Ouf, ça y est ! Merci Merlin, ce fichu match s'est enfin terminé (victoire de Gryffondor comme on pouvait s'y attendre). Remus m'a raccompagnée dans la salle commune, et j'ai illico filé dans mon dortoir sans demander mon reste.
Maintenant je suis allongée, m'adonnant à mon sport favori. Enfin, ce n'est pas tout à fait exact : je réfléchis.
Reprenons tout dans l'ordre. Premier problème : Remus m'a dit qu'il me trouve jolie. Je crois vous avoir déjà dit ce à quoi je ressemble : strictement rien. Ou, si vous préférez, à un épouvantail. En fait, je suis le stéréotype du commun des mortels. Quoique non. La plupart des gens ont quelque chose que les autres n'ont pas. Pas moi. Rien ne me distingue. Petite, mince, pâle, je ne paie pas de mine. Je donnerais cher pour savoir ce que Remus me trouve, mais mon expérience me dit bien que c'est la dernière des choses à faire. Heureusement, d'ailleurs, que personne ne l'a entendu dire ça, car je crois que même la protection des Maraudeurs n'aurait rien pu faire contre la folie des groupies qui n'ont même pas eu un regard de sa part.
Je n'ai pas relevé plus que nécessaire. Honnêtement, je ne sais que penser. Voulait-il se vanter ensuite auprès de ses copains ? Dans ce cas, je n'ai pas eu la réaction espérée, et il y a de fortes chances pour qu'il me laisse tranquille désormais.
Tranquille… Je ne le serais jamais plus, du moins pas comme avant. Remus m'a trop…bouleversée pour que je puisse sortir indemne de cette histoire, et reprendre ma vie comme je la menais auparavant.
Second problème : je l'ai appelé par son prénom. Par Merlin, je crois bien avoir fait la plus belle gaffe de ma vie ! Bon, en même temps, ce n'est pas comme si c'était conscient… C'est un mot qui m'a échappé.
Mais…en fait, c'est pire. Remus va s'imaginer n'importe quoi maintenant. Enfin, il n'aurait peut-être pas tort. J'ai rougi comme une tomate après qu'il ait relevé ma bêtise. Heureusement – merci Merlin ! – Remus a eu assez de tact pour ne pas enfoncer le clou. Cependant, il sait, c'est obligé, que je l'apprécie.
Merlin, mais c'est affreux ! Je m'en rends compte à présent ! En arrivant à Poudlard, je comptais rester seule dans mon coin, et ne me lier avec personne. Personne ! Mon beau plan a tenu trois mois. Mais maintenant, tout est à l'eau. Remus fait partie intégrante de ma vie. Comment a-t-il fait, en si peu de temps, pour se rendre aussi indispensable ? Non pas que je l'adore, il m'est parfaitement possible de m'imaginer passer une journée ou deux sans sa compagnie, voire même le temps des vacances. Mais…pas ma scolarité (si seulement on peut lui donner ce nom.) Ma vie à Poudlard est à présent – et ce je le crains pour toujours – attachée à la figure de Remus.
Dois-je le considérer comme un ami ? Je n'ai plus eu d'amis depuis mon départ d'il y a environ six mois. Je les connaissais depuis l'enfance. Remus, en deux semaines, a pris autant de place, voire plus, qu'eux. Pas de doute, il est spécial.
Je me lève d'un bond. Impossible de rester davantage dans cette chambre. Les trois greluches fans de Sirius Black viennent de rentrer, jasant de leur mieux sur Evans, qui, selon elles « ne s'est rapproché de James que dans le but de leur prendre leur Siiiriiiiiiinouchet ». Même si je n'aime pas Black, je ne peux que le plaindre d'avoir à ses pieds de pareilles filles sans cervelle.
Ce n'est pas leurs commentaires qui m'importunent, mais l'incroyable manque de profondeur de leur réflexion. Si il y a une chose qu'Evans est incapable de faire à présent, c'est bien se décoller de Potter.
Je quitte donc le dortoir, sans les bousculer cette fois-ci (bien que ce ne soit pas l'envie qui m'en manque…). La salle commune grouille de monde. Il faut dire que nous sommes dimanche après-midi, et que l'approche des fêtes ne donne pas envie de travailler. Personne ne prête attention à mon passage. Si il m'arrive désormais de me faire remarquer, ce n'est qu'en compagnie de Remus, et bien hors de ma volonté.
