Chapitre 8: Les mémoires de Mme Giry
« - Pour que tu puisses comprendre, il faut que je remonte loin dans le temps, dit Marie Giry à sa fille assise près d'elle. A l'époque, j'avais 16 ans. J'appartenais au corps de ballet et j'en étais fière. Ma mère était ce que je suis à présent ou du moins ce que j'étais jusqu'à aujourd'hui: la chorégraphe du corps de ballet de l'Opéra Populaire. Elle me traitait comme toutes les autres filles: avec rigueur et sévérité. L'opéra était ma maison et il n'y avait que cela qui m'importait. J'étais jeune et naïve. Je savais peu de choses sur ce qui se passait dehors.
Un jour, une fête foraine est venue s'installer près de l'opéra. Ma mère nous a laissées nous y rendre les ballerines et moi. J'étais folle de joie. Les sorties étaient si rares que j'en étais très excitée. La veille où nous devions nous y rendre, je ne pus fermer l'oeil de la nuit. Je ne savais pas que ce jour-là bouleverserait mon existence à jamais.
Nous nous y rendîmes toutes ensemble. Les plus âgées veillaient sur les plus jeunes car ma mère ne nous avait pas accompagné. Elle trouvait le spectacle des forains indigne d'elle et de son opéra. Et Dieu sait qu'il y avait du spectacle. Nous n'avions pas assez d'yeux pour tout regarder: les jongleurs, les cracheurs de feu, les femmes à barbe, les animaux exotiques...
Lorsque nous nous apprêtions à repartir un saltimbanque ouvrit une tente qui avait des allures de petit chapiteau. Il invitait tout ceux qui le voulaient à découvrir ''Le Fils du Diable'', un spectacle que personne n'oublierait. A cette annonce, ma curiosité fut piquée au vif et avec quelques amies, nous entrâmes dans la tente. Il n'était pas question pour nous de perdre une miette de ce que cette foire pouvait nous apporter. Beaucoup de monde s'y trouvait déjà. Les gens faisaient place autour d'une cage comme celle que l'on utilise pour enfermer les animaux sauvages. L'homme amena à l'intérieur de celle-ci un enfant, un jeune garçon vêtu uniquement d'un pantalon et d'un sac sur sa tête pourvu de deux trous pour ses yeux. Il commença à le frapper une fois, deux fois, trois fois. Dès que l'enfant tomba à terre, il lui ôta le sac et le souleva par les cheveux pour montrer sa face aux spectateurs.
J'étais au premier rang et ce que je vis me fit plus pitié qu'horreur. Le côté gauche de sa face était tout à fait normal mais le côté droit était défiguré. Sur son corps, il avait de nombreux hématomes et de nombreuses plaies. Les femmes hurlaient, les hommes riaient. Même mes amies le montraient du doigt. Ce petit garçon était un animal de cirque. Tout à coup, j'eus honte d'être entrée pour voir ce spectacle ignoble.
Qui pouvait laisser faire une chose pareille ?
Une fois que les spectateurs eurent terminé, ils lancèrent à l'homme plusieurs pièces de monnaie. Ce dernier se précipita dessus pour commencer à les compter. Je restais agrippée aux barreaux de la cage, dans l'impossibilité de détacher mes yeux de cet enfant. Il remit sur sa tête le sac qui cachait son visage. Au moment où je me détournais pour sortir de la tente, j'entendis un cri étouffé. Lorsque je me suis retournée, j'aperçus cet enfant que je croyais inoffensif en train d'étrangler son bourreau avec une corde. Je restais figée sur place. J'étais seule. Il n'y avait aucun autre témoin de cette scène. Même mes amies étaient déjà parties sans que je m'en aperçoive. Lorsque je sortis de ma stupeur, le saltimbanque gisait aux pieds du garçon qui tenait dans ses mains une poupée en forme de singe tenant des cymbales. Je comprenais son geste en un sens.
