Angoisses

Le ciel était d'un noir d'encre ce soir-là…

Telle une voute qui obscurcissait tout, et où rien ne venait éclairer ce ciel lugubre, même les pâles lueurs du croissant de lune ne réussissaient pas à donner un peu de clarté.

La tête tournait vers le défilement accéléré des nuages, mon cerveau repassait en boucle la scène du matin la découverte de ce corps disloqué, sans vie, gisant dans une mare d'eau, sa nudité offert à tous les badauds. Comment ces espèces privées de toute humanité pouvaient-elles cohabiter dans cet univers ? A côté de si délicates et charmantes personnes, qui au moindre sourire, à la moindre œillade venant d'elle me faisait chavirer ? Et de quel droit, moi représentant de ces créatures nocturnes sorties tout droit d'un livre de science-fiction, me l'appropriai-je ?

Les yeux pétillants de Lily se posèrent sur ma conscience, telle une pommade venant pansée mes plaies internes, balayant mes pensées noires et funestes. Voilà à quoi devait servir mon instinct de prédateur, mes capacités hors normes : à la protéger ! Sa vie avait basculé au moment où nos yeux s'étaient croisés, sa vie dont le cours si tranquille avait perdu tout équilibre, et il était de mon devoir de lui rendre l'existence plus facile, et de lui offrir un carcan de protection.

Le meurtre n'avait pas été commis par l'un des miens, toutefois ni lycans, ni vampires ne devraient partager le monde de personnes si fragiles. Je ne devrais pas exister, du moins pas sous cette apparence, pas avec tout ce que cela engendrait comme conséquence. Si le phénomène de l'imprégnation ne régissait pas nos vies, Lily m'aurait-elle aimée avec la même ardeur, aurait-elle-même posée un regard sur moi ? L'imprégnation ne nous laissait guère le choix, enrôlés dans une passion enivrante et dévorante, altérant tout sens du pragmatisme et du bon sens. Si mes gènes ne s'étaient pas autant développés je n'aurai pas l'allure dont je prétendais aujourd'hui, ni la carrure, ni la force et encore moins la maturité.

Un mal pour un bien, c'est ce que l'on dit… Mais à quoi mesure-t-on l'importance du mal par rapport au bien prodigué ? Si dans les jours à venir Lily venait à être blessée ou pire le peu de bonheur que je lui aurais offert durant ses quelques jours, serait-il plus important que sa mort elle-même ? Mais comment la protéger… de moi-même, des menaces qui m'assaillaient de toutes parts ? Alors que ce combat n'était pas le mien ! Je n'étais pas censé me trouver ici, nous étions les « Protecteurs » de notre peuple seulement ! L'heure du choix aurait-elle sonné son glas ?

Entre celle que j'aimais d'un amour sans limite, et celle qui… qui représentait aussi une autre moitié de moi-même. Lily ou Bella ?

Alors que je me perdais dans ce choix cornélien, soudain le vent se mit à mugir violemment, embarquant dans sa danse endiablée feuilles mortes et détritus en tout genre, m'obscurcissant la vue une seconde. Les nuages épaissirent rapidement, cachant définitivement le halo du croissant de lune. Les lampadaires venant de la petite allée bétonnée exhibaient une lumière timide mais qui se fit sentir dans l'obscurité étouffante. Les rafales tourbillonnaient autour de moi, m'emprisonnant dans un tourbillon déchaîné. Le temps était au diapason de mon humeur, comme pour me forcer à prendre une décision, à me pousser vers la sortie.

J'entendis bien avant de les voir, deux étudiantes qui titubaient sur l'allée, leurs talons aiguilles répercutaient leurs inlassables claquements sur le bitume. Elles rigolaient doucement de plaisanteries échangées en douce, qui ne firent rire qu'elles, n'ayant pas le taux d'alcool nécessaire dans le sang pour les comprendre à leur juste valeur semble-t-il. Agrippées l'une à l'autre par le bras, elles chancelaient avec difficulté pour regagner leur chambre.

Elles passèrent devant moi sans m'apercevoir, l'alcool a tendance à brouiller nos sens, et puis j'étais isolé dans mon obscurité ambiante, invisible pour un œil d'humain. Je me distrayais un instant de leur spectacle, telles deux petits clowns proposant un intermède futile à mes pensées tourmentées. Elles étaient si petites et si fines que l'on aurait pu les prendre pour des collégiennes, une soudaine envie de les accompagner jusqu'à la porte de leur résidence me traversa la tête, que je repoussai aussitôt. Outre le fait qu'elles auraient été effrayées de me voir surgir des bois, je ne voulais quitter sous aucun prétexte mon poste de surveillance. De toute façon, mon inquiétude cessa rapidement quand les jeunes filles obliquèrent vers la résidence sur laquelle je gardais un œil avertit. Alors elles partageaient elles aussi la même maison que Lily et Bella, néanmoins dans leur état d'ivresse avancé je ne donnais pas cher de leur peau quant au chien de garde. Hortensia allait se réveiller au moindre rire étouffé et aux grincements de l'escalier principal.

Les trois marches qui menaient au porche furent une véritable épreuve de force pour nos ivrognes, mais elles se débrouillèrent bien mieux pour refermer la porte en silence. Je m'attendais à voir la lumière de la chambre d'Hortensia s'allumer et anticipai même sa réaction dans ma tête. Mais aucun éclairage ne vint filtrer à travers les rideaux de la gardienne, d'ailleurs ni dans aucune fenêtre du premier étage non plus, à moins que leur chambre ne donne sur la façade arrière. Après cinq bonnes minutes à guetter le moindre signe de remue-ménage je dus reconnaître qu'elles avaient parfaitement réussies leur mission périlleuse.

Alors que ma distraction de la soirée devait déjà être en train de cuver tout l'alcool qui se répandait dans leur corps, mes idées noires s'emparèrent à nouveau de mon attention. Je tentai vainement de trouver un fil conducteur cohérent dans le flot de possibilités qui s'étalaient derrière mes yeux : la fuite, l'attaque, la bataille, le camouflage… Mon cerveau imaginait déjà une série de scènes alors que je ne savais toujours pas de quoi il en retournait. Depuis le départ d'Edward, je n'avais toujours pas revu la moindre trace d'un buveur de sang aux alentours, ce qui ne laissait présager rien de positif. S'ils mettaient autant de temps à déchiffrer les attaques de l'autre folle furieuse, cela signifiait que la campagne se révélait ardue. N'empêche à moins que…

_ JAKKKKKKEEEEEEE !

