C'est définitif. Je vais le tuer !
J'en ai plus qu'assez ! Lupin n'a pas cessé de me poursuivre pendant cette journée. Je l'ai croisé dans les couloirs. Il m'a souri. Je l'ai vu dans la Grande Salle. Il m'a souri. Il s'est installé en face de moi en botanique, et devinez quoi ? Il m'a souri ! J'en ai assez de lui et de son stupide sourire. JE VAIS LE LUI FAIRE AVALER !
Ouf, ça fait du bien de crier. Tout de même, je me demande : pourquoi s'intéresse-t-il tant à moi ? Je n'ai rien de bien exceptionnel. Voyons voir…J'ai un caractère de cochon. Je ne joue pas au Quidditch (à dire vrai, je ne suis même jamais montée sur un balai). Je passe mes journées à la bibliothèque (et mes nuits dans la Réserve. Enfin bref…) Je ne fais pas de blagues plus ou moins douteuses, je ne glousse pas quand il passe…quoique ce serait peut-être à faire, il me prendrait pour une groupie et j'aurais la paix.
Bon, d'accord, mes sorts sont toujours corrects et j'ai d'excellentes notes. Mais je ne suis pas cruche au point de penser qu'un garçon va s'intéresser d'abord à ça ! Même Potter a d'abord été attiré par le physique d'Evans avant de s'apercevoir qu'elle a un gros QI (tout dépend par rapport à quoi, Potter est encore moins intelligent qu'une huître).
Ne rêvez pas, je ne suis pas belle. Si Lupin me trouve jolie, alors il serait capable de tomber amoureux d'un putois. Petite, pâle, fade, voilà comment on pourrait me résumer. Plus de détails ? Oh, j'ai de longs cheveux bruns et bouclés, un peu rebelles. J'ai le visage fin et les yeux verts. Selon ma description, on pourrait croire que je suis jolie. C'est pourtant loin d'être le cas, je vous assure. Je n'ai pas les formes plantureuses que certaines s'empressent d'exhiber, et c'est suffisant pour que je sois qualifiée de laide.
Merlin, ça ne suffit donc pas ? Il ne peut donc pas comprendre ?
Beurk, qu'ils disparaissent de ma vue ! Cela fait une bonne semaine que je m'évertue à décourager Lupin. Entre temps, Evans a succombé aux charmes de Potter. Quand ils n'échangent pas leur bave comme en ce moment, elle est le cinquième membre des Maraudeurs.
Quand on parle du loup, les voilà qui entrent dans la salle commune où je me cale tranquillement les fesses. Potter et Evans cessent aussitôt leur voltige pour leur adresser un sourire tellement niais que je me retranche encore davantage derrière mon bouquin (Métamorphose Supérieure de la Nature) en grimaçant. Ce n'est pas à moi de me bouger. J'étais là avant, non ?
Bon, je dois vous avouer que je ne lis pas une ligne. Je leur tourne actuellement le dos, mais dispose de par le miroir qui me fait face d'un angle de vue parfait. J'ignore si ils m'ont remarquée. Le fauteuil où je suis me cache en entier.
Ils discutent bas. Evans proteste un peu contre je ne sais trop quoi. Black insiste, et Potter la défend. Pettigrow admire le plafond. Lupin paraît très absorbé par un parchemin miteux. Rien de bien intéressant en somme. J'étouffe un grognement qui m'aurait trahie et retourne à l'épais volume gisant en ce moment même sur mes genoux.
« Je peux t'aider ? »
Oh non, pas lui ! Lupin m'a encore trouvée ! Je peux reconnaître sa voix mieux que personne à présent. Mais comment il a fait, Merlin, comment il a fait ? Peu importe après tout. Je finirais bien par le découvrir par moi-même, et puis…je dois me débarrasser de lui.
D'un coup sec du pied, je recule mon fauteuil et manque de renverser mon interlocuteur qui a le bon sens de reculer de quelques pas. A l'assaut ! Lupin, tu viens de signer ton arrêt de mort…
Je me lève d'un bond et lui plante ma baguette sous le nez. Lupin ne sourcille même pas. Les Maraudeurs et Evans, si ils n'ont pas bougé, me surveillent du coin de l'œil et sont prêts à tout pour défendre leur ami en cas de besoin.
« Tu as un problème ou quoi ? je gronde sur mon ton le plus menaçant (ce qui n'est pas peu dire…) Va t-en ! Tu m'exaspères ! Je n'en ai que faire de toi et de ta stupide gentillesse. Ne fais pas attention à moi ! Va te faire cuire un œuf ! »
« Calme-toi ! me répond-t-il. Tu sais bien que nous n'avons ni l'un ni l'autre le choix. »
« C'est toi qui t'es assis à côté de moi la semaine dernière, c'est toi qui m'as couru après ! Pas le choix, mon œil ! »
« Tu ne m'as pas laissé terminer, reprend-t-il avec calme. Je disais que nous devons faire un travail ensemble, et que le professeur nous a inscrits pour cela. Si tu tiens tant que cela à être ignorée, je te promets que j'oublierais jusqu'à ton nom. En attendant, accorde-moi au moins les strictes relations nécessaires. »
Je grimace. Pourquoi faut-il qu'il ait raison ? La situation n'est pas sans risques, mais apparemment le professeur Dumbledore a pensé que je pouvais très bien me débrouiller toute seule.
Ses paroles de la semaine dernière me reviennent en mémoire. Oui, je peux choisir. Le laisser patauger dans sa gadoue (c'est vrai, quoi, je sais ce qu'il y a dans la bibliothèque sur les Furiens Eau : rien !), ou bien mettre ma colère de côté et travailler avec lui. J'hésite…
D'un côté, il vaudrait mieux pour moi et pour lui de garder nos distances. Je ne suis pas un exemple de sécurité…lui non plus. Après tout, c'est un Maraudeur.
Réfléchissons…
