CHAPITRE 5 – Quelqu'un d'autre ?

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Afghanistan – Avril 2008

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Je n'avais pas revu le Lieutenant-colonel Cullen depuis mais, grâce à Mallory, j'avais cru comprendre que son unité était en mission du côté de Kondoz, au nord du pays.

Je me surpris à guetter son retour dans le mess presque tous les jours sous le regard silencieux - mais néanmoins inquisiteur - de Rosalie. Ce n'était pas ma faute s'il m'avait complètement retourné le cerveau. J'étais un peu jalouse aussi des commentaires de mes compagnons qui n'avaient plus que son nom et son palmarès impressionnant à la bouche.

Belle gueule, super-héros et un pedigree à en faire pâlir un Général, quelle qualité ne faisait pas défaut au Lieutenant-colonel Cullen ?

Deux semaines plus tard, le reste de mon unité rentrait à la base. Le reste de mon unité et Mike Newton.

Ce dernier n'eut même pas la décence de raser les murs et me lança un regard mauvais dans la cour centrale. Rosalie n'était pas là pour me tempérer ou me retenir de faire une connerie donc, je me dirigeai vers lui en serrant les poings.

Je tenais ma chance de régler mes comptes. Enfin.

« Newton, misérable larve, on a une affaire en suspens je crois. »

« Oh ça va. » Souffla-t-il, blasé. « Y'a pas de quoi en faire un plat ! »

« Je vais te démolir.»

« Si tu veux qu'on fasse un peu de sport en chambre, pas besoin de t'exciter comme ça. Demande gentiment et j'exaucerai. »

« Retire ce que tu viens de dire espèce de connard. » Lui intimai-je à deux doigts de le massacrer.

« Sinon quoi Swan ? Allez, viens. Je sais que t'en meure d'envie. »

J'avais eu dans l'idée de lui casser le nez dans un endroit un peu plus discret que la cour centrale où, déjà, Newton et moi faisions l'objet de nombreux regards mais j'étais dans un état de colère si intense que mon environnement proche m'apparut dérisoire. Une partie de moi tirait la sonnette d'alarme et arborait une pancarte géante entourée de néons fluos clignotants en psalmodiant « Retiens-toi, Swan... » car j'étais tout de même consciente que le frapper devant témoins était vraiment la dernière chose stupide à faire. Mais cet écho n'était plus qu'un murmure lointain, effacé par la rage qui me consumait. Peut-être que s'il n'avait pas afficher son petit air suffisant et arrogant, s'il avait fait profil bas au lieu d'essayer de me faire sentir comme si c'était moi qui avait quelque chose à me reprocher, celle qui devait avoir honte, celle qui aurait dû se sentir coupable, alors peut-être que je n'aurais pas élancer mon poing vers son visage.

Seulement, ma main n'atteignit jamais son objectif. Mon poignet fut emprisonné dans un étau de doigts fermes et déterminés.

Je me retournai vers le/la coupable de ma frustration et croisai les yeux verts qui avaient hanté quelques unes de mes nuits depuis que je les avais vus pour la première fois.

Malgré le léger éblouissement momentané qui m'avait saisi à la vue du Lieutenant-colonel Cullen, je ne pus enfouir ma colère et fronçai les sourcils.

J'allais le sommer de me lâcher afin que je puisse recommencer ce que je m'apprêtais à faire mais, sans desserrer sa poigne, il ne me laissa pas la chance de l'ouvrir.

« Si vous trouvez que vous n'avez pas assez de quoi vous défouler aux entraînements, je peux arranger ça. » Dit-il avant de me relâcher et d'ôter son béret qu'il posa tranquillement sur une caisse de bois près de lui. « Je pense qu'un peu d'exercice me fera le plus grand bien. En position, Swan.»

Si je n'avais pas été aussi furieuse et frustrée, j'aurais pu faire une remarque spirituelle sur le possible double sens de sa phrase où les mots « exercice » et « position » dans sa bouche m'auraient conduit à des images mentales pas du tout catholiques. Sauf que j'étais tellement enragée, que plus rien ne pouvait calmer mes nerfs à vif.

Je soutins son regard en serrant les poings tandis qu'il se mettait en position de combat et me fit signe d'un léger mouvement de la tête d'en faire de même.

« Je ne vais pas me battre avec vous. » Annonçai-je en le toisant avec fermeté.

« Vous serez un excellent échauffement avant que je n'attaque les choses sérieuses avec ma séance d'abdos de 16h. »

Un attroupement se formait tout autour mais je me foutais complètement de tous ses yeux braqués sur nous. Un échauffement ? Personne ne se servait de moi et de mes capacités de combattante hors pairs pour s'échauffer. Pour qui se prenait-il ?