Ce cri angoissé me perça les tympans en même temps qu'il me foudroya sur le coup. Mais sans réfléchir outre mesure, ni prendre le temps d'observer les alentours, je me lançais sur la façade de la maison et en un temps inhumain je m'emparai vivement de Lily, qui se trouvait à la fenêtre de sa chambre. Son visage était défiguré par l'angoisse et des larmes coulaient à torrents.

_ BELLA ! Me retournant sur moi-même je constatai qu'elle ne se trouvait pas dans la pièce, les draps de son lit encore froissés étaient vides de sa présence.

_ Oh non, non, non, pas ça !

Prises en flagrant délit, les deux jeunes filles rebroussent chemin…

_ Toute sortie est fortement déconseillée ! Alors veuillez retourner dans vos chambres mesdemoiselles.

Hortensia, de son imposante stature, nous lorgnait du haut des escaliers. Après avoir passé une journée longue et fastidieuse entre nos quatre murs, Lily et moi avions émit l'idée de sortir rejoindre Jacob et Quil dehors. Malheureusement, c'était sans compter sur la présence de notre chien de garde, babines relevées sur une rangée de dents déchaussées et jaunies dues à une forte dépendance à la nicotine. Seul un petit mètre nous séparait du grand air et d'un moment agréable en compagnie de Jake, et de nouvelles fraîches. L'espace d'une seconde, je fus tentée de passer outre les injonctions d'Hortensia, et constatai qu'il en allait de même pour Lily qui fixait sans en démordre la poignée de la porte d'entrée.

_ Avez-vous été en changé en statue de sel ou dois-je venir vous déloger moi-même ? Gronda-t-elle à notre attention.

Du coup, nous fûmes contraintes de rebrousser chemin. Je pris Lily par le bras et la conduis vivement vers la salle détente, pour éviter de croiser cette sorcière dans les escaliers. J'espérais, un peu naïvement, qu'elle s'absenterait une minute pour retenter une mission évasion. Toutefois, après avoir refermé la porte sous nous, Lily colla son oreille pour écouter les bruits de pas au travers, et appris qu'Hortensia était en train de s'installer à son poste de surveillance, l'accueil. Alors que tout espoir de sortir nous avait quittées, nous montâmes dans notre chambre.

_ Retour à la case départ, souffla-t-elle dans un soupir.

Toute l'après-midi j'avais dû m'accommoder des va-et-vient incessants de Lily, depuis la fenêtre à l'escalier. J'avais essayé de me distraire l'esprit avec un livre, cependant j'étais bien trop perturbée par Edward pour me concentrer sur autre chose. Tantôt à revenir sur mon moment de proche intimité avec Edward, tantôt à m'inquiéter de ne pas le voir revenir. La réunion entre ses frères et sœurs traînait en longueur ce qui eut le don de rajouter à mon ennui l'anxiété. Cela ne signifiait que deux choses pour moi : soit les Cullen avaient quelques soucis à localiser Victoria et ses plans, soit Edward rattrapé son temps perdu avec moi dans les bras d'Orline.

Avec le don d'extra-lucidité d'Alice, mon esprit optait davantage vers la deuxième option, en même temps qu'il tentait de se persuader que la première était peut-être tout aussi valable. De toute façon, ils vivaient tous les deux sous le même toit, entourés de deux autres couples et tous insomniaques. Il fallait que j'éclaircisse cette situation pour être fixée, déçue sans doute par la suite mais au moins assurée qu'il ne serait plus jamais à moi. Mais de quel droit pouvais-je réclamer des explications, réclamé des comptes à Edward ? Il était libre de faire tout ce qui lui plaisait, et Orline ne pouvait me trahir pour une liaison dont elle n'avait jamais entendu parler, tout comme Lily. L'une comme l'autre avait été écartée de mes anciennes histoires, et aujourd'hui ce secret pesant se retourner contre moi, car si Orline avait été mise dans la confidence de mon attachement indéniable pour cet homme, elle ne s'y serait jamais intéressée. Malencontreusement, mes secrets me jaillissaient en pleine tête et le choc me fut douloureux.

Imaginer Orline et Edward ensemble était à la fois insupportable, mais si facile et évident. Tous les éléments étaient réunis pour faire de leur histoire une rencontre placée sous de bonnes étoiles, tout ce qu'attendait Edward.

Tout d'abord la condition d'Orline, celle d'être un vampire, une transformation qui n'avait pas été le résultat de nombreuses délibérations, et de disputes. Non, elle avait été mordu par Victoria, il n'avait en rien contribué à la mort de son âme, n'était pas responsable de ce tragique accident, sauf peut-être de n'être pas arrivé à temps. Et encore, grâce à son intervention, Orline avait échappé à la mort, pour devenir un être surnaturel et immortel, tout comme lui… Et puis, à l'instar d'Alice pour Jasper, il faisait tout pour l'accommoder à sa nouvelle vie et lui imposer un régime particulier pour la garder auprès de lui. De ce fait, leur rapprochement apparaissait comme inévitable, et le temps passé ensemble se comptait autant en jours qu'en nuits, et autant de promiscuité ne pouvait que les rapprocher.

De surcroit, à ses côtés, Edward ne serait pas obligé d'endosser un rôle qui n'était pas le sien, il ne se sentirait plus forcer de jouer à l'humain, ni même à réfléchir à ce qu'il faisait. Bien au contraire, il devait être pleinement réjouit d'être libre et surtout le sang d'Orline ne le ferait pas souffrir, comme le mien. Enfin, Orline avait toujours eut le don d'envouter tous les hommes d'un seul battement de cils, alors maintenant qu'elle était encore plus éblouissante avec son teint de porcelaine et ses yeux verts azuréen, Edward devait être tombé sous le charme. Car bien que blonde également, sa beauté ne ressemblait pas à celle de Rosalie qui était plus anguleuse avec des traits prononcés, des pommettes saillantes, alors qu'Orline bien que musclée, paraissait plus plantureuse, avec des formes opulentes. En conséquent tout aussi belle que Rosalie mais différente.

Oui, ses deux êtres ne pouvaient qu'être ensemble, d'autant que leurs rapports n'étaient pas sans cesse contrôlés, et limités. Leurs étreintes devaient être plus passionnées elles aussi, plus fougueuses, leurs sentiments pouvaient laisser libre cours à leurs pulsions sans qu'Edward craigne de la briser ou de la tuer au moindre mouvement de trop. Il devait être soulagé auprès d'elle, ses envies d'hémoglobine maitrisées pour jouir pleinement de toutes ses capacités. Elle avait ou aurait accès à des choses que je n'aurais jamais goûtées, ses choses qu'il m'avait toujours refusé de connaître afin de me garder en vie, et rien que pour cela je l'enviais au point de la détester.

