La pluie recommence à tomber, mais c'est plus une bruine qu'un torrent comme il y a encore une heure. Enfin, si ça se trouve, peut-être que je vais finir par inonder la ville. Je crois que la Tamise n'est pas encore sortie de son lit…
Remus me caresse doucement la paume avec son pouce. Soudain, alors que personne n'a prononcé un mot, ce simple geste ne paraît plus lui suffire, et il me prend dans ses bras tandis que je frôle la crise cardiaque. Je ne vois pas son visage, mais soupire d'aise tandis qu'il m'enlace et m'installe sur ses genoux, telle un bébé, comme il l'a si souvent fait à Poudlard.
J'enfouis mon visage dans son cou, et inspire à nouveau une énorme bouffée de son adorable odeur. La pluie s'est arrêtée. Pourtant, je pleure. Ce sont des larmes d'aise cependant. Je suis si bien dans ses bras ! Il m'a tellement manqué ! Je l'aime tellement ! Rien ne m'indique qu'il pense la même chose, mais au moins il ne me déteste pas, sinon quoi il serait à l'autre bout du salon.
- Chérie…
Hein ? Quoi ? C'est à moi qu'il parle ? Qui d'autre en même temps, il n'y a que nous dans la pièce. Mais il m'a appelée Chérie ! Incroyable. Il faut vraiment que je fasse attention, sinon je risque de créer une infinité de petites bulles roses en forme de cœur. Ce serait vraiment mièvre, pour le coup. Peut-être que…
Je lève le nez vers lui, et manque de rester en extase. Qu'il est beau, qu'il est beau ! (pourvu que je ne me mette pas à baver…) Cent fois plus que moi, pour le moins ! Remus me regarde. Sur ses lèvres est dessiné un de ces petits sourires qui me plaît tellement. Je dois paraître au summum de la niaiserie, car je suppose que je le contemple avec un air béat-idiot des plus inadéquats. Enfin, je n'y peux rien, les circonstances m'empêchent de garder mon sérieux.
- Mon amour…
Mes larmes redoublent, sans que j'en connaisse la raison. Est-ce que par hasard… ? Non, ce serait trop beau. Pourtant, c'est ce que disent les apparences. Mais je sais mieux que personne qu'elles peuvent ne pas s'accorder avec la réalité, et c'est cela qui me fait pleurer.
- Arrête de pleurer s'il te plaît. Je suis désolé.
Je ne comprends pas. De quoi s'excuse-t-il au juste ? Ce serait plutôt à moi de le faire.
J'ouvre donc la bouche pour répliquer, mais n'en ai pas le loisir. Avant que le moindre son ne puisse sortir de ma gorge – et Merlin sait combien je peux être rapide – Remus me redresse, et je sens sur mes lèvres cette sensation bien connue, pour laquelle je donnerai tout au monde.
Il m'embrasse, et je lui rends son baiser.
Je le retrouve tellement ! Une fois encore, ses mains restent sagement autour de moi, sans se livrer à une exploration déplacée. Pourtant, il me serre fort contre lui, comme s'il craignait que je ne m'échappe.
Il me connaît mal alors. Il n'y a aucun danger.
Je revis presque notre premier baiser. Comme ce jour-là, Remus m'a empêchée de parler. Comme ce jour là, il m'embrasse. Comme ce jour là, je me colle contre lui et me sens parfaitement à mon aise dans son giron, oubliant toutes les questions qui me torturaient il y a encore une minute.
Lorsque Remus se détache de moi – à mon grand regret d'ailleurs – ses yeux brillent. Il me faut quelques instants pour comprendre que, à son tour, il pleure.
- Oh, mon amour…murmure-t-il.
Ce disant, il me colle davantage contre lui et enfouit son nez dans mes cheveux. De mon côté, j'inspire à plein poumons son odeur, dont je ne pourrais à présent plus me passer.
- Si tu savais combien je t'aime, reprend-t-il. Je suis tellement, tellement désolé…
Cette fois-ci, c'est moi qui lui coupe la parole en l'embrassant. Il me suffit d'être rongée par le remord d'avoir joué à la savonnette, je ne veux pas en plus qu'il s'accuse à ma place.
Une minute… Il a dit que… !
- Tu n'as pas à t'excuser, je murmure doucement. Tu n'as rien fait. Je suis navrée, vraiment navrée. Je t'ai menti, je t'ai évité pendant des années. Je n'aurais pas dû. Pardonne-moi, mon amour, pardonne-moi.
