ce ton.

– Si tu ne touches pas à ton assiette dans cinq secondes, je me sers moi-même, et tant pis pour les dégâts !

Il sembla devenir fou, il était prêt à jeter un Doloris au malheureux qui toucherait à son plat. David caressa son chat blanc.

– Chut, tais-toi Barry, souffla-t-il. Tu en auras tout à l'heure.

C'était lui. Le chat miaulait pour tout le monde, sauf pour Lloyd. Il entendit clairement :

– Non, je ne peux pas attendre !

Il sauta sur la table en renversant les verres et leur contenu. Avant que le démon plein de poils ne saute sur ses couverts, Lloyd l'attrapa par la peau du cou et le leva pour le regarder dans les yeux.

– Tu vas écouter ce qu'on te dit, menaça-t-il. Ou je te promets que tu seras le prochain paillasson des Serpentards !

Le Barry White se tortilla en se plaignant.

– Cause toujours !

Il le rendit à son propriétaire.

– Il est très mal élevé ce chat.

David eut la décence de paraître gêné et de s'excuser. Ce qui n'était pas le cas du chat qui l'injuriait effrontément. Le pire était qu'il ne pouvait pas répliquer sans avoir l'air fou. Pour les autres cela ne restait que des miaulements, la langue des chats, normal.

Il allait se demander si ce torque n'était pas plutôt une malédiction quand il eut une révélation. Il eut le rictus de ceux qui détiennent une clef ouvrant les portes de l'enfer.

Il se pencha vers son amie.

– Je vais aller dans la forêt, murmura-t-il. On annule le cours d'Occlumancie pour ce soir. J'aimerais que tu occupes Potter.

Elle eut une expression intéressée. Il eut un sourire ironique en l'interprétant mais elle le détrompa.

– Pourquoi y vas-tu ?

– Je vais vérifier quelque chose. Je t'en parlerai si je trouve un truc intéressant.

Elle eut une mimique ennuyée.

– Et comment je l'occupe, le Potter ?

– Tu lui parles de Quidditch, comme ça il croira que tu cherches des infos pour les donner à ton frère, c'est le genre de plan serpentard que nous pouvons faire. Après, je sais pas vous n'avez qu'à aller à la Tour d'Astronomie.

Elle lui lança un regard courroucé.

– C'est le lieu de rendez-vous de tous les tourtereaux ! Je ne peux pas faire ça !

Il haussa les épaules.

– Au pire, si tu veux continuer à me rendre service, tu le pousses par-dessus les remparts. À cette hauteur, il n'y a aucune chance qu'il t'embête à nouveau, exposa légèrement le vert et argent.

Elle pouffa discrètement de rire. Il attendit qu'elle débute le dialogue avec son rival pour partir. Au passage, il donna le reste de son poisson à Barry.

– Tiens, matou de malheur. T'as gagné cette manche, mais j'aurai ma revanche.

Il siffla . Il entendit vaguement un ''casse-toi pauv' con'' mais il n'y fit pas attention, il lui jetterait un maléfice plus tard.

La stratagème marcha à la perfection. Le grand Mantor ne décrochait plus ses fovéas de la belle blonde, même pour manger. Il se trompa d'ailleurs d'orifice pour faire rentrer ses petits pois mais ne s'en aperçut pas. Dolios le suivit des yeux, mais n'osa rien tenter. Il savait que seul face à Lloyd, il ne tiendrait pas.

Le valeureux Serpentard pénétra sans hésitation dans la forêt légendairement reconnue pour être dangereuse. Il brava le règlement en s'enfonçant témérairement dans cette antre servant de refuge à des créatures inimaginables et foncièrement mauvaises. Des cris de bêtes sauvages résonnaient contre les troncs massifs qui obstruaient la vision des étoiles. Pour couper court avec l'atmosphère de cette jungle suintant de violence, il chanta.

– Prom'nons-nous dans les bois
Pendant que le loup n'y est pas
Si le loup y 'était
Il nous mangerait …

L'ambiance était réellement terrifiante.

Il jeta un sort de détection, et d'un Accio fit venir à lui un serpent qu'il prit par la gorge. Il eut le vertige en voyant la longueur du reptile. Il le tenait à bout de bras, et pourtant, il devait y avoir un mètre qui traînait encore au sol.

– Bonsoir, entonna-t-il. Comment t'appelles-tu ?

– Sssaphira. Que me veux-tu bipède ?

– C'est joli comme nom. C'est en rapport avec tes beaux yeux rouge sang j'imagine. J'ai besoin d'un service, et tu es la première qui m'est venue sous la main.

– La ferme ! Ce n'ai pas ma faute si ma mère est daltonienne ! Ça t'arrive souvent de t'interroger sssur ce qu'en pensent les gens ou c'est une aptitude innée chez toi ? Et ssssi je n'ai pas envie de t'aider ? Siffla sarcastiquement l'animal.

Il se gratta la tête.

– Oh, je n'avais pas prévu cette possibilité, mais si tu insistes je peux te relâcher et aller me servir de tes œufs pour me faire une omelette.

Le serpent le darda méchamment du regard. Ses pupilles s'étaient élargies sous la colère interdite.

