Merci pour vos merveilleuses reviews qui sont la locomotive de ma motivation et à Lénérol, ma betâ, pour ses corrections et suggestions (C'est qu'elle en a eu du boulot la pauvre.)


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CHAPITRE 3 – Le jour où mon cœur s'est arrêté

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La Nouvelle-Orléans – Juillet 2010

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On disait que la télévision endormait le cerveau. C'était faux.

Ma tête fonctionnait aussi vite qu'une centrifugeuse tandis que je restais dans l'attente de l'arrivée du fantôme qui avait le plus hanté mon existence.

Trois heures s'étaient écoulées pendant l'exploration de mes souvenirs.

Je pensais encore à Rose qui était restée en Afghanistan mais dont le retour aux États-Unis semblait de plus en plus certain. Comme elle me le disait dans ses lettres, il était temps qu'elle se « range des voitures.»

Emmett McCarty n'était pas étranger à ce revirement latéral.

Il était arrivé sur place peu avant mon départ et il me semblait encore voir la foudre s'abattre sur la pauvre Rosalie et électrifier sa chevelure blonde au carré. Elle avait lutté avec fougue mais avait rendu les armes au bout de quatre jours de combats intensifs à base de gifles, de cris et d'un coup de poings dans la mâchoire de ce pauvre Emmett.

J'avais été jalouse.

Emmett avait réussi à atteindre le cœur de Rosalie en quatre jours, là où j'avais mis quatre mois. Si j'avais su qu'il me manquait un pénis pour pénétrer son cœur, je m'en serais fait greffer un depuis le début. Moi, j'avais eu droit à Miss Reine-des-glaces, avec son caractère de glace, dans son château de glace, inaccessible sur sa montagne de glace. Cependant (et c'était la chose qui me disait que je ne m'en étais pas trop mal tiré), j'avais échappé aux démonstrations d'affections corporelles de Rosalie qui suivaient l'adage « Qui aime bien, châtie bien » et qui montraient, non pas qu'elle aimait Emmett, mais plutôt qu'elle l'adorait...

Ils s'étaient bien trouvés ces deux là. Lui savait recevoir autant qu'elle pouvait donner.

Enfin... Façon de parler.

Toute à mon attente, je choisis finalement de rester plantée dans le canapé en fixant la porte d'entrée. J'avais conscience d'être un peu pathétique mais je sentais que si je ne me calmais pas, j'allais finir comme le Marsupilami, à bondir partout en criant houba-houba.

Que dirait mon maître à penser sur la relaxation ? Ah oui. "Entre toi et moi il y a un produit qui s'appelle un produit, et c'est un produit qui s'appelle l'oxygène, alors si tu fais ça (inspiration/expiration) comme ça, tu vis, mais si je tue l'oxygène comme sur la lune, tu meurs !

C'était ça. Il fallait inspirer et expirer profondément. Merci Jean-Claude.

(N/A : Vous aurez reconnu la réflexion hautement philosophique de Jean-Claude Van Damme.)

J'étais arrivée à cent quatre-vingt sept inspirations lorsque l'on frappa à ma porte. Ma cent quatre-vingt huitième se coinça alors dans ma gorge, passant par la mauvaise voie et je m'étranglai brièvement. Je me précipitai dans la cuisine, sifflai un grand verre d'eau en toussant un peu alors que d'autres coups impatients retentirent contre ma porte.

Génial. Deux ans qu'il ne m'avait pas vu et j'avais la figure de quelqu'un qui s'était balancé un feu d'artifice en pleine poire.

Vaincu par l'insistance des coups, je me dirigeai vers la porte et ouvris.

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Afghanistan – Mars 2008

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« Entrez. » Ordonna la voix derrière la porte que je n'eus aucun mal à reconnaître.

Je pénétrais dans le bureau sommaire du Lieutenant Colonel Cullen où il faisait étonnement frais.

Privilège de gradé.

Je ne m'attardai pas dans l'exploration visuelle du lieu et saluai rapidement l'homme derrière son bureau, penché sur une paperasse aussi haute que trois dictionnaires Larousse empilés les uns sur les autres.

« Deuxième Classe Isabella Swan au rapport, Monsieur. » Dis-je énergiquement.

Il releva alors la tête et mon cœur se mit à battre aussi rapidement que si j'avais couru un marathon. Je dus aussi déglutir pour éponger le surplus de salive que ma bouche produisait. Il ne manquait plus que je me mette à baver...

