Hermione désespérait. Elle n'arrivait vraiment pas à fermer son esprit plus de quelques secondes, et Snape ne faisait absolument pas d'efforts pour l'y aider. Elle comprenait mieux Harry à présent, lorsque Snape lui avait donné des cours en cinquième année.
Au bout d'une énième fois, elle se laissa tomber à même le sol, découragée. Son obstination de Gryffondor commençait à lui faire défaut, et elle en voulait terriblement à Snape de l'avoir ramenée à Poudlard alors que ses amis avaient été sauvés au bout de quelques heures.
- Granger, relevez-vous et faites moi un meilleur bouclier ! Ce n'est pas en restant assise comme vous le faites que vous allez réussir à bloquer le Seigneur des Ténèbres !
- Je le sais bien, mais peut-être qu'en ayant un meilleur professeur je réussirais un peu mieux, non ?
- Eh bien, je suis dans le regret de vous annoncer que vous allez devoir vous contenter de moi, fit Snape, tout aussi sarcastique. Debout, maintenant ! Nous n'avons que très peu de temps, et je n'ai absolument pas envie que ma couverture soit ruinée à cause d'une gamine qui ne veut pas se donner les moyens de réussir !
- C'est de votre faute, aussi ! s'écria Hermione, hors d'elle. Pourquoi est-ce que vous m'avez ramenée ? Je ne voulais pas, moi ! Ron et Harry sont en sécurité maintenant, et à cause de vous, je ne peux pas tenir la promesse que j'avais faite à Harry ! Je devais les aider à neutraliser Volde...
- Taisez-vous, espèce de crétine ! Ce nom est tabou, vous voulez vous faire enlever par les Mangemorts ?
- Ah, ce n'est pas le cas ? C'est marrant, vous avez un joli tatouage sur le bras, non ?
Snape la fusilla du regard, et fit un gros effort sur lui-même pour ne pas lui mettre son poing dans la figure.
- Vous savez très bien pourquoi j'ai ce tatouage, il est inutile que je vous le répète !
- Ah, oui, parce que vous êtes un sombre idiot qui n'a pas réfléchi aux conséquences de ses actes !
- Cessez de parler de ce que vous ne connaissez pas ! J'étais jeune, influençable ! Lucius Malfoy m'a présenté au Seigneur des Ténèbres, et il savait que j'avais besoin de faire mes preuves...
- Faire vos preuvez ! railla Hermione. Vous vous moquez de moi, ou quoi ? Faire vos preuves ? C'est ce que vous avez dit au Magenmagot, à Dumbledore, pour qu'ils vous innocentent ? Je sais très bien que, pris de remords après la mort de Lily Potter, vous avez été pleurer auprès de Dumbledore parce que vous vous dégoûtiez vous-même !
Snape pointa la baguette sur elle, furieux.
- Ne vous moquez pas de moi Granger. J'ai tous les droits sur vous, alors ne me tentez pas. Vous ne savez pas ce que je suis capable de faire.
- Vous ne pourriez pas, vous avez besoin de m'entraîner à l'Occlumencie pour ne pas que je dévoile involontairement les secrets de l'Ordre et de Harry.
- Sauf que, répliqua Snape, vous devez avoir l'air folle. Mais si je vous rendais vraiment folle à coup de Doloris et autres tortures, je n'aurais plus besoin de vous apprendre l'Occlumencie n'est-ce pas ?
- Dumbledore ne vous le pardonnerait jamais ! cria Hermione, la frayeur commençant à glacer ses veines.
- Que représente l'opinion d'un tableau ? Pour le reste de l'Ordre du Phénix je suis un salopard fini, alors ça ne changera pas grand-chose à ma position. Qu'est-ce que j'ai à perdre ?
Tout en parlant, Snape s'avançait doucement vers Hermione, qui s'était levée et reculait petit à petit vers la porte. Elle porta machinalement la main à sa poche et se rendit compte avec frustration qu'on lui avait enlevé sa baguette lors de son entrée au Manoir Malfoy.
- Votre diginité ? tenta-t-elle dans un couinement aigu.
Elle n'obtint qu'un ricanement dédaigneux en guise de réponse.
- Votre honneur... Je ne sais pas moi ! Mais qu'est-ce que ça vous apporterait ?
- Rien, bien sûr, à part l'immense soulagement que votre silence me donnerait !
- Je me tais, promis, mais pitié ne vous abaissez pas au niveau de Bellatrix !
- Ce n'est pas mon intention tout compte fait. Mais j'ai enfin réussi à vous faire peur. Dumbledore me tuerait de toute façon...
Snape avait l'air très content de lui, et toisait Hermione de toute sa hauteur. De nouveau mal à l'aise, Hermione fit un pas sur le côté : elle n'aimait pas se retrouver aussi près de quelqu'un d'aussi grand. Elle se sentait en infériorité et détestait ça.
- Vous êtes content ? grommela-t-elle.
