« GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR ! »

Génial…Nous ne sommes pas encore arrivés au stade que déjà j'entends hurler les fans de l'équipe de la maison… Je ne suis pas sûre de pouvoir arriver jusqu'au terrain. Lupin tient-il à me mettre les oreilles en compote ?

« Tiens, me dit-il (je savais bien qu'il se taisait depuis trop longtemps pour ne pas se remettre à parler…), mets ça dans tes oreilles, ça devrait aller. »

Il me fourre dans la mains deux petits objets que j'identifie comme…des boules Quiès ? Pas possible…Lupin a pensé à tout !

Je m'enfonce les boules dans les oreilles. Juste à temps : une nouvelle ovation monte du stade. Au milieu du brouhaha, j'entends distinctement huit heures sonner au château.

« Le match va commencer, murmure Lupin. Dépêchons-nous ! »

Je voudrais bien protester, mais point ne m'est donné de faire cela. Lupin m'attrape le bras et entreprends de me traîner plus que m'emmener vers les gradins.

Marée humaine. C'est le mot. Plus qu'une foule, les gradins sont remplis d'une marée humaine. Différentes odeurs me touchent le nez, la plupart déplaisantes. Les élèves hurlent. Grrr ! J'ai envie de les réduire une bonne fois pour toutes au silence. Au loin, j'aperçois Black et Pettigrow, qu'Evans vient de rejoindre. Elle leur transmet le message de Lupin, et il me semble – mais peut-être est-ce le fruit de mon imagination – voir Black sourire. Il s'imagine bien trop de choses à mon avis…

Lupin a déniché deux places libres en hauteur et me fourre dans les mains une paire de jumelles. Les équipes entrent sur le stade. De ma place, je peux les voir sans inconvénient, mais – je dois l'avouer – ce n'est pas le principal avantage de ma position.

Là où je suis se trouvent beaucoup moins d'élèves. Loin des odeurs agressives, loin des voix, je suis plus calme. Curieusement, la présence de Lupin ne m'énerve plus. Il est gentil, comme garçon. Pas entreprenant pour deux Noises. Si cela avait été le cas, je l'aurais envoyé à l'infirmerie sans hésiter. Mais là…je me demande ce qu'il me veut. Il a une idée derrière la tête, c'est certain. Laquelle ? Je ne suis pas de ces bimbos faciles, et d'ailleurs Lupin a d'après sa réputation toujours eu le sérieux qui fait tant défaut à Black.

Non, décidemment, je ne comprends pas. Beaucoup de filles se laisseraient faire, persuadées que la réponse leur tomberait dans le bec à un moment ou à un autre. Pas moi. Je veux tout saisir, tout comprendre. Rien ne doit m'échapper. Je hais les mystères, pour moi tout doit être clair.

Comment réagir alors ? Lupin m'a prouvé ce matin qu'il n'avait pas la moindre intention de me ficher la paix. En y réfléchissant bien, si, en fait. Il me laisse tranquille…à sa manière de Maraudeur.

Car point n'est question de baisser la garde. Lupin est peut-être fréquentable, mais il n'en reste pas moins un membre du groupe le plus apprécié des élèves et craint du concierge.

Enfin, je disais que Lupin me laisse tranquille. Je ne l'avais pas compris au début – et peut-être que lui-même n'y a pas songé – mais j'ai, somme toute, gagné à me faire harceler de la sorte. Auparavant, j'étais la sans-amis. La fille à ne pas fréquenter. Les Serpentards ne m'ignoraient que parce que je faisais de même avec eux. On se moquait souvent de moi, dans les couloirs. J'en avais de vagues rumeurs, mais rien de bien précis. Je fais peur. Je les ignorais de mon mieux. C'était ce qu'il fallait, être crainte.

Mais je disais que j'ai gagné. En fait, depuis que l'école a compris que Lupin me trouve de l'intérêt (bien que j'ignore encore lequel), je n'entends plus un seul mot sur moi. Mis à part les bavardages jaloux de quelques cruches (encore plus insupportables qu'Evans. Si, si, ça existe.) Il m'a fallu quelques jours pour m'en rendre compte, mais à présent c'est flagrant : même si je fais de mon mieux pour n'avoir aucun lien avec les Maraudeurs, je suis sous leur protection.

« Tiens, voilà James, me dit Remus (qui me tire par la même occasion de mes pensées.) Tu vois la petite balle jaune qui vole ? C'est le vif d'or, il doit l'attraper avant l'attrapeur de l'équipe adverse, et ça met fin au match. James est très doué. »

Et a une bonne vue aussi. Le match n'a pas commencé, il fait son tour de chauffe (qui avec lui ressemble plus à une parade). Bien entendu, les groupies hurlent. Je grimace. Potter a beau être casé, ces greluches n'en espèrent pas moins. Quelle bande de guenons ! Mais ce n'est pas de cela dont je voulais parler. Alors que Potter est à l'autre bout du terrain, il se met brusquement à foncer dans notre direction…et s'arrête pile devant la tribune. Je vois son regard aller de moi à Lupin, et de Lupin à moi. Un petit sourire se dessine sur son visage, le même que j'ai déjà vu chez Black tout à l'heure. Merlin, ce n'est pas possible, ils ne pensent qu'à ça ! JE VAIS LES TUER !

« Tes copains ont beaucoup d'imagination, » je grogne entre mes dents.

Aucune réponse. Je tourne donc la tête vers Lupin, et m'aperçois qu'il a le regard perdu dans le vague, vers je ne sais trop quels méandre de sa pensée. Ça vaut mieux, après tout. Merlin seul sait ce qu'il aurait pu me répondre.

Les joueurs se réunissent en cercle, chaque équipe de son côté. Je ne comprends pas à quoi ça sert. L'arbitre se promène également sur son balai avec une énorme balle rouge dont je ne parviens pas à comprendre l'utilité.

« Qu'est ce qu'ils font ? »

Aucune réponse. Lupin est toujours perdu dans ses rêves. Je donnerais cher pour savoir à quoi il songe…

« Hey ! Remus ! Tu dors ? »

Ah ! Il se réveille. Je le vois me sourire gentiment (ça faisait longtemps aussi, je commençais à m'inquiéter…) puis me regarder avec une petite lueur victorieuse dans le regard. Quoi ? Qu'est ce que j'ai fait ?

« J'ai un bouton sur le nez ? »

« Quand bien même tu en aurais une centaine je ne pourrais m'empêcher de te trouver jolie. »

Douche froide. Moi, jolie ? Il lui faudrait une paire de lunettes. Mais ne relevons pas…J'y penserai plus tard. C'est quoi son problème alors ?

« Ben alors pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« Tu m'as appelé Remus. »

Oh non, j'ai pas fait ça ! En fait, si. Impossible ! Faut croire que non. Mais ce n'est pas dans mon caractère ! Personne n'est immuable. Mais il va croire que je l'aime bien ! Mais je l'aime bien.

Fin du débat intérieur. Conclusion accablante. Merlin, par tous les oiseaux de la forêt de Bretagne, ce n'est pas possible ! Je ne suis pas censée m'attacher à qui que ce soit !

J'aimerais disparaître sous terre. Venir ici a été une belle erreur. D'abord Black, puis Potter, et enfin ça ! Pour couronner le tout, voilà que je commence à apprécier Remus ! Et c'est parti pour un tour, je me connais, maintenant que je lui ai donné ce nom une fois je vais l'appeler comme ça jusqu'à la fin de mes jours ! Magnifique !

Je dois rougir jusqu'à la racine des cheveux, car Remus éclate de rire avant d'avoir le bon goût de détourner la conversation.

« Tu avais une question ? »