Au départ, je voulais faire un OS mais la situation m'a échappé (^^;). Je précise que cette histoire a été écrite pour vous remercier de la patiente dont vous faites preuve sur mes autres fics.

Je remercie tous ceux qui ont pris la peine de laisser une review et, bien sur, Lénérol, ma super-betâ, pour ses corrections.

Enjoy

o

o


CHAPITRE 1 – Voyage au bout de l'enfer

o

o

o

o

La Nouvelle-Orléans – Juillet 2010

o

La sonnerie de mon portable retentit.

Jusque là rien d'anormal. Mis à part le fait que les gens semblaient vouloir toujours me joindre au moment les plus inappropriés. Avaient-ils un radar qui repérait le moment où il pouvait le plus me faire chier ? En ce moment, mon interlocuteur/trice avait sûrement reçu un message subliminal qui disait 'Tiens, Bella doit juste sortir de la douche.'

C'est à moitié trempée que je saisis mon téléphone et décrochai sans même regarder l'appelant.

En y repensant, peut-être que j'aurai dû le faire, étant donné le choc que je reçu.

«Ouais ? » Grommelais-je tandis que j'essayai de tenir ce fichu portable qui glissait comme un savon entre mes doigts mouillés.

« Isabella ? »

Je fronçai les sourcils. Personne ne m'appelait par mon prénom. Du moins, personne qui avait ce numéro. De plus, j'étais persuadée d'avoir déjà entendu cette voix quelque part sans pouvoir toutefois l'identifier avec évidence.

« Ça dépend de qui la cherche. » Répondis-je, prudente.

Il y eut un petit silence puis juste trois mots qui me firent frissonner malgré moi.

« C'est Edward. »

Évidemment, je n'avais pas besoin de demander des précisions. Juste Edward suffisait à rouvrir la déchirure béante que j'avais dans la poitrine. Le souvenir d'un homme qui m'avait donné autant qu'il m'avait repris. Un homme qui, malheureusement, m'avait enseigné la douloureuse leçon selon laquelle l'amour ne suffisait pas toujours.

« Allo ? Tu es toujours là ? » Fit le doux ténor qui avait visité des nuits et des nuits d'insomnies.

Comment avais-je pu oublié ?

« Oui... Oui... » Bafouillais-je en secouant la tête. « J'ai... Je suis surprise c'est tout. »

« Écoute, je n'ai pas beaucoup de temps. Je sais que je te prends de court. Ça fait deux ans. Je ne veux pas bousculer ta vie mais tu es la seule en qui j'ai suffisamment confiance pour demander ça. C'est une question de vie ou de mort. Tu peux m'aider ? »

Si je n'avais pas perçu dans ses mots cette petite pointe d'angoisse, je ne me serais pas ressaisie aussi vite du nuage d'euphorie dans lequel j'étais plongée depuis que mes oreilles pouvaient se délecter du son de sa voix.

« Tu crois vraiment que je te dirais non ? »

« Je suis chez toi dans quatre heures. » Il sembla hésiter quelques secondes. « Merci. »

« Je ne bouge pas. »

J'entendis le bip distinct signe qu'il avait raccroché et m'assis mollement sur mon divan, le portable toujours à la main.

Edward...

Edward Cullen...

Était-ce mon imagination ou venait-il réellement de m'appeler ? Tout s'était passé tellement vite...

Je ne sais pas pourquoi, quand j'ai compris que c'était lui qui m'appelait, les seules pensées qui me sont apparues étaient celles de nos rencontres clandestines. Or, il y avait tellement plus.

Certes, il y avait du sang, des larmes, beaucoup d'ecchymoses, de l'adrénaline mais peut-être mon cerveau avait-il refoulé tout cela pour ne garder que les images agréables.

Toujours assise sur le canapé, je m'interrogeais sur sa réapparition soudaine. De toute façon, peu importait la raison de sa venue ici, si je pouvais lui venir en aide par quelques moyens que ce fût, je le ferais.

Sans poser de questions.