Quelle force avait-il pour étrangler un homme de cette stature ?
Pourtant, devant moi, il semblait être redevenu innocent. Il continuait de me dévisager sans un mot. Au moment où je voulus m'approcher de lui, un autre forain entra dans la tente et vit son compagnon à terre. Il hurla au meurtre en comprenant tout de suite que l'enfant était l'assassin. Sur le coup, je n'ai pas réfléchi, j'ai ouvert la cage et lui ai pris la main. Il me suivit sans même me connaître. Il semblait savoir que je ne lui voulais aucun mal et que je ferai tout pour le sauver.
Je ne sais plus comment nous réussîmes à nous évader de la tente et de la fête foraine. Toujours est-il que nous courrions à perdre haleine. Ma seule idée pour le mettre à l'abri était de le cacher dans l'opéra. Arrivés à son enceinte,j'ouvris une grille qui menait à la chapelle. Je connaissais cette sortie car certaines filles l'empruntaient la nuit pour rejoindre leurs amants. Dans la chapelle, je connaissais un passage secret qui menait au sous-sol de l'opéra. Je le cachais là-bas.
- Alors c'est pour cela qu'il t'obéit ? Osa demander Meg.
- Même si j'ai toujours eu pour lui un amour maternel, je ne dirai pas qu'il m'obéit. Je peux seulement dire que nous nous respectons et en un sens Erik s'est toujours senti redevable envers moi de l'avoir extrait du monde où il était retenu prisonnier et de ne pas l'avoir jugé pour le crime qu'il a commis.
- Le crime ? Tu sais très bien qu'il y en a eu d'autres. Que dire du meurtre de Joseph Buquet ?
- Attends, je vais y venir. Laisse-moi reprendre les choses où je les ai laissées. Le sous-sol de l'opéra était sombre et je m'inquiétais du sort d'Erik.
- Erik ? Est-ce son vrai nom ?
- Je ne sais pas du tout. D'après lui, il ne connaissait pas son nom. En fait, les premiers temps de son acclimatation ont été assez difficiles. Il ne parlait pas et je commençais à croire qu'il était muet. Je venais le voir dans le sous-sol dès que je pouvais et sans que ma mère ne découvre ce que je cachais. Je lui apportais de l'eau, de la nourriture, des morceaux de tissu pour qu'il puisse s'habiller. Je lui parlais beaucoup, essayant de l'inciter à la conversation mais il ne répondait jamais. Il acceptait juste ma présence. C'était un vrai enfant sauvage.
Un mois après son arrivée, je décidais de lui choisir un nom. Je lui en proposai plusieurs et lorsque je prononçai le nom Erik, c'est à ce moment-là qu'il a réagi pour la première fois et qu'il m'a parlé. Alors que je partais en lui disant ''Au revoir'', il m'a remercié de lui avoir choisi un nom. Il m'a dit que c'était la première fois depuis longtemps qu'on le traitait comme un être humain.
Depuis un lien s'est créé entre nous. Je le considérais comme mon fils même s'il n'y a que huit ans d'écart entre nous et je crois que je ressemble un peu à une mère pour lui car je l'ai aidé à obtenir ce qu'il avait besoin pour vivre et s'épanouir.
En bas, Erik commençait à s'organiser. Il avait trouvé ce qui serait son repaire, son chez lui. Je lui fournissais ce qu'il avait besoin: couvertures, vivres... En six mois, il avait découvert tous les recoins des bas-fonds de l'opéra. Celui-ci était pourvu d'une multitude de passages secrets, d'espace pour espionner ceux qui y habitaient. Grâce à cela, il ne se sentait plus isolé et c'est ce qu'il voulait: voir sans être vu.
J'avais entrepris de lui apprendre à lire et à écrire. En quelques semaines, il connaissait déjà les bases et se débrouillait seul. Je lui apportais tous les livres que je possédais ainsi que du papier et des crayons. J'ai tout de suite compris qu'il était très doué et intelligent. A cause de cela, il commençait à s'ennuyer: je n'avais pas les moyens de lui offrir plus.
