Merci à toutes celles qui ont laisser une review et à Lénérol, ma betâ, pour ses corrections et suggestions.

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CHAPITRE 6 – Le jour où tout a foutu le camp

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Afghanistan – Mai 2008

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« Comment t'as fait ? » M'exclamai-je devant une Rosalie souriante tandis que je fixais la demi bouteille de whisky.

« J'ai graissé la patte du gars chargé du ravitaillement. »

Je tapai des mains en souriant. « Rose t'es géniale ! »

« Je sais. »

Deux heures - et la bouteille vide - plus tard, nous étions entrain de chanter des chansons paillardes en maudissant tous les hommes de la Terre sur dix générations.

Ma vessie criait furieusement et je quittai Rose et la tente afin de trouver un endroit tranquille pour me soulager. Je me dirigeai à l'extérieur de la base, vers une dune isolée, et appréciais le fait que le camp soit bien éclairé au loin, me guidant ainsi dans la nuit sombre et fraîche du désert afghan.

Sur le retour, je butai sur un énorme caillou et m'écroulai de tout mon long sur le sable. Je jurai comme un charretier et me relevai péniblement.

« Swan. » M'interpella une voix que – malheureusement - je n'eus aucun mal à reconnaître.

L'énorme caillou n'était autre que le Lieutenant-colonel lui-même.

Au retour au pays, je me jurai mentalement d'aller voir Maître Yoodoo...

Je fis un salut raide et coincé et essayai de rester droite.

« Êtes-vous ivre ? » Accusa-t-il.

« Pas du tout, chef. » Répondis-je en remerciant le ciel d'avoir eu le temps de dégriser un peu.

Il souffla fortement et passa ses longs doigts dans ses cheveux. « D'abord, vous essayez de cogner un soldat, maintenant vous consommez de l'alcool alors que c'est strictement interdit... Auriez-vous raté le test de Q.I à l'entrée de l'Armée ? Parce que je me pose sérieusement la question. »

« Seriez-vous en train d'insulter mon intelligence, chef ? » M'offusquai-je.

Il se releva et frotta ses deux mains pour se débarrasser du sable. « En tout cas, vous en faites sacrément défaut. »

J'haussai les épaules. « Collez-moi un rapport. »

Il eut un petit sourire et épousseta son treillis. « Un autre que moi serait ravi de se taper encore plus de paperasse. »

« J'ai de la chance alors. »

Il se figea dans une expression sérieuse et professionnelle en me toisant avec sévérité. « Vous êtes impulsive. La réactivité est une bonne chose mais si je n'étais pas intervenu entre vous et Newton, vous alliez faire quelque chose de vraiment stupide. Vous êtes un excellent soldat, Swan, mais avec des états de service aussi brillants que votre dossier disciplinaire. » Il croisa les bras sur son torse et fit un geste du menton en me désignant. « Comment va votre nez ? »

« Il survivra. » Répondis-je. « Comment vont vos bijoux de famille ? »

En temps normal, je n'aurais jamais eu l'idée plus que saugrenue de demander une chose pareille à mon supérieur. J'étais à la limite de l'insubordination. Il était clair que plus je le côtoyais et plus je devenais abrutie.

Cependant, contre toute attente, je l'entendis rire.

« Ils survivront. » Répliqua-t-il.

« Le contraire aurait été dommage. » Dis-je, euphorique alors que la seconde d'après, je me giflai mentalement et me promis également dès demain matin d'aller enfin trouver ce fameux puits.

Malgré la pénombre, je vis nettement son froncement de sourcils.

« Vous devriez tourner votre langue dans votre bouche avant de parler aussi. » Dit-il d'une voix tendue et acerbe. « … Ou vérifier avant que personne ne vous entende. »

Le même sentiment d'humiliation que j'avais ressenti en le voyant dans la tente entraînement me saisit. Heureusement – ou malheureusement – j'avais bien dégrisé mais pas assez cependant pour faire profil bas et laissez de côté la remarque.

« C'est le plus gêné qui part en premier. » Commentai-je.

« Je l'ai fait pour vous éviter de vous ridiculiser encore plus. »

« Vous êtes vraiment trop bon. » Contrai-je, sarcastique en me rapprochant de lui. « Je ne sais pas ce que vous avez compris mais vous ne devriez pas faire des jugements hâtifs sur des mots dont vous ne connaissez pas le contexte. Ainsi, vous sauriez que je n'étais nullement en train de me ridiculiser. »

Je ponctuai ma phrase d'un doigt planté dans sa poitrine. Il saisit ma main brusquement et stoppa mon geste. Un frisson me parcourut l'échine.

