C'est en me traînant presque que Gal arrive au Département des Mystères le lendemain matin. Il faut dire que je mets plus que de la mauvaise volonté à venir. J'ai réfléchi une grande partie de la nuit, et aucune solution n'est venue. Le problème est toujours là. Je vais devoir supporter Lily tous les jours. Donc James, très bientôt. Ce qui signifie…
J'ignore comment je devrais me comporter. J'ignore même ce que lui il fera. Je ne sais rien de ce qu'il a fait, ni de ce qu'il veut encore. Enfin, espérons que jusqu'à ce que l'information remonte, j'aurais trouvé une solution. Qui sait, peut-être même aurais-je réussi à amadouer Lily ?
En parlant du loup (non, ne pas penser à ça ! Mais à quoi alors ? Alouette, jolie alouette…c'est mieux.) voilà que, à peine arrivée dans le couloir, je reconnais la charmante odeur de Lily. Charmante, c'est bien le mot. A un parfum moldu – Chanel n°5 si je ne me trompe pas, les Potter ont plus que les moyens – se mêle sa si reconnaissable odeur de lys. Mêlée d'herbe coupée, elle a donc vu James récemment. Il n'est pas là toutefois, je le sens bien, sinon je n'aurais même pas pu poser un demi-orteil dans le département.
Gal me tire dans un dédale de couloirs tous semblables, si bien que je commence rapidement à me perdre. Bon, inutile de compter sur mes yeux. Si mon ami m'avait fait passer trois fois devant la même porte, je n'aurais rien remarqué. Je n'ai plus que mon nez et mes oreilles pour me sauver. Au pire, je roucoule devant un pauvre employé et me fait escorter jusqu'à la sortie. Ou je l'effraye, c'est aussi une excellente solution.
Je sais, je ne suis pas sérieuse, je devrais plus me montrer digne de ma fonction et respecter mon passé. Mais c'est anodin. Je n'ai pas besoin de beaucoup d'énergie pour subjuguer un crétin, je suis assez belle pour cela. Si jamais par le plus grand des hasards cela ne fonctionne pas, j'ai toujours une panoplie de grognements très convaincants à ma disposition.
Je connais cette tête, murmure Galadriel sans cesser d'avancer. Range tes plans d'évasion, respire un coup, et calme-toi. On est bientôt arrivés.
Et il voudrait que je me calme ? Oh Merlin, ce n'est pas un truc à dire ça.
Alouette, je te plumerais…
Gal frappe à un bureau où la seule plaque indique – malheur des enfers – « Lily Evans, Langue-de-Plomb ».
Je te plumerais la tête, je te plumerais la tête…
Entrez ! répond aussitôt la voix bien connue.
Et la tête ? Et la tête ! Alouette, alouette…
Bonjour Lily, dit Galadriel sur son ton le plus aimable.
Il prend ses précautions, on ne sait jamais, la tigresse pourrait avoir envie de lui faire payer les nez cassés du cher ami Sirius. Quoique je n'ai pas vu de hibou à Baker Street ce matin, et j'ai bon espoir qu'il ait renoncé après que j'ai trempé six rouleaux de parchemin.
Je l'observe du coin de l'œil. Elle paraît à peine plus âgée que lorsque je l'ai connue, si ce n'est que l'Evans de Poudlard n'avait pas des robes de grand couturier. Ses cheveux auburn sont coupés en un carré presque aussi court que le mien, et elle porte une paire de lunettes en équilibre sur la pointe de son nez. Même adulte, elle demeure la première de classe que tout Poudlard connaissait.
Galadriel, répond la concernée en toute formule de politesse. Tu as obtenu une réponse de Brocéliande à ce que je vois.
On arrive dans la partie sensible ! SOS, SOS, Mayday, Mayday ! Non assistance à personne en danger !
En effet. Ça a été rapide. Ambre va t'aider dans ton travail ici pour couvrir son appartenance à l'Ordre.
Silence de mort. Pour passer inaperçue, c'est raté… Essayons de se faire plus petite qu'une souris…
Attends…Ambre ? Ambre…Potter ? La…sœur de James ?
Je ne connais pas d'autres Ambre. Elle se cache, c'est une grande timide, n'est-ce pas Ambry ?
Grrr…Il m'énerve ! Par sa faute, force est pour moi de me redresser. J'apparais donc, dans toute ma majesté furienne, vêtue de cuir – noir pour ne pas changer – assorti d'une robe de sorcier aussi bleue que mes pupilles. L'avantage est là, au Ministère. Je peux parfaitement assumer ma magie, personne ne m'en tiendra rigueur, et les gens auront au moins une bonne raison de me regarder comme une bête curieuse.