Un jour, nous étions sur scène en train de terminer le filage d'un opéra, lorsqu'une ballerine se mit à crier qu'elle avait vu une ombre dans une des loges. En ce temps déjà, on s'amusait à dire que l'opéra était hanté. C'est là, je dois dire, que m'est venue l'idée de la manière de subvenir aux besoins d'Erik. C'est moi qui lui ai suggéré d'effrayer les employés de l'opéra et de faire pression sur le directeur Monsieur Ledoux, le prédécesseur de Monsieur Lefèvre. Erik a tout de suite approuvé et pour le reste, c'est lui qui a tout manigancé. C'est ainsi que le mythe du Fantôme de l'Opéra est né.
Monsieur Ledoux devait verser tous les mois 10 000 francs. C'était une somme faramineuse mais je laissais Erik agir. Il était très mature pour un enfant de neuf ans. Cela m'effrayait parfois je dois dire. Si le directeur ne le faisait pas, le Fantôme menaçait l'opéra de nombreuses catastrophes. Si avait des oublis volontaires, le Fantôme se faisait rappeler à son bon souvenir par quelques incidents: poutre qui tombe, apparitions, bougies qui s'éteignent. Des choses anodines mais qui faisait planer la terreur sur tout le monde. Grâce à cela, Erik put vivre tout à fait confortablement. Il se mit à la sculpture, la peinture. Il réaménagea les couloirs du sous-sol pour leur donner de la lumière. A ce moment-là, il se créa son masque. Avant il portait toujours son sac. Je lui avais demandé de l'ôter pour vivre normalement. Bien qu'il savait que je faisais tout pour ne pas être révulsée par son apparence, il préférait que je ne le regarde pas dans les yeux ou je lui tourne le dos lorsqu'il ne portait pas son masque. Une fois qu'il se mit à le porter, j'ai su qu'il se sentait mieux. Il se cacha moins et l'apparition d'un spectre portant un masque blanc fit grand bruit chez les ballerines.
Lorsque j'eus 18 ans, un garçon prénommé Joseph Buquet se fit employer comme machiniste. Il avait mon âge et je sus tout de suite à son regard que je lui plaisais. Mais, pour moi, il avait tous les défauts de la terre; buveur, joueur, coureur de jupons... Un soir qu'il était éméché et que je me rendais voir Erik, il me suivit et me fis des avances. Je me refusai à lui et il commença à se montrer violent. Erik, qui m'attendait, assista à la scène. Il prit Buquet par surprise en enroulant une corde autour de son cou. Il n'avait que dix ans mais était déjà très fort, assez fort pour lutter contre Buquet. Erik lui ordonna de me laisser tranquille, sinon il le tuerait. Il lui commanda également de ne jamais révéler ce qu'il avait vu du Fantôme ce soir-là à quiconque. Joseph, effrayé par ce garçon au masque blanc, promit mais ne voulant pas s'avouer vaincu, il eut la témérité de faire tomber le masque d'Erik à terre. Erik fut fou de rage et Buquet, terrorisé, prit ses jambes à son cou. Il eut néanmoins le temps d'entendre Erik le menacer de le tuer un jour pour ce qu'il avait eu l'audace de faire.
A partir de ce moment, Buquet me laissa tranquille et se tint coit sur ce qu'il avait vu ce soir-là, pendant un certain temps.
Quelques semaines après cet incident, un nouveau musicien est arrivé à l'opéra. C'était un pianiste anglais, venu vivre en France, attiré par le pays.
- Père, n'est-ce pas ?