« Et vous, vous êtes incroyablement insolente. Baissez d'un ton avec moi, Deuxième classe. Je ne suis pas votre pote de chambrée. »

Le ton qu'il avait employé me donna envie de lui arracher ses vêtements avec les dents. Il était vraiment trop chaud pour son bien. Ou alors, c'était moi qui étais complètement maso.

Je retirais ma main de son contact comme si je m'étais brûlée et le fixai en plissant des yeux.

« C'est trop facile de m'attaquer sur un sujet personnel et de vous cacher après derrière votre grade. » L'attaquai-je.

Il roula des yeux et souffla d'exaspération. Je sentais que je mettais sa patience à rude épreuve.

« Pour quelqu'un qui refuse de parler quand j'exige des réponses, je vous trouve la langue bien pendue ce soir. Si vous pouviez me dire ce que je veux savoir avec autant d'éloquence que maintenant, nous gagnerions un temps précieux. »

Je n'arrivais pas à comprendre comment il arrivait à me faire planer sur les montagnes russes des émotions. En un rien de temps, j'étais passée de l'excitation à la colère.

« Je n'ai plus rien à dire. » Dis-je en lui tournant le dos brusquement.

« Je ne vous ai pas autorisé à disposer, Swan. »

Soudain, je sentis sa main prendre fermement mon poignet, tirant dessus pour me faire faire volte-face.

« Pourquoi vous taire ? » Demanda-t-il en scrutant mon visage avec autant de détermination que s'il devait résoudre un puzzle complexe. « Pourquoi détestez-vous Newton au point de vous foutre dans la merde et de provoquer votre renvoi ? »

Il sembla se radoucir aussi vite qu'il était monté en pression un peu plus tôt, cependant, son regard resta résolu.

« Écoutez. On oublie que je suis votre supérieur une minute. Je vous jure que ça restera entre vous et moi. J'ai besoin de connaître chaque détail au sein de la base pour pouvoir faire mon boulot correctement. Nous sommes en guerre. S'il y a des tensions entre des soldats, je dois le savoir. Nous devons être une équipe. La moindre complication... le plus infime problème peut engendrer un drame sur le terrain. Je ne suis pas là pour saquer quelqu'un. Je veux juste faire les bons choix. »

Je ne savais pas si c'était à cause de l'alcool ou parce qu'il sembla si sincère en cet instant, mais je sentis toutes mes barrières s'abaisser et ma détermination lâcher prise. J'avais envie qu'il ait confiance en moi et outre le pouvoir qu'il avait de transformer ma petite culotte en serpillière, il semblait posséder aussi celui de me faire faire tout ce qu'il voulait.

Dans un souffle, mes yeux se posèrent sur le sable dans la reddition.

« Il m'a laissée sur place. » Murmurai-je d'une voix presque inaudible.

Au moment où mes mots franchirent le seuil de mes lèvres, je me sentis... soulagée. « Je l'ai supplié de m'aider et il s'est enfui. Voilà. Vous êtes satisfait maintenant ? »

Un long silence s'installa tandis qu'il me tenait toujours par le poignet et que le contact, bien qu'un peu plus ferme, me semblait rassurant. Il finit par me lâcher au bout de plusieurs secondes interminables et murmura un merci.

Je secouai la tête. « Non. Merci à vous. Je vous dois beaucoup.»

« Vous ne me devez rien. »

« Juste la vie. »

Son regard s'empreint d'une pointe de déception mélancolique.

« Je ne veux pas que vous sentiez redevable. »

Sans que je lui commande, mon corps commença à s'avancer vers lui. Cependant, je me retins juste à temps avant de le voir s'enfuir à nouveau. Sans compter que nous étions seuls, hors du camp, n'importe qui débarquant à l'improviste pourrait penser, à nous voir, que nous nous apprêtions à faire autre chose que tricoter des pull-over. Une telle tension régnait entre nous – ou peut-être que je me faisais des films toute seule – qu'on aurait pu la palper et s'électrocuter avec. La façon qu'il avait de me regarder en ce moment précis n'était pas ce qu'on pourrait appeler un regard fraternel ou amical. C'était un brasier ardent qui ne trouverait sa délivrance qu'en l'attisant jusqu'à la suffocation.

Le silence qui régnait prit fin, tout comme l'atmosphère écrasante qui nous avait enveloppée alors qu'il reculait d'un pas et qu'il n'affiche à nouveau son expression imperturbable.

« Allez vous coucher, Swan. »

Je penchai la tête sur le côté.

« Vous voudriez venir me border ? » Dis-je le plus sérieusement du monde.

Mais où était donc ce putain de puits ?

« Swan. » Fit-il sur un ton plein de reproche.