Que devaient-ils faire en ce moment précis, où mes pensées me faisaient couler à pic dans les limbes de mon cerveau embué par la colère et l'envie ? Se rassurer mutuellement quant à la suite des évènements ? Au moins, Orline ne représentait pas cette petite chose poisseuse et sans force dont j'étais la parfaite représentante, cause de souci permanent. Au moins, Orline pourrait se défendre en cas d'attaque. Au moins Orline, aurait pu se défendre face à un vampire comme James ! Dès que les Cullen me débarrasseraient de Victoria, les deux tourtereaux pourraient convoler pour l'éternité… une éternité pour s'apprivoiser et s'aimer.

_ Pfff… saleté de vampires !

_ Humm ? Tu me parlais ? me demanda Lily

_ Rien je parle toute seule !

En plus de me coller des nausées, mon imagination fertile avait réussi à me filer le bourdon ! Aujourd'hui, mes probabilités pour devenir un vampire étaient réduites à zéro, et rivaliser avec Orline m'était impossible. A moins que Victoria ne rate son coup et que je parvienne, je ne sais trop comment à m'échapper de son emprise juste après avoir été mordue… Non, il fallait que je me rende à l'évidence, je ne serai qu'une humaine banale et sans aucun intérêt.

Voilà le compte-rendu de cette journée terne et pathétique !

Regagnant notre chambre, je me laissais lourdement retombée sur mon lit avant de rebondir contre le mur. En plus d'être pathétique j'en rajoutai une couche avec ma maladresse incurable. Je me roulais en boule, un bras sur mes yeux, tout ce que j'entendais était les allées et venues de Lily derrière moi.

_ A quoi tu penses ? M'enquis-je auprès de mon amie sans pour autant bouger.

_ Rrrrr…. Cette Hortensia commence à me courir sur le haricot ! Je suis majeure et vaccinée, je n'ai donc aucun ordre à recevoir et encore moins de cette vieille chouette aigrie ! Tonna-t-elle en donnant un coup de pied dans un livre au sol, mon livre...

_ Qu'est-ce qui t'en empêche alors ? Une fenêtre ? A moins que ce ne soit la trouille ! Un grand silence tomba sur la chambre, jetant un œil par-dessus mon bras, je vis que Lily avait stoppée sa course et qu'elle me fixait dubitative.

_ Oui mais toi ? Je n'ai pas envie de courir aux urgences, d'autant qu'un vampire rode sur le campus !

_ Pardon ? Je me relevais d'un bond, les bras tendus sur mon matelas.

_ Si tu me suis par la fenêtre, il y a une chance sur deux, et encore je suis gentille, que tu te casses une jambe ou autre chose. Et si je te laisse seule j'ai peur de ne plus te revoir avec la poisse que tu as ! Ironisa-t-elle.

_ Merci ! C'est toujours agréable de se sentir inutile et douée d'une incapacité effarante.

_ Ne le prend pas sur ce ton, mais reconnais que la situation est délicate. Son ton s'était radoucit.

_ Va voir Jake ! Je me posterai devant la fenêtre pour rester dans son champ de vision, pour qu'il puisse jouer les baby-sitters à distance ! Je n'étais pas emballée mais si cela pouvais m'accorder un répit, celui de ne plus entendre Lily parcourir inlassablement la surface de la chambre, alors pourquoi pas.

_ Humm… cela me paraît possible et raisonnable. Je parodiai un salut militaire tout en lui servant une grimace pitoyable pour lui faire part de mon entendement.

Lily croisa son regard sur un miroir et entrepris de se recoiffer les cheveux, puis elle enjamba la balustrade de la fenêtre avant de disparaître dans le crépuscule. Le crépuscule tombait déjà, j'avais cru que la journée n'en finirait pas, et voici que la nuit approchait doucement. Je ramassai le livre que Lily avait éjecté de son chemin quelques instants plutôt et m'assit près de la fenêtre, comme prévu dans le contrat.

Comme plutôt dans l'après-midi, mon livre ne réussit à capter mon attention et je me surpris à divaguer, les yeux vagabondant dans la pénombre. Puis, mon regard tomba sur un charmant couple en contre-bas. Elle, avait la tête posait sur son torse, et lui la tenait fermement dans ses bras, laissant une main caressant le bas de son dos, et sa joue frottant délicatement sur ses cheveux. Je voyais les lèvres du garçon bouger sans en entendre les paroles prononcées, mais je me doutais de leur teneur. Ils restèrent un long moment enlacés, puis la fille leva la tête vers le garçon et ils s'embrassèrent longuement, passionnément. Un baiser auquel je n'avais encore jamais gouté. Puis leur intimité me gêna, je baissai le regard vers mon livre pour les laisser tranquilles. Je fus réjouie de constater à quel point Lily et Jake s'aimaient.

Brusquement, je vis une main agripper le chambranle de la fenêtre avant de voir la jolie frimousse rosie de Lily, je lui tendis une main pour l'aider à se hisser. Après s'être rassurée et excusée de m'avoir laissée toute seule, Lily partit l'esprit léger prendre une douche. Repassant par la vitre, je voulus adresser un signe à Jake, mais ce dernier n'était plus visible, enfin pour moi. N'étant plus assignée à la fenêtre, je m'allongeai sur mon lit, la tête renversait en arrière, ma vision s'altérant en même temps que le sang me montait au cerveau.

Quelques instants plus tard, j'entendis la porte s'ouvrir et des pas feutrés s'avancer vers moi.

_ La douche a été bonne ?

_ La douche non, mais le reste va te plaire Isabella Swan !

Je me relevai précipitamment, ne reconnaissant pas ce timbre de voix, prise de panique. Mais avant que je puisse appeler Jake à mon secours, je sentis un linge humide et son odeur forte contre ma bouche et mon nez… celle de l'éther. Je cherchai en vain le visage de mon agresseur avant que mon cerveau tombe dans un sommeil profond, je basculai ma tête en arrière et ce que je vis me glaça d'effroi.

Juste avant de m'évanouir à cause de l'éther je pus voir ses yeux… des yeux argentés qui m'éblouit. Qui était…

So fast and furious…

Les images de la vision d'Alice passaient en boucle dans mon cerveau depuis que j'avais pulvérisé la baie vitrée du chalet. Des images où je voyais Bella aux mains de Victoria dans un décor plutôt obscur, et où je ressentais sa souffrance, gisant à même le sol aux pieds de cette folle furieuse. Malheureusement, les détails sordides ne s'arrêtaient pas là ! En effet, j'entraperçu l'issue de cette histoire, mais je la repoussai fortement dans les labyrinthes de mon cerveau, ne pouvant l'accepter, il serait de mon devoir de changer l'avenir de Bella. Je ne pourrais pas supporter ce futur funeste qui l'attendait.