D'un geste rageur, je passais ma plaque d'identification par-dessus ma tête et la tendis brusquement à Crowley.

« Tiens-moi ça. » Lui intimais-je sans le regarder.

Le Lieutenant-colonel m'offrait une excellente occasion de vider mon trop-plein de rage qui avait même réussi à prendre le dessus sur mon émoi de voir son corps moulé dans son débardeur kaki.

« Voyons ce que tu vaux. » Dit-il avec sérieux.

Il élança son poing sans avertissement et avec rapidité si bien que je ne pus éviter sa rencontre avec mon nez. La douleur s'infiltra jusque dans mes os. Sonnée et surprise, je portais ma main vers mes narines et un peu de sang auréola ma paume.

« En as-tu assez ou on peut continuer ? » Railla-il, moqueur.

Je reniflai avec dédain. « Pour que j'en aie assez, encore aurait-il fallu que vous me fassiez mal Monsieur. Or, sauf votre respect, vous frappez vraiment comme une fillette. »

Le groupe qui nous entourait semblait à moitié hilare, à moitié horrifié de mon culot.

Un sourire parcourut mon visage avant que je ne me mette en position. Cette fois ci, lorsqu'il élança à nouveau son poing, je le contrais contre mes bras croisés et lui assénai un coup de tibia dans la hanche. Le Lieutenant-colonel vacilla sur le côté, manquant de tomber mais il maintint son équilibre en saisissant mon avant-bras. Il fit une pirouette sur mon côté, emmenant mon bras avec lui et me le coinça derrière mon dos avant de poser le creux de son coude autour de ma gorge.

J'étais complètement paralysée.

« Tu pensais à quoi ? » Chuchota-t-il contre mon oreille tandis que j'essayais de me débattre, en vain. Il leva un peu plus mon bras, m'arrachant un petit cri de douleur. « Un blâme de plus dans ton dossier et tu es bonne pour la commission disciplinaire Swan. Tu veux te retrouver à récurer les chiottes avec une brosse à dent jusqu'à la fin de ton contrat ? Tu ne vois pas qu'il n'attend que ça ? »

Un élan de fureur m'envahit. Son intervention partait d'un bon sentiment mais malheureusement, je me sentais bien trop humiliée et folle de rage pour écouter la voix de la raison et mettre fin à ce combat. Je savais qu'il était capable d'encaisser mes coups sans que je ne me retienne et ce fût exactement ce dont j'avais besoin pour évacuer tout ce mal-être qui m'avait envahi.

Je trimballais beaucoup trop de casseroles depuis trois semaines. Le fait d'avoir échapper à la mort, mon impuissance, mon besoin de justice inassouvi, ma fureur contenue, mon étrange fascination pour un homme que je ne pourrais jamais avoir et qui me tenait fermement, rajoutant à mon sentiment de faiblesse... Tout ça, ne me donnait qu'une seule envie : enfuir mon visage dans le sable et m'étouffer avec.

J'abaissai légèrement ma tête jusqu'à ce que ma bouche rencontre l'avant bras du Lieutenant-colonel et y plantai mes dents d'un geste précis. Ce dernier cria avant de desserrer sa prise et mon talon vint frapper en arrière ses testicules.

Un sifflement de douleur sortit de la bouche de tous les hommes présents autour de nous tandis que le Lieutenant-colonel se tenait l'entrejambe en reculant un peu.

« En avez-vous assez ou on peut continuer, Chef ? » Le provoquai-je en ignorant la courbature de mon bras libéré.

« Ok, Swan. Tu veux te la jouer no limit ? » Gronda-t-il. « Alors on va jouer. »

« Vous irez vous plaindre au sergent Banner. ''Tous les coups sont permis''. Ce sont ces mots. Je ne fais qu'appliquer son cours. »

« Alors tu ne vois pas d'inconvénient à ce que je te fasse aussi un cours sur l'art de fermer sa gueule ou comment faire ravaler sa langue à un troufion un peu trop arrogant ? » Demanda-t-il en ôtant à son tour sa plaque d'identification qui était restée autour de son cou et de la lancer sur son béret.

Je déglutis un peu en voyant son regard assuré car après tout, je n'étais pas Bruce Lee et le Lieutenant-colonel avait sûrement plus d'expérience que moi dans un combat au corps à corps.