– Je ne vais pas te demander l'impossible. Juste que tu me serves de corde pour grimper jusqu'au dortoir des filles de Serdaigle.

Quoi ?

– Mais non, je plaisante, la rassura-t-il.

Il la désillusionna et se dirigea joyeusement vers les toilettes des filles du deuxième étage en enquiquinant sa nouvelle compagne à la langue fourchue. Il la plaça devant le robinet et la scruta intensément.

– Parle.

– Et que veux-tu que je te raconte ? Mes vacanssses au Brésil ?

– Tu es allée au Brésil toi ? Et comment tu as fait ? T'as pris l'avion ?

– Comme tout le monde, siffla le reptile avec agacement. Alors tu attends quoi ? Qu'il pleuve des vipères ?

Lloyd commençait à vraiment apprécier cet animal. Il comprenait pourquoi le serpent était le symbole de sa maison, c'était bien plus vif d'esprit qu'un pathétique félin qui rugit des insultes.

– Cet évier est un accès à la Chambre des Secrets. Et on ne peut l'activer qu'en parlant Fourchelang.

– Sésame, ouvre-toi, nargua philosophiquement l'ophidienne.

À leur grande surprise, les lavabos s'écartèrent pour discerner une profondeur incroyable. Le sorcier fit apparaître un caillou et le jeta dans le trou. Il retomba au bout de deux longues minutes. Le serpent rampa vers la sortie.

– Bon, ben moi j'ai fait ma part du boulot, à toi de faire la tienne, se défila-t-il.

– Accio, chanta-t-il d'une voix lasse.

Le reptile revint dans sa main. Il montra les crocs cette fois.

– Il faut croire que je m'attache à ton sale caractère, ironisa le Serpentard. Tu viens avec moi. Tu refermeras le passage tout à l'heure.

Il ensorcela la porte des toilettes pour que personne n'entre ni ne sorte. Il respira un grand coup, et sauta dans la tuyauterie de Poudlard. Il glissa, longtemps, avec un sifflement aigu en fond sonore.

Il atterrit lourdement sur un sol humide. À ce moment, Lloyd regretta que Serpentard n'ait jamais aimé la chaleur du soleil.

Il éclaira la salle de sa baguette. De petits ossements de rats jonchaient la terre. Plus loin, le passage était bouché par des rocs, comme s'il y avait eu un éboulement. Il trouva un dégagement minuscule, un enfant aurait pu passer, mais pas lui. Il élargit la brèche et passa de l'autre côté du château. Le tunnel n'avait pas de fin, il se pliait et ondulait comme une anguille que l'on avait mis hors de l'eau.

– Si tu vois la lumière au bout du tunnel, fais demi-tour, plaisanta Saphira. La même chose si tu vois de grands yeux jaunes.

– Comment sais-tu qu'il y avait un Basilic ?

– Il ressste des morceaux de sa peau datant de sa mue.

Ils se retrouvèrent devant un mur sur lequel étaient gravés deux serpents entrelacés. Il lança un regard à l'ophidienne qui s'amusa à donner des ordres à la pierre impérieuse sertie d'émeraudes.

La salle qui apparut était magnifique, du point de vue du parfait Serpentard. La pièce était immense, décorée de serpents sculptés sur des colonnes. Il s'approcha de la statue représentant l'un des fondateurs de Poudlard. Sur le côté puait la carcasse du monstre de six mètres de long. Il fouilla le lieu de fond en comble, aidé par Saphira qui souhaitait en finir au plus vite.

Lloyd fut très déçu. Il avait espéré que cette salle avait été une sorte de refuge pour Salazar Serpentard, et qu'il y avait laissé des objets qui lui étaient précieux, mais il n'y avait rien. Il avait trouvé des armoires derrière la statue, mais elles étaient vides, comme si quelqu'un avait déjà tout récupéré.

– Viens voir par là, appela le reptile.

Il vint à elle et posa ses yeux sur ce qu'il avait décelé.

– Je vois que tu as compris que j'estime les bouquins, mais un carnet percé en son centre n'a aucun intérêt.

– Arrogant de bipède ! Je ne t'aurais pas dérangé si ce n'était pas vraiment important ! Regarde mieux !

– Un livre poignardé aux pages vierges … tu te moques vraiment de moi ?

– Tu as beaucoup de livres dans ta bibliothèque qui crachent des menaces à Harry Potter ?

Il se pencha. Le livre noir était ouvert. Il y avait des taches d'encre sur la majeure partie de la surface. Ce qui captiva son regard fut le seul espace blanc suffisamment grand pour y écrire. Des mots apparurent magiquement. Il lut : Je vais te massacrer Potter ! Réponds-moi ! Je sais que tu es là, je sens ta présence. Il n'y a qu'un Fourchelang qui puisse venir ici.

Très accueillant, songea Lloyd. Il fit apparaître un stylo et écrivit.

« Je ne suis pas Potter. »

Dans ce cas-là, tu dois être mon héritier...

« Aux dernières nouvelles, personne n'a émis le moindre désir d'enfanter avec vous. Et je ne suis pas Fourchelang. »

Alors qui es-tu ?