Lauren avait sous-estimé le facteur beauté de cet homme. Il n'était pas canon, c'était une arme de destruction massive ! J'eus l'envie soudaine de faire comme à mes 14 ans où j'avais léché Robbie Williams sur le poster des Take That épinglé dans le mur de ma chambre.

Sauf que là, je pouvais le faire en vrai.

J'allais commenter le vert de ses yeux mais il rompit le contact visuel et sembla se concentrer sur sa paperasse.

Que faisait un mec pareil dans l'Armée ?

Réfléchit Swan.

Il est Lieutenant-Colonel.

Ton supérieur.

Ton chaud et sexy supérieur dont tu pourrais lécher le torse finement dessiné – du moins, je l'imaginais comme ça – et toucher son...

« Repos Swan. »

Hein ?... ¿ Qué passa ?... Ok. Il me parle. Vite, trouver autre chose à penser que mon cul posé sur son bureau pendant qu'il... Merde. Je vais butter Mallory et ses conneries de sexe sur le bureau réglementaire... Pas réglementaire... Absolument pas réglementaire... Ses lèvres appétissantes... Re-merde. Putain... Pense à un truc horrible... Je suis sûre qu'il est du genre à crier quand il... C'est ça ton truc horrible ? Un ver géant... C'est mieux... Une plaie purulente... L'odeur de pied de Stanley... Mike Newton...

Je pris une douche froide instantanée et pus enfin faire face au Lieutenant Colonel Cullen avec toute mon intelligence retrouvée. Ce dernier était trop occupé à remplir ses feuilles pour avoir remarqué mon absence momentanée.

J'observais sa main qui guidait son stylo et mon esprit dériva sur la longueur de ses doigts rugueux qui devaient glisser formidablement bien dans...

C'est pas un peu fini oui ?

Bon sang, Mallory avait peut-être raison. Il avait peut-être un super pouvoir vaudou qui faisait instantanément monter la température corporelle de 37 à 40° d'un seul regard. Comment nommer ce nouveau super héros ? Orgasmic-man ? Mouille-les-culottes-man ? Super-retouneur-d-ovaires-man ? Je-te-fais-chavirer-d-un-seul-regard-man ?

En tout cas, je serai bien ta Loïs, ta Mary-Jane, ton Elektra ou ce que tu veux...

« Swan ? Vous êtes avec moi ? » Demanda soudain Le lieutenant Colonel.

« Euhhhh...Oui. » Balbutiais-je. « Monsieur... Chef... Monsieur. »

« Détendez-vous Swan. Je vous ai convoqué pour vous demandez des éclaircissements, pas pour vous mettre la fessée. »

Une image de nous deux dans une position peu conventionnelle me sauta devant les yeux instantanément. J'étais foutue. Mon visage surchauffa d'un seul coup sans que je puisse le contrôler et mes rétines s'exorbitèrent dans l'incrédulité.

Le Lieutenant Colonel s'étouffa à son tour quand il comprit dans quel sens je prenais ses propos et se racla la gorge en se trémoussant maladroitement sur son siège.

«Je veux dire... » Commença-t-il en se pinçant l'arête du nez. « …Quand je dis ça, c'est... Il n'y a pas de sens... Bref, je n'ai pas l'intention de vous punir... euh... de vous saquer. C'est ce que je voulais dire.»

Je n'étais pas femme à me laisser embarrassée mais cet homme parvenait visiblement à me faire ressembler à une véritable cruche ambulante. J'étais incapable de prononcer le moindre mot et plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'il ne se verse un verre d'eau qu'il but d'une traite.

« Donc... » Reprit-il, l'air imperturbable. « Je voulais vous parler de votre rapport sur la dernière mission. »

« Oui Monsieur. » L'encourageais-je, revêtant à mon tour un masque d'indifférence.

Il s'écarta légèrement de son bureau et prit un dossier dans son tiroir.

