Je sais, je suis en retard de 13 min. Honte à moi.
Merci à toutes celles qui ont pris le temps de laisser une review et à Lénérol, ma betâ, pour ses corrections et suggestions.
Pour celles qui ne laissent pas de review : vous êtes vraiment des faignasses ! (lol).
o
o
CHAPITRE 4 – Je savais que j'aurai pas dû faire ça.
o
o
o
o
Afghanistan – Mars 2008
o
Je repérai Rosalie dans le mess (N/A : La cantine) – difficile de la rater avec ses cheveux blonds et son mètre quatre-vingt – et posai mon plateau-repas en face d'elle sur la table.
« Rose... » Dis-je l'air grave en m'asseyant. « ...Je crois que je suis amoureuse. »
Cette dernière fit une grimace de dégoût. « Ah non ! Pas toi Bella ! Mallory, j'arrive encore à comprendre... »
« J't'ai eu. » Rigolais-je. « Tu marches plus là, tu coures. »
Rosalie me foudroya du regard et je me fis toute petite devant mon assiette. Même si elle n'était pas totalement dénuée d'humour, Rose détestait qu'on la mène en bateau.
« Alors ? Qu'est-ce qu'il te voulait ? » Demanda-t-elle en examinant une frite qui lui avait l'air suspect.
« Juste des précisions sur la mission de Ghorak. »
Je mis dans ma bouche trois boulettes de viande et mâchai avec lenteur. Non pas que j'avais faim à ce point, mais comme je n'avais pas envie de m'étendre sur le sujet, et comme on ne parlait jamais la bouche pleine...
« C'est tout ? » S'étonna-t-elle.
Pas vraiment, il voulait aussi me mettre la fessée et je n'aurais pas dit non...
Je tentai de ne pas me trémousser sur le banc à cette pensée et hochai la tête en réfléchissant comment l'amener vers un autre sujet.
Mais, pas de bol, c'était à cet instant précis que le Colonel-Gueule-d'ange – qui n'avait jamais aussi bien porté son surnom stupide - fit son apparition dans le mess, amenant avec lui un silence de mort et un trémoussement de mes ovaires. Il était accompagné du Lieutenant Green mais je l'avais à peine remarqué.
Rosalie, qui leur tournait le dos, dut voir mon expression de madone en prière et en adoration et se retourna vivement.
« Putaaaaaain ! » Chuchota Rosalie. « Mallory n'avait pas exagéré pour une fois. Moi, je te le dis, il ne dormirait pas dans la baignoire. »
« Regarde moi ça. » Grognais-je. « Stanley n'arrête pas de le mater. Elle n'a vraiment que ça à foutre. »
« Swan ! » M'interpella Rose. « T'es jalouse ! »
« Pas du tout. C'est juste que ça m'énerve de la voir se trémousser comme une poule. » Dis-je en toute mauvaise foi en plantant rageusement ma fourchette dans une frite.
« C'est ça. » Railla Rose. « J'ai l'impression que ce n'est pas la seule poule dans la basse-cour qui aimerait faire autre chose qu'écouter le chant du coq. »
Je ne relevai pas la remarque à peine sous-entendue mais néanmoins vraie de Rose et mis une grosse fourchette de frites dans ma bouche.
Le Lieutenant-colonel et le Lieutenant Green sortirent de mon champ de vision en allant s'installer au fond de la tente qui abritait le mess.
« Et puis, qu'est ce qu'ils foutent là de toute façon ? » Demandais-je, légèrement irritée. « Les gradés ne mangent pas avec nous d'habitude. »
« J'aime ça moi. » Contra Rosalie absolument pas préoccupée de parler la bouche pleine. « L'idée qu'ils aiment côtoyer leurs hommes. Je préfère aller en mission avec un gars qui n'a pas peur de se mélanger avec nous au lieu de nous prendre de haut et de nous fuir comme si on avait le typhus. »
Rose leva le regard vers l'endroit où se trouvait Cullen et Green et fit une grimace.
« M'aurais-tu cacher un truc Swan ? » Demanda-t-elle, suspicieuse.
« Je te cache tout le temps des trucs Hale. Va falloir préciser. »
« Cullen te regarde comme un collectionneur d'art qui se trouverait devant un Picasso et toi, tu as pratiquement gobé les mouches quand tu l'as vu. »
Je roulai des yeux et pointai ma fourchette dans sa direction. « Un, je ne gobais pas les mouches et deux, il me regarde parce que je l'ai un peu foutu en pétard et qu'il me déteste. »
« Comment ça tu l'as ''foutu en pétard'' ? »
J'hochai la tête. « Pas ici. »
Rose croisa les bras sur sa poitrine et me fixa.