Puis une lueur s'alluma dans son regard et j'étais prête à parier qu'il était en train de considérer mon offre. Cependant, il se contenta de souffler et de revêtir son masque impénétrable.

« Rompez. » Ordonna-t-il d'une voix lasse.

Il ne fallait pas qu'il me le dise deux fois. Embarrassée, je me détournai presque en courant et partit rejoindre Rosalie qui ronflait déjà, affalée sur son lit de camp, les deux bras écartés de son corps, pendants en dehors du petit matelas.

Je n'étais pas partie longtemps pourtant mais ne fut pas étonnée de la voir endormie. Il n'y avait plus à boire donc plus de raisons de rester réveillée. Un petit rire m'échappa et je profitai de la tranquillité qui régnait pour vider ma tête. Même si on n'était qu'une dizaine de femmes à être installées ici, il y avait toujours du passage. Cette nuit, il n'y avait que Rosalie et moi. Les autres étant en mission ou en manœuvre.

Et je ne trouvais pas le sommeil.

Je pris la bouteille de whisky vide par terre et sortit de la tente afin d'aller l'enterrer. Bien sûr, je pris le chemin opposé où j'étais tombée sur le Lieutenant-colonel, ne voulant pas risquer de le croiser à nouveau. Surtout avec une bouteille d'alcool à la main. Je n'allais pas provoquer la chance.

Je me dirigeai vers la cabane de bois au bout du camp qui abritait les toilettes, creusai un trou derrière et y enfouis la bouteille. Ce n'était, certes, pas très écologique mais il valait mieux ça que se retrouver en cellule disciplinaire. Je demandais pardon à Nicolas Hulot et au commandant Cousteau pour me donner bonne conscience.

Soudain, alors que j'étais encore à quatre pattes sur le sable à tasser le trou, j'entendis un mouvement derrière moi. Je me retournai et pour la deuxième fois, mon regard se posa sur mon fantasme sur pattes.

« Vous me suivez maintenant. » Accusai-je en me relevant vivement.

L'air se chargea soudainement d'une atmosphère presque pesante. J'eus la chair de poule. Et ce n'était pas à cause de la fraîcheur ambiante.

Le Lieutenant-colonel me fixa avec une gravité qui me fit froid dans le dos.

« J'ai changé d'avis. » Dit-il en maintenant sur moi son regard de glace.

« A quel propos ? » Demandai-je alors que mes yeux s'agrandirent dans la surprise quand je le vis se rapprocher de moi lentement.

Je reculai jusqu'à ce que mon dos rencontre la planche de bois.

« Je veux bien venir vous border. » Souffla-t-il, m'envoyant des effluves de son haleine parfaite.

A partir de cet instant, tout se mit à déraper.

Il saisit ma nuque et ses lèvres entrèrent en collision avec les miennes.

Si j'avais eu encore toute ma tête, je me serais pincée pour voir si je n'étais pas en train de rêver dans mon lit mais je n'en avais pas besoin. Je n'aurais jamais pu inventer avec autant d'authenticité la douceur de ses lèvres.

De ses scandaleuses douces lèvres de feu.

Sa main libre se posa à côté de ma tête en claquant presque le bois et un gémissement sortit de ma poitrine.

Envahie par une férocité qui me surprit moi-même, mes doigts agrippèrent le bord de son T-shirt. Il se serra plus près jusqu'à ce que je sente clairement le désir qu'il avait de moi à travers son treillis. Sa main sur ma nuque glissa entre nous afin de déboutonner avec urgence son pantalon et l'évidence de ce qui allait se produire me frappa comme un boulet de canon.

Mon ventre se tordit douloureusement dans l'anticipation alors que dans sa précipitation, Edward – je m'autorisais à l'appeler par son prénom dans ma tête vu ce que l'on s'apprêtait à faire – me mordit la lèvre inférieure en poussant un grognement. Je quittais l'exploration de son torse afin de venir caresser son érection libérée. Il s'attaqua à ma fermeture éclair et, avant même d'avoir pu glisser complètement ma paume sur la peau douce de son sexe, il baissa mon treillis.

Je fermai les yeux et haletai.

Sa langue envahit ma bouche en même temps que ses doigts me pénétraient, m'arrachant un feulement de plaisir étouffé. Rompant brusquement l'union de nos lèvres, il amena à ses dents, de sa main libre, l'emballage d'un préservatif sorti je ne sais d'où et me fixa, le regard fou, tandis qu'il l'enfila. Sentir ses doigts continuer de me pénétrer et ses yeux ancrés dans les miens, augmenta mon vertige de façon exponentielle.

Je penchais la tête en arrière dans une plainte rauque mais Edward l'étouffa en reprenant mes lèvres entre les siennes, gémissant à son tour.