« J'ai ici le rapport du Deuxième Classe Newton. Il date du jour de la mission et il dit, je cite, ''moi et Swan on a reçu l'ordre d'assurer les arrières de l'unité. En reculant, son pied a déclenché une mine et elle a explosé.'' »

Il referma d'une main le dossier abritant le rapport et posa ses coudes sur la table en joignant ses deux paumes dans la réflexion. « Puisque que je me rappelle parfaitement avoir désamorcer cette mine sous votre pied droit - et, à moins que vous ne fassiez un fantôme très convainquant - avez-vous une idée de la raison pour laquelle Newton affirme qu'il vous a vu sauté sur cette mine alors qu'il n'en est rien ? »

Je devais vraiment réfléchir à ce que j'allais lui dire. Je refusais de jouer aux balances (même si j'en mourais d'envie) et cette histoire allait se régler entre Newton, moi et mes poings. Il était hors de question que le QG vienne bouleverser mes plans de vengeance alors que je ne rêvais que de foutre une raclée à ce gros con.

« Vous devriez lui posez la question, Monsieur. » Répondis-je après quelques secondes de silence.

« C'est à vous que je la pose, soldat. » Répliqua le Lieutenant Colonel avec une ferme insistance.

Je regardais le sol. « Sauf, votre respect, Monsieur, ce n'est pas mon rapport. Vous devriez vous adresser à l'intéressé. »

« Très bien. » S'énerva-t-il. « Alors parlons du vôtre dans ce cas. » Il saisit rapidement un autre dossier où étaient empilées des feuilles sur lesquelles je reconnus mon écriture et se mit à lire. «...Le lieutenant Green a pris le commandement de la section après la mort du Colonel Ryan et a ordonné un repli vers les renforts, au Nord de notre position. Le Deuxième Classe Newton assurait avec moi la retraite de la section. Dans mon recul, j'ai armé,de mon pied droit, le mécanisme d'une mine et je suis restée sur place, sans bouger, jusqu'à l'arrivée du Lieutenant-colonel Cullen et de son unité... »

Il cessa sa lecture et posa mon rapport sur son bureau, juste à côté de celui de Newton. « Ce qui me chiffonne voyez-vous, c'est la précision de vos rapports. Tout y est consigné dans les moindres détails. Vous faites preuve de zèle et minutie. Pourtant, vous ne faites aucunement mention de ce laps de temps entre le moment où vous marchez sur la mine et l'instant où je fais mon apparition. Alors, je vous le demande gentiment : Que s'est-il passé ? »

Je ravalai la boule dans ma gorge qui menaçait de remonter et serrai le poing dans la colère.

« Est-ce primordial Monsieur ? » Demandais-je un peu plus sèche que je ne l'aurais voulu.

« Pardon ? »

Les sourcils froncés dans l'agacement du Lieutenant-Colonel ne me dissuada pas de me taire.

« Est-ce d'une haute importance pour le QG de savoir que pendant un quart d'heure, je ne pensais qu'à la certitude que j'allais mourir ? De savoir que je me suis retrouvée toute seule, tandis que l'ennemi approchait de ma position et que, une fois qu'il fut devant moi, prêt à me tirer une balle dans la tête, j'avais si peur que je me suis mise à pleurer comme un bébé ? » J'essayais de contrôler le son de ma voix qui finit par monter dans les aigus sous l'émotion mais ce fut peine perdue. « Est-ce primordial ? Monsieur. »

Il soutint mon regard durant une éternité et bien que je sentisse l'électricité crépiter dans l'air et mes ovaires danser la rumba, mes émotions étaient tellement mélangées que je ne savais plus si j'avais envie de lui sauter dessus ou si j'avais envie de l'étriper. Je me retins bien évidement parce que c'était mon supérieur et que dans les deux cas, je risquais le mitard, pire, la Cour Martiale.

« Parfait. » Dit-il en brisant le silence, visiblement furieux. « Une dernière chose. »

Il s'interrompit et prit un air qui n'admettait aucun refus.

« Entretenez-vous une relation intime avec le deuxième classe Newton ? »

Sa question me prit totalement au dépourvu bien que je sache pourquoi il l'avait posée. Il était évident qu'il avait compris que je lui cachais quelque chose et le fait que j'entretienne ce genre de relation avec lui suffirait à expliquer que je veuille sauver son cul.

Je ne pus retenir une grimace de dégoût profond et le regardai comme s'il avait perdu la tête. Même si ma réaction en disait long sur ce que cette seule idée déclenchait en moi, il attendait visiblement une réponse.

« Pas même s'il était le dernier homme sur Terre, Monsieur. » Répondis-je dans un frisson d'effroi.

Il me jaugea, tentant sûrement de percer ma sincérité et sembla me croire même s'il gardait un regard profondément confus.