Sur le chemin me conduisant à la résidence de Bella, j'envoyai des signaux à Alice pour qu'elle et le reste des troupes rappliquent au plus vite, l'alerte rouge irradiait dans ma tête et précipitait mes pas. Grâce à mes prouesses physiques, j'arrivai rapidement sur le campus, à l'abri du couvert des arbres, une chance que les alentours de la fac soient déserts. Je me stoppai net devant Lily et Jacob, mais à leur visage je compris qu'il était trop tard.

_ Jacob que c'est-il passé ? Où est Bella ? Ma voix n'émit pas autant d'assurance que je l'aurai souhaité.

_ Je… je ne sais pas. Jacob prit Lily dans ses bras au même moment comme pour la rassurer, à moins que ce ne soit lui qu'il souhaitait consoler.

_ QUOI ? Pourquoi ne sais-tu ce qu'il s'est passé ? Qui était de surveillance ce soir ? J'étais maintenant hors de moi devant le manque d'intérêt de Jacob.

_ Moi ! Mais je n'ai rien vu, rien senti qui ressemble à un buveur de sang ! Nos deux comportements étaient vraiment aux antipodes. Alors que j'étais énervé et agité, lui affichait une mine renfrognée et paraissait plus calme que moi, ce qui eut le don de m'horripiler.

_ Bella a disparut ! Elle est entre les mains de Victoria, et toi tu me dis tout penaud que tu n'as rien vu ! Tu es en train de te payer ma tête sale clébard galeux ! J'explosai toute ma rage contre lui, la situation était grave et ce sac à puces ne pensait qu'à Lily !

_ TU NE COMPRENDS RIEN ABRUTI ! JE N'AI RIEN VU ! Il poussa Lily sur le côté et s'avança d'un bond vers moi. Nos nez se touchèrent presque, l'envie de lui coller mon poing en pleines dents me démangeai mais je dus faire preuve de retenue, ce n'était ni le lieu et encore le temps pour une bagarre.

_ Lily est descendue me voir un instant, quand elle est remontée Bella était toujours là. Mais quand elle revenue de sa douche la chambre était déserte, Bella avait disparue. Elle est restée tout le temps sous ma surveillance ces moindres gestes épiés, mais je n'ai ressenti aucune menace ! ajouta-t-il, alors que je scrutai ses pensées pour y découvrir qu'il n'avait rien omis ou caché.

Brusquement, je fis volte-face et bondis sur la façade en lierre de la résidence pour pénétrer sur les lieux du rapt afin de récupérer le moindre indice sur une éventuelle trace. Rien dans la pièce ne trahissait la présence d'une lutte quelconque, je respirai à pleins poumons pour y renifler l'odeur de l'assaillant sans n'y reconnaître aucune odeur. Toutefois, mon odorat me conduit vers un linge humide qui reposait au pied du lit de Bella et je perçus tout de suite l'odeur anesthésique de l'éther. Évidemment, il n'y avait eu aucune lutte, aucun cri car Bella avait été endormie à cause de ce solvant. Me rapprochement de la source acre, je portai le linge imbibé à mon nez et inspirai à grands coups à diverses reprises. L'éther comme toute sorte d'anesthésique n'avait aucun effet sur nous, nous étions déjà morts, il fluidifiait seulement un peu plus notre sang, et encore à grandes doses seulement. Derrière l'odeur de l'éther, s'en cachait une autre qui me permis de saisir l'odeur de son agresseur, et cette découverte me pris au dépourvue en découvrant que cette émanation ne ressemblait pas à l'une des nôtres… En effet, il n'y avait pas cette odeur de fer et de sel, celle imperceptible du sang ! Jacob avait eu raison, nous n'avions pas à faire avec un vampire mais avec autre chose…

Un courant d'air passa à travers la fenêtre restait ouverte et vint entrebâiller la porte, suffisamment pour que les effluves du sang me parviennent. D'un seul coup, tous les muscles de mon corps se raidirent, j'étais tendu comme un arc face à l'odeur tentatrice du sang humain qui se répandait. J'entendais même le « ploc ploc » des gouttes de sang qui tombaient sur le parquet. Le venin inonda ma bouche, je l'avalai et incendiai ma gorge par la même occasion. M'emparant du drap sur le lit de Bella, je tentai de me faire un bâillon que je plaquai contre mon nez pour atténuer les effets de l'arôme de l'hémoglobine sur ma volonté. Malgré le tampon que j'appliquai fermement contre mon visage, j'arrivais à sentir les relents du sang. Je descendis l'escalier principal rapidement en prenant garde de rester discret. Le pallier de l'entrée était plongé dans le noir total, mais rien ne parvenait à altérer ma vision, je continuai à me laisser guider par mon système de sondage personnel. Après avoir obliqué sur la gauche et dépassé la salle détente, je restai figé devant une porte de chambre, l'odeur y étant beaucoup plus nette. Ouvrant doucement le battant, j'aperçu une masse informe sur un lit… les bras pendaient dans le vide, la tête rejetait en arrière sans vie, les yeux extraits de leur orbite. Le spectacle qui s'offrait à moi était répugnant, le sang qui provenait des cavités oculaires, s'écoulait le long de son front, et sa tête avait effectué une rotation d'au moins 180° pour venir contempler son large dos.

La chose qui avait commis de telles atrocités n'était certes pas vampire, mais il était tout aussi fort pour réussir une chose pareille sur une personne si imposante. De surcroît, je paniquai davantage en sachant Bella entre leurs mains de ces sadiques. J'espérais seulement que la pauvre gardienne n'avait pas eu le temps de souffrir. Je ne m'attardais davantage, l'odeur du sang m'arrachant des plaintes gutturales. Je sortis par la porte d'entrée en prenant soin d'effacer toutes traces de mon passage, empreintes et pas.

La morsure du vent fit disparaitre les dernières émanations de la résidence, et je réussis à retrouver ma force et ma volonté. Je courus me mettre sous la frondaison des arbres et m'aperçut que mes frères et sœurs ainsi que Quil, Paul et Embry nous avait rejoint, mais seulement eux…

_ Où sont passés Lily et Jacob, m'informai-je auprès des garçons avant même de lire la réponse via leur esprit. Quoi ? Il a préféré la fuite plutôt que l'affrontement ? Pour le coup j'étais vraiment étonné par la réaction de Jacob, j'avais cru que Bella comptait beaucoup pour lui, apparemment elle ne faisait pas le poids face à Lily.