Lloyd mit le carnet dans une de ses poches, fit signe qu'ils devaient partir. Il n'y avait rien d'autre de bien intéressant de toute façon.

Il avait deviné qui était la ''personne'' qui lui répondait dans le livre. Il n'y avait pas une centaine de sorciers connus qui avait des affinités avec la langue des serpents, et qui en plus, vouait une haine sans merci à Harry Potter. Lord Voldemort était dans sa poche, ce n'était pas beau ça ?

Remonter le tuyau principal menant aux toilettes fut plus laborieux qu'il ne l'aurait souhaité. Il retira ses gants et ses chaussures, et utilisa les capacités de son Animagus pour grimper. Il aurait pu se transformer pour aller plus vite, mais il n'aurait jamais eu la force de tirer l'ophidienne derrière lui.

Saphira referma l'entrée de la Chambre des Secrets, et il la ramena dans la forêt aussi facilement que s'il n'y avait pas eu de professeurs faisant leurs rondes.

Il proposa à Saphira de lui offrir un cadeau, en remerciement et récompense pour l'aide qu'elle lui avait fournie, mais elle rejeta sa promesse et repartit le plus vite possible de cet humain bizarre.

Consciencieux, Lloyd jeta un sort de protection sur le repère du reptile. Il n'était pas ingrat.

Il remonta dans son dortoir pensif. Il avait du mal à avaler les dernières informations, il ne les aurait pas imaginées le matin même. Et pourtant...

Il s'assit sur son lit et referma les rideaux. Il ressortit le livre noir et l'examina. Il ressemblait à un journal intime, la première page portait un nom qui lui était inconnu : T.E. Jedusor.

La question était toujours écrite sur les feuilles, mais la phrase était soulignée pour afficher son impatience. Il prit son stylo.

« Ainsi donc, le grand Lord Voldemort serait Jedusor, et comble de l'ironie, aurait acheté son petit carnet à Vauxhall Road. Je n'aurais jamais cru qu'un mage noir puisse tenir un journal intime, je suis curieux de savoir sur quoi je vais tomber. Sûrement les méandres d'un adolescent amouraché se demandant s'il a bien fait d'inviter sa dulcinée chez Madame Pieddodu. »

Abruti et insolent ! Donne-moi ton nom !

Il eut un rictus amusé. Il faisait enrager le sorcier le plus craint du XXe siècle, c'était particulièrement plaisant.

« Je crois que tu n'as pas compris, Jedusor. Je sais qui tu es, ne crois pas que je vais te donner mon nom. »

J'ai au moins la certitude d'écrire à un Serpentard.

« Exact. »

Sang-pur ?

« Autant que toi, mais je n'ai pas de certitude. Des parents moldus ont dû m'abandonner quand je n'était qu'un enfant. »

Et tu es allé dans un orphelinat ?

« Non, adopté par des Cracmols haïssables. »

Et tu t'es mis à détester toutes ces sous-espèces.

« Non, juste ceux qui m'ont rendu la vie difficile. »

L'écriture fut plus précipitée, comme sous le coup d'une émotion. Il ne savait pas pourquoi, Voldemort s'intéressait à lui.

Et Poudlard, Poudlard est devenu ta véritable maison. Par la suite, tu as été pris d'ambition pour prouver à tous que tu méritais mieux.

Il eut un arrêt. Comment se faisait-il qu'il puisse savoir ça ?

« Je ne savais pas que Voldemort était psychologue. »

Ce n'est pas de la psychologie ou de la magie. C'est du vécu. Tu me ressembles bien plus que tu ne le crois, jeune mage noir.

Il referma sèchement le carnet. Il n'était pas un mage noir. Il ne sut que faire de ce livre. Il ne pouvait pas le mettre dans son armoire. Ses camarades, bien que respectueux et le craignant, pourraient fouiller à l'intérieur. Un journal intime attise l'indiscrétion. Et il ne voulait pas le mettre sous son oreiller, livre ou pas, c'était Voldemort. Qui sait si ce fou n'avait pas ensorcelé ce cahier pour qu'il s'en prenne aux élèves, comme les bouquins carnivores de Hagrid ?

Il le cacha dans sa valise. Il en profita pour prendre une potion de sommeil sans rêve. Il se connaissait, s'il ne se forçait pas à dormir, il se retournerait sans cesse en réfléchissant, jusqu'au moment où son cerveau crierait grâce dans le début de la matinée.

Le lendemain, au petit-déjeuner, alors que beaucoup d'élèves dormaient encore, un corbeau vint le voir et lui déposa une lettre. Astrée fronça automatiquement les sourcils. Ces oiseaux n'étaient jamais vus d'un très bon œil, mais dans le monde de Lloyd, cette subtilité n'existait pas.

Il caressa le plumage ombrageux de l'animal qui croassa.

– Comment vas-tu Rowena ?

– Rowena ? ne put s'empêcher Astrée en affichant un air moqueur.

Il haussa les épaules en tendant du lard au volatile.

– Wito a toujours eu un faible pour cette femme savante, éluda-t-il.

Il prit le message et le lut rapidement. Il froissa le parchemin en le fourrant dans sa poche et plongea son regard dans le vide, il réfléchissait.

