Hum, ça sent mauvais. Très mauvais, même. Ça empeste. Par Merlin, comment ose-t-il me poursuivre jusque dans ma dernière retraite ?

Saleté de toutou. Infesté de puces j'en suis sûre. Qu'est ce qu'il lui prend de me poursuivre ainsi ? Ce n'est pas l'envie qui me manque de l'envoyer faire un petit voyage dans les étoiles. Pour être franche, je dois même faire preuve d'une incroyable retenue pour y parvenir. Ce n'est pas pour rien si tous les télescopes qui me sont tombés sous la main sont à présent dans un état…lamentable.

- Ambre ? C'est Sirius. Est-ce que je peux te parler ?

Non, non, non, trois fois non ! Hors de question. Bon, je sais, le choix qui m'est offert est très limité. Ou bien je supporte cette boule de poils puante, ou bien je m'en vais. Rationnellement, en suivant un raisonnement logique, je devrais m'en aller. Il a néanmoins été universellement avéré que mon raisonnement est tout sauf logique. Et quand bien même il le serait fortuitement, mon comportement est absolument contradictoire.

Manifestement, Sirius ne paraît pas attendre une réponse. Malgré mon grognement des plus dissuasifs, il entre dans la pièce, prenant toutefois soin de rester loin. Non pas hors de ma portée, mon rayon d'action est en mon état actuel de deux cent mètres environ, mais du moins le plus près de la porte qu'il lui soit possible d'avoir. Suicidaire, le chien.

- Dégage ! je souffle tout en transformant un vieux balai en bois à brûler. Tu pues, va t'en ! Je n'a rien à te dire, alors va voir ailleurs clébard !

Sombre idiot… Ne comprend-t-il pas que je souffre le martyre ? Bon, d'accord, je vais peut-être un peu loin. Si l'odeur était vraiment insoutenable, je l'aurais déjà tué. Mais il n'y a pas que l'odeur. Le simple fait que ce soit lui me révulse au plus haut point. Tout ce que j'ai dit était vrai, cela ne lui suffit-il donc pas ? Que veut-il d'autre ? Que je le soumette au même traitement que celui que j'ai infligé à Galadriel ?

- Ambre…je voulais juste te dire…

- RIEN DU TOUT ! Tu n'as rien à me dire. N'ai-je pas été claire ? Je ne veux voir personne, ni toi, ni James, ni Remus, ni même Peter ! Retournez donc vous amuser avec votre nouveau jouet et fichez moi la paix !

- Si tu parles de Grace, je te signale que Remus l'a larguée hier. C'était une des choses qu'il voulait te dire, d'ailleurs. Malheureusement, tu es partie avant.

Quoi ? Remus quoi ? Remus a quoi ? Remus a largué quoi ? Remus a largué Grace ? YOUPI ! Quoique ce comportement est peut-être absolument indifférent à moi. Peut-être qu'il s'est juste aperçu qu'elle a un pois chiche à la place du cerveau. Peut-être qu'il a trouvé mieux ailleurs. Peut-être que sa lycanthropie le déprime. Peut-être qu'il est dégoûté de la bêtise féminine. Peut-être que… oh, assez ! Inutile d'avoir de faux espoirs ! Remus s'est débarrassé de moi, un point c'est tout ! La dernière chose qu'il ferait serait bien de revenir sur ce qu'il a dit.

- Tu laveras ton linge sale avec Remus. Moi, ce que je veux, c'est m'excuser.

Bon, plusieurs informations :
1. Sirius ? S'excuser ? C'est contradictoire…
2. S'excuser de quoi ?
3. Il n'a pas compris que je ne veux rien entendre ?

Et bien non, il faut croire qu'il n'a pas compris. Oh Merlin, mais pourquoi est-il si bête ?

