Le début de quelque chose a toujours un petit côté excitant, et inédit. Parce que rien ne se ressemble, tout est toujours différent.

Chaque nouveau début vous donne l'impression de partir à l'aventure, vers des terres inconnues. Pas de carte, pas de boussole. Juste votre instinct pour pouvoir explorer tout ce nouveau monde. Vous vous faites vos propres repères, vous établissez vos propres règles. Vous avez l'impression qu'avec de la bonne volonté, de la patience et de la chance vous parviendrez à dompter ce nouvel univers, à le comprendre pour mieux vous y adapter.

C'était certainement pour tout cela que Draco aimait autant les débuts de relations. Approche, séduction, préliminaires et ce qui s'en suit, puis au revoir la compagnie. Il ne couchait jamais deux fois avec la même personne, parce que ça ne l'intéressait pas. Il préférait le début. Ce qu'il nommait « la chasse ».

Parce que c'était ça au fond, cette aventure qu'il aimait vivre à chaque fois. Une chasse aux relations.

Relations aussi nombreuses qu'éphémères. Il était ce qu'on appelait communément un coureur de jupons. Quoique que courir les caleçons ne le dérangeait pas plus que ça. Cela ne faisait que multiplier le nombre de proies potentielles et donc le nombre de débuts. Tout à son avantage donc.

On le haïssait pour ce comportement, mais curieusement il trouvait toujours quelqu'un pour rentrer dans son jeu... Au fil du temps, il avait réussi à déterminer deux catégories de personnes : celles qui ne cherchaient qu'une passade, et ne se voyaient absolument pas dans une relation sérieuse, et celles qui pensaient pouvoir lui faire changer d'avis.

Mais malgré tous les efforts de cette deuxième catégorie, il restait sans attaches, multipliant les débuts, sans le moindre scrupule. C'était son plaisir, sa règle, et il s'y tenait avec la détermination de celui qui croit en quelque chose.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était l'exception. Pas celle qui l'empêchait de commencer ses avances, le rejetant avant toute chose. Non, ça il en avait l'habitude, et si parfois il insistait quelque peu, il abandonnait dès qu'il était clair qu'il n'aurait aucune chance.

Son exception, qui ne l'avait pas laissée avec le sentiment d'avoir accompli quelque chose après le « début ». Il avait été floué sur la marchandise, on l'avait roulé dans la farine. Et ce n'était pas admissible pour un Malfoy.

Il voulait son début, un début digne de ce nom.

Avec des œillades timides dans les couloirs.

Quelques effleurements en se croisant.

Quelques mots susurrés à l'oreille pour faire rougir l'autre d'embarras.

Il voulait des baisers volés, des têtes décoiffées par une séance d'embrassade un peu plus passionnée.

Des mains qui se tenaient, se balançant au rythme de leurs pas, en toute discrétion.

Il voulait chercher le regard de l'autre à chaque moment. Il voulait qu'on le cherche du regard à tout moment.

Puis après la première période de flirt, les caresses un peu plus osées. Les premiers pas vers la fin du début.

Draco voulait une nuit mémorable, avec un corps allongé sous lui, frémissant. Brûlant de désir et d'impatience, parce que toutes ces petites choses de la traque auraient émoustillé leurs désirs. Il voulait explorer chaque centimètre carré de ce nouveau territoire, le marquer comme sien, légèrement d'abord, comme la caresse d'une plume. Délicat et aérien. Il voulait se laisser emporter par le crescendo de la passion, fort, chaud. Il voulait voir le désir obscurcir les yeux de sa proie, jusqu'au moment final, où enfin, il la possèderait. Jusqu'à cette fin, où il aurait obtenu tout ce qu'il voulait, jusqu'à cette clôture au gout de bouquet final.

L'apothéose.

C'était ce qu'il voulait.

A la place, il avait eu un début digne d'une exception.

Avec des œillades chargées de haine dans les couloirs.

Quelques coups d'épaule abruptes en se croisant.

Quelques insultes susurrées à l'oreille, pour faire blêmir l'autre de rage.

Il avait eu des lèvres fendues, des têtes décoiffées par des séances de provocation un peu plus passionnées.

Des mains agrippées aux cols des chemises, maintenant l'autre tout près.

Il avait cherché son regard à chaque moment. On l'avait surveillé, épié à tout moment.

Puis après une première période de coups bas, des bagarres plus franches. Les premiers pas vers la fin du début.

Draco avait eu une nuit mémorable, avec un corps allongé sous lui, frémissant. Brûlant de fureur contenue et d'impatience, parce que toutes ces petites provocations avaient émoustillé leur haine. Il avait exploré chaque centimètre de ce nouveau territoire, le frappant, le blessant, avec violence d'abord, exprimant tout ce qu'il avait contenu si longtemps. Fort, et douloureux. Il s'était laissé emporter par le decrescendo de sa pulsion, se faisant plus doux, plus caressant. Il avait vu les yeux de sa Némésis changer de voile, passant de celui, vert, de la rage, au sombre du désir. Il avait perdu le contrôle de tout, il avait tout cédé, laissant l'autre explorer son corps, l'emportant dans un tourbillon de sensation auquel il ne comprenait plus rien. Jusqu'au moment final, où enfin, l'autre l'avait possédé. Jusqu'à cette fin, où il avait obtenu tout ce qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir désiré, jusqu'à cette clôture au gout de bouquet final.

L'apothéose.

Ce début-là n'avait pas eu la même saveur que les autres. Pourtant, c'était celui qui avait le plus marqué son esprit, laissant en lui une trace plus indélébile que la marque des Ténèbres sur son bras. Tellement, que toutes ces chasses, ces traques, ces explorations qu'il avait menées auparavant lui semblaient fades.

Ternes.

Sans saveur.

Des saveurs, il n'en voulait qu'une. Celle des lèvres de sa Némésis.

Et alors, sans s'en rendre compte, il avait mis un terme à sa succession de petits débuts, pour en commencer un plus grand. Un cap était franchi, mais un Malfoy n'est pas naïf. Il savait qu'il devrait faire beaucoup, changer beaucoup pour que l'autre accepte le changement de situation.

Pas de carte, pas de boussole. Juste son instinct pour explorer ce nouveau monde, cette Terra presque Incognita.

Alias Harry Potter, le Survivant.