- Il n'y a rien à pardonner, répond-t-il en inspirant une nouvelle bouffée dans mes cheveux. Je ne l'avais pas volé. J'ai été stupide. Pas un instant je n'ai pensé…Vois-tu, ma chérie, j'avais tellement peur de te faire du mal que j'ai agi comme un idiot. Lorsque je t'ai vue, la dernière fois, endormie au creux de mes bras, je t'ai trouvé si belle, je t'aimais tellement, que j'ai craint qu'un jour je ne te blesse sans le vouloir, et ne transforme ta vie en enfer. Je n'ai pensé qu'à toi. Je suis un monstre, mon amour, et je refuse de te faire du mal. Je comprends tout à fait ta réaction. Aucune personne sensée ne voudrait être avec…un loup-garou. Je pensais te préserver en te taisant la vérité. J'ai même essayé de t'oublier. Mais lorsque je t'ai vue dans la Grande Salle…plus belle que jamais…lorsque j'ai compris que tu avais senti ce que je suis…et combien j'avais eu de chance…j'ai perdu tout espoir de te récupérer. J'y avais pensé à chaque instant depuis…ce jour-là, mais au moment où tu as senti mon odeur, tout s'est effondré. J'ai essayé d'aller m'expliquer, mais sans grande conviction. Tu nous fuyais, et j'ai compris. Aucun être ne voudrait fréquenter…un loup-garou. Tout s'est confirmé pour moi lorsque tu es partie avec ton professeur. J'ai failli te retenir, ne pas te lâcher, quand tu t'es envolée pour rejoindre Brocéliande. Mais il m'a paru…que tu y serais mieux.
Très mauvais raisonnement. Qui nous a fait perdre beaucoup de temps.
Je le repousse légèrement, et m'assied à califourchon sur ses genoux. Passant un de mes bras autour de son cou, je plante mon regard dans le sien. De mon autre main, je passe un doigt sous ses yeux, effleurant ses pommettes, et ses larmes disparaissent aussitôt. Les miennes, en revanche, redoublent.
- Je me fiche que tu sois un loup-garou.
Ma voix n'a été qu'un murmure, mais je sais pertinemment qu'il m'a entendue.
- Mais mon odeur…
- Laisse-moi terminer. Ton odeur…ne me dérange pas. J'ai été incommodée à Poudlard, mais c'était si…nouveau. Je devais faire face à tant de choses que, c'est vrai, j'ai d'abord commencé par ne pas tolérer ton parfum. Mais maintenant…elle m'a trop manquée pour que je ne puisse pas la supporter. Je l'aime bien, même.
Silence. Remus ne dit rien tandis que je rassemble mes idées. Prenant cela pour un encouragement, je reprends :
- Tu pourrais être un géant ou un vampire que ça n'y changerait rien. Si je fuyais…Je n'ai jamais eu le cran qu'il fallait pour dire le fond de ma pensée. J'ai demandé au Choixpeau de m'envoyer à Gryffondor…parce que ma famille y avait toujours été et que je voulais voir ce qu'était devenu mon frère. Mais je n'ai jamais été courageuse. Juste tête brûlée. Combattre un dragon ne me pose aucun problème, mais te parler…à toi ou à James…J'avais peur. J'ignore pourquoi, d'ailleurs. Je n'aime pas…la perspective de me retrouver confrontée à quelqu'un. C'est pour cela que j'ai quitté Brocéliande il y a sept ans. Galadriel avait failli mourir, et cela par ma faute. Je voulais fuir, nier le monstre que je suis. Je me contrôle à peine, tu sais. Ma…magie me donne un pouvoir hors normes, mais je ne peux guère prétendre à être comme mes semblables, une Gardienne de la Paix. La plus petite des contrariétés peut déclencher une réaction phénoménale. Tu m'as certes caché la vérité, mais je ne suis pas plus glorieuse. Je t'ai menti. J'ai tout caché, de ma nature à mon nom. Crois-moi, j'en suis désolée.
Nouveau silence, mais aucune gêne. Tout est dit. Je me sens libérée. Tranquille. Complète. Comme j'ai été idiote de redouter ce moment ! Jamais je n'ai été plus heureuse qu'en cet instant.
Et j'ai Remus.
Attention…Action ! Ceux qui n'aiment pas la mièvrerie et la guimauve rose ridicule sont priés de faire un détour.
Sans dire un mot, Remus attrape mon visage entre ses mains et, du pouce, entreprend d'assécher mes larmes. Puis, toujours sans rien dire, il m'attire contre lui et me donne un fabuleux baiser, où je mets tout mon amour.