J'avais une dette envers lui. Le genre de dette qui vous lie à jamais à quelqu'un et où il faudrait plus qu'une vie pour la rembourser. Je me doutais que jamais je ne pourrais l'effacer même si je volais à son secours aujourd'hui mais j'espérais que ça l'atténuerait un peu.

Après tout, Edward Cullen m'avait juste sauvé la vie...

o

o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o

o

Afghanistan – Mars 2008

o

« Swan ! Ramène ton cul ici ! » Hurla le Colonel Ryan.

On aurait pu s'attendre de la part d'un Colonel à un meilleur langage. Il y avait bien longtemps que cela ne me choquait plus. C'était ça l'inconvenant dans l'Armée. Vous n'alliez pas chercher votre vocabulaire sur les bancs d'une Fac de littérature mais plutôt dans le caniveau.

J'eus du mal à entendre son ordre au milieu de tout ce foutoir. L'explosion des grenades, des tirs de mitraillettes qui sifflaient dans tous les sens et les cris couvraient la voix de mon supérieur qui faisait des signes dans ma direction.

Je regardais tout autour de moi, essayant de repérer la position des tireurs ennemis tandis que le deuxième classe Newton me fit signe qu'il me couvrait. Sans réfléchir davantage, je m'élançais à plat ventre sur la terre asséchée de ce qui fut autrefois une rue résidentielle - mais qui n'abritait désormais plus que des ruines et des carcasses de voitures - et rampai jusqu'au Colonel Ryan.

Il se saisit de la radio située sur mon dos avant de se mettre à couvert et je pensai alors qu'il serait judicieux que j'en fasse de même quand quelques balles atteignirent le monticule de briques qui nous servait de rempart et que des minuscules morceaux, sous le choc, atterrirent sur nos casques dans une pluie de gravats.

Je sentais la terre trembler sous moi à chaque fois qu'une grenade touchait le sol et explosait.

Bref, comme disait – plutôt hurlait – le Colonel dans la radio, nous étions dans la merde.

« Position Swan. »

Je sortis rapidement la carte codée de la poche intérieure de mon uniforme et essayai de la lire malgré la terre qui continuait à pleuvoir sur nous.

« Secteur 3. 34.383-34° 22'N/63.100-63° 5'E, mon Colonel. »

Je l'entendis répéter aussitôt notre position, espérant que les renforts arriveraient très prochainement où sinon, nous allions passer de vie à trépas en aussi peu de temps qu'il en fallait pour dire ''Géronimo''.

Je touchai mon épaule instinctivement et vérifiai furtivement que ma blessure ne suintait pas. Heureusement, j'avais arrêté de saigner mais mon uniforme était maculé au niveau de ma plaie.

Je saisis presque sans trembler mon fusil d'assaut qui pendait jusqu'ici contre mon flanc et vis le Colonel faire de même après l'avoir recharger. J'admirais sa rapidité et son calme apparent malgré la sueur qui dégoulinait sur son front et ses longs cils et qui devait sûrement lui gâcher une partie de sa vision.

J'attendais les ordres, arme au poing, comptant mentalement combien d'hommes restaient encore pour couvrir nos arrières. J'avais vu les corps sans vie de Brown, Cameron et Scott mais je me doutais que d'autres avaient dû tomber dans cette embuscade. Moi-même je ne devais d'être encore de ce monde que grâce à Newton – pour une fois qu'il servait à quelque chose celui-là – qui m'avait foutu une main au cul en se marrant avec Crowley. Je m'étais alors retournée et était prête à lui coller une baigne. Cet arrêt inopiné m'avait empêché de me prendre une grenade sur la gueule si j'étais restée collé derrière Brown pendant notre marche dans cette putain de ville fantôme.

« On se replie. » Hurla le Colonel tandis qu'il me mimait silencieusement ses instructions avec ses doigts, ce qui pouvait se traduire par : à 3, on court, on tire et on essaye d'atteindre les autres, en poste un peu plus loin derrière, en évitant de se prendre une balle dans la tête au passage.