Je commence à saturer, je dois me calmer. Trop de choses se sont passées, j'ai la tête embrouillée. Libérer mon énergie, voilà ce dont j'ai besoin.
Mais il est trop risqué que je parte maintenant. Il fait jour, nous sommes un dimanche. Même si ma présence passe le plus souvent inaperçue, il y aura toujours en cette période quelqu'un pour s'apercevoir que mon chemin n'est pas des plus communs, et le mot aura vite fait de faire le tour de l'école. Je dois rester au château.
Alors, je cours. Je fends l'air plus vite qu'un balai de course. Personne aux alentours. La partie du château où je me dirige doit être inoccupée à cette heure-ci. Je peux y aller. Devinez où ?
Malgré les souvenirs récents qui y sont attachés, je ne puis me résoudre à ne pas y retourner. Là, personne ne me trouvera. La tour d'Astronomie.
Les couloirs défilent à la vitesse de l'éclair. Pour atteindre mon objectif, je dois dévaler la tour de Gryffondor, traverser le château d'est en ouest, et remonter jusqu'aux toits. Voler serait plus rapide, mais il suffirait que je croise quelqu'un pour que ce soit comme écrire la triste vérité sur mon front. Non, définitivement non. J'ai déjà trop failli comme cela.
J'atteins enfin la tour d'Astronomie, après avoir manqué d'écrabouiller Miss Teigne (qui n'avait qu'à ne pas être dans le même couloir que moi.) et bousculé deux petits première année à qui j'ai dû infliger la cascade de leur vie.
Mais…je sens quelque chose. Une présence.
Oh Merlin, quelqu'un a dû me jeter un mauvais sort ! Quoique si je me fie aux fruits de ma réflexion passée dont vous avez eu l'exact compte rendu, je ne dois pas considérer ce hasard (si toutefois c'en est bien un) comme malchanceux. Mais j'ai tellement de mal à perdre mes mauvaises habitudes… (bon, c'est vrai que parfois je ne le cherche pas vraiment).
Que penser alors ? Fait-il exprès ou bien n'est-ce qu'un affreux hasard ? (quoique pas si affreux que cela, à la réflexion…) Enfin, le mieux est de lui demander moi-même…
Je pousse donc la porte de ma salle fétiche, et reste scotchée sur place.
Remus est là, comme je l'avais senti. Mais ce qui m'étonne le plus est sa pose ! Il ne m'a pas vue (moi aussi je sais être discrète !) aussi puis-je l'observer à loisir (pour une fois que ce n'est pas lui qui me regarde…).
Vous allez comprendre ma surprise : alors que moi, lors de mes séjours en cet endroit, je métamorphosais quelques objets pour me servir de siège et table, Remus ne s'est manifestement pas donné cette peine. Lorsque je le vois, il est allongé sur le sol. Son regard fixe le plafond, mais je ne suis pas sûre que ce soit son centre d'attention. Merlin, mais que fait-il donc ? Le mieux, c'est de lui demander…
« Hum hum ! »
Remus tourne la tête et m'aperçoit. Devinez ce qu'il fait ? Bingo, vous avez gagné (toute ma considération). Il me sourit ! Un scoop, pas vrai ?
« Serais-tu prête à partager pour aujourd'hui cette salle avec moi ? »
Oh Merlin, non ! L'Ambre d'il y a un mois aurait refusé sans la moindre hésitation. Mais j'ai changé. Trop changé, hélas. Les mots s'arrêtent dans ma bouche, tandis qu'il me lance un regard doux, où je ne peux toujours rien lire. Je fonds comme neige au soleil. Par tous les maléfices de ma vie, comment résister à pareil spectacle ? Alors, je souris en retour :
« Elle est assez grande pour nous deux, je réplique d'un ton que je veux sec mais qui n'est qu'une pâle imitation de celui qu'il a employé il y a deux secondes (pourtant je n'ai pas fait exprès ! Juré !). Serais-ce trop que demander ce que tu fais couché par terre ? »
Ce disant, je m'avance à petits pas vers lui, tout en prenant garde à conserver les distances de sécurité. J'ai fait assez de gaffes comme cela, autant rester prudente.
« J'étais venu pour être un peu au calme. Mes amis semblaient décidés à me faire sortir de mes gonds, alors j'ai préféré venir ici plutôt que leur donner satisfaction. Suite à un enchaînement de circonstances qui serait un peu trop long à expliquer, j'ai découvert que les constellations sont peintes sur le plafond. Alors je les admire… »
Il ne serait pas un peu menteur par hasard ? Je ne suis pas cruche (ou du moins pas comme certaines), et si Remus admirait le plafond je veux bien récurer les chaudrons des première année !