Lily fait un bond de trois mètres en arrière (mais qu'est ce qu'ils ont tous ? Sirius, elle… même Galadriel ! Qui sera le prochain, Dumbledore ?)
Oh la vache… murmure-t-elle.
Hein ? C'est moi la vache ?
Je poserais bien la question, mais n'en ai pas le loisir. Lily sera toujours Lily, plus efficace qu'un presse-purée pour écrabouiller les autres.
Frappant, non ? reprend Gal sans se soucier le moins du monde de m'informer de ce qui se passe. Je m'en doutais un peu, mais pas à ce point là. Sirius a failli faire une crise cardiaque.
Sons incompréhensibles. Lily essaye de parler – sans grand succès bien sûr.
Gal ? j'en profite pour dire. Je dois paraître un peu provinciale mais…où est le problème ? Est-ce que je dérange ? En ce cas je peux parfaitement repartir…
Je tente de joindre le geste à la parole, mais mon ami agrippe ma cape – manquant de m'étrangler d'ailleurs – et me retient.
Tu restes ici la poule mouillée ! Courage de Gryffondor, mon œil ! Dis-moi, ça fait combien de temps que tu n'es plus venue en Angleterre ?
Hein ? Heu…sept ans mais…
Et j'aurais donné cher pour rester à Brocéliande. Certes, je voulais partir, mais vu ce qui m'attend, je préférerais affronter Grindewald en personne plutôt que de rester ici.
Tu n'avais rien remarqué à Brocéliande, ou quand tu partais dans tes innombrables tours du monde ?
Rien remarqué ? Oh si ! La bêtise du genre humain.
Non…
Dommage…J'imagine qu'Arthus ne t'a rien dit pour que tu évites d'avoir les chevilles trop enflées. Regarde.
Ce disant, il me colle un miroir sous le nez. Et là, surprise ! J'aperçois…mon reflet.
Je ne vois toujours pas où est le problème, je grogne entre mes dents.
Tu n'as pas lu la dernière étude de Sylvain Trocard, le théoricien de la magie furienne ?
Je me suis endormie dessus. Trocard me fait le même effet que Binns.
J'ai une tête à lire un truc aussi bête que ça ? Je connais la magie furienne, pas besoin d'un blabla de quelqu'un d'autre, même si c'est d'un Furien, pour connaître ma magie.
Tu aurais dû pourtant. C'était très intéressant. La Gazette du Sorcier en a fait son chou gras.
C'est loin d'être une référence…
Ils ne devaient pas avoir grand-chose à dire pour parler d'un truc pareil. Et alors ? Quel est le rapport avec moi ?
Si Trocard m'a citée comme exemple, je file illico lui donner le rhume de sa vie.
J'y viens. Trocard a fait une découverte très intéressante dont il fait part dans son ouvrage. Selon lui – ce qui me paraît assez vraisemblable – la magie d'un Furien transparaîtrait dans son apparence.
Super… Je ne vois toujours pas pourquoi j'aurais dû le lire.
Quoi ? Je suis moche, c'est ça ?
Vu comment les employés m'ont guignée il y a dix minutes, ça m'étonnerait.
Au contraire ! Trocard considère que la magie furienne a un effet bénéfique. Plus le Furien est puissant, plus il est beau. Bien sûr, tous les canons de beauté ont immédiatement été considérés comme étant des Furiens, le plus souvent à tort. J'aurais été grillé si j'avais voulu cacher ma condition (Galadriel Madlock ou la modestie personnifiée). Enfin, peu importe. Toi tu es…magnifique.
Ah oui, je me souviens de ce truc… et je ne suis pas d'accord avec Trocard. La beauté du Furien n'est pas réelle, c'est son aura qui lui donne son charme. Cependant, l'aura étant proportionnelle au talent magique…vous m'avez comprise.
Trocard n'a pas pu trouver ça tout seul. Il est encore plus bête que James.
Par conséquent, je ne considère pas comme une nouveauté le fait que je puisse éblouir par ma seule présence.
Je l'ai toujours été ! Je suis une Furie, Gal, tu t'en souviens ? Une vraie ! C'est normal !
Certes. Cependant, je donnerais cher pour voir ce que tu vaux en ressemblant plus à une humaine. Je suis prêt à parier n'importe quoi que ça ne doit pas avoir un grand rapport avec la tête que tu avais à Poudlard.