- Oui, il s'agissait bien de James Giry. Comme tu le sais, nous sommes tout de suite tombés amoureux. Il avait deux fois mon âge mais cela ne nous dérangeait pas. Nous nous sommes très rapidement fiancés. Ma mère, après quelques réticences, nous a donné sa bénédiction. Elle était malade, depuis quelques temps, et son état se dégradait. Peu après notre mariage, elle m'a confié les rênes de l'opéra. A force de travail et de ténacité, je fus l'une des plus jeunes chorégraphes de ballet de Paris. Cela n'alla pas sans jalousie de la part des autres danseuses mais je m'en moquais car j'avais tout pour être heureuse. Trois mois après être devenue Mme Giry, j'étais enceinte de toi et ma mère nous a quittés.
- Est-ce que Père savait pour Erik ? L'interrogea Meg avec curiosité. »
Depuis que sa mère avait commencé son récit, elle avait enfin réussi à comprendre et avoir une réponse à toutes ses interrogations. Sa mère ne s'était jamais confiée à elle et elle était heureuse de ce lien nouveau qui se tissait entre elles. Apparemment, voir sa fille agonisant avait été une révélation pour Marie. Depuis trop d'années, elle cachait des choses à Meg pour la protéger et elle s'en voulait car elle se rendait compte que cela n'avait fait que les éloigner l'une de l'autre.
« - Au départ, j'étais morte de peur à l'idée de lui révéler l'existence d'Erik, avoua Mme Giry. Vu ce qui s'était passé avec Buquet, je craignais qu'Erik ne comprenne pas l'amour que je portais à ton père. Le jour de mes fiançailles, je prévins Erik de ma situation. Il prit très bien la nouvelle. En vérité, il était déjà au courant car il espionnait tout ce qui se passait à l'opéra. Il avait compris l'amour sincère que James et moi nous nous portions. Il avait deviné que c'était un homme intègre et il me donna son accord pour révéler le secret du Fantôme de l'Opéra. Par ailleurs, ton père n'était pas un idiot. Il savait que je lui cachais un secret. Il avait vite fait le rapprochement entre le Fantôme et moi. Par conséquent, il ne fut nullement surpris lorsque je lui ai révélé la vérité.
Il prit Erik sous aile. Ce dernier était avide d'apprendre. James lui enseigna les bases du solfège et du piano. Il se révéla être un génie. Il se mit très vite à composer lui-même ses mélodies et il trouva enfin une passion digne de son intérêt dans la musique. En attendant ta venue, James considérait un peu Erik comme son fils, exactement comme je le considère comme le mien. Lorsque tu es née, Erik avait onze ans. Il était tout à fait autonome et à ce moment-là, il commença à prendre ses distances avec nous. Peut-être avait-il peur de s'immiscer dans notre bonheur? Je décidais de le laisser tranquille, trop occupée par toi. Entre temps, laissa sa place à èvre, qui comprit lui aussi très vite que le Fantôme avait droit à son salaire comme tout un chacun. Et la vie continua son cours.
Lorsque tu as eu deux ans, ton père est décédé dans un accident de train alors qu'il venait d'avoir un rendez-vous en Normandie chez un mécène. A vrai dire ce mécène était le père de Raoul, le Vicomte Georges de Chagny. Il appréciait le talent de James et voulait qu'il joue des concertos dans sa villa d'été. Une partie de moi est morte en même temps que ton père ce jour-là. J'étais anéantie. Pour faire face à mon chagrin, je me suis réfugiée dans le travail, te délaissant trop.
Je ne voyais plus Erik. Je crois qu'il a été autant attristé que moi par la perte de James. Il commençait à devenir un homme et pour atténuer son chagrin, il s'est encore plus réfugié dans la musique mais aussi dans le chant. Il suivait de ses cachettes l'entraînement vocal des ténors qui se succédaient, les faisant fuir quand il s'apercevait qu'il n'apprendrai plus rien d'eux.