- Assez, oui. Maintenant vous me faites un bouclier digne de ce nom ou vous continuez à me parler sur ce ton et à jouer avec le feu ?
- On s'y remet, grogna Hermione. Mais ne vous avisez plus de me menacer.
- Ou sinon ? fit Snape avec un petit sourire suffisant. Vous n'avez pas de baguette, vous n'êtes pas en position de me menacer de quoi que ce soit.
Hermione se mordit la lèvre et fusilla Snape du regard. Il semblait beaucoup s'amuser de la situation. *Sadique*, pensa-t-elle, furieuse.
- Vous me le lancez ce fichu sort ou on attend demain ?
- Legilimens !
C'était un coup bas. Hermione n'avait pas eu le temps de faire son bouclier et donc elle dut beaucoup se concentrer pour ne pas le laisser avoir accès à son esprit. Elle ajouta quelques couleurs à son bouclier psychédélique et concentra toute sa puissance magique dessus. A sa grande joie, grâce à sa colère, sa puissance était décuplée et elle sentit Snape peiner à forcer ses barrières. Dix secondes... Quinze... Vingt... Trente secondes ! Snape se retira, et Hermione rouvrit les yeux.
- Je dois dire que c'est un résultat assez acceptable.
- Acceptable ? Vous voulez rire ? Vous n'avez pas réussi à accéder à mes souvenirs pendant trente secondes !
- Peut-être un peu moins de trente secondes, je n'ai pas lancé de Tempus... grommela Snape.
- Vous êtes censé être heureux, votre précieux bouclier n'est plus en danger, claironna Hermione.
Comme elle se levait pour se dégourdir les jambes, elle ressentit un violent vertige et s'effondra sur le sol. Sa tête heurta doucement les dalles en pierres et sa vision se troubla.
- Granger ? appela Snape qui n'avait pas esquissé un mouvement pour la rattraper. Granger ! Levez-vous maintenant, je ne trouve pas ça drôle. Granger, la plaisanterie a assez duré, levez-vous !
Il finit par se mettre à genoux et à secouer l'épaule de la jeune fille, qui s'était évanouie.
- Et merde... Granger, levez-vous, bon sang !
Il lui mit une claque sur la joue et elle sursauta, portant une main à sa tête.
- Vous êtes malade ? dit-elle un peu plus faiblement que ce qu'elle avait prévu.
- Granger, vous venez de vous évanouir ! Qu'est-ce qui s'est passé, bordel ?
- J'en sais rien, moi, je suis pas Poppy Pomfresh...
- Ah, oui, Pomfresh ! Ne bougez pas, je l'appelle, je vous interdis de vous rendormir !
Snape pensa de toutes ses forces à une cheminée et elle apparut, un feu ronflant en son centre. Un pot de Poudre de Cheminette se matérialisa juste à côté, et Snape en jeta une poignée avant de mettre la tête dans le feu devenu vert.
- Infirmerie de Poudlard !
Snape tourna un peu et les contours de l'infirmerie apparurent. Poppy Pomfresh accourut dans la pièce, et se pencha vers le feu. Elle pinça les lèvres en reconnaissant le directeur.
- Professeur Snape, qu'est-ce que vous voulez ?
- J'ai une élève qui ne va pas bien. Vous pouvez venir ?
- Amenez-la ici.
- Non, je suis dans l'impossibilité de le faire pour l'instant. Ecoutez, montez au septième étage, jusqu'à la tapisserie de Barnabas le Follet, je vais vous expliquer.
- Très bien, j'arrive, mais vous avez intérêt à avoir une bonne raison !
Elle disparut du champ de vision de Snape et il sortit la tête du feu.
- Granger ? Oh, merde, Granger, ne vous rendormez pas !
Hermione, qui avait fait l'effort de se redresser, dodelinait de la tête. Snape courut vers elle et entreprit de la secouer.
- Ne vous endormez pas !
- Je ne dors pas, répliqua-t-elle d'une voix pâteuse.
- Pomfresh arrive, ne vous rendormez surtout pas ! Ca pourrait être fatal, alors faites attention !
- C'est bon, j'ai compris, je ne dors pas, mais arrêtez de crier comme ça, je suis pas sourde...
Snape se releva et passa la porte de la Salle sur Demande. Quelques secondes plus tard, des talons retentissaient sur l'escaliers de pierre et Pomfresh apparut, les cheveux en bataille.
- Qu'est-ce que vous me voulez ?
- J'ai une élève qui ne va pas bien, juste ici, fit Snape en montrant la porte ouverte.
- Très bien. Qui est-ce ?
- Euh... Entrez, vous allez vite la reconnaître.
Snape prit soin de jeter un silencio sur la porte désormais refermer, ce qui fut une bonne initiative vu que Pomfresh poussa un cri strident.
- Miss Granger ! Mais qu'est-ce que vous faites là ?
Snape soupira, en vue du long récit qu'il allait devoir fournir.
