Quelques jours après la fameuse scène de la tour d'Astronomie…
Remus n'a pas été bien pendant toute la journée. Il paraît épuisé. Je lui ai plusieurs fois dit d'aller à l'infirmerie, mais il n'a rien voulu entendre. Ses amis ont à leur tour essayé de lui faire entendre raison. Il semblerait qu'ils aient eu plus de succès que moi. Après toute une journée de résistance, Remus part enfin à l'infirmerie. C'est bien la première fois que je trouve un avantage aux Maraudeurs deux, trois et quatre…
Je suis assise dans au bord de la fontaine, la main plongée dans l'eau glacée. Je me sens bien. Enfin, je ferais mieux de dire que je me sentais bien, car un troupeau d'éléphants s'approche. Je les reconnais sans peine. Les Maraudeurs, Remus en plein milieu.
Si Remus et moi sommes, disons le, désormais amis, ce n'est malheureusement pas le cas pour les trois crétins qui l'accompagnent. Malgré le fait qu'il connaisse pertinemment l'animosité que j'éprouve pour eux et eux pour moi, Remus a plusieurs fois essayé de me joindre à leur groupe, mais sans succès. Plutôt accorder une valse au calamar géant. Le seul fait de les avoir dans mon champ de vision me révulse. Même si Remus a réussi à m'apprivoiser, ce qui n'aurait jamais dû se produire d'ailleurs, la haine que je nourris à leur égard est intacte.
Dommage qu'ils soient arrivés, j'étais bien…Enfin, puisque mon calme royal m'a été retiré, je n'ai plus qu'à m'en aller.
C'est donc avec un soupir hautement expressif que je descends de mon perchoir et me dirige vers le parc. Il fait froid, je ne sens rien. J'ai l'assurance d'être tranquille cette fois-ci, Remus me paraît être trop malade pour remarquer ma présence. Quand bien même il me verrait, le seul fait qu'il soit accompagné par ses amis devrait suffir à le dissuader de tenter une quelconque manœuvre d'approche. Quoiqu'on ne sait jamais avec lui…
« Ambre, reviens ! »
Bingo ! Même malade, Remus a trouvé le moyen de faire fonctionner le radar qui lui permet toujours de me localiser, et m'a parfaitement vue. Qu'est ce qu'il me veut encore ? Aurait-il oublié que je ne supporte pas ses amis ? Il ferait mieux d'aller se reposer !
Cependant, je fais demi tour et retourne m'asseoir au bord de la fontaine. Remus murmure quelque chose à ses amis, s'avance vers moi sans un bruit, et s'arrête à moins d'un mètre. Il est plus pâle qu'un fantôme. Nous ne nous touchons pas.
« Tu devrais aller à l'infirmerie », je murmure tout en surveillant Maraudeurs deux trois et quatre qui, mine de rien, laissent traîner une oreille.
« J'y allais. Ne reste pas dans le parc s'il te plaît. »
Tiens, je ne la connaissais pas celle-là ! En quel honneur ?
« Pourquoi ? Ce n'est pas la première fois. »
« Je ne voudrais pas que tu sois en danger. »
Moi, en danger ? La blague ! Et pourquoi maintenant ?
« S'il te plaît. »
Je n'ai pas le temps de répondre que je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Alors que j'ouvrais la bouche pour répliquer, Remus supprime le peu de distance qu'il y avait entre nous. Je sens quelque chose de mouillé sur mes lèvres, et deux mains saisir mon visage. Il m'embrasse, non d'un Scroutt à pétards ! Remus m'embrasse !
C'est un baiser doux, mais où se mêle quelque chose que je ne parviens pas à définir. Remus n'embrasse pas comme paraît le faire son ami Black qui change de copine chaque semaine. Point n'est chez lui cette envie furieuse d'aller plus loin. Ses mains descendent sur ma taille et restent sagement enroulées autour de moi, sans chercher à explorer quoi que ce soit. Merlin que c'est agréable… J'ignore combien de temps nous restons ainsi.
Ma réaction n'est certainement pas des plus appropriées. La logique et mon caractère voudrait que je le repousse, lui en colle une, et parte en hurlant Merlin sait quelles malédictions.
Mais ce n'est pas cela. Au lieu de m'énerver, j'enlace Remus à mon tour et me colle davantage à lui. Loin de le repousser, je réponds à son baiser. Les questions viendront plus tard.
Nous nous séparons. Je dois sans doute le regarder d'un air inquiet, car Remus fait quelques pas en arrière. Les questions fourmillent dans ma tête. Pourquoi ? Un pari ? Il n'oserait pas. Une lubie ? Tout est possible avec lui. Flirt ? Ce n'est pas son genre, ou du moins pas avec moi. Amour ? Encore moins !
« Fais-moi plaisir, murmure-t-il, ne vas pas dans le parc. »
Il me caresse doucement la joue avant de s'éloigner définitivement avec ses amis. Je le suis des yeux. Une fois seule, je donne un violent coup de pied dans un mur, renversant quelques cailloux. Merlin, ce n'est pas possible ! Il faut que je réfléchisse à tout cela. Seule, sans que personne ne risque de me déranger. Tout est si nouveau… Non, pas de doute, je dois bien en passer par cette étape.
Malgré les recommandations de Remus, je me dirige vers les limites du château. Arrivée à quelques mètres de la grille, je me mets à courir. A cet instant, je ne sais qu'une chose : je reviendrais. Mais quand ?