Elle utilisa la légilimencie pour savoir ce qui le tracassait, devinant qu'il ne le dirait pas par lui-même. Elle ne perçut qu'une grande hésitation liée à un projet enfin prêt, ce qui l'irrita. Elle avait cru lui rendre service en lui enseignant l'occlumancie, mais elle commençait à le regretter. Elle avait espéré qu'il lui ferait suffisamment confiance pour qu'il se fie à elle. Elle s'était lourdement trompée, et lui jeta un regard de reproche. Il sortit de sa transe.

– Qu'est-ce que je risque si je sèche toute la journée en connaissance de ma situation ? dit-il assez bas pour que les personnes les plus proches, des Troisième année, ne puissent les écouter.

Elle énuméra toutes les possibilités.

– Une enquête, un entretien avec Flitwick, et... oh, des heures de colles à récurer les chaudrons du Professeur Zabini.

– C'est bien ce que je pensais.

Il reprit son air songeur en appuyant son menton sur son poing. Puis soupira.

– On doit encore annuler la séance d'occlumancie, désolé. Je vais devoir partir dès la fin des cours pour ce qui s'annonce être une longue nuit.

Elle se renfrogna. Qu'est-ce qu'il manigançait encore ? Et puis, était-ce vraiment Wito qui lui avait envoyé cette missive ?

Elle allait lui demander des explications quand son frère, ses cheveux blonds ébouriffés et les yeux gonflés, s'assit à leur côté en compagnie d'un Scorpius frais et dispo.

– 'lut sœurette, marmonna-t-il en essayant de rendre au bout de tissu qui pendait à son cou son aspect de cravate.

Malefoy leur fit un sourire pour les saluer. Ils lui répondirent par politesse sans y penser, chacun à ses préoccupations.

Lloyd en avait plus qu'assez, il allait devenir fou à force de devoir disserter sur ces parchemins pour une note qui ne l'amènerait à rien. Le professeur Delacour venait de leur ordonner de remplir quarante centimètres sur la théorie des enchantements allant contre la nature. Il n'en savait rien et ne voulait rien savoir. Il se reprit, il agissait bêtement. Il était énormément stressé. Il allait tenter une expérience avec Wito qui pouvait changer sa vie. Demain, il ne serait peut-être plus le même homme.

Il entra en DCFM, c'était la dernière classe. Il se mit seul au fond. Il avait les nerfs à vif et ne voulait pas être dérangé par Astrée. Elle ne ferait que le perturber davantage. Cohen distribua les devoirs précédents. Avec un magnifique sourire, elle lui tendit une feuille raturée d'un P. Il ne la relut même pas. Tous ses travaux écrits étaient bâclés depuis la rentrée. Il avait d'autres choses en tête que de perdre deux heures de sa vie pour une note. Surtout que la pratique était toujours le plus important pour être duelliste professionnel, ou un cambrioleur. Il n'allait tout de même pas apprendre quand, qui, et pourquoi un type avait trouvé la solution pour repousser les acromantulas, le plus important était d'abord de savoir les repousser.

Ne pouvant plus supporter le discours sur les vampires de sa chère enseignante qui n'en avait probablement rencontré aucun, bien que lui-même ne connaisse que Wito, il sortit le carnet ténébreux du Lord Noir.

Il était très intrigué par ce témoignage, sûrement la dernière preuve que Voldemort eut été un humain. Il avait réparé le journal intime d'un sort, pour qu'il soit plus facilement transportable et passe inaperçu. Il avait l'intention de montrer ce document à son mentor.

Il écrivit, l'interrogea sur la magie, sur son parcours, sur tout ce qui lui passait par la tête. L'ex-mage lui répondit, avec plus ou moins d'orgueil et de méchanceté, en restant très flou. Il fut surpris que ce Celui-Dont-On-Craignait-Encore-De-Prononcer-Le-nom se livre à lui. Puis, ce fut le carnet qui posa des questions. Il ne répondit à aucune question personnelle, mais l'informa de la situation politique. Voldemort semblait être renseigné sur tout ce qui le concernait, et ce jusqu'à sa mort. Il trouvait cela étrange, pour un souvenir, de connaître des évènements qui se soient déroulés après sa création.

Lloyd discerna ce qui se passait entre eux. Les deux correspondants s'étudiaient, se tournaient autour comme deux loups cherchant la faiblesse de l'autre.

Il continuèrent à se tourner autour comme deux amants trop timides pour oser faire le premier pas. Cette image dégoûta Lloyd, qui attaqua plus sérieusement.

« Pourquoi t'ai-je retrouvé poignardé, et comment se fait-il que tu saches des choses qui se sont déroulées après ton invention ? »

Sais-tu ce qu'est un Horcruxe ?

Il écarquilla les yeux de stupeur. Il avait eu une conversation avec Wito sur cette façon de procéder pour accéder à l'immortalité. L'érudit le lui avait déconseillé. Il lui avait proposé de le mordre, preuve de son affection pour lui, s'il souhaitait atteindre la vie éternelle, ce à quoi il avait répondu qu'il préférait de loin créer une Pierre philosophale si l'envie lui prenait de s'ennuyer toute une éternité. Il frémit en se rendant compte de ce qu'il avait dans les mains.

