Je quitte l'infirmerie aux aurores, avant l'heure officielle d'ouverture. J'ai à peine dormi de la nuit, toutes mes pensées allaient à Remus. Je n'arrive toujours pas à y croire. Il m'aime ! Il m'aime ! En ce moment, je n'ai qu'une hâte : le voir. Je crois qu'il voulait venir me chercher, mais j'ai l'intention de lui faire une petite surprise…
Mon bras en écharpe ne me fait pratiquement plus mal. Malgré cela, il m'a fallu un bon quart d'heure d'argumentation en tous genres pour enfin obtenir – ô joie ! – l'autorisation de poser le pied à l'extérieur de l'infirmerie.
Le château m'apparaît rayonnant. C'est somptueux, je distingue tout, moi qui auparavant ne voyais rien d'autre que mon petit monde. Le jour commence à se lever, et je ne peux résister au plaisir de m'arrêter pour humer l'air frais du matin. Je peux entendre le vent bruisser dans la Forêt Interdite, et le doux clapotis de l'eau de la fontaine. J'entends les piaillements des hiboux dans la volière. Je perçois même les chuchotis ensommeillés des élèves les plus matinaux. Alors, je me surprends à sourire. La vie est belle.
J'entre dans la Grande Salle. Mon cœur bat plus fort alors que je passe les portes. Les Furiens sont arrivés, et je peux les voir amassés à la table des Gryffondors. Ils bougent avec grâce, et même si toute la longueur de la salle nous sépare je peux distinguer leurs traits fins et beaux, ainsi que leurs muscles saillants. Tous paraissent parfaitement calmes, et ne m'ont pas remarquée. Heureusement. Je peux à loisir les observer – ils sont vraiment fascinants – sans être vue.
Ensuite, c'est le nez qui se rappelle à moi. Toutes les odeurs de la cuisine, auxquelles je ne prêtais auparavant qu'une attention restreinte, viennent me chatouiller les narines. Café. Pain chaud. Chocolat. Je hume ces odeurs à plein nez, sans distinction. Je me sens revivre !
Ce n'est qu'à ce moment là que je réalise que je suis toujours debout à l'entrée de la Grande Salle. Je dois paraître particulièrement niaise, car plusieurs personnes me regardent en douce. Mon absence n'a pas dû passer inaperçue.
Passons aux choses sérieuses. Je parcours des yeux la table des Gryffondors, et mon regard tombe sur celui que le voulais voir. Remus. Il n'est pas accompagné de ses amis, j'ignore pour quelle raison. Son regard est perdu dans le vague, au point qu'il en oublie son thé qui, lentement, refroidit.
J'avance à pas de loup (il n'y a pas que lui qui sait le faire…) et me retrouve juste derrière lui. Doucement, je pose mes mains sur les épaules de Remus, lequel sursaute et en renverse son thé. Sa manche trempe à moitié dedans, mais il n'en a cure. Il m'a vue.
Je vous laisse tous deviner ce qui se passe alors. Remus bondit sur ses pieds et m'enlace avec bonheur. Les élèves aux alentours nous regardent d'un air médusé, la plupart n'avaient pas remarqué que de vilaine petite chenille je suis devenue un beau papillon.
Nous nous embrassons. Plus rien ne m'importe à présent, je suis avec lui. Merlin, il m'a manqué ! Une des raisons pour laquelle je n'ai pas fermé l'œil est que je pensais à lui, toujours à lui. Je revoyais son visage, entendais chacune de ses paroles. Il m'a hypnotisée.
Lorsque nous nous lâchons, c'est pour dire d'une même voix : je t'aime.
Je reste assise tranquillement auprès de lui, tandis qu'il me force à avaler quelque chose. Je me soumets de bonne grâce, n'ayant pas d'autre envie que de lui faire plaisir. Du coin de l'œil, je surveille les Furiens. Remus – rien ne lui échappe (ou presque !) – capte mon regard.
« Ils sont là depuis deux jours, dit-il en réponse à ma question silencieuse. Drôles de personnages. »
« Ils restent toujours en groupe ? » dis-je d'une voix timide.