Gné ?
Devrais-je lui rappeler qu'à Poudlard j'avais pris forme humaine ?
Quelle profondeur de propos ! Je sais que tu es encore la plus jeune Furie Eau qui existe au monde. Ce n'est pas une tare ni un secret, seulement ce n'est pas à toi que je vais apprendre que tant qu'aucun gamin n'arrivera, tes pouvoirs continueront à augmenter de manière phénoménale. Or, excuse-moi, mais ça transparaît sur ton visage.
Mes pouvoirs continueront à augmenter, je le sais, merci ! Il y a un an encore, je n'aurais pas pu faire tomber la pluie.
Minute, poisson…
Pardon ?
Double triple quadruple zut. Si ça signifie que je crie ma puissance sur les toits, il faut à tout prix que j'évite de croiser les grands de ce monde.
Déjà à Poudlard, sous ton apparence furienne, tu étais très belle. Mais tu parvenais à te fondre dans la masse. Ni plus, ni moins. On pouvait te confondre avec les autres Furiens. Maintenant, c'est exclu. Ceux de Brocéliande n'ont peut-être pas remarqué le changement, ou bien alors ils ont pris soin de se taire. Tu es magnifique. Vraiment. Plus somptueuse qu'une rivière de diamants. Même pour une Furie, ta beauté dépasse l'entendement. Comprends donc un peu la surprise de Lily. Elle a eu du mal à te reconnaître, et il y a de quoi. Tu es probablement à ce jour la plus puissante des créatures de Brocéliande.
Hein ? Je suis canon, moi ? Ah non, zut alors, ça c'est embêtant. Si ça veut dire que je vais encore plus me faire reluquer, je m'enferme la tête dans un sac.
Le premier qui me demande de mettre ma magie à son service sera englouti sous les eaux.
Le premier qui me drague tâtera de mes poings.
Navré mon chou, reprend Gal sans me laisser le temps d'encaisser, mais il faut que j'y aille, je suis déjà presque en retard. Je te vois ce soir. Tu es entre de bonnes mains.
C'est ça, on se voit ce soir…si je suis encore vivante. Merlin, c'est pas gagné !
Bonnes mains, ça ? On n'en a pas la même conception, on dirait…
Gal me presse l'épaule en un geste de compassion, puis disparaît avec la rapidité de l'éclair. Je suis seule dans le bureau face à Lily.
Elle me regarde toujours. Bien qu'elle fasse visiblement son maximum pour ne rien laisser transparaître, je la sens jalouse. Jalouse, apeurée, et en colère.
Jalouse de ma beauté. Elle-même n'est pas laide, loin de là, mais quelle femme peut accepter sans broncher qu'une autre – même s'il s'agit de sa belle-sœur – ait plus de charme ? Je veux bien lui en donner, moi, si elle en a envie. Je fais déjà preuve d'un immense contrôle pour ne pas laisser cours à ma panique, et pourtant l'air est humide. Il ne m'est pas nécessaire d'avoir la beauté du diable. Car c'est ce que je suis si je ne prends pas garde un diable.
Apeurée. Ma beauté traduisant mon pouvoir, le charme qu'elle me prête ne peut être que vecteur d'un danger bien plus grand que tous ceux auxquels elle a été confrontée. De plus, elle connaît assez mon caractère pour savoir que le moindre faux pas peut lui être fatal, quand bien même je ne l'aurais pas voulu.
En colère, enfin. Il n'est nul besoin de s'étendre sur le sujet. Elle a dû ressentir mon absence, mon manque de nouvelles, aussi mal que James. Et elle doit savoir ce qu'en a pensé…Remus. Mais elle n'a pas écrit non plus. Ni James. Ni Remus. Ni Sirius, alors qu'il clamait haut et fort que je ne devais pas fuir sans cesse. Ni Peter, qui est pourtant la crème des chics types quand il est avec ses amis. Bande d'hypocrites ! Si ça se trouve, c'est mon retour qui les dérange, et pas mon absence. C'est compréhensible. Depuis sept ans qu'ils vivent parfaitement sans moi, voilà que je brise leur petite idylle. Oh, je crois que je devrais culpabiliser…
Essayons…
Non, impossible, je n'y arrive pas.
Jolie bague, dis-je finalement pour briser le silence.
Il est vrai que Lily porte à la main gauche un splendide solitaire, orné d'un rubis éclatant, et serti de diamants. Le bijou lui va à ravir, même si je connais sa provenance, et qu'il m'est étrange de le voir à son doigt.