_ Il est parti mettre Lily à l'abri ! me répondit Quil, comme pour sauver les apparences auprès des miens, alors que l'évidence sautait aux yeux. Jacob avait opéré un choix entre nous aider à combattre Victoria et rester en vie avec Lily. Après tout, n'étais-je pas moi aussi capable de n'importe quel sacrifice pour peu qu'il garantisse la sécurité de Bella ? Même si je voyais, à l'heure actuelle, cette fuite comme la preuve de sa lâcheté, je ne pus le blâmer plus sévèrement.

_ Et vous, que décidez-vous ? Nous suivre et nous aider à combattre Victoria, ou décamper comme votre sale lâche de chef ? Je ne sais laquelle des deux propositions fut la plus convaincante, mais les trois garçons opinèrent de la tête.

Le problème lycans étant réglé, je me dirigeai vers les miens, le temps nous était compté et il fallait agir au plus vite. Les visions de ma sœur devaient être quelque peu stimulées, voire même forcées pour que je découvre l'endroit où elle était séquestrée. De toute évidence, cela ne fut pas nécessaire puisque Alice avait déjà les yeux dans le vague. En moins d'une seconde je me trouvais à son côté la questionnant sur ce qu'elle voyait.

_ Il fait sombre et froid… Je distingue des sapins et aussi toutes sortes de conifères. Bella se trouvait donc en extérieur. Attends je vois un petit sentier, c'est bizarre il s'arrête juste devant une drôle de surface lisse et noire. Alice appuya ses doigts fins sur ses tempes il plissa plus fortement les yeux comme pour voir plus loin. Jasper se rapprocha de nous et entrepris de lui masser les épaules pour décrisper ses muscles et la détendre. Ces visions étaient plus nettes quand elle était détendue et zen.

_ Oh ! Je vois Victoria, elle est devant cette surface bitumée en plein milieu de la forêt, il devait s'agir d'un lac, c'est étrange elle tient un sac par-dessus son épaule, en toile de joute, un sac qui remue. Mais… Alice rouvrit les yeux à cause de la vision qu'elle avait vu. Je n'avais cessé de scanner ses pensées, voyant en même temps qu'elle ses visions, je compris ce qui avait dû l'effrayer.

Une lumière argentée brillait dans les bosquets, une lumière allant par paire avec des intervalles réguliers, comme une paire… une paire d'yeux scintillant dans le noir. J'expliquai tout haut pour le reste de la troupe la vision qu'avait eu Alice.

_ Au moins nous savons que Bella se trouve avec Victoria, nous n'avons plus qu'à remonter sa piste, lança gaiement Emmett.

_ Tu vois Emm', c'est justement à cause de ce genre de réactions impulsives et irréfléchies, que tu ne ferais pas un bon commandant ! Cette vision sent le traquenard à plein nez ! Rajouta Jasper.

_ Je suis d'accord avec Jaz, mais hors de question que je laisse Bella jouer le rôle de l'appât. Je ne sais que trop bien le rôle final de ce dernier. Peut importe ce qu'elle nous a préparé, au moins nous savons qu'il s'agit d'un guet-apens.

_ Alors ne perdons pas de temps à parler, allons-y tout de suite ! Cette voix sortie de nulle part me fit sursauter, j'étais tellement inquiet que sa présence était passé inaperçue.

_ Le moindre renfort nous sera utile Edward. Alice s'était rapprochée de moi, mais alors qu'elle me fixait intensément, son cerveau semblait perturbé. Pourquoi se mettait-elle à chanter l'hymne national français ? Que me dissimulait-elle ?

Orline me sortit de mon inquiétude et de l'analyse des pensées de ma sœur. Et puis, je préférai partir enthousiasmé que démoralisé.

_ Nous ramènerons Bella saine et sauve, je te le promets !

_ Merci pour ton aide et ton soutien Orline ! Profites-en pour mettre ton talent à profit et n'attaque pas de front ! Ne prends pas Emmett pour modèle je t'en prie, elle hocha la tête en m'offrant son plus joli sourire, sans que nos regards se croisent.

L'endroit où se trouvait Victoria fut aisé à trouver, d'autant plus facile que ses pensées, à l'inverse des jours précédents, étaient claires et limpides, détaillant visuellement tous ce qui l'entourait. Nous aurait-elle laissé un mot avec la description de l'endroit exact où venir récupérer Bella, n'aurait pu être aussi évident que de lire dans son esprit. Je sentais le traquenard d'ici, mais ayant en sa possession l'être qui m'était le plus cher au monde, je m'y jetai tout de même.

Au total, nous étions six vampires dont quatre avec un talent particulier et trois loups-garous à la stature impressionnante, qui ne furent aucunement distancés par notre course. Dès que nous nous étions lancés sur les traces de Victoria, ils avaient muté l'instant d'après et nous avait rejoins avec facilité. J'étais confiant quant à notre supériorité numérique et physique, qui parviendrait à défier n'importe quel stratagème de Victoria, d'autant que nous étions au courant plus ou moins. Malheureusement, face à ce qui nous attendait, nous n'étions ni plus nombreux, ni plus forts…

Une fois parvenu un peu avant le lieu de la dite vision d'Alice, je stoppai notre progression, pour me laisser le temps d'observer les alentours. Je percevais les premières formes de ce qu'Alice avait pris pour un terrain bitumé, qui n'était autre qu'un lac. Tout semblait calme et paisible, sans trace de vampire dans les parages.

_ Alice ? Ce lieu était-il identique à celui de ta vision ?

_ Je ne sais pas trop… Il semblerait, mais le décor d'une forêt a tendance à se répliquer à l'identique, alors je ne suis pas très sûre. Sa réponse ne m'avançait guère et je me concentrai pour ne pas exploser.

Puis soudain, une odeur me parvint distinctement, la même que celle que j'avais reniflé dans la chambre de Bella, celle du mouchoir imbibé d'éther. Si Victoria n'était pas présente, le ravisseur de Bella, lui, était non loin de nous. Alors que j'allais annoncer la nouvelle aux autres, diverses informations m'assaillirent.

Tout d'abord, j'essayai vainement de m'immiscer dans l'esprit de la personne que je sentais rôder autour de notre groupe, sans y parvenir. J'eus l'impression de visionner le cerveau d'une personne décédée, aucune réceptivité ni même attraction. Les pensées de Bella même si elles me restaient interdites ne me donnaient pas la même impression, je sentais parfaitement la barrière qui sillonnait chaque parcelle de son cerveau, alors que là il n'y avait ni bannière, ni stimulation, mais une simple boîte vide. Puis, je m'aperçus que d'autres odeurs identiques à la première vinrent se rajouter.

