Auteur : Nat, comme toujours.

Disclaimer : Je ne possède rien, à part l'idée. Et encore, je doute qu'elle soit bien brillante…

Spoiler : L'histoire se passe au cours de la guerre de Kharlan, donc forcément oui, il y a du spoiler.

Warning : J'aime les trucs maniaco-dépressifs ! =D Pas vous ? Sinon, shônen-ai et léger yaoi, homophobes s'abstenir. Présence possible d'OOC, donc contre-indication pour les maniaques des personnalités respectées. Ah, et désolée d'avance pour tous les fans de Yuan !

Résumé : La lune est noire. Elle croît, elle devient pleine, elle décroît. Puis elle redevient noire. Comme un espoir qui naît, grandit, s'épanouit, et finit par mourir. Ainsi va la vie… Elle dure le temps d'une lune.

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Séquelle

Dernière lettre

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Plusieurs jours avant de quitter le Cruxis, Kratos écrivit une lettre à son dernier ami, le seul auquel il ressentait le besoin de dire adieu avant de s'en aller.

Martel est témoin du nombre d'heures qu'il passa, penché sur bureau, de nuit comme de jour, à chercher les bons mots pour exprimer ses idées et sentiments, à froisser d'un geste las ou rageur un brouillon qui ne le satisfaisait pas.

Il ne se relut qu'une fois, lorsque la lettre définitive fut écrite. Puis il la plia en quatre et descendit silencieusement au rez-de-chaussée, traversant la maison déserte qui l'avait abrité pendant tant d'années comme on traverserait un sanctuaire.

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Yuan,

Avant toute chose, excuse-moi de profaner ainsi ta tasse préférée. J'ai choisi de déposer ici ce message parce que je sais que te servir du café est la première chose que tu fais en rentrant de Derris-Kharlan.

Au moment où tu liras ces lignes, je serais parti et sans doute déjà loin. Je suis désolé de ne pas t'avoir annoncé mon départ de vive voix, mais je n'avais aucune envie de répondre aux questions que tu n'aurais pas manqué de me poser, et ne me sentais pas le courage d'affronter ton regard.

Je vais essayer de justifier ici un acte qui te paraîtra sans doute insensé, mais sur lequel j'ai pris le temps de réfléchir longuement et qui me semble la meilleure solution à la situation présente. J'ignore si j'y parviendrais : j'ai beaucoup d'autres choses plus importantes à te dire, que je n'ai jamais osé évoquer avec toi et qui me paraissent plus simples à expliquer par écrit qu'en présence réelle. Le temps m'étant compté, je préfère m'attarder sur elles plutôt que sur des justifications qui ne serviraient qu'à me donner bonne conscience, puisque je sais que je ne te manquerais pas.

J'ai décidé de quitter Derris-Kharlan. Depuis de longs siècles déjà, l'attitude de Mithos à l'égard des Humains, des Elfes et même des demi-Elfes de la terre me semble profondément injuste. Il dénigre et méprise les deux premiers, et ne considère les seconds que comme le moyen d'obtenir ce qu'il désire, à savoir le retour de Martel. Son affection pour sa sœur a tourné à l'obsession, sans doute même à la folie. Avant de songer à me contredire, regarde ce qu'il a fait, ce que nous avons fait sous ses ordres, et dis-moi : n'est-ce pas pure folie que d'avoir créé ce monde inégalitaire et qui ne pourra jamais être autre chose que cela, dominé par une lutte des races et par le sacrifice structurel d'un innocent ? Depuis quatre mille ans, des centaines de milliers de gens souffrent de la discrimination, de la famine, de la pauvreté… Et tout ça par notre faute. Tout ça parce que nous avons été incapables d'accepter le décès prématuré de notre amie, et que nous avons laissé Mithos outrepasser toutes les limites de la morale et de la dignité dans l'unique but de retrouver sa sœur déjà morte. Il est prêt à tout, Yuan. Il est prêt à nous sacrifier nous, à sacrifier notre monde si cela pouvait servir le retour de Martel parmi nous. Et je crois qu'il est allé bien trop loin. Nous aurions dû l'arrêter il y a des années. Et c'est ce que je me suis enfin décidé à faire.

