- Tu joues avec le feu, dit-il à Sirius qui se masse la gorge. C'était totalement inconscient.
- Justifié ! répond le toutou humain en gardant un œil inquiet sur moi.
- Ça aurait pu te coûter cher. Tâche de faire attention à partir de maintenant. Si tu as vraiment des problèmes, essaye d'avoir une discussion civilisée.
- C'est elle qui a commencé !
Tsss, je n'aime pas qu'on parle de moi comme si j'étais absente… Pas de doute, Gal va avoir beaucoup de travail ces prochains jours, si Sirius ne quitte pas la maison immédiatement.
- Je sais. Mais tu l'avais cherché. Je t'expliquerai plus tard.
S'il est encore vivant ! J'ai deux mots à lui dire, moi…
Sirius déguerpit comme si une douzaine de mes semblables était à ses trousses. Je me retrouve seule avec Galadriel. Ce n'est qu'à ce moment-là que mon ami daigne me lâcher le front…pour m'agripper aussitôt à bras le corps. Je ne puis que répondre à son accolade, non sans me débarrasser maladroitement de mes gants.
- Merlin, Ambry, me murmure-t-il à l'oreille, si tu savais combien tu m'as manquée !
- Pas autant qu'à moi, je rétorque en le serrant de toute ma force.
Dans un geste non concerté mais identique, nous appuyons chacun un doigt sur la nuque de l'autre. J'ai à peine effleuré sa peau qu'aussitôt les images défilent dans ma tête.
Tous ses souvenirs.
L'Ordre. Londres. Le Ministère. Son supérieur. Dumbledore. Lucius Malfoy, huile parmi les huiles. Lily. James et Remus ?
Fin des images.
Gal recule de quelques pas d'un air contrit et m'observe, mi-étonné mi-désolé. J'ai vu ce que je ne devais pas voir, je le sens bien. Mais là n'est pas mon intérêt.
James et Remus. Mon frère et mon amour… Bon, réfléchissons. Non, d'abord, je dois me calmer. Si j'explose maintenant, c'est toute la maison qui saute. Ce ne serait ni très discret, ni excellent pour ma carrière.
Inspirer, expirer…Inspirer, expirer… Puis-je parler normalement maintenant ?
- Tu…tu les fréquentes !
Heu…j'ai frôlé le morse, là. Bon, en même temps, il ne fallait pas s'attendre à grand-chose de mieux. Je suis un monstre, ne l'oublions pas.
- Je ne les vois que pendant les réunions, me répond mon ami en se rongeant un ongle avec application. Mais à quoi t'attendais-tu d'autre ? Sirius te l'a dit, ils sont membres de l'Ordre du Phénix.
- Mais…enfin…est-ce que…
- Si tu veux savoir si nous nous entendons, alors c'est non. Nos chemins se sont recroisés lorsque je suis entré dans l'Ordre. Je t'épargne la scène, ce n'était vraiment pas beau. Ils ne m'ont pas pardonné. Et si ça t'intéresse, je ne les ai pas sondés. J'ignore ce qu'ils pensent de toi.
Ça vaut mieux à la réflexion… J'ai très très peur, tout à coup. Il me suffit de penser à la manière dont j'ai traité Sirius il y a cinq minutes pour immédiatement craindre pour la survie de Remus et de James en cas de rencontre. Moins j'en saurais, mieux je me porterais, je crois. Mais ça, manifestement, c'est une chose dont Gal ne paraît pas se douter.
- Il y a une réunion par semaine, continue-t-il. La précédente était hier, mais je suis sûr qu'on les croisera avant.
Tiens donc… et pourquoi cela ? Je crois que je vais reprendre la bonne vieille stratégie de la savonnette. Carena n'est pas là pour me forcer, Maël non plus. Comble de bonheur, Gal a trop de tact (si si, c'est possible, mais uniquement dans certains domaines) pour me heurter (à moins qu'il n'ait peur…ce qui serait plus plausible au vu de notre passé).
- En quel honneur ? je réponds, ce qui me permet de constater une fois de plus mes tendances masochistes.
C'est vrai que je suis un paquet de contradictions… Cela fait longtemps que j'ai renoncé à être rationnelle.
- Je me suis occupé de…ton occupation officielle. Un passe-partout presque. Tu travailleras au département des mystères. Si j'avais su qu'Arthus avait porté son choix sur toi, je ne t'aurais pas mise là, mais il est impossible de faire marche arrière. Pourquoi tu ne m'as pas écrit que tu arrivais ?
- Je peux savoir, je réplique sur un ton laissant traduire toute ma mauvaise humeur, pourquoi ta dernière lettre remonte à trois mois ?
Heu, je crois qu'on s'est un peu beaucoup éloignés du sujet, là… Mais j'ai un compte à régler, et c'est prioritaire.