Je fis part de mes observations à mon clan et ainsi qu'aux loups pour les mettre en garde contre ses phénomènes étranges. Soudain, une odeur familière s'imposa à moi, celle d'un vampire et son cerveau s'ouvrit devant moi. Ce vampire semblait ne penser à rien d'autre qu'au combat qui allait faire rage d'ici peu, je tentais de trouver son identité, mais il ne m'en apprit pas davantage, se focalisant sur nous, nos forces et sur les bêtes qui nous accompagnaient sans pour autant montrer de la surprise. Les autres continuèrent de se rapprocher dans l'intention de nous encercler.

_ Faites attention à vous, ils nous encerclent de toutes parts. Je vais tenter une percée et trouver Bella rapidement. Alice dès que tu verras Bella en sûreté, je veux que vous décampiez ! Les filets du piège sont en train de se refermer sur nous, ils sont bien plus nombreux et possèdent un atout que nous n'avons pas : nous ne connaissons pas la force qu'ils vont employer. Alors occupez-les pendant que je vais chercher Bella. On se rejoint à l'endroit prévu, j'envoyai un flash à Alice pour qu'elle sache où me retrouver si les choses se déroulaient mal.

Je laissai les miens derrière moi et m'élançai sans me retourner droit vers le lac, sans prêter attention aux bruits du combat qui éclatèrent au même instant. Je n'avais plus qu'une préoccupation : sauver Bella d'une mort atroce, car c'est ce que comptait lui infliger Victoria, mais avant je savais qu'elle m'attendrait. La mise à mort n'aurait pas la même saveur si je n'assistai pas au coup fatal.

Je partis sans même me retourner, bloquant mes pensées sur Victoria et elle seule, ne voulant pas assister virtuellement à la bataille qui faisait rage juste derrière moi.

La nuit avait revêtu son linceul, obscurcissant la forêt et rendant toute progression impossible pour qui avaient des yeux normaux. Heureusement pour moi, j'avais perdu ma condition humaine depuis près de 90 ans maintenant ! Je laissais mon odorat me diriger droit vers mon ennemie juré, en suivant son odeur, ainsi que les effluves du sang de Bella, qui me parvenait aisément puisqu'elles attisaient aussi ma soif. Je réussis à distinguer une autre manifestation sensorielle, provenant d'un autre vampire, mâle cette fois-ci.

Le piège se refermait petit à petit sur moi, à chaque foulée je le sentais m'encercler, et malgré ma conscience du danger rien n'aurait pu me convaincre de ne pas y courir, ne pas tenter le tout pour le tout et sauver celle que j'aimais. Victoria détenait celle pour qui rien ne me paraissais insurmontable, celle pour qui ma vie ne valait rien sans elle, même s'il m'avait fallu du temps pour le comprendre, aujourd'hui je regrettai mon erreur de jugement. Je me fis la promesse solennelle de lui confesser mes fautes, mes mauvaises décisions pour lesquelles j'avais opté afin de la garder saine et sauve, et surtout pour lui avouer mon amour qui n'avait connu ni remise en cause, ni même relâche durant cette année entière loin d'elle. Oui, une fois cette histoire bouclée, j'irai la retrouver afin de m'excuser et de la reconquérir, en espérant faire renaître ses sentiments passés. Je me lancerai dans une reconquête digne de ce nom, passionnée et sans répit. Ma culture littéraire venant appuyer mes idées romanesques et mes envies chevaleresques. Je me forçai à y croire, à notre avenir pour me donner le courage nécessaire à notre réussite.

Car pour le moment, l'heure était à l'affrontement, et avant de pouvoir triompher sur sa raison, je devais combattre mes ennemis qui la retenaient prisonnière. Je me gravais l'image du couple que nous formions encore il y a une année, son visage souriant, pour me donner suffisamment de force pour remporter la victoire, car il ne pourrait en être autrement, Bella ne pouvait que survivre. J'étais raisonnablement le plus fort et le plus rapide par rapport à Victoria et je pourrais tout aussi bien m'occuper de ce vampire. J'avais connu des cas de figure bien plus retors et pénibles par le passé, sans en ressortir éclopé ou même égratigné. Armé de mon courage et de ma fougue, ainsi que par l'amour que je portais en mon sein, je m'élançai vers l'est, contournant les rivages du lac, à la recherche de Victoria.

J'arrivai sur les lieux en moins d'une minute, un flambeau éclairant de sa flamme incandescente et lumineuse la scène pittoresque devant moi. Une bourrasque de vent souffla sur nous, venant soulever la masse touffue et rougeoyante des cheveux de Victoria, ses pieds nus étaient caressés par les flots miroitants du lac, humidifiant par la même occasion le sac en toile de joute couché à même le sol dur. Sa forme immobile m'inquiéta de prime abord, mais voyant les légers mouvements dus à une respiration lente mais régulière, puis les battements de son cœur qui retentirent faiblement à mes oreilles, je m'apaisai.

Le nouvel acolyte de Victoria restait invisible alors que je sentais sa présence autour de nous, il devait très certainement se dissimuler sous les épais branchages d'un sapin. Je n'hasardais aucun geste abrupt et veillai, tout en m'avançant, à mes arrières dans l'attente de le voir surgir sur moi, mais rien ne se passa.

_ Et bien, il t'en a fallu du temps pour me trouver ! Un souci avec la lecture de mes pensées sûrement. Maintenant que tu es là, nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses. Sa voix était si douce, et même enfantine, comparée à la noirceur de son âme, si t'en es que nous, vampires, en soyons pourvus.

Je parcourais les derniers mètres qui nous séparaient l'un de l'autre, toujours avec ce pressentiment que la situation, anormalement calme, allait basculer d'un moment à l'autre. Par la même occasion, mon esprit parti à la recherche de l'autre vampire, scrutant la moindre idée émise dans mon rayon d'analyse. Un flux de pensées retint mon attention durant quelques secondes, les siennes selon toute vraisemblance. Il paraissait en souffrance, ce qui eut le mérite de m'étonner, la faim le tirailler et lui brûler la gorge à mesure qu'il ravalait son venin. En pleine confusion, il voulait accepter la tentation qui se présentait à lui, tout en étant conscient qu'il n'y survivrait pas.

_ Ne bouge pas, ne craque pas sinon Victoria va te faire la peau ! Ne bouge pas, ne craque pas sinon….

Il se répétait inlassablement ce même refrain intérieurement pour se convaincre qu'il aurait plus à perdre qu'à y gagner en désobéissant aux ordres de sa maîtresse. Au moins, je pouvais être rassuré sur lui, il n'agirait pas avant d'avoir reçu un quelconque signal de la part de Victoria que je saurais décrypter comme tel au moment voulu.

_ Je te trouve bien calme pour quelqu'un qui s'est fait voler son repas ! Un petit rire sorti de sa bouche, ressemblant aux petits bruits émis par une souris.