J'ai appris que Kvar avait réussi à créer une exsphère parfaite qui équivaudrait, en termes de qualité, à nos cristaux du Cruxis. J'ai pensé que grâce à cela et à l'anneau spécial dont nous avait parlé Origin, je pourrais m'emparer de l'épée originelle et réunifier le monde. Je sais que pour que le monde soit vraiment sauvé, il faudrait faire germer la graine suprême qui contient l'âme de ta fiancée et provoquer ainsi sa mort définitive. Pardonne-moi, mais c'est ce que je me suis résolu à faire. Martel est morte depuis longtemps, et je doute que Mithos parvienne à lui trouver un jour un réceptacle convenable, même avec le système des Elus. De plus, je suis intimement persuadé qu'elle n'aurait jamais voulu que notre monde connaisse les bouleversements qu'il a connus et qu'elle serait heureuse de le voir revenir à sa forme originelle. En tant que son ami, je voudrais que son âme puisse enfin trouver le repos qu'elle mérite. J'ai donc l'intention de récupérer cette exsphère spéciale, de forger cet anneau et de détruire cette absurde structure de mondes parallèles et dépendants.

J'ignore si tu comprendras mon mode de pensée, et je n'ai pas le temps de m'avancer plus avant sur ce point. Il y a d'autres choses que je voudrais te dire, et elles sont à mes yeux bien plus importantes.

Mais avant cela, je voudrais te remercier. Tu as supporté ma présence à tes côtés pendant plus de trois millénaires, malgré toute la haine que tu dois me vouer et tout le dégoût que je dois t'inspirer. Rien n'était plus précieux pour moi que ce semblant de vie que nous partagions. Je savourais chaque seconde que nous passions ensemble, même si nous ne nous parlions presque jamais. Je préférais ton silence aux phrases blessantes que tu pouvais parfois dire sans le vouloir. Peut-être le voulais-tu, d'ailleurs. Mais s'il-te-plaît, laisse-moi encore croire que non.

Mithos Yggdrasill est un homme aussi puissant que fou, et j'ignore si je reviendrais vivant de ce périple. Aussi voudrais-je dire ici tout ce que je n'ai pas osé te dire en face.

Je ne sais pas vraiment par où commencer. Tout est si confus… Je voudrais tout te dire en même temps, et pourtant les mots refusent de quitter ma plume pour se fixer sur cette feuille… Tant de sentiments contradictoires agitent mon esprit depuis si longtemps que j'ai du mal à y voir clair. Je sais, cela ne me ressemble pas, cela ne correspond pas à l'image que j'ai donnée de moi depuis ces presque quatre milles ans que nous avons traversés. Mais sache que derrière une image factice se cache souvent un cœur qui pleure. Le mien ne pleure plus depuis longtemps : tu lui as volé ses dernières larmes.

Je mentirais en disant que je ne t'en veux plus, tout comme je mentirais en disant que je ne t'aime plus. Sans doute me haïras-tu un peu plus en lisant ces mots. Sans doute te dégoûterais-je un peu plus. Mais je voulais te le dire. Je voulais que tu le sache, d'une manière ou d'une autre. Je n'ai plus rien à perdre, de toute façon. Et comme je pars, je n'aurais pas à supporter ton regard. Pardonne-moi si je t'offense, là n'est pas mon intention. Je voudrais juste que tu te rappelles et que tu essayes de me comprendre.

Te souviens-tu de nos regards, nos sourires, nos instants de bonheur que nous volions au temps ? Te souviens-tu de notre nuit, celle que nous avons passée enlacés dans cette clairière, celle où tu m'as fait croire que je pouvais moi aussi être aimé ? Je ne les ai jamais oubliés. Tous ces souvenirs me hantent et me poursuivent. Souvent la nuit, ils enflamment mon esprit, le troublent et le trompent. Je confonds la caresse de mon drap avec celle de ta main, le frôlement d'un courant d'air avec celui de ton souffle, le chant du vent avec celui de ta voix. Et lorsque la réalité me reprend, le seul Yuan près de moi est celui du passé, tel une pensée pâle et tremblante sous la lumière fantomatique de la lune, et qui s'efface dès les premiers rayons du soleil. Je t'ai tout donné, Yuan. Tu as tout détruit.