Soudain, sa main saisit l'arrière de ma cuisse et il leva celle-ci jusqu'à sa hanche.

Mue par un réflexe – la rationalité m'ayant totalement désertée -, je quittai ses lèvres et enfouis ma tête contre son cou pour étrangler, contre sa peau, le cri que je pousserai lorsque je le sentirai s'enfoncer entre mes plis.

Je le sentis pousser ma culotte sur le côté, l'air frais envahissant la chaleur de mes chairs et, sans un mot, il remplaça ses doigts par sa longue queue si dure.

Je m'accrochais fermement à son cou, le griffant au fur et à mesure de sa progression, pendant qu'il envahissait l'intérieur de mon ventre avec une lenteur cruelle.

Ses doigts se crispèrent fortement sur ma cuisse nue.

Il était enfoncé en moi jusqu'à la garde et resta immobile. Durant ce laps de temps de lucidité, je pensais à ce que j'avais lu ou entendu ; ''consumé de passion'', ''tourbillon de volupté'', ''union magique'' ; tous ces clichés soulevaient encore mon mépris mais plus mon scepticisme.

Et puis, il se mit à bouger. Furieusement. Comme si son immobilité lui avait été aussi insupportable qu'à moi.

Comme il l'avait fait lors de notre combat, il ne chercha pas à me ménager ni à se retenir. Il était perdu en moi tout comme j'étais perdu en lui. Perdu dans le plaisir incroyable qu'il me donnait. J'essayais de retenir mes cris mais la puissance de ses coups me fit totalement perdre pied. Je ne pouvais même plus baisser la tête pour atténuer la force de mes hurlements. Ma gorge était tendue, je cherchais l'air qui manquait à mes poumons sans jamais vraiment le trouver. J'étais tellement plongée dans le plaisir que l'idée même qu'on nous surprenne ne m'effleura même pas l'esprit. Encore aurait-t-il fallu que mon cerveau fonctionne correctement... Mais comment faire preuve de discernement alors que l'orgasme qui montait dans mon corps tout entier annihilait chaque once de raison qu'il me restait ?

La main d'Edward s'abattit soudainement sur ma bouche. Ma langue rencontra sa paume, le faisant siffler contre mon oreille. J'étais prête à lui donner tout ce qu'il voudrait. Je me sentais sauvage, féroce, comme une droguée en manque dont le sevrage lui paraissait être bien plus que l'enfer. Jamais je n'avais ressenti un tel degré d'exaltation. Entre ses mains, je n'étais plus qu'un corps dont chaque cellule irradiait à chaque toucher... chaque gémissement.

J'aurais voulu pouvoir parler, lui dire à quel point je le sentais bien, à quel point c'était bon mais je fus incapable de prononcer le moindre mot. Lui non plus, ne dit rien. Ses bruits éloquents et sa respiration entrecoupée parlaient pour lui.

Bientôt, le rythme que m'imposait Edward se fit plus rapide. Son corps – à l'instar du mien – exigeait la libération. La passion s'était pleinement installée, avait envahi nos corps comme un enchevêtrement de ronces aux épines pointues dont chaque mouvement ne faisait qu'attiser un peu plus la meurtrissure contre nos peaux. Je n'étais plus qu'une écorchée vive. Chaque fois qu'il s'enfonçait en moi, je me rapprochais un peu plus de la délivrance mais aussi de la fin.

Or, je ne voulais pas arrêter.

Je voulais qu'il continue à m'infliger cette douleur qui me faisait me sentir si bien. Je voulais entendre, encore et encore, chaque grognement, halètement qui sortait de sa poitrine au rythme de sa bite léchant mes parois. Je voulais cette urgence. Ce déferlement de passion inassouvie et inapaisable.

Être avec lui comme ça, me faisait sentir comme si je n'avais jamais vraiment atteint la vraie jouissance. Celle qui vous fait contracter le plus infime muscle de votre corps, celle qui, après avoir poussé le cri de plaisir qui vous vidait de vos moindres forces, vous faisait perdre toute notion de temps et d'espace. Je pensais que c'était un mythe. Entre les mains d'Edward ce fut une réalité.

J'étais dans la stratosphère et je pouvais presque toucher du doigt les satellites.

Nos lèvres se séparèrent mais sans jamais se quitter vraiment, l'un goûtant le souffle saccadé de l'autre et l'orgasme vint me frapper dans la confusion la plus totale. Inopiné et inespéré.

Je respirai péniblement et m'autorisai, quelques instants, à me délecter de son odeur musquée que la sueur, sous l'effort, avait exacerbé. La réalité ne vint pas me frapper brutalement mais graduellement, petit à petit, au fur et à mesure que ma respiration se calmait. Un peu comme si je m'éveillais dans une brume cotonneuse après une longue nuit de sommeil.