Une balle dans la tête, ça ne me faisait pas peur. Au contraire, c'était rapide, vous étiez mort, fin de l'histoire. Non... Ce que je redoutais le plus, c'était une balle dans la jambe. Avec les gilets pare-balle, vous étiez protégé à la poitrine donc peu de risque de se perforer un poumon ou un foie... Mais à la jambe, c'était une toute autre affaire. Difficile de marcher à cloche pied et de courir de façon à rester en vie. Dans la jambe, vous deveniez un boulet, sans compter que si vous aviez la chance que la balle n'ait pas touché l'artère fémorale ou un autre vaisseau sanguin du réseau veineux et que vous ne vous mettiez pas à perdre tout votre sang en longues giclées, vous deviez compter sur une bonne âme pour vous secourir. Dans le cas contraire, vous étiez mort ; sauf que vous étiez encore en vie et que vous saviez que vous alliez mourir.

A peine le Colonel avait-il crié « TROOOOOIS » que nous nous mettions à courir à reculons en bombardant devant nous une charge de tirs ininterrompus, entendant à peine le bruit métallique des douilles tombant au sol en rafale.

Soudain, je vis un peu en hauteur un point lumineux qui n'était autre que la réverbération du soleil surune lunette de visée et en reculant, nous étions précisément dans ligne de mire du sniper qui nous pointait. Je levai alors mon arme dans sa direction et réussis à le mettre hors d'état de nuire.

Nous n'étions qu'à quelques mètres du reste de la section quand tout à coup, quelque chose heurta violemment le Colonel. Je le vis tomber à mon côté mais continuai de tirer droit devant moi.

Essayant d'être rapide, je criai aux autres derrière moi de me couvrir et lorsque leurs balles remplacèrent les miennes, je mis mon arme dans mon dos et tirai le Colonel par le col pour le mettre en sûreté.

Ses yeux étaient ouverts, mais le trou béant dans sa gorge et sa carotide exposée m'indiquèrent clairement que je ne pouvais plus rien pour lui. Je m'autorisais à fermer ses paupières mais n'eus pas le temps de m'émouvoir davantage. C'était ça la guerre. Pas le temps de compatir si vous vouliez rester en vie.

Crowley finit d'abattre un dernier Taliban aussi déterminé que kamikaze et les tirs se turent. Je me doutais qu'il en restait quelques uns encore mais pas assez téméraires et pas assez nombreux pour continuer leur avancée dans notre direction.

La radio se mit à grésiller dans le quasi silence qui régnait et une voix entrecoupée annonçait l'arrivée des renforts au Sud de notre position mais également l'approche rapide d'un autre groupe ennemi au Nord. Je regardais le Lieutenant Green et répondis à sa question muette sur l'état du Colonel d'un signe négatif de la tête.

Il grimaça malgré sa montée en grade soudaine et releva son fusil.

« Ok. » Cria-t-il presque aussitôt. « On rejoint les renforts. Swan, Newton, vous nous couvrez. »

Il dictait ses ordres aux autres mais je n'entendais déjà plus, trop concentrée sur la surveillance.

Tandis que le reste de la section partait au pas de course derrière nous, Newton et moi marchions lentement à reculons, prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Je me doutais que l'ennemi n'allait faire aucun mouvement tant qu'ils n'auraient pas eux-mêmes leur renfort mais je restais tout de même sur le qui-vive.

Avec toute cette merde aujourd'hui et quand je repensais à toutes les fois où j'avais échappé à la mort depuis ce matin, je souris discrètement. J'avais vraiment une putain de bonne étoile. Était-ce à cause de l'adrénaline qui coulait en moi comme le whisky coulait dans un ivrogne ou bien parce que j'étais persuadée que les Parques avaient décidé que je ne mourrais pas aujourd'hui, quoi qu'il en soit, je me sentais invulnérable.

Jusqu'à ce que j'entende un clic sous mon pied.