Je n'ai pas non plus oublié cette nuit où tu l'as choisie, elle. Sans doute avais-tu raison. Elle pouvait te donner bien plus que moi. Sans doute était-ce mieux pour nous deux. Je ne sais pas. Tu avais tes raisons, que j'ai toujours ignorées. Tout ce que je sais, c'est que lorsque tu es venu me voir, et lorsque tu es parti, j'ai cru que le soleil ne se lèverait pas pour moi. La lune était noire, cette nuit-là, je ne sais pas si tu t'en souviens. Tu étais mon rayon de lune. Et tu t'es éteint comme elle, me laissant dans l'ombre. J'ignore si je pourrais un jour trouver quelqu'un pour te remplacer… Je l'espère et le crains à la fois. J'ai peur de t'oublier, peur de souffrir encore plus. Parfois, j'ai l'impression de devenir fou.

Je sais que tu ne m'as jamais pardonné d'avoir accepté le cristal de Mithos, il y a si longtemps. Je n'ai jamais voulu te dire pourquoi j'avais commis pareille folie. Aujourd'hui, je peux le faire puisque je ne te reverrais probablement pas. Je l'ai fait pour toi, Yuan. Tu avais dit que c'était ma race qui te répugnait, que si mon sang n'avait pas été celui d'un Humain, tu aurais pu m'aimer. Nous aurions pu être heureux, toi et moi, si seulement je n'avais pas été Humain. J'ai fait l'erreur de croire qu'en acceptant cette pierre, j'effacerais toutes ces différences qui nous séparent et que, une fois que nous serions semblables, je te retrouverais. Mais ce maudit caillou a fait de moi un monstre. Un monstre à visage d'homme et aux ailes de mana, un monstre que tu ne pourrais jamais aimer. C'est ce que j'ai vu dans ton regard lorsque je me suis réveillé. Je veux que tu ne saches jamais combien cela fait mal.

Comme je te l'ai dit plus haut, ces moments que nous avons passés ensemble dans cette maison où tu trouve actuellement sont parmi les plus précieux souvenirs que j'emporte avec moi. C'est triste d'en arriver à dire cela, mais l'agaçant goutte-goutte de ta cafetière me manquera. C'est pour ça que je ne suis pas parti plus tôt. Je ne voulais pas me séparer de toi, ni de tout ce qui me rappelle ta présence dans ma vie. Je t'aime, Yuan. Mais j'aime aussi ce monde. Tu m'as quitté pour Martel il y a quatre mille ans, je te quitte pour le monde aujourd'hui. Je me battrais pour lui. Il est tout ce qu'il me reste.

Avant de te laisser enfin tranquille, je voudrais te dire une dernière chose. Souvent, l'envie me prend de tout laisser tomber. Je ne sers à rien, Mithos a disparu pour laisser place à Yggdrasill, ton indifférence me fait mal… Mais je ne trouve jamais le courage d'en finir. J'ai toujours été lâche. Je n'ai jamais été capable de regarder la mort en face. Je ne pourrais jamais la rencontrer, à moins que quelqu'un d'autre ne me la donne. Si ça pouvait être toi, si tes bras pouvaient être mon linceul, si ton visage pouvait être la dernière image que je garderais de cette vie, alors je mourrais heureux. Mais cela n'arrivera jamais.

Je souhaite que tu trouves un jour le bonheur que tu mérites. J'espère pouvoir te revoir un jour, pouvoir te retrouver… Même si j'ai appris depuis longtemps à ne plus y croire. Surtout fais attention à toi, porte-toi bien, et n'abuse pas de la machine à café : il n'est pas bon d'avoir constamment les nerfs à fleurs de peau.

Ne me tiens pas rigueur de cette lettre, elle n'est que le chant du cygne d'un amour impossible qui, je l'espère, cessera un jour de me hanter. Adieu, et bonne chance à toi.

Ton vieil ami,

Kratos A.

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Kratos déposa cette lettre dans la cuisine, au matin de son départ, espérant secrètement que ses mots couchés sur le papier sauraient toucher le cœur de son ancien amant.