Après quelques secondes, je me détachai silencieusement de lui et commençai à me rhabiller. Je voulais à tout prix éviter les regards pitoyables et gênés des amants qui venaient de se rendre compte, des années-lumière trop tard, qu'ils venaient de faire quelque chose qui n'aurait jamais dû se produire.

Je voulais fuir et m'enfoncer dans un trou.

Mais où était ce putain de puits ?

« Attends. » Murmura la voix d'Edward.

Il reboutonna mon pantalon et commença à parler, les yeux rivés sur ma braguette comme s'il était hyper concentré sur ce qu'il était en train de faire.

« Ce n'était pas très malin de ma part. » Dit-il dans un sourire crispé.

« Ce n'était pas très malin de ma part non plus. » Le rassurai-je.

Sa main remonta lentement contre mon ventre puis contre mes seins.

« J'aurai aimé te voir complètement nue. » Murmura-t-il.

Je fermai les yeux sous sa caresse indolente.

« Ça pourrait s'arranger. » Soufflai-je.

Ses doigts taquinèrent ma gorge. « Ça ne peut pas se reproduire. »

Son ton était un mélange de déception et de résignation. Il ne souhaitait pas que ça s'arrête là visiblement. Moi non plus. Mais j'étais consciente que, dans notre cas, le jeu n'en valait pas la chandelle. C'était beaucoup trop risqué, surtout pour lui. Pourtant, la seule pensée de ne plus pouvoir le toucher comme je venais de le faire, de ne plus sentir son corps contre le mien, de ne plus l'entendre gémir contre mon oreille du plaisir que j'étais la seule à lui donner, ça me rendait folle.

Je m'en voulus de laisser parler mes désirs égoïstes car, après tout, il avait plus à perdre que moi mais je ne voulais pas que ça s'arrête.

« Dommage. » Dis-je avec langueur en me rapprochant de son oreille.

Il posa ses doigts sur ma nuque.

« Je ne pourrais plus sentir ta bite si chaude à l'intérieur de moi. » Chuchotai-je tandis qu'il frissonna.

Je continuai de lécher chaque centimètre de peau qui se trouvait à proximité de mes lèvres. « Tu ne regretteras pas de ne pas m'avoir fait hurler ton nom, Edward ? De ne pas m'avoir retournée et prise par derrière ? De ne pas avoir dévorer ma chatte autant que je meure d'envie de goûter ta bite ? » Je glissai ma langue sur son oreille et rejoignit l'autre en traçant une ligne humide en travers de sa gorge. « Tu ne regretteras pas mes lèvres sur toi ? Autour de toi ? Ma bouche chaude autour de ta queue... Est-ce que tu jouirais dans ma bouche, Edward ? »

Il émit un sifflement puis passa une main langoureuse dans mes cheveux.

« Tu n'es donc pas rassasiée ? » Demanda-t-il la voix rauque.

« J'en veux encore plus. »

« Je ne voudrais pas faire trop de dégâts. »

« Je suis solide... et très endurante. »

« Je ne parlais pas de toi... ». Il prit ma main, l'air pressé. « ... mais de mon bureau. »

Je le suivis en direction de la tente qui abritait ses quartiers avec l'étrange impression d'avoir perdu tout contact avec mon cerveau en chemin.

Je jetai des regards affolés dans tous les sens malgré que je sache pertinemment que tous étaient au fond de leur lit à cette heure de la nuit et me sentis immédiatement soulagée lorsque je pénétrais enfin dans l'antre d'Edward.

« A poil. » Ordonna-t-il tandis qu'il prit une chaise avant de s'installer dedans confortablement.

Un frisson de plaisir me traversa furtivement. Je commençai à déboutonner mon treillis en le fixant du regard. Edward avait l'habitude de commander et ça se voyait. Il débordait d'un charisme dont seuls ceux qui savent s'imposer étaient pourvus. On devait le suivre les yeux fermés. Moi, en tout cas, je l'aurais suivi même s'il m'avait fallu ramper sur des braises.

Je retirai mon débardeur puis mon soutien-gorge qui tomba au sol dans un bruit feutré et j'allais enlever le dernier bout de tissu qui collait à ma peau lorsqu'il me stoppa.

« Viens ici. » Intima-t-il d'un mouvement du doigt vers lui.

Je m'avançai jusqu'à me retrouver entre ses genoux qu'il avait écarté, dans une invitation silencieuse.

Il saisit les bords de ma culotte et la glissa sur mes cuisses puis la porta à son nez en inspirant profondément.

Edward la balança sur son bureau d'un geste assuré et caressa de ses mains mes fesses nues, puis mes hanches.