« Je crains le pire. »
« Tout de suite les grands mots ! »
« Je vais te dire après ce qu'il en est mais avant, tu vas me jurer de ne pas intervenir. »
« Je ne jure pas sans savoir. »
« Alors oublie. »
o
o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o
o
La Nouvelle-Orléans – Juillet 2010
o
Mes yeux s'ouvrirent lentement et papillonnèrent tandis que je faisais surface. Mon cou était endolori signe que j'avais dû m'endormir la tête en arrière pendue dans le vide par-dessus le dossier du canapé mais curieusement, quand je m'éveillai, j'étais allongée, un coussin contre ma joue et recouverte par un plaid.
Je me redressai en massant ma nuque et sursautai un peu lorsque je vis Edward revenir de la cuisine avec une tasse de café.
« Je me suis permis de fouiller dans tes placards. » Dit-il en posant la tasse fumante devant moi sur la table basse.
Je le remerciai silencieusement, non sans grogner.
Un sourire se dessina sur le visage d'Edward. « Toujours pas du matin hein ? »
Je secouai la tête et posai mes yeux endormis sur lui.
« Alors je vais attendre que tu aies fini ton café, d'accord ? »
J'hochai la tête et tandis qu'il s'installa par terre en face de moi, je bus lentement mon café dans le silence.
Je n'étais pas une personne du matin. M'arracher du sommeil était une vraie torture. Je ne parlais pas, ne bougeais pas, attendant que la caféine réveille mon corps et au bout d'une demi-heure, je rentrais, enfin, dans le monde des vivants. Je ne comprenais pas les gens qui pouvaient sauter du lit dès que le réveil sonnait ou les personnes qui s'agitaient gaiement le matin comme si elles se prenaient pour Gene Kelly dans ''Singing in the rain''.
Il m'était arrivé de me réveiller avec des hommes qui étaient particulièrement de bonne humeur le matin et rien que pour ça, ils avaient fini dehors aussi vite qu'ils étaient entrés. Cependant, ce n'était pas leur principal problème pour que cela justifie que je les jette de chez moi.
Non.
Leur vrai problème, c'était qu'aucun d'entre eux n'était Edward.
Il n'y avait que lui avec lequel j'aurais pu supporter d'entendre des sifflements joyeux ou un fredonnement léger au réveil (il aurait pu même me tenir une conférence sur les conséquences géopolitique de l'émergence économique de la Chine au saut du lit). Mais comme nous partagions étrangement ce trait de caractère, je n'eus jamais à vérifier la chose.
A l'époque, je m'étais étonnée d'apprendre à quel point Edward aimait son sommeil. Et il était plus étonnant encore de voir une telle chose, notamment à l'armée, quand vous saviez que les réveils en fanfare au milieu de la nuit étaient monnaie courante. Moi-même, j'avais dû affronter les réveils dits ''au saut d'eau'' alors que je faisais mes classes. Je dormais si profondément que je n'entendais pas le chant du clairon. Le sergent instructeur préparait une bassine d'eau – pour mon seul usage personnel – et me réveillait en me hurlant dessus tandis que je ressemblais à un chaton mouillé géant et que je me demandais encore où j'étais.
Je regardais Edward.
Le fait de le voir déambuler dans mon appartement avait quelque chose d'irréel. Était-il vraiment là ou étais-je en train de rêver ? Je n'arrivais toujours pas à y croire.
Je finis silencieusement mon café en essayant de bloquer le flux de questions inhérentes à sa présence ici mais tout ce à quoi je pouvais penser, c'était à l'incroyable sentiment d'euphorie qui me submergeait en ce moment.
Edward Cullen m'avait toujours fait cet effet là.
Il pouvait ne pas parler, ne pas bouger ou au contraire, faire le moindre petit geste banal, il allumait en moi la flamme du désir aussi sûrement et rapidement que si on secouait énergiquement de la nitroglycérine. J'étais du C-4 et Edward le détonateur. Imbriqués l'un dans l'autre, ça donnait un cocktail plutôt détonnant. Ah ! Si les murs de la réserve d'armement du camp de base pouvaient parler...!
« Je veux me faire ton cul, Swan... »
Les mots d'Edward avaient jailli de ma mémoire avec une telle précision que je doutais un moment qu'ils dataient réellement de deux ans. Cette manière qu'il avait de me décrire ce qu'il désirait sans s'embarrasser de paroles dégoulinantes d'une niaiserie mielleuse m'avait toujours rendu dingue. (N/A : Ce passage fera l'objet d'un chapitre bonus... Peut-être.)
Je secouai la tête afin de tenter de chasser des images plus perverses les unes que les autres qui flottaient devant mes yeux. De bon matin, ça commençait bien.
Je me levai du canapé et posai ma tasse vide dans l'évier de la cuisine puis je rejoignis Edward qui était toujours assis par terre devant la table basse.
« Ça me fait bizarre.» Dit-il le regard perdu dans le vague. « Ça fait deux ans, mais j'ai l'impression que c'était hier. »
Juste après son soupir, un silence plana sur nous. Il venait de décrire parfaitement ce que je pensais de cette situation.
