« Il faut lui mouiller le visage. » (Pettigrow)

« Non, moi je te dis qu'il faut la gifler. » (Black)

« Un Enervatum peut-être ? » (Potter)

Ce n'est pas possible, Merlin, faites quelque chose ! Les Maraudeurs sont tous là, et l'agneau est dans la meute de loups !

« Ça suffit ! (Madame Pomfresh) Sortez tous ! Pas vous Monsieur Lupin. Compte tenu des circonstances (lesquelles ?), je vous autorise à rester à ses côtés. Miss Ponny ne devrait pas tarder à se réveiller. Quand elle aura ouvert les yeux, donnez-lui donc ceci. »

L'infirmière pose quelque chose sur la table de chevet. Vu mon état, je devine qu'il doit s'agir de nourriture. Manger… rien que d'y penser mon ventre en gronde de faim.

Les pas des Maraudeurs et ceux, plus discrets, de l'infirmière, s'éloignent. Ce n'est qu'à ce moment là que je sens un bras me tenir fermement, tandis qu'une main me caresse les cheveux. Hum, il me serre contre lui, je peux sentir son odeur chaude. C'est divinement agréable… Enfin bref, toujours est-il que je suis seule avec Remus. J'hésite encore sur la conduite à adopter. Quand devrais-je me réveiller ?

Je joue la comédie pendant encore une minute ou deux, puis je me décide à ouvrir les yeux. Je ne me trompais pas. Remus est assis – ou plutôt à moitié allongé – sur mon lit et me tient contre son cœur. J'y suis encore mieux que dans un fauteuil…Son regard est perdu ailleurs, vers je ne sais trop quelles méandres de sa pensée. J'en profite pour le contempler.

Remus a les traits d'une incroyable finesse. Il paraît un peu fatigué, mais il a le charme de…d'un Furien ! Quoique je crois que la comparaison n'est pas assez élogieuse. Il a dû avoir une Vélane dans ses ancêtres, Merlin, ce n'est pas humainement possible d'être aussi beau !

Je ne sais combien de temps je reste immobile à le contempler. Finalement, il redescend son regard vers mon visage et découvre avec bonheur que je suis réveillée. Il plante ses yeux dans les miens.
Nous échangeons un long regard. Remus me sourit. Merlin, qu'il est beau ! De sa main libre, il me caresse la joue. Je me blottis contre lui. Apparemment ravi par mon attitude, Remus resserre son emprise autour de moi. Je le sens humer mes cheveux avec un contentement évident. Vous le devinez comme moi, il n'a pas l'intention de s'arrêter là.

Il m'embrasse d'abord le sommet du crâne. Puis il descend vers mon front. Mon nez. Pour finir, il s'attarde un peu sur ma joue avant d'atteindre le point de non-retour : ma bouche.

Nous échangeons un long baiser. Oubliant toute la douleur que peut me causer mon bras, je m'accroche à lui et me serre encore plus (si c'est possible) contre son torse. Lorsqu'il se sépare de moi, c'est pour me murmurer au creux de l'oreille :

« Je t'aime. »

Je souris (si, si, je vous jure, je sais le faire moi aussi) et fourre ma main dans ses cheveux (incroyablement doux d'ailleurs. C'est quoi son shampooing ?) Remus me regarde à présent. Dans ses yeux, je peux lire une tendresse sans égale, mais aussi un peu de crainte : je ne lui ai pas répondu. Alors, pour toute réponse, je l'embrasse à mon tour.

Soyons honnête, je l'adore. Comment en suis-je arrivée là ? Durant mon escapade, je n'ai pas passé mes journées à grogner et griffer, contrairement à ce que dit mon bras. Lorsque que la douleur s'amenuisait, je songeais. J'aime la manière, curieuse mais discrète, avec laquelle il me considère. J'aime son sourire. J'aime son visage. J'aime – et cela je viens juste de le remarquer – sa façon chaste et tendre de me serrer contre lui, de m'embrasser, de me témoigner son affection. Sa façon de prendre soin de moi aussi. Il s'inquiète à la moindre occasion, mais ne pose jamais une question déplacée.
En fait, si j'y réfléchis bien, il devait m'aimer bien avant le jour où il a délibérément choisi mon banc en DCFM. Il m'a consciemment séduite, certes, mais toujours avec patience et gentillesse. Un Maraudeur, mais un gentil Maraudeur… Il attendait que je sois prête, et ce moment est venu.

C'est lui qui rompt l'instant magique. Personnellement, je ne peux me résoudre à le lâcher. Même si cela paraît lui coûter, Remus libère un des bras qui me tenait pour attraper ce que l'infirmière avait déposé. J'avais bien deviné, il s'agit d'un bol de bouillon.