« Mets-toi à ma place et tu verras. »
Je n'aurais jamais cru ça possible. Et pourtant si. Deux secondes plus tard, je me retrouve allongée à côté de Remus, occupée à fixer les constellations peintes.
« Et toi, qu'est ce qui t'a attirée ici ? »
Ça encore, je l'ai découvert récemment. Remus est un incorrigible bavard. Il ne paie pas de mine en cours, mais dès qu'il y a un silence il se sent obligé de le meubler. Ce serait désagréable si sa voix n'était pas aussi chaude et douce. Hum…
Gifle mentale ! Ambre, ma vieille, il est temps de te reprendre ! Arrête de rêver ! Tu as beau être contente en ce moment, ton petit havre de paix va bientôt être brisé ! Alors lève-toi et va-t'en d'ici pendant qu'il est encore temps !
Oui mais…non. Je ne sais quoi me paralyse et m'empêche de partir. Partir loin. Loin de Poudlard. Loin de mes craintes. Loin de Remus, et j'ignore pourquoi, c'est ce point qui est le plus difficile.
« Des groupies glousseuses de ton pote Black », je grogne entre mes dents.
« Shana et consorts ? »
« Tu m'espionnes ou quoi ? »
« Absolument pas. Je sais juste que ce sont trois filles du dortoir de Lily, et comme tu es la cinquième… »
Incroyable ! Incroyable ! Ce n'est pas possible, Remus a un truc ! Je lui réponds presque méchamment, et il continue comme si rien ne s'était passé ! Je ne vois que deux solutions : soit il est idiot (ce qui est loin d'être le cas), soit il cache bien son jeu. A moins que, troisième solution envisageable, il ait vraiment un truc.
« Honnêtement, reprend-t-il, je regrette que tu doives cohabiter avec ces cruches. Lily s'en plaint très souvent. »
« Et il ne doit pas y avoir que d'elles », je grogne entre mes dents, plus pour moi-même que pour la conversation.
A ma grande surprise, Remus se met à rire. Il m'a entendue. Par Merlin, voilà que je vais devoir commencer à me méfier de lui maintenant… Hum, il n'y a pas que moi qui cache des trucs j'ai l'impression…
Gifle mentale. A quoi je pense ? Remus est un Maraudeur ! Or, qui dans l'école, mis à part moi, a plus de secrets qu'eux ? Personne, je le crains. J'ai décidemment trop baissé ma garde. Je devrais me reprendre. Mais…je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas.
« Tu parles de toi ? reprend mon voisin sans apparemment soupçonner une seconde mon profond débat intérieur. Ça va peut-être te surprendre, mais c'est rare. »
Silence dubitatif. J'ai bien observé les Maraudeurs les premiers mois. Ils sont loin d'être des enfants de chœur. Je suis même étonnée que, suite à mes régulières vacheries du dernier mois, je n'ais pas encore été victime d'un de leurs affreux coups. Tant mieux pour eux d'ailleurs. Ma vengeance peut être terrible.
« Je les ai chapitrés à ton sujet, et elle avec, continue Remus sur le ton le plus naturel du monde. James t'en veux car tu envoies régulièrement sa Lily sur les roses. Sirius trouve que tu as mauvais caractère, mais comme il sait que je t'aime bien il ne dit rien. Peter oscille entre les deux. Lily ne t'apprécie pas non plus, mais tente de tempérer James par égard pour moi. »
Je fronce les sourcils. James me hait et Lily tente de le calmer ? Etrange…
« Qu'est ce que tu leur as dit pour obtenir un résultat pareil ? »
J'ai posé la question par curiosité, mais également par défi. J'ai plusieurs fois eu l'occasion de remarquer que Remus est d'une incroyable franchise. Quelle que soit la question que je lui pose – si indiscrète qu'elle puisse être – Remus me répond. Alors, je le teste. Par tous les dieux celtes, ce n'est pas humainement possible ! Il doit bien avoir des limites !