Un rictus ennuyé se forma sur mon visage, malgré moi.
« C'est mauvais hein, Colonel Cullen ? »
« C'est Agent Cullen maintenant. » Annonça-t-il avec son fameux sourire insondable.
« Tu as quitté l'Armée ? » Demandais-je, abasourdie.
« L'année dernière. » Confirma-t-il en remuant maladroitement sur le sol. « Après ton départ, j'ai été chargé de former la Police régulière à Kandahar. Malheureusement, c'était aussi la cible prioritaire des rebelles. Une bombe a explosé au camp d'entraînement. Je...Je suis resté trois mois dans le coma. »
Je restai sans voix.
Rose devait forcement avoir eu vent de ce qui s'était produit mais elle ne m'en avait rien dit. Bien que je comprenais pourquoi elle s'était tu, je ne pouvais pas bloquer la colère qui montait en moi.
« Et toi, tu me dis ça... comme ça... » L'accusais-je. « Si j'avais su... »
« Tu aurais fait quoi ? » Me coupa-t-il. « Je ne voulais pas de toi là-bas. Je ne pouvais plus faire mon boulot correctement. J'ai mélangé le côté professionnel et les sentiments, souvent au détriment de décisions que je devais prendre pour la vie d'hommes et de femmes qui était entre mes mains. Quand tu es partie, c'était pire parce que au moins, quand tu étais avec moi, j'arrivai à supporter toute cette horreur. Ton départ m'a brisé le cœur mais c'était un mal nécessaire. Je ne voulais pas de toi là-bas. Je te voulais ici, au pays. En sécurité. »
Je me levai et le fixai. « Alors tu pouvais mourir tranquillement et me laisser dans l'ignorance ? »
Il se leva à son tour, me dominant de toute sa hauteur. « Je voulais que tu vives ta vie. Pas que tu attendes quelqu'un dont le retour était hypothétique et hasardeux. Je ne voulais pas que tu mettes ta vie entre parenthèse. Pas pour moi. »
« Quel sens du sacrifice ! » Ironisai-je. « Que crois-tu que j'ai fait ses deux dernières années ? Tu sais quoi ? Laisse tomber. Tu avais tes raisons et j'avais les miennes. Je ne vois même pas pourquoi on parle de ça. »
« T'es incroyable ! » Explosa-t-il en plongeant ses deux mains dans son visage et en secouant la tête. « Tu m'en veux de t'avoir protégée ? Admettons que tu aurais pu venir sur place, admettons qu'on t'aurait autorisé à me voir, tu m'aurais regardé mourir Isabella ? Et après ? Sauf que tu n'aurais jamais pu revenir en Afghanistan. Tu serais restée ici te demandant si j'allais survivre, pieds et poings liés et impuissante. »
« Tu t'es toujours permis de faire des choix à ma place. » Pestai-je. « Tu n'avais pas à choisir pour moi. »
« Je ne suis pas mort que je sache. »
« La belle affaire. »
« Je ne suis pas venu ici pour me disputer avec toi. »
« D'après ce que je me rappelle, c'est ce qu'on faisait de mieux pourtant. » Marmonnai-je, agacée.
« Je ne voulais pas que tu souffres. Surtout, je ne voulais pas de ta pitié. »
Je le fixai avec la furieuse envie de le balancer par la fenêtre et essayai de contrôler ma voix pour ne pas faire apparaître dans mes paroles l'hystérie qui me gagnait.
« Alors c'est de ça dont il est question ? Ton putain d'ego ? Après tout, tu as raison, nous n'étions rien l'un pour l'autre. Je n'étais pas en droit de savoir. J'avais juste le droit de fermer ma gueule, de rentrer, de rencontrer quelqu'un, de faire ma vie, de t'oublier complètement et de faire semblant d'être heureuse d'avoir toutes ses choses avec quelqu'un qui se serait jamais toi. C'est ça que tu voulais ? Un homme qui me toucherait, qui me ferait l'amour, qui me ferait rire, que j'aimerais et qui ne serait pas toi ? »
« Je voulais juste que tu aies la chance de vivre une vie normale. Je t'aimais trop pour te demander de m'attendre. »
« Parlons-en de ça tiens. »
Je pénétrai dans ma chambre et sortis la petite feuille bleue qui, pour une fois, ne me servirait pas à me transformer en fontaine ambulante.
« C'est quoi ça ? » Demandai-je en revenant devant lui et en lui collant le bout de papier sur la poitrine. « Hein ? T'as même pas eu les tripes de me le dire en face. Sais-tu seulement ce que ça m'a fait Edward ? »
Il me jeta un regard confus puis prit la feuille. En la reconnaissant, ses yeux s'écarquillèrent avant de se plisser.
« Je savais que j'aurai pas dû faire ça. »
o
o
o
o
o
Note de l'auteure :
Des réponses qui amènent plus de questions ?
Demain, 21 h, prochain chapitre 100% désert afghan.