- Ambre…Je suis désolé. Ni James ni moi n'avions vraiment pris la mesure de ce que tu peux ressentir. Aucun de nous n'avait pensé…que tu pouvais être jalouse. Mais essaye de comprendre James. Il nous a raconté que lorsque tu as été emmenée, tu lui as énormément manqué. Vos parents lui avaient dit que tu ne reviendrais jamais. Au fil du temps, il a appris à vivre comme un fils unique, mais tu étais toujours là dans un coin de son esprit, refusant de disparaître. Il a fini par ne plus supporter que ton souvenir revienne sans cesse, toujours aussi vivant qu'au premier jour. Alors il a tenté de se persuader que tu n'étais qu'un rêve. Une parenthèse. Lorsqu'il est entré à Poudlard, il a sauté sur l'occasion que personne ne le connaissait pour tenter de vivre une vie…normale. Mais il lui manquait quelqu'un avec qui avoir la proximité qui vous unissait enfants. Cette personne a été moi… Je suis désolé d'avoir pris la place qui te revenait, mais crois-moi c'était hors de ma volonté.

Et moi, j'ai choisi d'être une Furie peut-être ? Eux, eux, eux, toujours eux. J'en ai plus qu'assez ! Le monde ne tourne pas autour d'eux, enfin ! J'existe, moi aussi. C'est bien beau qu'ils soient désolés tous les deux, mais aucun ne me paraît avoir réellement saisi l'ampleur de ma souffrance, quelle qu'en soit la cause.

Bon, ce n'est pas tout, mais il faut que je parle, moi. Sirius paraît attendre de moi une déclaration historique, il faut bien que je tente de le satisfaire.

Silence. Que puis-je bien dire ?

Silence. J'adore le faire mijoter.

Silence. Il doit être à point maintenant…

Bon, je vais me montrer gentille. Enfin, je vais essayer. Mis à part Peter, Sirius est peut-être le moins concerné de l'histoire.

- Tu n'y es pour rien, je finis par grogner à contrecœur. Ce n'est pas à toi que j'en veux, mais à James. A ton tour d'essayer de me comprendre. Gal vous a dit ce que j'ai fait. Quand je suis arrivée, je m'attendais certes à devoir m'isoler pour votre sécurité, mais je ne pensais pas me retrouver face à un pareil contraste. Il avait tout ce que je ne pouvais avoir. Tandis que moi je restais dans mon coin, je devais supporter de le voir, lui, entouré de ses amis, et adoré comme un dieu. James est beau, brillant, aimé. Moi, j'avais dû renoncer à ma beauté, à mes amis, et je devais pour faire de la magie utiliser une stupide baguette ! Il avait tout ce à quoi j'avais dû renoncer. Et c'est pour cette raison que je le hais et que je ne changerais pas d'avis.

J'ai achevé mon discours, pas bien beau et plein de rancœurs, mais on ne peut plus vrai. Sirius se tait un instant et demeure immobile, perdu dans une réflexion si intense qu'il ne me faut guère d'imagination pour voir les rouages de son cerveau fonctionner à plein régime.

- D'accord, dit-il finalement, tu le diras toi-même à James. Peu importe quand. Il s'en veut tellement qu'il attendra indéfiniment que tu daignes venir le voir. Mais parlons alors de Remus.

Je pousse un long sifflement dissuasif. Changement de cap immédiat désiré et exigé ! Sujet sensible à l'horizon ! Que Sirius continue ne serais-ce qu'une seconde de plus et je l'étripe !

- Il le faut pourtant. Tu dois aller le voir.

- Non !

- Si ! Crois-moi, il regrette vraiment ce qu'il a fait.

- C'est un peu tard…

Et Sirius est un beau menteur.

- Rien n'est trop tard. Il suffit de te regarder. Tu es amoureuse de lui, mais tu as mal parce qu'il t'a quittée.

Tiens, il a parlé à Lily…

- Et après ? Ce sont mes oignons tant que sache. Tu n'as pas à t'en mêler.

- Si justement. Parce Remus ressent exactement la même chose. Peu m'importe ce que toi tu vis, mais Remus est mon ami et je refuse de le voir encore longtemps dans cet état.

Sirius Black, ou le roi de la stratégie !

Il n'en a rien à faire de moi ? Ça tombe bien c'est réciproque. Sacré menteur, tout de même. Comme si Remus tenait encore à moi. Il est intelligent, lui, jamais il ne m'aurait lâchée alors qu'il m'aimait.