_ Que cherches-tu… Te venger, avec elle ? Alors sache que je l'ai abandonné depuis plusieurs mois maintenant, elle n'est plus aussi importante que tu ne le penses. Ta vengeance paraît si ridicule, d'autant plus que James a été le seul responsable de sa fin funeste. Mon clan n'a fait que se défendre contre ses manigances. Et puis il a été bien stupide de penser qu'il pourrait déjouer sept vampires dotés de certains dons, dont il n'avait réellement conscience ! Quel imbécile ! N'ayant pas stoppé ma progression, je me dirigeai d'un pas anormalement lent vers elle. Mon plan était d'une part de gagner du temps en la faisant parler et réagir contre mes paroles mais aussi, d'autre part, la surprendre pour qu'elle arrête de passer son cerveau au peigne fin !

En effet, elle contrôlait tout accès à son esprit, me donnant que les miettes de ses pensées, ce qui m'agaçait. Du coup, en lui parlant de James et de sa stupidité à notre encontre, j'espérais bien la prendre au dépourvu, m'attaquer à ce qu'elle avait de plus cher pour briser cette barrière si bien entretenue. Malheureusement, elle se mit à rire fortement sans m'ouvrir son esprit outre mesure, alors j'ajoutai :

_ Libre à toi de te venger, je suis venu dans ce but unique.

Je détachai mes bras de mon corps et les écartai perpendiculairement à mon torse en signe d'invitation au combat, comme pour la provoquer, mais elle fut toujours sans réaction. Ne trouves-tu pas que je ferai un adversaire plus équitable que cette simple humaine ?

_ Alors elle est devenue qu'une simple humaine ? m'interrogea-t-elle de son regard rouge.

_ Ne l'as-tu pas encore compris ? Je viens de t'informer que je l'avais quitté, la laissant derrière moi, ainsi que toute cette mascarade ridicule. Une part de moi devait trouver un certain contentement à jouer l'humain. Mais je préfère nettement mon immortalité et ma force à n'importe quel bout de chaire.

Je priai pour que Bella n'entende ou du moins ne retienne ce flot de paroles immondes à son attention. En même temps, comme être sûr que mes mots ne me reviendraient pas m'accuser en temps voulu, elle qui avait cru à mes anciens mensonges en septembre dernier. Je refoulai ces idées car il n'était ni le moment, ni le lieu d'y penser, j'aurai tout le temps nécessaire de lui expliquer la vérité une fois que je l'aurai sorti indemne de ce nid de guêpes.

_ Oh ! Tu n'y tiens plus alors. Mince ! Quelle gourde je fais, moi qui comptais en faire ma monnaie d'échange._ son expression était fausse, elle ne me croyait nullement. Dans ce cas… Si elle m'est inutile… Avant que son cerveau ne me donne l'information de sa décision, elle s'empara du sac et l'envoya cent mètres en arrière, vers le lac. Sans perdre un instant, je courus à sa suite, fendant les eaux.

_ Il semblerait que cette mascarade te sied toujours autant monsieur le comédien !

Bien que je fus déjà très loin, son rire me parvenu avec toutes ces fausses notes, tandis que je fouillais les profondeurs à la recherche de Bella.

Mon temps imparti était court, puisqu'elle ne pourrait s'échapper du sac noué et allait mourir noyée si je ne me dépêchais pas de la retrouver. Descendant toujours plus profondément, battant énergiquement des pieds pour me faire couler plus rapidement j'analysai les eaux du lac. La clarté de la lune ne me fut d'aucun secours pour illuminer mon cheminement dans cette pénombre opaque. Malgré ma vue perçante, je ne pouvais pas bénéficier d'une vision nette dans ce marasme de boue, quant à mon odorat il était inopérant dans ce milieu. Je fouillai inlassablement les ténèbres sans trouver la moindre trace d'elle, et puis les profondeurs étaient si semblables que j'eus l'impression de tourner en rond, de perdre mon temps, alors que les poumons de Bella devait se vider toute leur ressource vitale : l'oxygène. Victoria n'avait pas agi inconsciemment, elle savait pertinemment que nos sens ne nous étaient d'aucune utilité dans l'eau, si ce n'est pour nager, et puis le choix de la nuit ne fut pas non plus une coïncidence, une nuit noire pour rendre le lac opaque. Le piège était plus grand que je ne l'avais imaginé au départ, j'espérais seulement en avoir touché les limites.

Tout d'un coup, un jet de bulles vint lécher mon visage. La source effervescente venait de plus bas, je nageai en toute vitesse avant de découvrir une forme inerte sur le sol sableux au plus profond du lac : le sac. Je l'attrapai vigoureusement par le nœud et le remonta à la surface rapidement, une fois hors de l'eau j'arrachai la toile de joute pour la libérer, mais ce que je vis me laissa sans voix. Puis la voix de Victoria, qui n'avait pas bougé depuis la rive, résonna dans ma tête.

_ Alors Edward, content de ta découverte ? Ne t'inquiète surtout pas, nous allons te débarrasser de cette petite humaine qui te force à jouer la mascarade. Tu nous remercieras plus tard ! Après tout, c'est un prêté pour un rendu mon cher.

Elle n'eut pas besoin de crier pour se faire entendre malgré la distance qui me séparait du bord.

Je pus même apercevoir le visage du vampire jusque là dissimulé à mes yeux. En découvrant son visage, je compris qu'il s'agissait d'un néophyte car j'avais déjà croisé cet homme, la blondeur de ses cheveux longs, son teint bronzé sur des dents blanches éclatantes, sa carrure de surfer californien : il s'agissait de Sean. Celui qui avait subit les sarcasmes de Bella la semaine passée, se tenait aux côtés de Victoria, et en voyant qu'il tenait fermement la main de Bella, je compris contre qu'elle tentation il avait dû se battre : celle de s'abreuver de son sang. Finalement, je compris que Bella avait dû se trouver avec lui et non dans le sac, comme je l'avais cru.

Je baissai les yeux sur la pseudo-Bella qui reprenait petit à petit conscience à mesure que ses poumons se regorgeaient d'oxygène : Lily. A cause du choc provoqué par la rencontre avec la surface solide du lac, je sentis quelques côtes brisées mais elle s'en sortirait, à moins qu'ils ne souhaitent pas seulement s'en prendre à Bella et à moi-même.

_ La suite va te plaire Edward ! Regarde bie… Saisissant son plan avant qu'elle n'accomplisse son geste, je jetai Lily sur mon dos qui émit un cri de douleur quand sa poitrine rebondit contre mon dos de pierre, et je nageai à toute allure afin d'empêcher l'inévitable.

_ NON !