« Rien de bien spécial en fait, j'ai juste remis les pendules à l'heure. Ils avaient déjà remarqué combien je t'apprécie, alors je me suis contenté de leur demander de t'épargner dans leurs blagues plus ou moins drôles. »
« Merci pour l'attention, je lui rétorque. Je croyais pourtant que tu prenais une assez bonne part dans vos coups. »
« C'est le cas. Mais je décline toutes responsabilités pour les plus ridicules ! »
Hum hum hum ! On devrait inventer une nouvelle expression : « menteur comme un Maraudeur ! »
« Douterais-tu de ma bonne foi ? »
Il a l'air sincèrement étonné que je n'avale pas ses dires comme le font les trois quarts des filles. Tsss, c'est qu'il n'a pas assez réfléchi sur ce coup-là. Ses groupies sont des idiotes qui admireraient devant un ver de terre pourvu que ce soit Remus qui l'ait fait apparaître. J'en connais même qui iraient jusqu'à domestiquer la bébête. Beurk !
« Tu devrais faire face à la vérité, je réponds en réussissant tant bien que mal de masquer la pointe d'amusement présente dans ma voix. Vos blagues sont toutes ridicules. »
Remus me tire la langue et fait semblant de bouder. De mon côté, je ricane silencieusement. C'est drôle ça, je ne l'aurais jamais soupçonné ! Remus serait-il susceptible ?
Tout à coup, je sens quelque chose me toucher. Quelqu'un, plutôt. Profitant de mon inattention, Remus a commencé à me chatouiller. Pitié, non ! Tout sauf ça ! Je suis chatouilleuse, moi !
« Tu disais ? » reprend-t-il après quelques instants de torture.
Mmmh, j'hésite… Capituler ou pas ?
« Je disais que vos blagues sont ridicules. »
Non, je n'ai pas cédé. En punition, me voilà une nouvelle fois torturée par ce monstre de Maraudeur…mais pour rien au monde je ne donnerais ma place. Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas.
Vingt coups sonnent au carillon. Sauvée par le gong ! Je ne savais pas qu'il était si tard. L'heure est au dîner…et j'ai faim, pour une fois.
Remus se relève le premier et, gentiment, me tends la main. Mais je ne bouge pas. J'ai faim, mais je n'ai pas envie de bouger. Je devrais pourtant, car mon état intérieur ressemble en ce moment même fort à de la panique. Une fois de plus, je déroge à toutes les règles que je me suis fixées.
« Dois-je te porter une nouvelle fois ? »
Ah non alors ! Tout sauf ça ! Non pas que ça me déplairait, bien au contraire, mais j'imagine assez bien le ridicule de la chose, ainsi que le changement immédiat de ma réputation de « la fille désagréable qui fait un travail avec Remus Lupin et lui a fait boire un philtre d'amour » – je sais que certaines le pensent, un tableau m'a même demandé si c'était vrai. Heureusement que ce n'était qu'une image sinon je l'aurais étranglée – à « l'ignoble petite amie de ce pauvre Remus qui n'a pas mérité ça et qu'elle a ensorcelé ». La mort, donc.
C'est donc pour cette raison que je me relève illico, non sans avoir accepté l'aide qu'il me proposait si gentiment.
« Veux-tu dîner avec nous ? »
Non, non, non, et trois fois non ! Je sais qui est inclus dans ce nous : ses amis, donc les Maraudeurs. Or, malgré tous mes efforts, je ne peux décidemment pas les sentir. Eux et moi ne sommes pas faits pour nous entendre…malgré tout ce que Remus peut dire, je ne serais pas la bienvenue dans leur groupe. Si Remus a réussi à percer ma carapace, il est bien le seul, et il suffit que ne serais-ce un seul des Maraudeurs soit dans mon champ de vision pour que je me referme comme une huître. Un dîner avec eux ressemblerait je le crains rapidement à un pugilat !
« Désolée, je rétorque donc, mais…j'ai encore du travail à faire (excuse tout à fait minable, j'en conviens). Je vais aller dîner aux cuisines. »
Le pire, c'est que telle était véritablement mon intention. Mais Remus semble croire le contraire. Il faut qu'il m'accompagne aux cuisines et me recommande aux bons soins d'un bataillon d'elfes de maison – j'en profite d'ailleurs pour remarquer qu'il est très aimé dans ce petit monde des sous-sols – avant que je puisse enfin me retrouver seule. Non pas que je ne l'aime pas, bien au contraire, mais…je préfère m'adonner sans témoins à mon activité favorite après ne rien faire (bien que je ne puisse que très rarement pratiquer ce sport au niveau qui lui est dû) : manger ! Tout va tellement bien quand les Maraudeurs ne sont pas dans le coin…