- Tu sais que tu t'y prends très mal ? je dis sur un ton pourvu de juste assez de légèreté pour l'énerver. Si jamais je voulais convaincre quelqu'un de faire quelque chose, je ne lui dirais pas que je me fiche de lui. Rassure-toi, je ne fais aucun cas de ta précieuse petite personne. Seulement, vois-tu, comme tu m'importes autant qu'un chien errant, je ne vois pas pourquoi je suivrais ton avis. Ce que tu penses ne m'intéresse pas. Par conséquent, j'espère que tu comprendras que je ne daigne pas rester en ta compagnie… Bye bye !

Ce disant, je me dirige vers la porte d'un pas incroyablement lent pour ma nature. Le fait est que je n'ai aucune envie de quitter cet endroit, mais la force des choses m'y oblige. Saleté de clébard !

Alors que je pose la main sur la poignée, Sirius saute sur ses pieds et m'attrape par le bras. Je pourrais aisément l'envoyer valser au loin, mais l'idée ne m'effleure même pas. Son expression a changé. De détaché, il est devenu sérieux.

- Ne pars pas s'il te plaît, murmure-t-il.

- Il ne me plaît pas ! Je lui réponds en ouvrant la porte.

- Je suis désolé, je me conduis comme un goujat.

- C'est le moins qu'on puisse dire. Recule.

Oui, je suis sans pitié. Mais j'ai plusieurs raisons. D'une, puisqu'il m'a remplacée auprès de James, je ne vois pas pourquoi je l'apprécierai et me mettrais en quatre pour lui. De deux, il empeste.

Mais Sirius m'ignore, et ne bouge pas. Je commencer à gronder. Il n'en a pas conscience, mais c'est une véritable malédiction ! Bon, soyons gentille avec ce pauvre enfant…ce n'est après tout pas sa faute s'il lui manque une case ou deux…

- Re-cu-le, je reprends en détachant chaque syllabe. Tu empestes. Repars au fond de la pièce si tu tiens à la vie.

Hourra, il a compris ! Gloire à Merlin ! Un doute subsiste cependant : éclair de génie ou pur hasard ?

- Navré, reprend-t-il. J'avais oublié que tu as le nez sensible.

Pur hasard.

- Tu oublies beaucoup de choses en ce moment !

- C'est indépendant de ma volonté, sois-en sûre. Il faut que je te parle.

…ce qui confirme que l'intelligence n'est pas une de ses qualités premières.

- Tu l'as déjà fait.

- Je sais. Mais je veux avoir des certitudes, et tu ne m'en as donné aucune. Il faut que tu parles à Remus. Lorsque vous étiez ensembles…je ne voyais pas combien vous vous aimiez, car j'étais tout entier concentré sur tes relations avec Galadriel. Mais maintenant, je vois. Je vois dans quel état tu es, et comment se porte Remus. Il ne va pas bien, tu sais. Il t'a lâchée pour te protéger de ce qu'il est une fois par mois, et parce qu'il craignait de te dire la vérité. Il ne voulait pas que tu le repousses. Mais maintenant…il est rongé de remords. Je crois qu'il t'aime sincèrement. Parle-lui.

Non…Sirius dit cela ? Sirius ? Vraiment lui ? Celui qui me hait ? Oh Merlin, il doit vraiment être désespéré pour dire des choses pareilles. Je ne l'avais jamais entendu parler de la sorte.

Oui, s'il dit cela, s'il prend un tel ton de sérieux, c'est qu'il sait à quoi s'en tenir. Il sait de quoi il parle. Le simple fait qu'il soit venu jusqu'ici pour me parler, devant mettre sa fierté de côté, montre qu'il est sincère. Ça ne veut pas pour autant dire qu'il a raison.

Mais j'ai encore trop peur pour venir jusqu'à eux. Il faut que je réfléchisse.

Je me lève d'un bond et quitte la petite pièce de la tour d'Astronomie. Je cours dans les couloirs, renverse les élèves, galope dans le parc. Il n'y a qu'un endroit qui soit assez propice à ma pensée : le lac.