Comme souvent il était trop tard pour regretter ce que vous aviez fait et comme c'était exactement ce que je commençais à ressentir, je n'abandonnais pas pour autant. J'avais foutu des raclées à plus balèze que lui. Ce à quoi j'évitais de penser, c'était à cette impression funeste qui me disait que j'allais prendre une branlée comme jamais je n'en avais jamais prise auparavant.

Et ce fut tout à fait le bon mot.

Bien que je réussisse à contrer la plupart de ses coups et à éviter qu'il ne finisse par me casser un membre, sa vélocité et sa souplesse supplantaient les miennes. Ça, et le fait que je commençais à m'essouffler trop rapidement. A aucun moment, je n'avais senti qu'il se retenait et je me surpris à le respecter pour ça. Il me traitait d'égal à égal, ne me ménageait pas comme si j'étais une petite chose fragile et même si je mordais la poussière à chaque coup, - que je lui rendais bien - à la fin, alors que lui paraissait à peine transpirer et que moi j'avais l'air d'avoir été traînée par une corde derrière une voiture sur cinq kilomètres, j'avais tenté un dernier coup de poing dans son visage mais qui eut pour effet de baisser ma garde et le Lieutenant-colonel en profita pour m'envoyer au tapis.

J'avais eu ce que je voulais. Maintenant, j'avais vraiment la tête dans le sable et je m'étouffais avec.

Je sentis sa main me soulever en agrippant le dos de mon débardeur mais, épuisée, je ne relevais même pas la tête. Celle-ci pendait dans le vide tandis que chaque parcelle de mon corps me criait sa douleur. Mon visage brûlait de partout, signe qu'il avait vraiment morflé, et je ne parlais même pas de mes bras ou de mes jambes... Je n'avais même pas la force d'ouvrir les yeux qui s'étaient fermés à l'instant où je m'étais écroulée au sol.

Mon corps fut soudainement relâché sur le sol sans ménagement et tout ce dont je pus me souvenir, c'était la voix du Lieutenant-colonel.

« Quelqu'un d'autre ? »

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Afghanistan – Avril 2008

« Je pars deux jours et quand je reviens, tu as déjà la tête d'Elephant man. » Soupira Rose en me rejoignant sous la tente d'entraînement.

« Aucune question Rose. » Intimais-je en continuant à travailler mes abdominaux avec acharnement.

« Je n'en avais pas l'intention. » Rit-elle. « De toute façon, je connais déjà toute l'histoire. Tout le monde en parle et Mallory ne m'a pas lâché de la matinée. Selon ses dires, Cullen t'a ''pulvériser''. Je pensais qu'elle avait légèrement exagéré mais en voyant ta tête, ma pauvre, je dirais plutôt qu'il t'a atomisé.»

« Et merde. » Grognais-je en relâchant brusquement mon effort et en me laissant retomber au sol sur le dos.

« Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est que toi, qui, d'habitude déteste être le centre d'attention, tu aies fait la seule chose qui va alimenter les conversations jusqu'à la fin des temps. »

« Je voulais juste péter la gueule de Newton. » Me plaignis-je. « Le reste m'a échappé. »

Rose me gifla doucement avec une serviette. « C'est ton pied qui t'a échappé apparemment. Briser les espoirs de reproduction du Lieutenant-colonel n'était pas l'idée du siècle. Comment tu vas t'y prendre pour te le faire si tu casses la marchandise ?»

Je lui pris la serviette des mains et m'essuyai le visage.

« Je ne veux pas me le faire. » Grommelai-je, pas convaincue.

«Le Sergent-psy dirait que tu as fait ça par désir inconscient de refoulement. Comme ton inconscient lutte contre tes hormones, tu as fait la chose la plus radicale à faire pour ne pas succomber. »

Je me relevai. « C'est complètement débile ton truc. »

« Ou alors, c'était un désir inconscient de le toucher à cet endroit sans avoir l'air d'y toucher. » Renchérit-elle en ondulant les sourcils.

« Arrête avec ça. Tu ne m'aides pas et en plus, tu m'emmerdes. »

« Au contraire. Ça va t'aider. » Affirma-t-elle, le regard déterminé. « Je veux juste que tu répètes après moi : Oui, je veux me faire le Lieutenant-colonel Cullen et lécher son corps jusqu'à ce qu'il ne reste plus de peau à lécher. »

Je penchais la tête sur le côté dans l'incrédulité. « Tu n'es pas censée me décourager plutôt ? »

« C'est fait pour. » Assura-t-elle. « Une fois que tu l'auras dit à voix haute, tu verras le ridicule de la situation et tu arrêteras de me faire chier la nuit avec tes soupirs de plaisir qui ne font plaisir qu'à toi. »

Je levai les mains dans la lassitude.