Quatre ans passèrent, lorsque Georges de Chagny vint à l'opéra. Il se sentait responsable de la perte de mon mari et depuis sa mort, il s'était toujours inquiété que toi et moi ne manquions de rien. La vicomtesse m'invita à venir prendre le thé chez elle un après-midi. C'est là que je fis la rencontre de Gustave Daaé et de sa fille. C'était le protégé des de Chagny, c'était un grand violoniste. Nous nous sommes vite liés d'amitié de par nos points communs. Nous étions tous deux veufs car il avait perdu sa femme lors de l'accouchement de Christine et nous avions deux petites filles du même âge. Notre amitié se mua en un attachement plus profond. Gustave était pour la saison d'hiver à Paris et travaillait pour le vicomte. Nous pouvions nous voir régulièrement. C'est alors qu'il me demanda en mariage car il s'avérait que nous nous apportions beaucoup mutuellement. Nous songions à nous fiancer lorsqu'il tomba gravement malade. Il avait une santé précaire, étant déjà fragile des poumons. Avec le temps désastreux que nous avons eu cet hiver-là, il succomba d'une pneumonie.
Sur son lit de mort, il me demanda de prendre soin de Christine comme de ma propre fille et de l'accueillir à l'opéra. Il savait qu'elle avait un talent précoce pour la danse et surtout pour le chant. Je lui promis de tout faire pour que sa carrière soit admirable. Gustave mourut en paix et je tins la promesse que je lui avais fait.
A sept ans, j'ai donc amené Christine à 'opéra. Elle était bouleversée par la mort de son père. Je savais qu'il lui faudrait du temps pour se remettre de ce deuil. C'était une enfant solitaire et réservée mais je savais que vous deviendriez de grandes amies. Vous aviez besoin d'une amie l'une comme l'autre.
Lorsque Gustave était mourant, il lui avait dit qu'il enverrait l'Ange de la Musique et qu'il veillerait sur elle. Elle y croyait vraiment et c'est grâce à cette pensée qu'elle avait la force de continuer.
Le soir de son arrivée, elle se rendit à la chapelle pour prier et déposer un cierge près du portrait de son père qu'elle conservait précieusement. Je la suivis de loin pour voir si elle allait bien. Elle priait en chantant un cantique et j'entendis la voix d'Erik lui répondre. Je fus surprise car c'était la première fois qu'il s'adressait à quelqu'un. Erik resta caché et Christine lui demanda s'il était l'Ange de la Musique qui veillerait sur elle. Il lui répondit par l'affirmative. Je l'ai laissé agir car je pensais que cela leur ferait du bien, autant à lui qu'à elle. J'eus raison car Christine semblait se consoler de jour en jour. Je l'entendais converser avec Erik. Ils discutaient beaucoup car elle se confiait à lui. Elle lui avoua vouloir devenir une grande cantatrice lorsqu'elle serait grande. Il lui donna alors des cours de chant tous les jours Il la consolait lorsqu'elle était triste. Une relation amicale profonde s'était établie entre eux et je dois te dire que j'en étais ravie.
Mais Christine a grandi et quand elle devint une jeune fille de 14 ans, les accidents se sont multipliés. C'est la Carlotta qui en fit les frais. Erik exigea de Lefèvre de lui doubler son salaire. Je ne sais quand Christine découvrit que son Ange de la Musique et que le Fantôme de l'Opéra n'étaient qu'un, ni si elle se doutait qu'il n'était qu'un être de chair et de sang. Ce que je savais, par contre, c'était qu'Erik ne considérait plus Christine comme une amie mais qu'il éprouvait pour elle un amour qui tournait à l'obsession. Il ne cessait de composer pour elle et de l'entraîner vocalement. J'avais compris qu'il désirait supplanter la Carlotta par Christine et qu'il était prêt à tout pour cela.
- Même à tuer, coupa Meg.