– Mr Harshad, pourriez répéter à toute la classe ce que je viens de dire ?

Il releva vivement la tête. Le carnet retrouva sa place dans la poche de sa robe. Le geste n'échappa pas à Dolios qui le considéra suspicieusement. Il pesta contre lui-même. Il avait envie de leur crier dessus, pour qu'il ait un semblant de tranquillité.

Il mâcha cependant ses mots, pour qu'ils ne soient pas indigestes au troupeau capricieux qui s'agglutinait. Il ne devait pas se faire remarquer. Pour vivre heureux, vivons cachés, telle était sa devise qu'il nuançait selon ses besoins.

Raisonnablement, il se frotta la tête comme s'il était gêné et accorda qu'il n'avait pas fait attention au cours. Il enchaîna avec un sourire hypocrite, ce qui n'empêcha pas Cohen de retirer des points pour sa maison.

Il ferma les yeux et attendit la fin de la leçon. La sonnerie résonnait à peine qu'il était déjà sorti. Il alla dans un couloir vide et après inspection, prit le passage secret derrière la tapisserie. Il eut à peine mis un pied en dehors des protections qu'il transplana dans le Bois Brumeux.

Il n'eut pas de chance cette fois ci. Deux sphinx l'attendaient en fouettant l'air de leurs queues. Il transforma une grimace en un petit sourire ironique.

– Tu n'as droit qu'à un seul essai, humain. Quelle est la richesse des pauvres ?

Il haussa les sourcils. Il n'en avait aucune idée.

– Euh, l'amour ? hasarda-t-il.

Les créatures lui sourirent mystérieusement et s'écartèrent pour qu'il puisse entrer. Il s'avança quand ils l'attaquèrent au moment où il était le moins prudent. Il transplana pour se poser sur une branche d'un arbre hors de portée.

– L'ambition, parla une dernière fois le félin géant.

Ils entreprirent d'escalader les troncs. Wito ne pouvait-il pas élever des crapauds comme une personne normale ? râla Lloyd. Il prit sa forme Animagus et tissa sa toile pour piquer sur un autre arbuste. Il descendit et dut éviter les pattes griffues et meurtrières des bêtes en slalomant vers le Saule cogneur. Les sphinx le prirent en chasse.

L'araignée s'arrêta sur un nœud du tronc et claquant ses crochets finement par pure provocation. Les animaux blessés dans leur fierté se prirent le piège dressé grossièrement. Les branches du Saule cogneur lui servaient de barrière de sécurité. Le premier sphinx fut assommé. L'autre recula. C'est alors que la mygale attaqua. Se servant de toute sa vitesse, elle glissa entre les pattes du félidé et le mordit. Il trembla, mais ne bougea pas. Lloyd retira ses dards et reprit forme humaine en s'éloignant de la créature. Le venin empoisonnait le système nerveux.

Il se baissa pour éviter un coup vicieux de l'arbre et le stupéfixa. Il s'entailla la main, trempa sa baguette dans la coupure, et traça la rune. Le tronc s'ouvrit et il rentra dans l'Antre de Harewicz Wito. Il fut reçu avec un applaudissement goguenard.

– Je ne m'attendais pas à une telle entrée ! Bel Animagus, une blondi si je ne me trompe.

– Exact.

Wito lui accorda un rictus faisant dépasser ses deux canines. Il lui fit signe de le suivre et tourna le tableau le plus proche de haut en bas.

Ils étaient maintenant dans une salle d'expérience. Le Serpentard l'inspecta, à la recherche d'un quelconque indice sur ce qui allait suivre. Malheureusement, ses yeux percutèrent un poignard luisant et un bocal de sang. Les ignorants étaient bénis.

– Tu es sûr ?

Il examina son mentor, mais son visage était inexpressif. C'était à lui de prendre cette décision.

– Oui.

Il essaya de prendre un air assuré, mais ce ne fut que peu convaincant. Wito réclama qu'il enlève le haut de ses habits, et et qu'il se couche à plat ventre sur la table. Il s'exécuta. L'érudit l'attacha directement.

– Pourquoi faire ? s'inquiéta-t-il.

– Il ne faut pas que tu remues, même sous la douleur. Si je fais une ''faute de frappe'', ce sera foutu, et j'aurais perdu mon temps.

« Et moi mon sang », songea Lloyd.

Le vieil homme hésita puis le questionna une dernière fois.

– Tu es certain de ne pas vouloir être vampire ? Après ce que je vais te faire, ce serait peut-être utile, une gloire immortelle et grandissante.

– Non merci. L'éternité me paraîtrait longue, surtout vers la fin.

Il leva les yeux au ciel et lui tendit un bois qu'il devait serrer entre ses dents, sans doute pour qu'il se taise avec ses blagues vaseuses.

– Tu supporteras mieux la douleur avec ça.

Il ne chercha pas à discuter.

– Attention, je commence.

Lloyd sentit une lame tranchante s'enfoncer dans sa chair, près des omoplates. Il ferma les yeux et mordit de toutes ses forces le bâton.

