Il y a parfois des choses que l'on aime, et que l'on déteste à la fois. On en a envie, tout en ayant horreur. Un paradoxe ambulant.
Pour Harry, c'était la pluie.
La pluie était détestable de bien des façons. Ça vous trempe jusqu'aux os, c'est froid, et désagréable. Ça peut s'infiltrer partout, et ruine tout sur son passage. Une vraie calamité.
À Poudlard, c'était synonyme d'après-midi longues et ennuyeuse à faire ses devoirs en compagnie d'Hermione, parce qu'il était impossible d'aller à l'entraînement de Quidditch… Allez essayer de voler quand le ciel écossais se déverse sur votre tête en vous donnant davantage l'impression d'évoluer dans le Lac que dans les airs !
Et plus tard, il avait découvert que les Maîtres Aurors appréciaient particulièrement de voir leurs jeunes élèves faire un parcours sportif sous une averse. « Pour vous économiser le temps de la douche ! » Ajoutaient-ils en ricanant, contents d'eux-mêmes. Harry les soupçonnait de reproduire ce que eux-mêmes avaient subi, sous couvert d'endurcir les jeunes recrues. Y'avait pas de raisons qu'ils y échappent, n'est-ce pas ? Un entraînement ne semblait efficace que s'il se déroulait sous des trombes d'eau…
Et puis, les jours de pluie, Draco refusait de sortir de chez lui. C'était mauvais pour sa chevelure parfaite. Alors il ne venait pas lui rendre visite, et Harry, épuisé par sa journée, n'avait plus la force de traverser tout Londres pour aller le retrouver. Il supportait la télévision pendant de longues heures, avant d'aller se coucher seul, et mélancolique.
Enfin ça ne valait vraiment que pour la période où ils habitaient deux appartements séparés, « Parce que, Potter, je suis incapable de travailler correctement quand tu traînes dans mes pattes ». Les études avant tout, et impossible de déroger à cette règle sacrée quand votre meilleure amie se faisait un devoir de vous la faire appliquer, de gré ou de force…
Tout cela faisait qu'Harry détestait la pluie.
Mais paradoxalement, il adorait ce temps. Enfin, il s'était mis à l'aimer…
Quand une averse le surprenait, le forçant à rentrer chez lui trempé comme une soupe, les lunettes embuées et ses cheveux exceptionnellement plaqués sur sa tête. Un véritable miracle quand on connaissait sa fougue capillaire… Il était contraint de sonner, après avoir renoncé à chercher ses clés dans des poches qui adhéraient sur elles même à cause de l'eau, sa vision restreinte par des verres parsemées de gouttelettes de pluie. Puis il fallait attendre, jusqu'à percevoir le bruit caractéristique des pas de son amant…
Quand Draco le voyait dégoulinant d'eau, la mine piteuse, ses joues colorées par sa course jusqu'à la maison, en train de le fixer par-dessus ses lunettes. Le blond pestait généralement, maudissant sa cervelle de Gryffondor qui l'empêchait de réfléchir suffisamment pour emporter un parapluie quand il menaçait de pleuvoir. Puis il l'entraînait à toute vitesse vers la salle de bain, territoire carrelé et neutre. Hors de question d'abîmer le magnifique tapis de l'entrée…
Quand Draco entreprenait de le déshabiller parce qu'il refusait de le faire lui-même, prétextant qu'il ne se sentait pas très bien. Il lui ôtait doucement ses lunettes, lui annonçant toujours où il les posait pour qu'il puisse les retrouver plus tard. Le Serpentard n'était pas dupe, mais ça lui plaisait de jouer le jeu, alors il finissait par enlever ses propres vêtements, pour le rejoindre sous une douche brûlante. Il faisait semblant d'être agacé, mais l'un comme l'autre savaient ce qui allait suivre…
Quand les mains du Serpentard, pleines de gel douche parfumé parcouraient son corps, s'attardant à certains endroits, caressant, pinçant la peau halée. Puis la bouche chaude se posait à son tour dans son cou, pour le parsemer d'une multitude de baisers, aériens et mouillés. Il avait l'impression que son ventre était plein de papillons, qui agitaient doucement les ailes, lui arrachant frissons et gémissements. Il fermait alors les yeux, pour se concentrer sur toutes ces sensations qui l'enivraient peu à peu… l'eau, l'odeur fruitée du gel, les mains qui l'exploraient, s'aventurant chaque fois un peu plus bas…
Quand soudain, une main blanche venait saisir son membre à moitié raidi par le plaisir, pour imprimer de lents va-et-vient, le torturant par son rythme lent et régulier. Et une langue mutine venait s'égarer sur son torse, se frayant un chemin parmi les gouttes d'eau pour venir jouer avec ses mamelons, réveillant un peu plus les papillons dans son ventre. Le blond le faisait languir, se délectant de son impatience, lui faisant comprendre que malgré le fait qu'il ait cédé à son caprice informulé, il décidait quand même de ce qu'il voulait faire, en digne Malfoy…
Quand des lèvres brûlantes remplaçaient la main, qui allait s'égarer ailleurs sur sa peau, et qu'il était obligé de s'appuyer contre le carrelage encore froid de la douche, ses jambes ne le soutenant que difficilement…
Quand le bout d'une langue venait le titiller, traçant des motifs inconnus sur la peau fine, jouant avec le gland. Il n'était alors plus que passion et tremblements, frissons et gémissements, le tourbillon de sensations menaçant de l'emporter à chaque instant...
Quand les mouvements de la bouche se faisaient enfin plus rapides, plus amples, embrasant davantage les papillons de son ventre, jusqu'à ce qu'il ait l'impression qu'il ne pourrait jamais les retenir davantage…
Quand ces derniers s'envolaient enfin, libérés dans un dernier cri, le consumant entièrement pour le laisser pantelant, glissant contre la paroi de la douche, réellement incapable d'agir cette fois…
Quand Draco le prenait dans ses bras, et terminait de les laver tous les deux, pour le faire sortir dans un univers empli de brouillard.
Quand il l'enveloppait tendrement dans une grande serviette, et qu'il l'entraînait vers leur chambre, à l'abri des couettes épaisses, dans leur monde à eux.
Quand, confortablement installé dans les bras de son amant, les seuls bruits que le brun percevait étaient ceux de leurs respirations, mêlés au doux martèlement des gouttes d'eau sur la vitre.
Il était bien, au chaud et à l'abri.
Ce n'était qu'à ce moment-là qu'Harry aimait la pluie.