Il ignorait que Yuan ne les lirait jamais.

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Hum. Ces deux là ont un sérieux problème de communication… Outre l'intervention de la tasse de café, naturellement. J'ai essayé de mettre en valeur la notion de dialogue impossible entre Kratos et Yuan, puisqu'ils parlent tous les deux des mêmes choses mais ne parviennent jamais à se comprendre… J'ignore si j'ai réussi. Et je crains d'avoir réussi un autre tour de force : décrire le Kratos le plus OOC de toute l'histoire de la fanfiction…

Yuan : Au moins tu es honnête avec toi-même, c'est déjà un bon point.

Nat : … è.é

Kratos : Douce Martel ! Heureusement que Yuan n'a jamais pu lire ces lignes. Je croyais que tu détestais le niais et les fleurs bleues ?

Nat : Je déteste le niais et les fleurs bleues. Mais quand ça peut être triste, ça passe.

Yuan : Ce que je trouve triste, c'est que tu ais bossé pendant une partie de ta nuit sur ce navet…

Nat : Oui bon, ça va.

Cette lettre à la noix m'a donc cassé les pieds pendant la moitié de la nuit, et je suis contente qu'elle soit finie ! Je peux maintenant considérer cette fic comme étant terminée. Merci à toutes celles qui l'ont lue jusqu'au bout !

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A propos, j'ai une réclamation à faire.

Voilà, je sais que ce n'est pas dans mon habitude de demander des reviews à la fin de chaque texte, mais j'aimerais me taper mon gueule juste pour celui-ci (et sur d'autres si nécessaire).

J'ai passé beaucoup de temps à travailler sur cette histoire, et surtout sur cette lettre. Mon travail a dû être payant, puisque le site a enregistré quatre-vingt-trois visiteurs sur cette histoire à être venus deux cent trois fois, pour ce mois de novembre 2010. C'est pas trop mal, me direz-vous, même si j'ai vu bien mieux. Seulement voilà, sur ces quatre-vingt-trois visiteurs, seuls deux ont daigné laisser des reviews (merci à Marina et Akina).

2. Sur 83. Autant vous dire que je l'ai un peu en travers de la gorge.

De moins en moins de personnes prennent la peine de laisser un commentaire sur le texte qu'elles viennent de lire. J'ai d'ailleurs déjà vu plusieurs auteurs dans d'autres sections s'en plaindre sur leur profil.

Je sais que tous n'attachent pas une importance excessive aux reviews reçues (ou non), mais personnellement, j'ai tendance à considérer qu'un commentaire est un peu comme le "salaire" d'un auteur pour le texte qu'il a pris du temps à écrire. Eh oui, on ne pond pas un texte comme ça, en claquant des doigts. C'est d'ailleurs bien dommage. Il faut y passer du temps. Et c'est toujours extrêmement frustrant de constater qu'une histoire reste sans réponse. Une histoire, c'est comme un écho : s'il n'y a pas de bruit pour l'alimenter, il meurt. Et l'envie d'écrire aussi, d'ailleurs.

D'une manière plus générale, quand je vois le nombre extrêmement restreint de personnes laissant des commentaires (et ce sont souvent toujours les mêmes), je me sens parfois découragée. J'hésite à continuer d'écrire, me demandant : "est-ce que le problème ne viendrait pas de moi ? Est-ce que ce que j'écris est pourri au point qu'on n'ait même pas envie de donner un avis ? Est-ce que ça sera pareil pour mon prochain texte ? Et est-ce que ça vaut vraiment la peine de le faire, après tout ? Personne ne lira ça, de toute façon." Heureusement, il y a toujours eu quelques personnes pour me re-booster. Sans elles, j'aurais probablement tout laissé en plan depuis longtemps.

Donner un texte à lire est du bénévolat. Y donner une réponse est un acte gratuit, qui ne coûte rien mais qui fait énormément plaisir et qui redonne confiance en soi aux auteurs.

J'ignore si vous donnerez suite à cette réclamation. J'espère simplement que vous comprendrez ce que j'essaye de dire, même si je le fais de manière assez peu diplomatique, avouons-le. Veuillez m'en excuser.

Je vous souhaite à tous une bonne journée ! =D

Natanael.