« D'accord. » Dis-je sans conviction. « Mais c'est pour toi que je le fais. »

« Pour la bonne cause. » Renchérit Rose.

Je roulai des épaules comme pour me décontracter et fermai les yeux.

« Oui, je veux me faire le Lieutenant-colonel Cullen et lécher son corps jusqu'à ce qu'il ne reste plus de peau à lécher. » Récitais-je.

J'attendis le moment où ma phrase me semblerait absurde mais la perceptive de me projeter la langue collée sur le torse – et même plus bas – du Lieutenant-colonel me fit que m'émoustiller davantage.

Jusqu'au moment où un raclement de gorge qui n'appartenait ni à moi, ni à Rose se fit entendre.

Je fermai les paupières encore plus fort, priant intérieurement pour que ce ne fût pas Mallory qui venait de débarquer, et espérant par je ne sais quel miracle, que quelle que fût la personne qui venait de pénétrer dans la tente, je n'avais pas dit ça assez fort pour qu'elle puisse m'avoir entendu.

Manque de bol, ce n'était pas Mallory que j'aperçus lorsque je rouvris les yeux mais pire, le Lieutenant-colonel lui-même et en plus, l'expression tendue et ahurie de son visage m'indiqua clairement qu'il avait saisi chaque mot que j'avais prononcé.

Tandis que je me trouvais sur la planche de surf de la honte, une vague haute de vingt mètres me submergea et m'engloutit dans les profondeurs de la mortification.

Je me sentis revenir en enfance, au moment où, à cinq ans, j'avais fait pipi dans ma culotte au milieu de la classe sous les rires moqueurs des autres élèves. Toutefois, là où j'avais dû affronté le regard de mes camardes durant de longues minutes, je n'eus pas à endurer celui du Lieutenant-colonel trop longtemps parce qu'il tourna les talons et sortit de la tente plus rapidement que s'il était enduit de miel de la tête aux pieds et avait été poursuivi par un essaim d'abeilles enragées.

Tous les muscles de mon corps qui s'étaient tendus, se relâchèrent violemment et je m'autorisai alors à enfouir mes mains dans mon visage.

J'hésitai entre tuer Rose ou aller chercher une corde pour me pendre. Peut-être que j'aurai dû également - comme me l'avait supplié ma mère avant mon départ - consulté Maître Yoodoo, son chaman, qui lui avait affirmé qu'il y avait un démon dans mon corps et qu'il pouvait l'en déloger.

Je poussai un feulement rageur et donnai un coup de pied dans le sol. Je regardai Rosalie, les mains couvrant juste mon nez et ma bouche. Elle pouffait silencieusement dans son avant-bras et commençai même à pleurer.

« Salope. » M'insurgeais-je. « Je vais me faire virer et toi, tu rigoles ? »

« Tu aurais vu ta tête... » Dit-elle en deux fous rires. « Si tu doutais de ne pas résister à continuer de fantasmer sur lui, maintenant, au moins c'est radical. »

« Je ne pourrais plus jamais le regarder en face. »

Rosalie sourit de toutes ses dents, l'air ravi. « C'est parfait. »

« C'est la merde. » Grognai-je.

« Mais non. S'il avait voulu te virer, il t'aurait convoqué dans son bureau fissa. Et puis, tu crois vraiment qu'il n'a jamais entendu pire ? A mon avis, il a dû en voir des vertes et des pas mûres durant toute sa carrière. »

« Il faut que je trouve un puits. » Dis-je pour moi-même en scrutant les alentours.

« Pourquoi ? Tu as soif ? » S'étonna Rose.

« Non, pour me jeter dedans. »

« Vraiment Bella, tu dramatises. »

« Ah, ouais ? Je dramatise ? Mais tu oublies, ma grande, que tout ça, c'est de ta faute. »

« Hey ! » Se défendit-elle. « Je ne pouvais pas savoir que l'autre allait débarquer. Et à ce que je sache, je n'ai pas eu à te convaincre avec insistance. »

« Je te déteste. » Boudais-je.

« Mais non, tu m'adores et me vénères. J'ai enfin résolu ton problème. »

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Note l'auteure :

Ahhhh... Edward en treillis... *bave* ; Edward en mode combat... * Re-bave* ; Edward dans le prochain chapitre... * Plus de bave*

Demain soir, faudra pas venir me dire que je ne vous aurais pas prévenu...