- On m'a passé un savon quand j'ai dit que je t'avais parlé de l'Ordre. Suite à cela, je n'ai rien eu à te raconter de notable. L'Ordre est le centre de ma vie, et comme je ne pouvais plus t'en parler…
On ? Le grand Galadriel Madlock, furien feu, s'est laissé intimider par « on » ? Mais où va le monde ? Les poules ont des dents, les dahus ont des griffes, Rogue est beau, les Serpentards sont intelligents, et je suis un bisounours !
- Je sais ce que tu penses, et épargne-moi la douche s'il te plaît. J'ai cédé à un simple sorcier. J'aurais bien voulu que les choses ne soient pas ainsi, mais il est difficile de résister à une colère de Lily, malgré tout l'entraînement que j'ai pu avoir avec toi.
Trop tard pour la douche. Je n'ai qu'à moitié fait exprès.
Deux secondes. Je viens d'avoir une révélation, là…
Hein ? Quoi quoi quoi quoi quoi ? Il a dit quoi ? Lily ? Qu'est ce que cette greluche vient faire là ? Elle est encore avec James ? Elle est dans l'Ordre ? SOS, Mayday, au secours ! Qu'est ce que je vais devenir ? Comment vais-je survivre ?
- Attends…je reprends sur un ton de plus en plus colérique (il me semble entendre un miroir exploser je ne sais trop où…tant pis pour lui !). Tu as bien dit…Lily ? Elle est au courant de tes affaires ? En quel honneur ? Qu'est ce que cette greluche vient faire là-dedans ?
De fait, je suis presque entièrement sûre d'avoir la réponse…Laquelle me déplaît fortement d'ailleurs.
- Elle est fiancée à James, soupire un Galadriel trempé. Ils ont mis du temps si tu veux mon avis, mais ça c'est leur problème. Je ne la vois pas à toutes les réunions de l'Ordre, mais elle passe parfois avant de rentrer chez elle. Je parlais de toi au professeur Dumbledore et elle laissait traîner une oreille. Tu imagines la suite…
En effet, c'est comme si j'y étais… Un instant, il a bien dit fiancée ? Oh misère, Lily va devenir ma belle-sœur. Mais qu'est ce que je vais devenir ?
- Enfin bref, tout cela me ramène à ce dont je voulais te parler. Ton travail au département des mystères. J'ignore exactement quelle en sera la consistance, mais tu seras…disons…associée à une Langue-de-Plomb appartenant à l'Ordre. Cette Langue-de-Plomb, c'est Lily.
NON ! Non ! Non ! Je ne vais tout de même pas devoir me farcir cette…cette fille toute la journée jusqu'à ce que j'ai des cheveux blancs ! Elle est gentille, mais c'est la reine des bécasses ! Quoique non, j'ai vu pire. Mais enfin, tout de même ! Si elle prend la liberté de crier sur Gal, c'est que son caractère n'a pas dû s'arranger. Oh Merlin, les journées vont être longues…j'espère qu'elle aura assez de jugeote pour ne pas m'énerver.
Quoiqu'avec un peu de chance, je vais tellement l'embêter qu'elle demander à ce que Gal m'envoie ailleurs. Oui, bon plan.
Une minute…c'est quoi ce hibou qui volette dans la cour intérieure ? Bas les pattes ma volaille, tu n'iras nulle part !
J'envoie un puissant jet d'eau qui brise la baie vitrée et atteint le piaf. Il s'écroule lamentablement dans une flaque, achevant de détruire la lettre qui ne connaîtra jamais son destinataire.
Comme c'est étonnant…j'ai à peine achevé ma petite œuvre de destruction que Sirius arrive, le nez parfaitement droit (je peux donc le lui casser à nouveau), et tempêtant plus fort qu'un vieillard.
- Sale peste ! grogne-t-il. Mêle-toi de ce qui te regarde !
- Mais justement, ça me regarde ! je rétorque sur un ton sans appel. J'ai vu dans ton esprit ce que tu voulais faire (archifaux, mais il ne peut pas le vérifier). C'est hors de question. Tu n'écriras ni à James, ni à Remus, ni à personne !
- Tu comptes m'en empêcher peut-être ?
- Quelle perspicacité !
- Monstre sans cœur, dit-il à nouveau.
Nouveau coup de poing dans le nez, nouveau craquement. Héhé, c'est soulageant. Je devrais le faire plus souvent.
Sirius retient un juron et disparaît dans les entrailles de la maison. Je le suis du regard. Il va sans doute récidiver, et je ne vais quand même pas me mettre à le coller pour le retenir. Quoique…ce ne serait pas si bête. Oh Merlin, je crois bien qu'il va me falloir faire face à d'énormes ennuis dans les jours qui suivent…