Cadeau de fiançailles, rétorque-t-elle sèchement. James me l'a donné. C'est un bijou de famille.
Je le sais. Il appartenait à ma mère, si je me souviens bien.
Tes parents ont eu la gentillesse de nous la laisser.
Silence. C'est un cadeau généreux. Croit-elle que je vais la lui réclamer à grands cris ?
Tu ne me demande pas de leurs nouvelles ?
Loupé. Ce que je sais, par contre, c'est qu'elle est loin de parler de mes parents.
Le temps a passé. L'eau a coulé sous les ponts. Rien ne peut être comme avant.
James demeure ton frère. Il t'aime beaucoup.
Peut-être. Mais je suis avant tout une Furie, et on ne m'a pas appris à attacher énormément de temps à ces choses. J'ai été envoyée ici pour l'Ordre, et non en fonction d'autres considérations.
Alors tu ne ressens rien ?
Je n'ai pas dit cela, tu interprètes. Je disais seulement que ce que je pense passe au second plan. J'exécute les ordres qu'on me donne, mes considérations personnelles sont secondaires.
Ça, c'est du blabla que je connais par cœur. Les questions sont presque toujours les mêmes. Il n'y a que mes congénères qui m'épargnent d'aussi brillants questionnaires.
Nous répondons tous de la même façon, presque sans réfléchir. Mais ce n'est pas ce que nous pensons. Enfin, du moins, ce n'est pas ainsi que je vois les choses. Voilà longtemps que je lutte pour ne pas donner libre cours à mes sentiments. Pourtant, Merlin sait combien j'aimerai pouvoir retrouver James, Remus, même mes parents, et vivre une vie paisible. Mais je suis une Furie, la plus puissante de toutes, et il m'est impossible de vivre comme je le souhaite.
C'est triste. J'en suis désolée.
Hein ? Lily compatit ? Ce n'est pas possible ! Dire que je croyais devoir m'attendre au pire des courroux, voilà qu'elle partage mon malheur. Car elle n'est pas dupe de mon discours, je le vois bien. Elle me connaît assez pour savoir que j'attache trop d'importance à ceux qui me sont chers pour les oublier, et combien j'aime Remus. Ce n'est pas pour rien qu'elle a été aux premières loges après la rupture.
Veux-tu que je les avertisse ? demande-t-elle d'une voix douce.
Non ! Surtout pas. J'ai un petit côté serpentard qui m'empêche d'avoir assez de courage pour les affronter. Je suis assez trouillarde pour jouer à la savonnette le temps de mon passage ici. Mon comportement – même s'il se justifie – me fait affreusement honte. Sirius a raison dans le fond, même si je ne regrette pas de lui avoir écrabouillé le nez. Il a tenu sa langue, apparemment.
Je…je ne préfère pas.
D'accord. Alors je ne dirais rien.
Waouh ! Elle est meilleure que ce que je croyais. J'ai deux fois plus honte. A sa place, je n'aurais pas laissé le moindre choix…
Mais en échange, rends-moi un service.
Je me disais, aussi…
Ils sauront, de toute façon, que tu es revenue. Qu'on le leur dise ou pas, ils te verront à la prochaine réunion de l'Ordre. S'il te plaît, lorsque tu les rencontreras, ne les repousse pas. James a été assez malheureux de ton départ comme cela. Ne lui inflige pas cette souffrance supplémentaire. Quant à Remus…quoi que tu puisses penser, il ne s'est jamais remis de votre rupture. Parle-leur. Explique-toi. Mais par pitié, ne recommence pas comme à Poudlard. Je ne suis pas sûr qu'ils le supportent.
Oh, je crois que Lily a un autre talent au compteur : savoir apitoyer à souhait. Je suis, en ce moment même, prête à verser une petite larme. Ai-je donc fait autant de dégât que cela ? Par Merlin et Morgane, ça veut donc dire que je ne suis pas la seule à avoir souffert de cette séparation. Après que je sois partie, je n'ai cessé de pleurer pendant une semaine entière. Même Galadriel accouru n'a pu me calmer. Il a finalement fallu l'intervention d'Arthus – bien qu'il ne sache pratiquement rien de l'affaire – pour que je cesse de pleurer et reprenne une vie normale.
D'accord, je soupire. Je ferais de mon mieux.
Rien ne garantit que je leur saute dans les bras, car j'ai encore un souvenir très précis du cataclysme mental qu'avait crée leurs odeurs. Enfin…on verra. On verra…