Le vampire traçait des lignes emmêlées, en cascade, tandis qu'une rivière pourpre s'agitait dans son lit. Il encercla le sigle de l'épaule droite et reproduit symétriquement l'esquisse sur la gauche.

Son apprenti ne hurlait pas, mais sa respiration était saccadée et les larmes coulaient pour fuir la souffrance de leur maître.

Wito lui montra le flacon contenant le sang.

– Larmes de sang de phénix, très très rares, présenta-t-il.

Avec un pinceau, il recouvrit les cicatrices. Lloyd avait cru que cela allait atténuer la douleur, pas l'amplifier. Il cria. Wito le badigeonnait du produit, en appuyant jusqu'au fond des plaies avec les poils de la brosse.

– Courage petit, c'est bientôt fini.

Lloyd le vit prendre sur son bureau ce qui ressemblait fortement à des orties. Il secoua frénétiquement la tête, horrifié d'un tel sadisme, même s'il avait donné son accord.

– Ne t'en fais pas, c'est apaisant.

C'était bizarre, il n'y croyait pas du tout. Il se prépara à gémir mais rien ne vint. Wito déposa la plante sur son dos et le massa. La sensation était froide, elle endormit ses blessures. Il se détendit enfin. Son mentor entonna une chanson dans une langue magique. Lloyd reconnut l'elfique, mais il ne fit pas l'effort de le comprendre. Il était exténué.

Son corps s'illumina quelques instants à la fin de l'enchantement. Les sangles se détachèrent d'elles-mêmes. Il voulut bouger, la douleur reprit. Il grogna de mécontentement. Les marques le brûlèrent. Il se mit debout les yeux fermés par la concentration.

– Tu ne peux rien boire pour qu'il n'y ait pas d'interférences avec le changement qui se fait en toi. De même, tu ne peux pas pratiquer la magie tant que tu n'as pas récupéré. Je ne pourrai te passer une pommade que dans deux heures.

Il eut un minuscule hochement de tête, il avait trop mal, et n'avait plus de voix. Il lui fit signe avec le doigt de prendre le carnet dans la poche arrière de son jean.

– C'est un Horcruxe de Voldemort, murmura-t-il.

Wito prit avidement le livre dans ses mains expertes et l'examina dans tous les sens. Il passa plusieurs fois sa main dessus, comme pour caresser une aura, le feuilleta en marmonnant, écrivit et lut, effleura des doigts la marque du crochet de basilic. Après une consultation minutieuse, il reposa le livre sur la table.

– Ce n'est pas un Horcruxe. Il n'y a pas d'âme là-dedans, elle a été détruite il y a fort longtemps. Ce n'est qu'un souvenir.

– Comment est-ce possible ?

L'érudit se passa une main dans ces cheveux blancs.

– À l'origine, cet objet était un souvenir, un moyen original pour pouvoir un jour rouvrir la Chambre des Secrets à distance. Voldemort a dû découvrir les Horcruxes plus tard et a transformé son journal en source de vie. Quand l'âme fut séparée du carnet et détruite, je suppose que le souvenir a été épargné car il n'a pas de lien avec celle-ci.

– Ah.

Ce fut la seule chose qu'il exprima pour prouver qu'il n'en était pas totalement convaincu. Wito secoua la tête d'exaspération.

– Prenons un exemple, annonça-t-il. Supposons que je prenne ton torque, et que j'en fasse un Horcruxe. Tu sentiras une puissance maléfique et vivante, mais tu ne pourras converser avec le possesseur du fragment d'âme comme tu le fais avec ce journal intime. Et si tu détruis l'Horcruxe, le collier reprendra sa fonction principale qui est de te permettre de parler avec les animaux. Entiendo ?

Lloyd n'ayant pas le courage d'essayer d'argumenter sur un sujet qu'il ne maîtrisait pas, surtout face à un savant, il opina.

Les heures passèrent lentement. Il avait hâte de tester son nouveau don. Il savait déjà comment, ou plutôt contre qui, l'utiliser. Un balafré allait payer les frais. Pour s'occuper, ils jouèrent une partie d'échecs très coriace, que le Serpentard perdit après un duel acharné.

Il souffla de soulagement quand Wito lui passa le baume qui rafraîchit ses traces. Son mentor lui tendit une potion régénératrice. Aussitôt, il se sentit plus fort. Il n'aurait pas affronté un escadron d'Aurors pour autant, mais ça ne saurait tarder.

L'érudit le garda encore une heure, le temps que les plaies guérissent magiquement.

– Il est grand temps que tu partes, déclama-t-il. Tu n'auras pas de problème avec l'école ?

Il fit non de la tête.

– J'aimerais que tu ne quittes pas la forêt en transplanant cette fois.

Lloyd ricana. Wito était un homme de science, il voulait s'assurer que son expérimentation fonctionne. Le savant lui montra la sortie.

Lloyd remonta les marches menant au Bois Brumeux seul. Il ne savait comment, Wito était omniscient dans cette jungle, et n'avait pas besoin d'être présent pour admirer ses sphinx lui mener la vie dure.

Il sortit du tronc en prenant soin de marcher sur le nœud de l'arbre pour ne pas se prendre un mauvais coup. Le sphinx qu'il avait mordu était misérablement allongé sur le flanc, les yeux voilés. Il s'en approcha et vérifia si son cœur battait toujours. Après examen, il sortit un antidote pour l'animal. Il écoula cinq gouttes et se redressa.