« Tu ne peux pas tenir debout, me dit-il. Bois, ça te fera du bien. »

Je m'exécute docilement (mon ventre crie famine) et avale à petites gorgées le contenu du bol. Lui-même tient le récipient, sans pour autant me lâcher de son autre bras. Lorsque j'ai fini de boire, quelques gouttes demeurent sur mes lèvres. Pour les essuyer, Remus ne trouve rien de mieux que de m'embrasser.

« Je t'aime. »

Ça, c'est moi qui l'ai dit. A peine libérée de son emprise, je me suis dépêchée de faire cet aveu, de crainte qu'il ne croie que ses sentiments ne sont pas partagés. En récompense, Remus s'allonge entièrement à côté de moi (le lit est un peu étroit…j'espère que l'infirmière ne va pas avoir la mauvaise idée de passer par ici) et me gratifie d'un nouveau baiser.

« Pardon de t'avoir inquiété. »

Sortez vos mouchoirs, la séquence larmes est commencée ! Quoiqu'on doit avoir l'air bien ridicules dans cette position…

« L'important est que tu sois revenue. Tu n'as pas trop souffert ? » rajoute-t-il en désignant mon bras bandé.

« J'ai connu pire. Tu me parais guéri. »

« J'ai quitté l'infirmerie hier matin. Je me demandais…si tu es partie, est-ce à cause de moi, enfin, de ce qui s'est passé dans la cour ? Sur le moment, j'ai cru t'avoir choquée. »

« J'étais étonnée, c'est tout ! Pourquoi moi ? Enfin, je veux dire, je n'ai pas toujours été très aimable, surtout avec toi… »

Silence recueilli. Je crois lui avoir posé une colle. Remus se mords la lèvre.

« Et bien en fait… »

Raté. Si il peut répondre là, alors il aura toujours quelque chose à dire.

« Quand je suis allé vers toi, cela faisait déjà un moment que je t'avais remarquée. Tu étais solitaire et agressive. Au début de l'année, j'avoue ne pas avoir prêté une grande attention à toi. Mais un jour, j'ai vu ton regard. C'était en cours d'Histoire de la Magie, je m'en souviens très bien. Binns parlait d'un sorcier renié par ses pairs car il avait commis une lourde erreur. Alors que la seconde d'avant tu t'amusais à métamorphoser ta plume en ver de terre, tu as relevé la tête, et j'ai pu lire de la tristesse dans tes yeux. J'ai compris que toi aussi avais des sentiments, et que ta méchanceté n'était qu'une carapace. Depuis, je n'ai pas cessé de t'observer. J'ai vu que tu ne recevais jamais de courrier. Personne ne paraissais connaître ta vie d'avant ton arrivée. Tu ne parlais jamais de ton plein gré, et n'ouvrais la bouche que pour répondre à une question. Tu m'intriguais de plus en plus. Je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui si je n'avais compris, en entendant James parler de Lily, que je t'aimais. Une fois ce sentiment découvert, j'ai jugé n'avoir plus qu'une chose à faire : me rapprocher de toi. Mes efforts ont payé… Je ne te demanderais pas d'où tu viens et ce que tu as fait. Ce secret t'appartient, tu peux le garder je n'y verrais aucun mal. Tout ce que je te demande, c'est de rester avec moi. Je ne peux vivre sans toi. »

Mmmh, si il n'y a que ça pour lui faire plaisir…Je l'aime trop pour l'abandonner.

« Donc maintenant, je ne te lâche plus ! »

Je n'ai qu'une chose à dire : parfait !

Le pas de l'infirmière a le mauvais goût de se faire entendre. Remus, qui je vous le rappelle était allongé à côté de moi, se lève d'un bond et reste assis, nonchalamment, sur le bord du lit. Ses bras ont bien été obligés de me lâcher, mais il prend sa revanche en attrapant une de mes mains.

« Parfait, dit la gêneuse, je vois que vous vous portez mieux (et pour cause !). M. Lupin, l'infirmerie va fermer, vous devriez aller dîner. Miss Ponny va passer la nuit ici. »

« Elle ne pourrait pas sortir dès ce soir ? demande Remus avec des yeux de chien battu (les mêmes que ceux de son ami Black ! Quand je disais que les Maraudeurs sont solidaires !). Je prendrais grand soin d'elle… »

« Je n'en doute pas M. Lupin, mais les ordres du directeur ont été stricts. Votre amie sortira demain. »

« Mais… »

« Non, c'est non ! Même pour vous. Dehors ! »

Remus n'a que le temps de déposer un baiser rapide sur mes lèvres avant de prendre la direction de la porte, sous la bonne garde du Cerbère. Je me retrouve à nouveau seule. De retour vers moi, l'infirmière pose un uniforme propre sur mon lit et s'en va en marmonnant.

Je suis seule. Prudemment, je sors un pied, puis l'autre, de sous les couvertures. Personne pour me voir. Alors, je me lève d'un bond et, d'une démarche totalement sûre, traverse l'infirmerie. J'esquisse un sourire. La vie est belle.