« Tu m'as demandé si je jouirai dans ta bouche Isabella. C'est maintenant ou jamais si tu veux ta réponse. »

Je lui enlevais son haut avant de me mettre à genoux entre ses jambes. J'en profitai pour laisser ma main vagabonder sur son torse, son ventre et m'appliquais à lui retirer son pantalon. Devant mes yeux affamés, son membre engorgé semblait m'attirer comme un moustique à une ampoule, totalement hypnotisée et envieuse de le goûter pour la première fois.

Sans attendre, je me baissai sur lui et le pris en bouche le plus profondément que je pus. Les cuisses d'Edward tremblèrent et sa main vint s'abattre derrière ma tête, y entremêlant ses doigts. Mon mouvement se fit lent mais profond, je n'essayais pas de le taquiner ou de faire des chichis juste histoire de faire savoir que c'était moi qui avait le pouvoir. Je le savais déjà à partir du moment ou il m'avait dit qu'il avait changé d'avis.

Bien que je me délectasse de l'entendre gémir sous ma caresse, je ne pouvais plus attendre qu'il me prodigue à son tour ses attentions. Je le suçai plus rapidement et jouai de mes doigts avec ses testicules. Une longue plainte sortit de sa gorge tandis que sa main se resserrait sur ma nuque, et je sus que l'attente ne serait plus longue.

« Oh oui... Comme ça...» Psalmodia-t-il. « C'est ça...

Je ne pouvais pas le regarder mais je l'imaginai, perdu dans le plaisir, la tête renversée en arrière, les yeux fermés dans la félicité, beau à en pleurer.

« Je vais venir... Isabella... Putain, ta bouche... »

S'en suivit un chapelet de jurons incompréhensibles dont chaque syllabe entrecoupée, faisait contracter mon ventre dans le plaisir. Je sentais couler mon propre jus le long de mes cuisses, excitée comme un pitbull dans un jardin d'enfant.

Alors qu'il jouissait, je le serrais plus fort et continuais à le nettoyer. Je me redressai ensuite et lui tournai le dos. D'un pas assuré, je me dirigeai vers son bureau et m'allongeai dessus.

Je voulais qu'il me voie prendre autant de plaisir que j'avais eu à lui en donner.

Sous son regard, je me sentais belle, forte, désirée. Désirable.

Je glissai ma main sur mon mamelon que je taquinai du bout des doigts. La sensation de le sentir durcir était indescriptible.

J'imaginais que c'était sa main à lui qui me caressait.

Je n'avais aucune gêne à me toucher ainsi devant lui et, bien que ce fût quelque chose que je n'avais jamais fait avant, le feu qu'il avait insufflé à mon corps m'ôta toute forme d'inhibition. Repliant mes jambes, je tournai la tête dans sa direction tandis que ma main droite quitta mon sein et se glissa lentement entre mes cuisses.

« Veux-tu me voir jouir Edward ? » Demandai-je dans un souffle.

Le regard sauvage qu'il me lança à me voir étalée ainsi sur son bureau suffit à allumer un désir plus violent encore dans mon ventre.

J'entrouvris la bouche pour laisser échapper un soupir lorsque mes doigts atteignirent enfin mes plis mouillés du plaisir que j'avais eu à le sucer quelques minutes auparavant. Je jouais avec mon clitoris en haletant et fut obligée de fermer les yeux lorsque j'introduisis mon majeur dans l'étuve de mon vagin. Cependant, après avoir connu l'étreinte brûlante du corps d'Edward, mes doigts m'apparaissaient à présent comme doucereux et fades. La caresse que je me procurais si souvent lorsque l'envie était trop forte ne suffisait pas à atténuer le feu qui coulait dans mes veines. J'avais sur la langue un goût d'inachevé.

« Tu n'as pas... répondu à ma question... Edward... »

Ses doigts se resserrèrent autour des bras de la chaise dont les os pointus et saillants, sous la force de la pression, semblaient vouloir transpercer sa peau. « Putain oui ! »

Sa réponse aussi enflammée que brusque me fit gémir malgré moi. Même si je devais y passer le reste de la nuit, j'allais lui offrir ce qu'il mettait tant d'ardeur à vouloir. Ou je ne m'appelais plus Isabella Swan. Alors, je me fis mon propre fantasme dans la tête, imaginant ses lèvres tétant ma poitrine avec empressement là où je roulais mes tétons entre mes doigts, créant l'illusion de sa bite parfaite qui me ravageait là où ma main massait avec langueur mon sexe humide, laissant mon mirage imaginer sa voix me susurrant au creux de l'oreille des mots crus les plus cochons les uns que les autres. Au bout de plusieurs minutes de tortures mentales, mon souffle était erratique et je sentis monter en moi les prémisses de l'orgasme. Cela arrivait plus vite que lorsque j'étais seule à me caresser mais aujourd'hui je ne l'étais pas. Et c'était sûrement dû au fait qu'Edward était en train de se branler devant moi dans la vision la plus érotique qu'il m'eut été donné de voir.