L'autre sphinx n'était plus là. Dans tous les cas, il ne devrait pas traîner ici. Soit la bête l'épiait en attendant le moment propice pour le tuer, soit elle était partie appeler des renforts. Il regarda par-dessus son épaule, en fixant son dos.

– Yopuh w'ymtu, souffla-t-il.

Il sentit son corps entier s'étirer, s'ouvrir, se déchirer, pour que finalement sorte une immense paire d'ailes immaculées. Des plumes volées aux plus somptueuses créatures magiques s'écartaient pour aspirer la moindre bourrasque. Il ne put se retenir de palper cette blancheur sortant de lui.

Il épanouit ses empennages et s'envola. Il fut le maître du ciel, profitant de chaque brise pour flotter un peu plus près des nuages. Cependant sa raison le rattrapa et il atterrit.

– Xijlh w'sinnu !

Quelle langue étrange que l'elfique. Mais on s'y faisait à la longue. Ses ailes rentrèrent dans sa peau. La discrétion imposait de ranger ce don pour transplaner jusqu'à Pré-au-Lard.

Une fois de retour dans la salle commune, il constata qu'il n'y avait presque plus personne à part trois petits groupes d'amis discutant près du feu et un couple qui se bécotait à l'écart. Son retour était passé inaperçu. Sauf pour Astrée qui était assise dans les escaliers remontant sur son dortoir. Il était difficile de se dérober des serres d'une sirène.

– Que faisais-tu ?

Première question, premier mensonge.

– Wito m'a convoqué pour faire des recherches sur la pierre philosophale...

– Ou alors, c'est en rapport avec un projet sur lequel tu travaillais depuis des mois.

Il la dévisagea, puis s'énerva quand il se rappela de la légilimencie. Elle avait encore lu dans ses pensées, et cela, il ne le permettrait plus.

– Oh, et tant que j'y suis, continua la blonde, nous arrêtons nos cours d'occlumancie. Puisque tu sembles avoir des choses plus importantes à faire.

– Quoi ? éclata Lloyd.

– Je ne suis pas à ta disposition ! persiffla-t-elle. Tu me demandes de t'aider, et tu me lâches au dernier moment sans donner d'explication ! Crois-tu que je suis un de tes pions sur ton échiquier de la vie ?

Plusieurs têtes convergèrent vers eux. Lloyd leurjeta un regard froid. Il dégaina sa baguette, Astrée l'imita par défense. Ce geste le blessa plus qu'il ne l'aurait cru. Elle n'avait aucune confiance en lui. Il fit apparaître une bulle de silence.

– Tu n'as plus rien à rajouter ? Ou tu as encore quelques vérités qui te démangent le fond de la gorge ? dit-il d'une voix à glacer le sang.

Elle rejeta ses cheveux en arrière en le foudroyant du regard.

– Oui, tu finiras mal. Tu n'es pas au-dessus de la mort ! Au mieux, tu iras à Azkaban pour tes crimes, au pire, tu deviendras la réplique de ton épouvantard !

Il eut son sourire, son fameux sourire carnassier. Elle eut un frisson.

– Je n'ai pas peur de la mort, princesse. La Faucheuse peut venir tout de suite si l'envie lui prend. Et un épouvantard n'est pas devin, je construirais seul mon futur. Et ne t'amuse pas à me mettre des bâtons dans les roues, je serai intransigeant là-dessus.

Pour accentuer ses paroles, il pointa sa baguette sur le cœur de sa camarade qui ne semblait plus savoir quoi faire.

Avec un rictus, il se détourna et la poussa pour aller dans son dortoir. Elle ne le suivit pas, accablée de ce qui venait de se passer. Elle avait pensé qu'il n'y aurait qu'une querelle entre amis, pas une déclaration de guerre. Elle était à présent partagée entre le fait de devoir recoller les morceaux, ou écraser chacun d'eux pour mieux ralentir Lloyd. Et elle avait de sérieux doutes sur ses futurs choix.

Quand il referma la porte, il vit ses quatre camarades de chambre se tenir face à lui les bras croisés.

– Le monde a-t-il soudainement décidé que cette soirée me rendrait d'humeur noire ?

Les autres ne répondirent pas. Ils se regardaient entre eux, en espérant que l'un deux fasse le premier pas. Ce fut Roger Davies qui s'avança avec autorité.

– Nous en avons plus qu'assez de devoir te couvrir sans que tu n'aies de compte à nous rendre. Nous ne sommes pas tes chiens. Nous voulons tous être payés pour ce que l'on fait à ta demande !

– Mes biens chers frères, serait-ce les débuts d'une rébellion ? Serait-ce le chantage et l'appât du gain qui vous pousserait à me contredire ?

Ils commencèrent à se tortiller sur place. Il n'était même pas inquiet, et parlait d'une manière qui, elle, était inquiétante. Il leur refit son sourire carnassier.

– Dites bonne nuit au mauvais garçon.