Il souffla bruyamment et ouvrit son tiroir avant de jeter les deux dossiers dedans, sans ménagement et avec un agacement non dissimulé.

« Dans ce cas... » Commença-t-il en désignant d'une main lasse la porte de son bureau. « ...Nous n'avons plus rien à nous dire. Rompez. »

Je le saluai et me dirigeai vers la porte mais au dernier moment, alors que j'avais la main sur la poignée, je fis volte-face. Le Lieutenant-colonel, qui s'était levé de son siège, se rassit vivement lorsque je me retournai et je crus apercevoir de la panique dans son regard.

« Permission de parler librement, Chef. » Demandais-je, attendant son approbation.

Ce dernier hocha la tête. « Permission accordée. »

« Je ne cherche pas à vous contrarier, Monsieur. Je suis consciente d'avoir une dette envers vous. Je ne reviendrais pas sur les raisons de mon silence mais je voulais vous dire merci. D'avoir été là et de... de m'avoir sauvé la vie. »

« Nous ne laissons jamais l'un des nôtres en arrière tant qu'il lui reste un souffle de vie, quitte à que se soit au péril de la sienne. »

« J'ai une dette envers vous et je compte bien m'en acquitter un jour. »

Il s'appuyait contre le dossier de sa chaise et jeta son stylo sur le bureau. « Répondez à ma question de toute à l'heure et j'estimerai que nous sommes quittes. »

Je levai un sourcil.

« Je doute qu'une simple information fasse le poids face à une dette de sang. » Fis-je remarquer.

« N'allez-vous donc pas parler, Swan ? »

« Puis-je disposer Monsieur ? » Demandais-je, répondant ainsi à sa question.

Il hocha la tête et je sortis de son bureau avant de faire une combustion spontanée malgré la clim.

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La Nouvelle-Orléans – Juillet 2010

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J'essayais de voir les différences entre ce que mes souvenirs m'avaient permis de fixer et la réalité de le voir enfin devant moi. Ses cheveux, dans lesquels j'avais si souvent passé mes doigts étaient un peu plus longs, une barbe naissante parsemait sa mâchoire et ses joues, et il semblait avoir perdu du poids. Mais c'était toujours le même Edward.

Ensuite, je me rendis compte que toutes mes interrogations absurdes auxquelles j'avais pensé en l'attendant – Devais-je lui faire la bise ? Laisser nos retrouvailles se dérouler en silence ou au contraire feindre la joie de le revoir, tel un vieil ami ? - s'évanouirent comme neige au soleil à partir de la seconde où son visage était apparu devant moi.

Je le pris par le bras et l'enlaçai tendrement, humant au passage l'odeur de sa peau et réveillant ainsi des souvenirs plus forts.

« C'est si bon de te revoir Isabella. » Dit-il. Je pouvais percevoir une pointe de soulagement dans sa voix.

Il était vrai que j'avais pour habitude de corriger systématiquement les gens quant à l'utilisation de mon prénom en entier mais je ne le fis pas. Pas avec lui. Lui seul avait le droit de m'appeler comme ça.

Je le sentis se détacher un peu de mon étreinte et sa main se posa sur ma joue.

« Tes cheveux sont si longs. » Dit-il à voix basse en plaquant ses deux mains au-dessus de ma tête et en les faisant glisser jusqu'à ma nuque. La chair de poule s'étendit sur mes avant-bras.

« Tu vas bien ? » Murmurai-je, inquiète de voir de profonds cernes sous ses yeux que je n'avais pas remarqués en premier lieu.

Il cligna des yeux comme si ses paupières devenaient soudainement lourdes. « Je n'ai pas beaucoup dormi ces derniers temps. »

« Tu es en sécurité ici Edward. » L'assurai-je en posant une main sur sa joue rugueuse comme il l'avait fait plus tôt.

« Je sais. »

« Viens. » Dis-je en lui prenant la main et en refermant la porte derrière lui. Je l'installais sur le canapé et m'assis avec lui. Il s'allongea, la tête posée sur mes genoux, les poings resserrés autour de ma chemise noire.

Sa respiration se fit régulière au bout de quelques minutes et, une fois que je fus certaine qu'il dormait, je glissai ma main dans ses cheveux et restai des heures à le regarder dans son sommeil.

Il était près de moi.

J'étais enfin complète.

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Note de l'auteure :

Première rencontre et première retrouvailles. Quel programme!

La suite demain. 21h

Bande de petites chanceuses...