Ce faisant, tandis que je me colle à lui et qu'il m'enlace de toute sa force, je passe mes doigts dans ses cheveux, toujours aussi doux. Mon contact les assèche entièrement, et j'en profite pour y mettre plus de désordre que j'en ai jamais fait dans ma chambre lorsque j'étais enfant. Il m'a tellement manqué que je veux emplir ma mémoire de son souvenir, combler les vides que son absence a creusée.
Lorsqu'il me relâche, c'est pour me contempler. Son regard brille tellement d'amour, j'y lis tant de passion, que je me penche à son oreille et murmure les deux mots les plus importants de toutes les langues, ceux autour desquels je compte bien bâtir toute mon existence à partir de ce jour : je t'aime.
Pour toute réponse, Remus me serre contre lui au point de manquer de me couper la respiration. Mais je me sens si bien dans ses bras que je ne proteste pas. Nous sommes ensembles, nous ne nous quitterons plus, tout est parfait.
- Tu sais que James est ravi ? me souffle-t-il tout bas.
Mon frère, content ? Ce serait une première. Du peu que je me souviens de lui, j'ai plutôt cru comprendre que c'est un râleur professionnel. C'est peut-être ça qu'il fait dans la vie d'ailleurs. C'est bien, mais la concurrence est rude dans cette branche.
- Comment cela ?
- Il est mon meilleur ami. Crois-moi, il est aussi content que le jour où Lily lui est tombée dans les bras.
Je grimace en repensant à cette fameuse journée. Le soir, James avait hurlé son bonheur pendant toute la nuit, je n'avais pu fermer l'œil. Il faut en plus ajouter à cela que sa chère et tendre ne se lassait pas de faire le panégyrique de son crétin de copain, et qu'entendre raconter combien mon frère embrassait bien avait de quoi me donner des nausées. Heureusement qu'elle a dépassé ce stade.
- Je ne comprends pas.
- Il est très attaché à toi, tu sais. Alors savoir que toi et moi…Après que Galadriel nous ait…heu…parlé…
James m'apprécie ? Une grande première.
Une minute…non, j'ai un doute, il faut que je réponde avant de tirer mes conclusions.
- Vous m'avez cherchée. J'espionnais.
- Le pire, c'est que ça ne m'étonne même pas. Enfin, comme tu le sais, aucun de nous ne t'a trouvée. Tu t'es très bien débrouillée sur ce coup. Tout ce que nous avons vu, c'est un fantôme dans une colère noire et des armures détruites. Le professeur Mac Gonagall était furieuse, d'ailleurs, c'était très drôle à voir. Bref, toujours est-il que tu demeurais introuvable. James n'était pas de très bonne humeur. Il me traînait comme un paquet, m'accusant – et il n'avait pas tort – de t'avoir rendue malheureuse, et de je ne sais combien d'autres maux tous justifiés. J'étais en une seconde passé du rang de victime à celui de criminel. Je ne l'avais pas volé, n'empêche.
Soupir. Quand cessera-t-il donc de se fustiger ?
- Arrête de t'accuser, je grommelle. Je ne crois pas non plus avoir été un exemple de bonne conduite.
- Je suis allé trop loin, et j'en suis vraiment désolé. Quand même, je me demande…Galadriel nous avait dit…que toi et un autre Furien…
Ça, c'est quelque chose qui plairait à Carena, grande romantique devant l'éternel. Remus est jaloux de Maël ! Il n'y a aucune raison à cela d'ailleurs. Entre les deux, il n'y a pas photo. Rien au monde ne pourrait me faire changer d'avis. N'empêche…ça me plaît bien. Au moins, je peux être sûre qu'il tient à moi.
- Maël est un bon ami, je m'empresse de dire avant qu'il ne s'invente n'importe quoi. Notre…relation n'a duré que trois mois, et c'était plus de l'amitié que de l'amour. Nous avons rompu d'un commun accord, deux ans avant que je ne te rencontre. Je ne l'ai pas revu depuis quatre ans. Tu es cent fois mieux que lui. Ça répond à ta question ?
Manifestement, oui. Remus m'attire à lui en une invitation si irrésistible qu'il ne nous faut pas beaucoup de temps pour reprendre l'activité interrompue par notre conversation.
Cet instant si idyllique est malheureusement brisé par un cri des plus puérils venant de la pièce attenante. Sirius hurle de joie, sans que nous ne sachions pourquoi.
GRRR ! Il l'a fait exprès, j'en suis sûre. Ce soir, hot dog !
- J'ai gagné, j'ai gagné, j'ai gagné ! braille-t-il.
J'étouffe un rire. Tout s'éclaire. Mais ce son extérieur, le premier depuis la fin de la réunion, nous informe qu'il est temps de quitter notre petit paradis pour revenir sur terre.