La première chose à laquelle j'aie pensé c'était qu'il était tout bonnement impossible que j'ai pu poser mon pied sur une mine. Pas maintenant. Pas après avoir échapper deux fois à la mort. Pas après m'être persuadée, juste quelques microsecondes avant, que ce soir j'allais retrouver mon lit de camp. J'avais même commencé à le trouver douillet et chaleureux après l'avoir maudit durant des mois.

La deuxième chose que je fis malgré tout, fut de me figer totalement et de regarder mon pied droit.

Je fermais les yeux devant l'impossible vérité et crus que mon cœur s'était arrêté.

« Qu'est ce que tu branles Swan ? » S'énerva Newton.

Mon rythme cardiaque accéléra sa cadence jusqu'à ce que je le sente cogner contre mes tempes.

« Mine. » Fut tout ce que je pus sortir.

Je croisai le regard de Newton qui s'agrandit dans la compréhension et vis clairement la frayeur dans ses yeux.

« Ok. » Dit-il en déglutissant bruyamment. « Pas de... Pas de panique. Ne bouge pas. »

« Remarque très pertinente. Je n'y avais pas pensé. » Ironisai-je, cachant la peur qui me tiraillait les tripes. L'instinct de survie m'obligea à garder mon sang-froid et à analyser les différentes possibilités qui s'offraient à moi pour me sortir de ce bordel. Or, si je comptai sur Newton, autant poser une stèle funéraire sur l'endroit où je me trouvais et y graver ''Ci-gît Bella Swan, à jamais regrettée''.

Je scrutai autour de moi et posai mon regard sur le corps sans vie du Colonel.

« Newton. »Dis-je lentement. « Tu vas tirer le corps vers moi, je coincerai le mécanisme avec le cadavre en enlevant mon pied une fois que le poids reposera dessus. »

« D'acco... » Commença Newton avant de stopper.

Au loin, nous entendîmes des voix devant nous. Apparemment, les renforts de l'ennemi étaient arrivés plus rapidement que les nôtres. Je fis signe à Newton de se dépêcher mais celui-ci resta figé devant les voix qui se rapprochaient de plus en plus. J'étais en rogne devant sa lenteur mais me figeai aussitôt que je croisai son regard apeuré.

Je levai les yeux au ciel, balayant l'impression furtive d'avoir cru voir dans son regard son intention de me laisser sur place, là, toute seule et lui demandai de se magner pour m'aider.

« Je... Je suis désolé Swan. » Balbutia Newton en resserrant la prise sur son arme et en faisant un pas en arrière.

Je restai une seconde interdite et penchai la tête dans l'incompréhension. « De quoi tu parles putain ? Ramène-moi Ryan ici bordel de merde. »

Il secoua la tête comme un enfant effrayé. « Je ne veux pas mourir. »

« Newt... Mike. » Dis-je plus doucement bercée entre l'incrédulité et l'envie de vivre. L'appeler par son prénom avait un côté plus humain, plus fraternel. Je refusai l'idée qu'il puisse m'abandonner alors que j'avais une chance de survivre. « S'il te plaît. »

Je le vis alors souffler un grand coup rallumant un peu d'espoir en moi mais ravalai mon sourire lorsque je le vis tourner les talons et sprinter au loin.

Une boule dans ma gorge se forma et les larmes commencèrent à affluer. Je maudis Newton et sa lâcheté, saisis la radio dans mon dos et essuyai rageusement une larme qui coulait sur ma joue.

« Ici le Deuxième Classe Swan. Position secteur 3. 34.383-34° 22'N/63.100-63° 5'E. Je suis encerclée par l'ennemi. Le Lieutenant Green s'est replié avec le reste de la section au point de ralliement. J'ai mon pied sur une mine. Impossible de rejoindre le Lieutenant. Je répète, position Secteur 3. 34.383-34° 22'N/63.100-63° 5'E. A vous. »

Les voix se rapprochèrent dangereusement de l'endroit où je me trouvais tandis que le silence radio se maintenait, à mon grand désespoir.