- Oui. Je me sens responsable de tout cela. Je n'ai pas pris le temps de m'occuper de lui, de lui expliquer les codes sociaux. Je l'ai délaissé à la mort de James alors que j'aurais dû lui montrer plus d'affection. Et puis la donne a complètement changé quand Raoul de Chagny est réapparu dans la vie de Christine. Erik est passé à l'action. Il a réalisé le rêve de Christine en la faisant chanter le rôle d'Elissa dans ''Hannibal''. J'avais vu cela d'un bon oeil et puis en prime, je tenais la promesse faite à Gustave. C'est pour cela que j'ai proposé à Firmin et André de remplacer Carlotta par Christine. Je ne pensais pas que celle-ci était amoureuse du vicomte. Quand Erik a enlevé Christine ce soir-là pour l'emmener dans les sous-sols, j'étais heureuse car il avait enfin dépassé son appréhension de se montrer à elle. J'espérais qu'elle puisse le comprendre et l'aimer un peu en retour pour ce qu'il avait fait pour elle.
Malheureusement, rien ne s'est passé comme prévu et tout n'est devenu que rivalité et jalousie entre de Chagny et lui. Je n'avais plus moyen de lui faire entendre raison. Il est devenu fou de jalousie. Si bien que le soir d' ''Il Muto'', il a fini par se débarrasser de Buquet, qui le traquait et se moquait ouvertement de lui depuis trop longtemps. Joseph avait oublié le jour où Erik s'était promis de le tuer. Ce soir-là, j'ai compris que quiconque ferait obstacle entre Christine et lui serait inévitablement assassiné. Il a essayé de tuer de Chagny après avoir emmené Christine au cimetière. J'ignorais qu'il sortait de l'opéra et connaissait bien Paris. C'est ainsi qu'il m'a parlé dans une lettre de cette maison.
- Il a aussi tué Ubaldo Piangi ce soir, coupa Meg.
- Oui. Je crois que le vicomte, en cernant l'opéra par la police, a piégé Erik comme un animal. Je sais qu'il ne supporte pas cela. Il était aveuglé par la haine et n'a trouvé que ce seul moyen pour remplacer le ténor sur scène et ainsi être avec Christine.
- Mère, j'ai toujours l'impression que vous cherchez à lui trouver des excuses pour les crimes qu'il a commis, s'indigna Meg.
- Comment aurais-tu agi si tu avais été traitée toute ton enfance comme un monstre ? Son âme est brisée, il n'avait aucune estime de lui-même. Il ne savait pas la différence entre le bien et le mal. Il a acquis sa liberté en tuant. Il croyait avoir Christine en agissant de même. Je t'en prie, Meg, malgré ce que tu as enduré ce soir, promets-moi d'essayer de le connaître. Tu verra qu'il n'est pas cruel. Il est juste blessé. Nous allons vivre ici maintenant, dans sa maison. Il veut nous héberger. C'est une façon à lui de nous dédommager de la perte de l'opéra. De plus, il va avoir besoin de nous. La perte de Christine et la marque d'affection qu'elle lui a porté ce soir l'ont vraiment changé, tu sais. Je pense que maintenant il voit le monde sous un autre angle. Promets-moi, Meg.
- Je vous promets d'essayer, Mère, répondit Meg. »
Meg savait qu'elle devait se fier à sa mère. Si elles devaient loger dans cette maison, elle essaierait de faire connaissance avec Erik. Car vu la façon dont sa mère le traitait, il était presque son frère. Mais, par dessus tout, elle se promit en elle-même de rester très prudente, lorsqu'elle serait en sa présence, elle était loin de lui faire confiance.
Mme Giry serra sa fille dans les bras. Soudain, elles entendirent du bruit à l'étage.
« - Je crois qu'Erik est arrivé, dit Marie.
- Mais par où est-il entré ? Je n'ai pas entendu la porte d'entrée s'ouvrir !
Meg, mon enfant, tu dois te douter qu'avec ce que je t'ai appris d'Erik, il ne passe jamais par les portes d'entrée ! Il a un talent insoupçonné pour trouver des passages secrets et passer inaperçu, dit Mme Giry, un sourire aux lèvres. »
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