Je hurlai de toutes mes forces espérant l'en dissuader, mais je ne fis qu'attiser son envie grâce à mon émoi devant son projet démoniaque. Je criai encore quand Bella rebondit sur le sol dans une position désarticulée, inerte.

Au moment, où je gagnai enfin la rive pour me lancer sur Victoria, une masse brune énorme surgit au travers de moi et fondit sur Sean en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ce dernier pris au dépourvu par l'arrivée soudaine de ce loup, n'eut pas le temps de riposter, ni même de se pousser de sa trajectoire. Gueule ouverte sur des crocs tranchants et gigantesques il attrapa le vampire à la gorge et le réduisit à néant. Durant ce laps de temps, je déposai Lily sous un arbre et tentai de repérer Victoria qui s'était enfuit après l'arrivée inattendue de Jacob. Ma fureur ayant décuplé ma force et mes capacités sensorielles je fus sur elle en très peu de temps.

Nous nous engageâmes dans un corps à corps violent, où seul le bruit de nos crocs s'entrechoquant résonnaient dan les sous-bois silencieux. Je sentais ses griffes se refermer sur chacun de mes avant-bras et ses dents percer mes épaules, me brûlant à cause de son venin, tandis que je ne cherchais qu'une seule chose : l'accès à son cou. Plus je me rapprochais plus elle me contrecarrait, je n'avais plus aucune tactique, ne perdant pas mon temps en la prenant de côté. Je l'affrontai comme tous néophytes l'auraient fait, de face. Cette stratégie pouvait me coûter la vie, j'en étais conscient mais ma fureur m'irradiait, m'emportait, laissant seulement ma force assouvir sa soif de vengeance, laissant mon cerveau et ses calculs sur le banc de touche.

Dans un excès de rage je réussis à me saisir de son bras, et l'attirai violemment à moi tout en m'offrant une résistance de fer, mais dans un craquement d'os brisé je perdis l'équilibre et dû me reculer sur quelques mètres afin de ne pas tomber. Baissant les yeux sur ma main je constatai qu'elle renfermait le bras de mon ennemie, maintenant dépourvue d'un membre vital dans une lutte pour la vie. Elle se tenait à trois mètres de moi, elle était pleine contemplation de son bras manquant, la mine inquiète. Puis elle posa de nouveau le regard sur moi et, profitant de son attention je réduisis son membre en charpie, ce qui eut le don de la faire rugir de colère.

Elle se lança délibérément sur moi dans une fureur incontrôlable, j'anticipai en me décalant de quelques centimètres de sa trajectoire, suffisamment pour éviter la rencontre de nos deux corps, mais tout en étant près afin de l'attraper d'un seul bras à la gorge. Dorénavant prisonnière de mon étreinte mortelle, un bras enserrant son cou et l'autre sa taille, son dos contre mon torse, elle m'opposa une vaillante résistance. J'aurai souhaité lui faire subir mille et une tortures, la mordre à plusieurs endroits pour que le venin la consomme entièrement, mais je savais que Bella avait besoin de moi.

Dans la pénombre de la nuit, un cri désespéré d'un loup se fit entendre, une longue plainte qui m'arracha à mon plan mortelle.

Avant même qu'elle ne recommence à s'agiter, je plantai mes canines acérées dans le creux de son cou, et dans un mouvement vers l'arrière, je lui arrachai la tête d'un coup rapide et indolore malheureusement. Je relâchai l'étreinte de mes bras et son corps vacilla d'avant en arrière tomba sur les genoux avant de s'écraser ventre contre terre, sa tête finissant sa course folle contre un arbre.

Un autre hurlement déchira les ténèbres, de la même plainte accablante, et je saisis le message d'urgence que me faisait parvenir Jacob.

Je regagnai l'endroit où Bella gisait à côté d'un loup immense qui lui léchait les joues et de Lily qui tentait de sentir son pouls sans bouger son corps. En me fiant à mon ouïe je sus qu'elle était encore consciente mais plus pour très longtemps, les battements de son cœur étaient lents et faibles. Je m'approchai lentement vers elle, tandis qu'ils reculèrent pour me laisser passer. M'agenouillant, je tendis les bras pour la soulever délicatement mais je sentis quand même quelques os se briser sous ma prise, je coinçai sa tête sous mon bras, pour qu'elle soit stable.

Me relevant j'ordonnai à Jacob de montrer aux miens le lieu de la bataille pour qu'ils viennent brûler les restes de Sean et Victoria, mais grâce à ses pensées, j'appris que ma famille et ses amis avaient déjà fuit, ils avaient perdu la bataille et étaient, à l'heure actuelle, en train d'essayer d'échapper à leurs poursuivants.

_ Il faut que tu retrouves leurs têtes et que tu les emportes avec toi ! Dès que tu auras une minute, brule-les ! Il leur sera d'autant plus difficile de ressusciter sans leur membre principal ! Quant à toi, retourne à la Push ! Lui ordonnai-je n'ayant pas le temps pour m'occuper de ses viles besognes, mais il fallait à tout prix brûler les têtes si nous voulions être une bonne fois pour toute débarrassé de Victoria.

Je m'en occupe, les miens sont déjà sur le chemin de la maison. Je compte sur toi pour faire tout et plus pour que je puisse revoir Bella sourire ! Et c'est un ordre, à bon entendeur ciao.

Ses pensées étaient on ne peut plus explicites, je tenais réellement à ramener Bella à la vie, mais pas de la façon dont il l'entendait. Je ne m'attardai pas davantage et décampai en prenant la direction du nord-ouest.

Durant le trajet, le plus dur fut d'affronter ma soif qui me tenaillait sans relâche, à cause du sang qui s'écoulait en minces filets de son nez et de ses oreilles. J'avais l'impression de tenir dans mes bras un pantin désarticulé, dépourvu d'os et de colonne vertébrale. La force avec laquelle Victoria l'avait lancé sur ce rocher avait été telle que j'avais entendu ses os se rompre un à un. Puis, elle avait rebondit inerte sur le sol, le sang se répandant par tous les orifices de son visage.

J'envoyai ses images à Alice, qui avait certainement dû les voir avant moi, ainsi que le nom de l'endroit auquel je me rendais : Lenox Hill Hospital de New York.

Une seule personne pourrait entreprendre sur Bella ce qu'aucun autre docteur n'aurait pu : mon père, Carlisle. Mais, à chaque pas son rythme cardiaque perdait en intensité, si bien que je dû placer sa tête sur mon épaule pour l'oxygéner régulièrement. Pour la première fois, mes baisers ne lui arrachèrent aucun sourire, et ses joues ne se colorèrent pas non plus.

Est-ce les derniers baisers d'un condamné à mort ?

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