« Ici le Deuxième Classe Swan. » Retentai-je, peinant à garder un ton neutre. « Position secteur 3. 34.383-34° 22'N/63.100-63° 5'E. Impossible de rejoindre le point de ralliement. Je répète, position Secteur 3. 34.383-34° 22'N/63.100-63° 5'E. A vous. »

Mais encore une fois, ce fut le silence qui répondit à mon appel au secours. La chaleur devait avoisiner les 40° et je me trouvais en plein soleil. Je sentais les traînées de sueur le long de la peau de mon dos et tout mon équipement me paraissait peser une tonne.

Je balançai la radio violemment contre un pan de mur qui tenait à peine debout et examinai mes options. Je pouvais ôter mon pied et me faire sauter ou gratter quelques minutes supplémentaires dans ce monde et attendre avant que ce soit l'ennemi qui me flingue. Dans les deux cas, la mort était au rendez-vous. Bien que ça n'ait plus d'importance, je ne pus me résoudre à la première solution. Alors j'attendis.

Mes pensées allèrent vers Charlie. Je regrettais de n'avoir jamais su comment lui parler ou de n'être pas rester plus longtemps avec lui... Puis je pensais à ma mère. Je regrettais de ne lui avoir jamais balancé dans la gueule qu'elle m'emmerdait avec toutes ces conneries de hippies à la con et que si je me mettais à éternuer tout le temps ce n'était pas parce que j'étais allergique au pollen comme elle le croyais depuis si longtemps mais à cause de l'encens qu'elle foutait dans la maison.

C'était dingue de voir ce qui vous traversait la tête quand vous étiez si proche de mourir.

Je me disais aussi que c'était vraiment bête de mourir à vingt-quatre ans. Je n'avais encore rien vécu. A part mes parents et Rose, personne n'allait me regretter et je ne serais plus qu'un nom anonyme sur une liste – déjà longue – de soldats ''mort au combat''.

Pourquoi m'étais-je engagée déjà ? Ah! A cause de Jacob Black. Si je n'avais pas eu autant de scrupule à le quitter, jamais de la vie je n'aurai pensé à m'enrôler dans l'armée. Je serai peut-être dans une maison avec cinq enfants, deux chiens, trois canaris, un poisson rouge et une tortue que j'aurai appelé Franklin tandis que Jacob serait rentré après une longue journée de travail, quémandant ses pantoufles et me donnant un billet de vingt dollars pour pouvoir m'acheter des fringues.

Bien sûr, cette vision - que j'avais fuie - m'apparaissait presque idyllique comparée au fait d'avoir le pied sur une mine alors que des talibans, armés jusqu'aux dents, approchaient de plus en plus.

J'en vis un – sûrement un éclaireur – dans mon champ de vision et dès qu'il m'aperçut, je levais les mains en l'air. Il avait l'air d'avoir déjà la gâchette facile alors inutile de le faire paniquer davantage.

« Min ayyi dawlatiń anta? » Vociféra l'homme en me tenant en joue.

« Je ne comprends pas. » Dis-je doucement pour ne pas l'énerver. « Américaine. Je me rends. » Je posai mes deux mains derrière ma tête. « Je me rends. »

« Asħrħuru bi èl tarħabi, aina al-funduq. » Cria-t-il en me faisant signe de m'agenouiller sur le sol d'un geste de son fusil. « Laa aakulu laham al-khunzeer. »

J'essayai de trouver dans ma mémoire comment on disait 'Mine' en arabe et hochai la tête par la négative énergiquement en désignant mon pied d'un geste lent du doigt.

L'homme semblant comprendre ma situation délicate recula légèrement, se mettant à bonne distance de moi au cas où j'en viendrais à retirer mon pied et me mit en joue de nouveau. Je croisais alors son regard qui en disait long sur ce qu'il avait l'intention de faire de moi.

Évidemment, je ne m'étais pas attendue à une quelconque aide de sa part, ni même à ce qu'il prenne le risque de désamorcer la mine - bien que cette idée aberrante m'eut traversé l'esprit une millième de seconde.