J'étais arrivée au summum du plaisir et n'eus même pas le temps de redescendre de mon piédestal que je sentis les mains d'Edward attraper mes hanches et me retourner sur le ventre. Je tournai la tête pour voir ce qu'il faisait mais ses doigts saisirent mes cheveux et plaquèrent ma joue contre le bois froid de son bureau. J'haletai dans l'anticipation. Jamais je n'avais désiré un homme avec une telle violence, jamais le fait d'être un peu malmenée ne m'avait excité à ce point, jamais me sentir autant à la merci de quelqu'un ne m'avait fait gémir comme je gémissais en ce moment.

« Si tu savais ce que ça me fait de te voir comme ça Isabella. » J'entendis qu'il se débattait avec son pantalon mais bientôt, je sentis le bout de son gland entrer en contact avec ma peau incandescente.

J'ondulai lascivement des hanches en haletant mais les mains d'Edward me collèrent fermement contre le bois, empêchant tout mouvement.

« Chuuuuuut. Patience. Ou aucun de nous deux n'y trouvera son compte car je te jure que si je ne me calme pas, je vais jouir à la seconde où je te pénétrerais. »

« Ça serait dommage. Je serai obligée de me finir toute seule. »

« Ce n'est pas dans mes plans. Il n'y a que moi... Moi, ma bouche, mes doigts, ma langue et ma queue qui te feront jouir dans les prochaines heures. »

« Quel prétentieux. » Haletai-je.

« Tais-toi ou je te promets de ne pas être tendre. »

« J'ai peut-être envie que tu ne le sois pas. »

D'un coup de rein, il s'enfonça en moi et mes mains agrippèrent le bord du meuble pour ne pas que je glisse par-dessus son bureau. Je poussai un gémissement guttural sous le plaisir et ne fut plus en état de parler.

« Ouuuuui. » Gémit-il longuement en se moulant contre mon dos.

Notre position me faisait sentir chaque recoin de sa peau et chaque juron qui s'échappait de sa bouche me montrait à quel point son plaisir était égal au mien. A l'intérieur, je brûlais littéralement. Je fus déçue de ne pas voir ses muscles en mouvement, de ne pas voir l'expression de son visage dans l'effort, de ne pas pouvoir glisser mon regard sur l'endroit où nos corps étaient joints pour me délecter de la vue de son sexe s'enfonçant en moi avec tant d'envie et de dévotion. Je n'avais que le son mais cela suffisait à me faire atteindre la ionosphère.

Mes mains, qui tenaient avec force le bureau, furent recouvertes par les siennes, entremêlant nos doigts.

« Tu aimes ça ? »

Je gémis.

« Tu aimes que je te prenne sur mon bureau comme ça. Dis-le. »

« Oui. »

« Tu aimerais que je te prenne sur ma table ? »

« Oui. »

« Sur ma chaise ? Par terre ? Moi sur toi ? Toi sur moi ? Oh oui... » Gémit-il comme si cette seule pensée le plongeait dans une extase sans nom. « ...Toi sur moi ce serait si bon. Je te verrai t'acharner sur ma bite, prendre du plaisir pendant que je sucerai tes seins. »

L'image apparut devant mes yeux et je sentais le feu de la jouissance me brûler tout entière.

« Oui... Oui... Ouuuuui. » Priai-je en contractant tous les muscles de mon dos.

Edward continuait d'envahir mon corps dans un mouvement d'une lenteur insoutenable.

Le torse toujours collé contre mon dos, son nez fouillait dans mes cheveux et sa langue ravageait mon oreille.

« Tu as joui ? » Demanda-t-il doucement.

J'hochai la tête en gémissant.

« Parfait. »

Il se redressa, sortit de moi dans un grognement et me pénétra de nouveau avant même qu'il n'eut le temps de me manquer. Ses coups me faisaient m'accrocher encore plus au bois qu'auparavant et le plaisir qui me consumait m'enflamma plus vite qu'une forêt en feu attisée par le mistral.

« Oh ouuui ! Continue! »

« T'inquiète pas. » Souffla-t-il la voix dégoulinante de condescendance. « Je vais continuer. »

Et il tint sa promesse. Toute à mes pensées incohérentes qui allaient de mon inquiétude quant au fait qu'il allait sûrement finir par se casser quelque chose en passant par son extraordinaire endurance sexuelle abracadabrante, je pris même le luxe de m'étonner de voir que j'allais jouir.