En effet, ils s'étaient amassés dans un seul et même troupeau, si bien qu'aucun ne se distinguait. La raison de leur présence ici m'échappe. Tous paraissent être un peu tendus, comme s'ils maîtrisaient mal le danger qu'ils peuvent représenter. Danger difficilement palpable pourtant : leur beauté pardonne tout.
« Il y a toujours une exception qui confirme la règle, mon amour. »
Hein ? Quoi quoi quoi ? Une exception ? Ça veut dire qu'en ce moment même il y en a un qui se promène en liberté et qui se mêle aux élèves ? SOS ! Au secours ! Sauve qui peut ! Tous aux abris ! Je vais mourir…
« Tiens, d'ailleurs, le voilà. »
Horreur ! Le Furien s'approche, et pas seul : Maraudeurs deux, trois, et quatre sont avec lui. Ils rient ensemble comme de vieux amis. Merlin, tout sauf lui !
La bande arrive à notre hauteur. Potter, Black, et Pettigrow me saluent d'un signe de tête, et je réponds par l'identique. Le Furien, lui, me regarde. A mon tour, je le dévore des yeux.
Il est très beau. Grand, musclé, il est pourvu de traits fins que seule une fine balafre a pu altérer. Il porte de longs cheveux d'un blond cendré (j'ai toujours pensé que les cheveux longs étaient bizarres sur un garçon…), lesquels encadrent son visage d'où ressortent deux yeux noirs, splendides mais étonnants. Le plus surprenant toutefois est ses pupilles qui, loin d'être noires elles aussi, sont jaunes, un beau jaune feu.
Remus se charge de faire les présentations.
« Ma chérie, me dit-il, je te présente Galadriel Madlock, le Furien dont je te parlais. Galadriel, voici ma petite amie (et il insiste bien sur le mot), Ambre Ponny. »
Galadriel me regarde encore un instant puis me tends une main que je considère d'un œil sceptique.
« Je suis ravi de te voir, dit-il avec un sourire qui, loin de me rassurer, me glace les veines. »
Je ne devrais pourtant pas avoir peur.
Je ne devrais pas.
C'est pourtant le cas.
« Je ne vais pas te manger », rajoute-t-il en remarquant ma crainte.
Je décide donc de jouer le jeu et glisse ma main dans la sienne. Aussitôt, je sens qu'une partie de ma conscience est aspirée. J'oublie tout ce qui se passe aux alentours, y compris Remus qui me tient contre lui.
Il est entré dans mon esprit. Il peut explorer ma conscience, et loin de se former un bouclier mental comme toute personne sensée le ferait, fouille dans mes souvenirs.
Mon enfance ne l'intéresse pas. Mon adolescence non plus. La seule chose qui lui paraît digne d'intérêt est les images résumant ces derniers mois, ceux que j'ai passés à Poudlard.
Il voit tout…Il me voit parler au professeur Dumbledore. Il me voit passer sous le Choixpeau. Par moi, il assiste à mes premiers pas chez les Gryffondors. Il sent ma haine pour les Maraudeurs. Il entend les grondements sourds que je pousse lorsque je suis en colère.
Remus et moi en DCFM. Remus et moi dans la tour d'Astronomie. Remus et moi à la bibliothèque. Nos après-midi dans le parc. Le match. Et puis ce baiser, ce baiser qui ne remonte qu'à quelques jours mais qui me paraît être lointain.
Mon errance. J'ai crié, grogné. J'étais blessée pour ne pas exploser plus tard. Parfois, assise sur la branche d'un arbre, je regardais briller la lune et me perdais dans mon passé ou mon avenir. J'étais calme…avant de me remettre à hurler de plus belle.
Galadriel me lâche enfin. Ses yeux pétillent de malice. Je le vois clairement se mordre les lèvres pour retenir un commentaire. Je le fusille du regard et me blottis un peu plus contre Remus.
« Vous êtes charmants tous les deux », murmure-t-il.
Les Maraudeurs se sont déjà assis, et lui, sans plus de cérémonie, s'installe sur la place face à la mienne. Au secours !