L'homme prononça un mot que je n'eus aucun mal à comprendre étant donné que la première chose qui rentrait le plus facilement quand vous vous mettiez à apprendre à parler une langue étrangère – en l'occurrence l'arabe – c'était les jurons. Surtout dans l'armée. Je reconnus le mot ''Pute'' - à moins que ce ne soit ''femme de peu de vertu'' (je me mélangeais un peu les pinceaux) - et tandis qu'un mauvais rictus se dessina sur le visage de l'homme qui était prêt à tirer sur moi - l'œil rivé sur son viseur, le doigt sur la gâchette - je fis preuve de lâcheté et fermai les yeux avec force.

J'avais dit que j'étais assez courageuse pour attendre la mort, pas que je l'étais aussi pour la regarder en face.

Le vent sec balaya mes joues humides et le sable semblait fouetter mon visage comme une caresse un peu trop rude. Mon uniforme faisait office de sauna sur mon corps endolori, j'étais littéralement en nage. Si ce n'était pas ce Taliban qui me tuait, la déshydratation le ferait sûrement à sa place. A moins que ce ne soit ma blessure à l'épaule qui saignait encore. J'avais l'embarras du choix. J'entendis le coup partir et attendis que la violence du choc ne perce ma chair.

Mais rien.

A la place, j'entendis un gargouillement en provenance de mon assassin avant que celui-ci ne tombe lourdement sur le sol en se tenant la gorge.

Le souffle que j'avais retenu dans mes poumons se libéra soudainement et les larmes qui avaient menacé de retomber se mirent à s'écouler de mes yeux. Mes jambes se mirent à trembler comme si elles étaient sur le point de se briser. Je dus faire un effort démesuré pour rester debout.

Une déflagration retentit plusieurs mètres devant moi, faisant exploser la terre comme un geyser de poussière et de feu. C'est alors que j'entendis derrière moi, la voix de mon sauveur qui, j'en étais certaine, resterait gravée à tout jamais dans ma mémoire.

« Je suis le Lieutenant-Colonel Cullen. » Se présenta-t-il rapidement avant de s'agenouiller au sol et d'examiner ce qui se trouvait sous mon pied.

Des soldats, qui n'appartenaient pas à notre unité, me dépassèrent tandis que les bombardements fusaient sur la position ennemie. Les renforts étaient arrivés. Je n'étais pas croyante mais je remerciais quand même Dieu.

« Ok. deuxième Classe Swan ? » Demanda-il dans mon dos.

Je secouai la tête n'étant pas certaine de pouvoir parler. Ce simple geste fit bourdonner ma cervelle et des points blancs apparurent devant mes yeux.

« Je vais désamorcer le mécanisme. » Continua-t-il. « Pas de geste brusque, où ce truc vous nous péter à la gueule à tous les deux. »

J'hochai la tête à nouveau et respirai profondément, au bord du coma.

Le temps semblait s'étirer à l'infini. Je réalisai que ma vie était entre les mains – que j'espérais expertes – de ce gradé et me surpris même à admirer son altruisme. Après tout, il risquait sa vie lui aussi. Il fallait que je tienne le coup, que je ne laisse pas la fournaise embrumer mon esprit comme elle tentait de le faire insidieusement, que je ne laisse pas mon corps s'écrouler malgré le désir trop alléchant de faire taire enfin la douleur qui le harcelait de toute part, que je ne laisse pas mes yeux se fermer dans la torpeur et la léthargie que mon être réclamait avec ardeur.

« D'accord. » Dit-il au bout d'un interminable suspense. « Maintenant, levez le pied. »

Je ne pus obéir à son ordre car mon corps tomba en avant de tout son poids. Le Lieutenant-Colonel Cullen prit mon bras et d'une impulsion rapide mit mon corps désarticulé sur son épaule.

J'eus le temps de voir Scott - que j'avais cru mort - appuyé sur le bras d'un autre gars, la tête baissée et apparemment dans les vapes, avant de m'enfoncer à mon tour dans l'obscurité.

o

o

o

o

o


Note de l'auteure :

Comme toujours, le chapitre 2 arrivera demain soir à 21h.