Encore une fois.

Ma grand-mère disait « Quand un homme te fait grimper au rideau plus d'une fois dans la même soirée, épouse-le. Ou refile-le à tes copines pour qu'elles puissent de nouveau espérer. » Je n'avais l'intention de suivre aucun de ses conseils. Quoique, quitte à choisir une option, il était hors de question que j'en fasse profiter qui que ce soit d'autre. Il ne s'était passé même pas un mois depuis notre première rencontre que déjà, rien qu'à l'idée qu'il puisse être avec quelqu'un d'autre que moi, j'étais jalouse et possessive comme une teigne. Je n'allais pas commencer à m'attacher sous prétexte que ce mec était un Dieu au lit. Bien que, techniquement, nous n'étions pas dans un lit. Lit, bureau, peu importe ; c'est le résultat qui compte.

Et quel résultat mes aïeux !

Dans le courant de la nuit, j'avais testé plus de positions et eus plus d'orgasmes que dans toutes les six dernières années réunies. Jacob, adepte fidèle du missionnaire, ne m'avait pas fait entrevoir souvent les affres de l'orgasme, quand aux différentes aventures aléatoires depuis mon enrôlement dans l'Armée, elles ne se soldaient pas toujours pas un touchdown.

J'étais tombée amoureuse du sexe d'Edward.

J'étais devenue bitenotisée.

Edward s'étonna de son invraisemblable érection continuelle, me jurant qu'il n'était pas un monstre de la nature et que c'était la première fois que ça lui arrivait. Je me sentais flattée.

De mon côté, je lui assurai que je n'étais pas une nympho hystérique accroc du sexe et lui avouai que la situation était aussi inédite pour moi qu'elle l'était pour lui.

Aux premières lueurs du jour, je regagnai ma tente et lorsque je fus seule dans mon lit, dans cette odeur de sueur, de sexe et de sable, je repensais à ce que nous avions convenu Edward et moi. Une telle chose ne pouvait pas se reproduire. Sur l'instant, repue et persuadée de l'être pour les six prochaines années à venir, cela m'avait paru judicieux mais maintenant... Maintenant, j'avais encore envie de me noyer dans son corps et de lui souffler les mots crus que je lui avais soufflé dans le creux de l'oreille et qui l'avaient fait jouir instantanément, il n'y avait même pas trente minutes.

Nous avions décidé de tout arrêter avant que la situation ne vienne nous bouffer et anéantir tout ce pour quoi nous étions là.

Mais seulement voilà, nous ne nous sommes jamais arrêtés. Il y eut des troisième fois, des quatrièmes, des dizaines de fois en plus. Nous n'arrivions jamais à nous arrêter. Le désir nous harcelait sans cesse.

La nuit couvrait nos cris étouffés et notre frustration de ne pas se tenir dans des lieux où nous pourrions nous adonner sans bride à l'expression de notre jouissance. Elle était toujours silencieuse ou muselée pour ne pas qu'elle nous compromette.

Parfois, il nous arrivait de ne pas avoir le temps d'enlever complètement nos vêtements, d'autres fois on prenait le temps de découvrir le corps de l'autre. Parfois, aucune parole n'était échangée, d'autres fois, on parlait pendant des heures. Jamais d'ici, toujours de là-bas. Parfois, il y avait juste des regards complices partagés dont nous étions les seuls à en saisir la signification.

Mis à part l'interdit qui exacerbait mon désir, il y avait chez cet homme quelque chose qui me fascinait littéralement. L'excitation supplémentaire causée par notre situation atypique ne suffisait pas à expliquer à elle seule cette fougue acharnée qui me poussait vers lui malgré tous les risques.

J'étais arrivée à un point où j'eus le souhait violent d'être Icare et de pouvoir voler le soleil pour que les ténèbres nous engloutissent et nous laissent savourer ce que nos corps voulaient nous dire désespérément mais que nous refusions toujours d'écouter. Je voulais avoir le pouvoir d'arrêter le temps pour que les nuits nous appartiennent enfin.

Mais, en fait, nous étions bercés dans une douce illusion même si cette dernière nous semblait un leurre plus vrai que nature.

Les nuits ne nous avaient jamais appartenu.

Et le temps aussi...

Il y avait un tas de choses que je n'avais pas compris ou anticipé à l'époque.

La réalité était venue me frapper aussi violemment que certaines leçons que la vie vous inculquait avec toute la cruauté dont elle fait parfois preuve.

J'allais payer cher ce manque d'anticipation sauf que je ne le savais pas encore...

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Note de l'auteure :

Nous arrivons doucement (mais surement) vers la fin...

*Snif*

A demain ^^