Sa baguette était encore dans sa main, il la leva à peine que deux étaient déjà propulsés sur leurs lits, les draps les étranglèrent. Les trois autres lui jetèrent des sorts qu'il évita en s'abaissant, c'était si facile. Un autre regagna son lit pour être pris en tenaille par ses draps.

Le deux derniers étaient un peu plus coriaces. D'une illusion, il se dédoubla. Les Serpentards ne savaient plus où donner de la tête. Il les projeta eux aussi et subirent le même sort que leurs compagnons.

Il dissipa l'illusion et transforma les draps en mambas noirs qui se redressèrent, prêts à attaquer.

– Je crois qu'il est temps que nous ayons une petite discussion amicale.

Il s'assit sur le lit de Davies en caressant pensivement le serpent réputé pour être le plus offensif.

– J'ai cru comprendre que vous aimiez les marchés, commença-t-il. Alors nous allons en faire un. Un contrat qui, j'ose l'espérer, ne sera plus renouvelable. Vous allez tous les quatre vous mettre à genoux au milieu de la salle.

Ils obéirent comme des Inferis devant leur mage noir. Il mit lui-même un genou à terre et tendit sa main qui ne tenait pas la baguette vers eux.

– Un serment inviolable. Je pense que cela retiendra les plus téméraires.

– Tu es complètement fou ! objecta Davies.

Le mamba le mordit à la cuisse. Le préfet cria en se tenant la jambe.

– Fou, peut-être, déterminé, c'est plus que certain. Alors, d'autres veulent contester ?

Ils posèrent tous leurs mains sur la sienne. Davies, lui, se tenait encore la jambe. N'y tenant plus, il lui jeta un sort de découpe qui lui entailla profondément la jambe, et l'obligea à suivre le mouvement ; s'il ne voulait pas finir découpés en petits dés et distribués en amuse-gueule au prochain apéritif des professeurs. Il leur fit promettre de ne plus jamais tenter quoi que ce soit contre lui, qu'ils ne révèlent jamais rien sur lui, pas même le titre du livre sur sa table de chevet, qu'ils mentent le mieux possible pour le protéger, et ainsi de suite. Il les changeait en véritables marionnettes. Le rituel fini, il versa quelques gouttes de la même potion qu'il avait utilisée pour guérir le sphinx, soigna la jambe de son camarade, et s'installa sur son lit, sans se rendre compte des regards horrifiés des étudiants. Il était déjà plongé dans ses pensées quand il ferma ses rideaux.

L'Ange Noir, ce sera son nom. Il ne voulait qu'un abruti de la Gazette l'appelle l'Albatros Moricaud. Maintenant qu'il avait augmenté son potentiel magique et qu'il possédait ses ailes, il était temps de s'attaquer à sa hantise aux yeux verts. Il passa sa langue sur ses lèvres. Il allait demander à Wito de lui prêter Rowena pour un colis spécial. Il voulait le ridiculiser, le provoquer publiquement, et l'assassiner universellement. Oui, il voyait grand.

Il se donnait un peu plus d'un mois pour s'entraîner, apprendre le maximum de sorts, imaginer d'incomparables plans, préparer un nombre incalculable de potions. Il serait prêt pour affronter la légende survivante.

Il se rappela qu'il avait quelqu'un dans sa poche qui pouvait l'aider. Il sortit le carnet de Jedusor et transcrivit ses idées sans tarder.

Le destin m'a offert une chance infinie, répliqua le journal. J'ai rencontré le seul homme qui haïssait Potter autant que moi. Je ne peux pas passer à côté de ça. J'ai un marché à te proposer, jeune mage noir.

Lloyd ne réagit pas à l'appellation. Voldemort le fascinait. Il allait l'aider, il en était sûr.

Héberge-moi.

« Pardon ? »

Absorbe mon esprit. Je ne peux pas le faire sans ton accord. Si tu le fais, tu auras toutes mes connaissances, mes dons, mes talents. La puissance du plus grand des mages noirs ne te séduit donc pas ?

Il fronça les sourcils. Il n'avait pas envisagé que cela serait possible.

Réfléchis. Nous avons un même but. Faisons équipe. Je ne pourrais t'être utile sous forme de cahier, et tu perdras du temps à ingurgiter tout mon savoir, alors que si tu m'acceptes, tu digèreras l'ensemble en quelques minutes !

La tentation était trop importante, et puis, il n'avait rien à perdre.

« O.K. »

Le Journal de Jedusor se fendit en émettant une clarté aveuglante. Il ferma les yeux. Il vit à travers ses paupières la lumière venir vers ses yeux. Il se força à rester impassible. Ses camarades criaient en priant qu'il ne soit pas en train de les maudire. Dans le vacarme ambiant, un rire se discerna, un rire diabolique et inimitable. La lueur passa à travers sa peau. Il eut le souffle coupé par la brûlure. Puis, soudain, le vide. Il y eut un silence. Un ange passa. L'éclairage n'en revenait pas. Il semblait être aspiré par son front. Son dos eut un soubresaut qui devint un ricanement. Un rictus sinistre s'élargit sur son visage. Il rouvrit les yeux, et posa ses pupilles rouges sang sur la chambre.

Harry Potter, voici ton pire cauchemar.